Cinéma

The Artist, de Michel HAZANAVICIUS

          Comédie -drame-romance (pour reprendre la définition de la presse) de Michel Hazanavicius avec Jean Dujardin, Bérénice Bejo, John Goodman.

          Une star du cinéma muet tombe amoureux d’une jeune figurante. Il va voir sa carrière décliner avec l’arrivée du film parlant pendant que celle de la jeune femme va décoller et l’amener aux sommets.

          Un film qui avait connu un grand succès à Cannes, où Jean Dujardin avait été primé pour sa prestation. Un long métrage qui s’inscrit dans la pure tradition du cinéma muet (en noir et blanc, bien sûr !, et porté par une musique très marquée, avec même un peu de claquettes pour le plaisir), ce qui se fait très rare de nos jours et semblait ne plus exister que dans quelques courts-métrages.

          Je craignais un peu la longueur du film, n’étant que moyennement adepte du film muet. Pourtant c’est un pari réussi. Jean Dujardin, qui a tendance à en faire toujours trop, est parfait dans ce rôle où les expressions caricaturales sont de rigueur. Bérénice Bejo est particulièrement convaincante, avec une interprétation un peu plus en finesse et pleine d’énergie.

          La bande son est parfaitement réussie (à part peut-être quelques violons surnuméraires). L’histoire fonctionne bien et rend un bel hommage aux débuts du cinéma. Un film qui reprend les standards du cinéma muet et y ajoute quelques belles trouvailles. Une jolie réussite dont on ressort avec le sourire.

Mes lectures

Olivia ELKAIM, Les graffitis de Chambord

         Trois histoires croisées : celle de Trevor, banquier, qui en 2006 reçoit une enveloppe qui va changer sa vie ; celle de Simon, son père, un écrivain juif qui après la guerre cherche ses parents ; et celle d’Isaac, le pre de Simon, résistant appartenant au réseau « Chambord ». Trois hommes unis par une histoire qui ne demande qu’à être racontée. 

          Un roman très bien construit qui alterne entre le vécu de trois hommes, trois générations d’une même famille. L’histoire d’un homme qui a résisté, d’un fils qui cherche à comprendre, à lutter contre l’oubli, et un petit fils qui semble sans histoire, loin des drames du passé. Mais peut-on vraiment échapper aux secrets de famille ?

        Un premier roman admirable. C’est bien écrit et l’histoire est finement menée. L’auteur mêle sans cesse les petites et la grande histoire, entre intime et universel. Un récit sensible et touchant. Une belle réussite.

Un fils doit rendre hommage aux traces qu’a laissées son père.

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Il faudra recenser tous les graffitis sur les murs de Chambord, avec l’aide du vieux Juif. Il faudra recenser les vies perdues. Il faudra raconter leurs vies, une par une, dans le détail, pour qu’elles ne se dissolvent pas dans le chiffre, dans l’Histoire et dans l’oubli.

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Sais-tu qui sont les mauvais pères ? Ce sont ceux qui ont oublié les fautes de leur jeunesse.

Mes lectures

John Maxwell COETZEE, L’âge de fer

          Elizabeth est atteinte d’un cancer. Elle veut laisser une trace à sa fille avant de mourir et lui écrit son quotidien. Un sans -abris s’installe dans son jardin, et elle accueille également le fils de sa domestique noire et un de ses amis pendant que la ville est à feu et à sang. 

          L’auteur sud-africain Prix Nobel depuis quelques années m’intriguait. Après avoir lu plusieurs livres intéressants sur l’Afrique-du-Sud, je me suis donc lancée. La 4° de couverture était alléchante : « elle découvre le corps criblé de balles du fils de sa domestique noire, et assiste à l’exécution par la police d’un autre adolescent… »

          À vrai dire je n’ai pas réussi à aller assez loin pour voir poindre cette histoire. Après 50 pages d’un ennui mortel, j’ai lâchement capitulé… En reprenant ce livre pour vous en parler, voilà qu’un regret me vient. J’aurais peut-être dû insister encore. Je devrais eut-être retenter, quelques pages de plus, en ouvrant le livre à la page 65, j’ai vu qu’il semblait enfin se passer quelque chose…

          Toujours est-il que je me suis ennuyée ferme. Une bonne mère de famille qui héberge un SDF qu’elle ne connaît pas, qu’elle ne peut pas sentir (au figuré, au propre, elle le sent trop au contraire) et dont elle ne semble même pas avoir pitié me semble un peu gros et mériterait un peu plus d’explications. Mais peut-être est-ce là un problème dû à un certain décalage culturel.

          Pour le reste, le style ne m’a pas emballée, c’est bien écrit mais un peu plat, ça manque de relief. L’histoire est longue, très longue à démarrer. Je n’ai pas bien vu où l’auteur voulait en venir. La révolte en toile de fond m’a parue lointaine. Le point de vue interne m’a gênée. L’introspection d’une femme sans histoire m’a laissée assez indifférente et en se plaçant du point de vue d’une femme blanche de la classe moyenne, on a forcément une vision tronquée des choses. Cela peut être intéressant mais est aussi un handicap quand on ne connaît pas suffisamment l’histoire du pays (pour ma part, j’en connais uniquement les grandes lignes, j’ai un peu manqué d’éléments de repère).

          Un livre qui ne m’a pas du tout emballée mais qu’après réflexion je vais peut-être reprendre. Ne serait-ce que pour arriver au coeur de l’histoire. En espérant que l’effort en vaudra la peine.

Il est aussi difficile de recevoir que de donner.

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Pour la paix de l’esprit, pour la paix de l’âme, il nous faut savoir qui vient après nous, quelle présence emplit les pièces où nous avons naguère été chez nous.

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Il ne veut pas faire de promesse. Et même s’il promet, il fera au bout du compte, que ce qui lui plaira. Dernières instructions, jamais contraignantes. Car les morts ne sont pas des personnes. Telle est la loi : tous les contrats peuvent devenir caducs. Les morts ne peuvent être trompés, ne peuvent être trahis, à moins que vous ne les portiez avec vous, dans votre coeur, et que ce ne soit là que vous commettiez ce crime.

Club lecture·Mes lectures

Club-lecture 8°, septembre : Ryû MURAKAMI, Kyoko

         Après quelques mois d’interruptions en saison estivale (parce que tout le monde le sait, les parisiens refusent la moindre activité l’été), nous nous sommes retrouvés il y a quelques jours autour du livre que nous avions lu pour le mois de juillet mais dont nous n’avions toujours pas parlé.

          Kyoko est une jeune japonaise. Elle part à New-York retrouver José, le G.I. qui lui a appris a danser le mambo quand elle était petite. Arrivée là-bas, c’est un homme en phase terminale du sida qu’elle va trouver. Elle décide alors de l’aider à réaliser sa dernière volonté et de traverser le pays avec pour qu’il puisse faire ses adieux à sa mère.

          J’avais lu ce livre il y a quelques années et j’avais A-DO-RÉ. La deuxième lecture m’a beaucoup moins convaincue. Certains diront (à tort ou à raison) que ça devait être du temps où j’avais encore un coeur (pour les non avertis, j’ai un peu de mal avec le sentimentalisme, ce qui laisse penser à certains que je suis dépourvue de la moindre compassion, ce que je démens tout à fait). Cette deuxième lecture a laissé apparaître les faiblesses du style et l’aspect parfois un peu caricatural des personnages. Le livre m’avait essentiellement séduite par son histoire forte, mais forcément, quand on la connaît déjà, ça perd de son intérêt. Une relecture en demi-teinte donc.

          Pour les autres, un peu pareil je crois. Tout le monde a trouvé ce livre facile à lire et plutôt agréable. Par contre, les personnages sont un peu trop stéréotypés et malgré le changement de point de vue, le style diffère peu de l’un à l’autre, ce qui est dommage. Ils mériteraient à être plus marqués. Le personnage principal est trop lisse, trop parfait, il en devient presque irréel. Il semble être essentiellement un symbole, même si le sens nous a quelque peu échappé (à cause de notre méconnaissance de la culture japonaise ?). Kyoko semble représenter l’espoir face à un entourage qui est passé à côté de sa vie, mais cela ne nous est pas apparu de manière très claire.

          Dans l’ensemble, une lecture appréciable. Un style facile, une histoire plutôt accrocheuse mais des personnages auxquels on ne s’identifie pas. C’est sans doute là le roman le plus accessible et le plus optimiste de Ryû Murakami. Une assez bonne lecture qui n’aura peut-être pas marqué tous les esprits. 

Les pressentiments, quand ils sont mauvais ils sont toujours justes.

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Le futur, c’est perdre ce qu’on possède maintenant, et voir naître quelque chose qu’on ne possède pas encore.

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Il n’y a rien de plus lamentable au monde que quelqu’un que tout le monde déteste mais qui ne s’en rend même pas compte.

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Pour vivre, les illusions et les mensonges sont nécessaires, soit, mais pour mourir ?

Personne n’a la solution à cette question. Tous ceux qui connaissent la réponse sont mort.

Cinéma

Et maintenant on va où ?, de Nadine LABAKI

          Comédie dramatique française de Nadine Labaki avec Nadine Labaki, Claude Msawbaa, Leyla Fouad.

     Dans un petit village tranquille, la guerre entre chrétiens et musulmans qui ravage le pays va gagner les habitants et menacer l’équilibre fragile qui s’était établi. Les femmes du village vont prendre les choses en main afin d’éviter que le pire n’arrive.

          J’avais entendu dire le plus grand bien de ce film, la bande-annonce était prometteuse et j’avais bien aimé le précédent film de la réalisatrice, Caramel. Je partais donc enthousiaste. J’ai vite été déçue (oui oui, encore, ce n’est pas l’année ciné pour moi…). Le film commence sur une belle image de femmes se rendant au cimetière. Ensuite c’est lent, très lent, très très lent à démarrer.

           Les deux premiers tiers du film sont interminables. Pas désagréables mais sans grand intérêt. Quelques scènes qui pourraient prêter à sourire mais qui m’ont laissée assez indifférente. Heureusement, à la fin, l’histoire connaît un sursaut. Elle gagne en profondeur et quelques scènes intéressantes font leur apparition, certaines drôles, d’autres émouvantes.

           Quelques bonnes choses donc. De bons acteurs, une idée de départ assez intéressante, et quelques scènes réussies. Malheureusement, l’ensemble ne m’a pas convaincue. Ca manque d’énergie et de et construction. Dommage.