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Biographie, témoignage, essai : la non-fiction à l’honneur

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Nous possédons tous sous notre crâne une véritable machine à bonne humeur, mais sans mode d’emploi ! Vous pouvez entretenir seul votre moral, chasser les émotions négatives comme vous travaillez vos muscles, votre souffle ou votre cœur. En vous construisant une belle image de vous. En apprenant à sourire, à rire, méditer, bouger.

Tout déprimé est un bien portant qui s'ignore, couvertureCet essai est sorti en début d’année dans une période où je n’étais pas très bien. Je suis habituellement assez réfractaire à ce genre d’ouvrage mais je me suis dit que ça ne pouvait pas faire de mal et que j’y trouverais peut-être quelques astuces pour voir la vie en rose (ou de préférence dans une autre couleur puisque celle-là m’indispose particulièrement). Comment exprimer l’ampleur de ma déception ? Les 40 premières pages ne font que reprendre le titre avec un art de la paraphrase qui m’a laissée pantoise. A tel point que j’ai eu envie de laisser là ma lecture. J’ai tout de même continué un peu. Dans l’ensemble l’ouvrage ne fait qu’enfoncer des portes ouvertes. J’ai trouvé le ton insupportable avec une espèce de bonne humeur surjouée et des citations à tout bout de champ qui tentent de masquer la vacuité du propos. J’attendais quelques exemples concrets ou des exercices pratiques qui permettent une mise en application. Il y en a quelques-uns mais ils sont trop rares et trop peu développés pour être réellement utiles. Difficile de choisir ce qui nous correspond tant le choix est chiche. Ce livre fait de belles promesses qu’il ne tient pas et s’avère aussi creux que désespérant. Totalement contre-productif !

Qui n’a jamais subi les assauts répétés de ces militants de la morosité qui se plaignent en boucle et entretiennent leur déprime comme d’autres leur santé ?

1995, David Vallat, 23 ans, est arrêté. Impliqué dans les réseaux du GIA qui terrorisent alors la France. Aujourd’hui, il témoigne des mécanismes qui poussent un jeune à s’engager dans le djihad. Déterminé à lutter contre les dérives religieuses, il décortique, dans ce livre citoyen, les rouages de l’embrigadement.

Terreur de jeunesse, couvertureJ’ai toujours un peu peur quand je commence la lecture d’un témoignage. Même si je trouve un plaisir coupable dans la lecture du malheur des autres, souvent le style n’est pas franchement au rendez-vous. J’ai été ici très agréablement surprise, aussi bien par le style justement que par le contenu. L’auteur a été affilié à des réseaux terroristes au moment des attentats de 1995. Revenu à une vie rangé, il décide au moment des attentats de Charlie Hebdo de raconter son histoire afin d’expliquer les mécanismes de radicalisation. Il nous raconte son histoire chronologiquement, en commençant à l’adolescence avec le début pour lui de la petite délinquance. Peu à peu c’est la dérive jusqu’à la formation en Afghanistan. L’enchaînement semble assez incroyable pour un jeune homme qui semble un peu paumé mais pas violent. Il semble se considérer jusqu’à la fin simplement comme un petit délinquant, ne prenant pas la mesure de la situation. Il met cela sur le compte de sa jeunesse, ce qui peut sembler parfois une excuse facile (il a alors plus de 20 ans). Pour le reste, il offre une analyse assez poussée et très intéressante des mécanismes de radicalisation et met en avant le lien étroit entre la situation actuelle et les attentats de 95. Un texte clair et agréable à lire qui offre un éclairage intéressant sur le recrutement et le fonctionnement des milieux terroristes.

Mes lectures m’ont sans doute aidé à voir autrement. Je commence à changer. En prison. C’est donc possible.

L’Afrique n’a personne à rattraper. Elle ne doit plus courir sur les sentiers qu’on lui indique, mais marcher prestement sur le chemin qu’elle se sera choisi. Sa seule urgence est d’être à la hauteur de ses potentialités. Il lui faut achever sa décolonisation par une rencontre féconde avec elle-même.

Afrotopia, couvertureJe lis très peu d’essais (même si dernièrement j’ai fait des efforts notables) et encore moins d’économie, sujet qui ne me passionne guère et me dépasse un peu. Pourtant, je ne sais pas trop pourquoi celui-ci me tentait bien. Je crois que le titre, la couverture et le sujet m’ont attirée. L’Afrique a toujours exercé sur mon une certaine fascination. Je suis assez mitigée sur cette lecture. L’écriture est plutôt accessible. Tout est compréhensible, même pour une novice comme moi. Ca demande juste un peu de concentration. Il m’a fallu des pause fréquentes pour bien intégrer les principes et ne pas tout mélanger mais ils ont le mérite d’être énoncés avec une grande clarté. En revanche j’ai été un peu gênée par l’idée qu’il y aurait des solutions valables pour l’ensemble de l’Afrique, qui me semble regrouper des réalités très diverses. Ce postulat n’est jamais réellement justifié (à part entre les lignes par la colonisation), ce qui est un peu dommage. Je n’ai pas eu l’impression d’idées très originales dans cet essai qui reprend des thèses déjà connues et qui m’ont parues se fonder sur le bon-sens. L’analyse inclut également la culture et les réalités sociales, ce que j’ai trouvé intéressant. C’est l’aspect de cet essai que j’ai préféré. Si l’ensemble est clair et pertinent, ça aurait mérité d’approfondir les pistes de réflexions et d’aller plus loin, il constitue toutefois une bonne initiation au sujet.

Toutes les sociétés ont besoin de mythes pour justifier leur évolution et leur appropriation du futur.

En racontant la vie et les aventures des dix-huit personnages qui se sont succédé au 29e fauteuil de l’Académie française depuis 1634, Amin Maalouf ne retrace pas seulement cette «généalogie en partie fictive» dont parlait son prédécesseur Lévi-Strauss ; il nous fait revivre de manière charnelle, incarnée, quatre siècles d’histoire de France.

Un fauteuil sur la Seine, couvertureL’Académie française, cette institution où sont passés tant de grands hommes. J’avais hâte d’en apprendre plus sur ceux qui depuis plus de trois siècles s’y sont succédé. Amin Maalouf occupe le 29° fauteuil et rend dans ce livre hommage à ceux qui l’y ont précédé. Noble ambition. En commençant ma lecture, j’ai été agréablement surprise par le style enlevé que j’ai trouvé très agréable. Malheureusement, j’ai trouvé qu’il s’empâtait bien vite. Je ne connaissais quasiment aucun des hommes qui ont occupé ce fauteuil. J’ai beaucoup aimé la partie sur la création de l’Académie mais j’ai trouvé ensuite que l’auteur en faisait parfois un peu trop en nous présentant ces hommes, comme s’il voulait augmenter son prestige à travers eux. Il y a nombre de digressions dans le récit et si elles sont parfois intéressantes, elles alourdissent le texte et donnent par moments l’impression que l’auteur s’empêtre dans son sujet. Certaines anecdotes sont intéressantes, d’autres beaucoup moins, c’est assez inégal et surtout ça traîne un peu en longueur. Il y a dans ce livre un certain manque de rythme et un enthousiasme surjoué un peu pesant. Une lecture qui offre un éclairage intéressant sur l’histoire de France mais dont le style est un peu laborieux. Pas mal mais je m’attendais à mieux.

Le premier occupant du fauteuil n’y resta pas longtemps. Reçu en mars 1634, il se noya dans la Seine quatorze mois plus tard, ce qui lui vaut le triste privilège d’être le premier « immortel » a mourir.
Pierre Bardin est aujourd’hui oublié.

Amoureux de la langue française et jongleur de mots, Stéphane De Groodt revisite à sa manière, drôle et absurde, les expressions de notre langue.

Le livre de la jongle, couvertureJ’étais une inconditionnelle des chroniques de Stéphane de Groodt le week-end sur Canal+. Qu’est-ce que j’ai pu rire (même si je n’ai pas toujours tout compris) ! J’avais été ravie de les retrouver dans Retour en absurdie qui en reprend une partie et permet de comprendre des choses qui à l’oral nous avaient échappé – à l’inverse, les jeux de mots basés sur l’oralité y sont durs à saisir, forcément. Une telle vivacité d’esprit me séduit et me laisse rêveuse. J’ai donc sauté de joie en découvrant un beau matin ce livre dans ma boîte aux lettres (Stéphane si tu me lis – oui, je t’appelle par ton petit nom et te tutoie pour l’occasion – merci infiniment d’avoir pensé à moi !). En le feuilletant, j’ai d’abord été déçue : ce sont des proverbes très courts et je n’y ai pas retrouvé l’humour si caractéristique de l’auteur. Ca m’a paru un peu fade. En m’y replongeant plus sérieusement, j’ai un peu révisé mon jugement. Certes, les textes sont moins développés et par là même moins impressionnants mais ils font toujours montre du même esprit acéré. Je dois avouer que pour changer, je n’ai pas toujours tout compris, l’auteur a un esprit retors délectable mais pas toujours facile à suivre ! S’il y a quelques trouvailles, le tout reste quand même assez inégal. Une demi-réussite.

Donner du fil à retordre – Se dit quand on n’arrive pas à battre à plate couture. C’est tailleur pour cette raison qu’il ne faut pas se défiler, mais au contraire se battre à haute couture en vue de décrocher la médaille Dior.

La France est une nation de culture. C’est ainsi qu’elle a rayonné durant des siècles de par le monde. Nous étions fiers de notre politique culturelle : qu’en reste-t-il aujourd’hui ?

L'urgence culturelle, couvertureJe ne savais pas au juste ce que j’allais trouver dans cet essai en en commençant la lecture. En même temps, je trouvais le titre assez parlant. J’espérais y trouver des réponses sur comment promouvoir la culture aujourd’hui je suppose. Ce domaine dont j’ai voulu faire mon métier et que je sens dépérir. Le prologue m’a confortée dans cette idée et m’a rassurée quant au style : fluide et agréable, ce ne serait pas une lecture trop fastidieuse. Et pourtant ! Si le style est en effet très lisible, le contenu m’a moins emballée. L’auteur revient longuement sur son parcours. Trop longuement. Certes c’est sensé aider à le comprendre je suppose mais trop de détails tue le détail, surtout qu’évidemment, je n’ai pas vu telle ou telle mise en scène des années 70 qui l’avaient alors ébloui. La curiosité a vite laissé le pas à l’ennui. « Moi je, moi je, moi je… » C’est bien un truc d’énarque ça ! Un complexe de supériorité incurable. J’ai fini par abandonner cet essai qui me tombait des mains. S’il y avait de bonnes idées sur la fin, n’hésitez pas à m’en faire un résumé, je n’ai pas le courage de poursuivre cette lecture soporifique.

Lorsqu’il entend le mot culture, écrit-il, le tyran sort son revolver. Le démocrate sort désormais sa calculette, lorsqu’il ne se détourne pas pour bâiller.

Machiavel définit dans cet ouvrage les fins du gouvernement : sur le plan extérieur, maintenir à tout prix son emprise sur les territoires conquis ; sur le plan intérieur, se donner les moyens de rester au pouvoir. Parce que les hommes sont égoïstes, le prince n’est pas tenu d’être moral.

Le Prince, Machiavel, couvertureIl y avait longtemps que Le Prince dormait sur mes étagères. C’est bien sûr un classique parmi les classiques et j’étais très curieuse de découvrir ce texte qui aura donné son nom au machiavélisme même si le sens semble franchement détourné (Machiavel est bien plus pragmatique que diabolique). Le Prince serait largement inspiré de Cesare Borgia, fils du pape le plus controversé de l’histoire. N’étant pas à l’aise avec ce genre d’ouvrage, j’avais un peu peur de m’y atteler. Je dois bien avouer que mes craintes étaient fondées et que j’ai trouvé ce texte particulièrement indigeste. Honnêtement, les jeux de guerre et de pouvoir ne me passionnent pas des masses, surtout lorsqu’ils sont abordés de manière aussi technique, il y avait donc tout simplement erreur de casting. S’il y a des choses passionnantes dans cet essai, j’ai trouvé qu’elles étaient rendues difficile d’accès par un style ampoulé, particulièrement pompeux. Je suis toutefois allée au bout de ma lecture et bien qu’elle ait été pour moi un supplice, force est d’admettre que l’auteur y énonce des principes qui dans l’ensemble n’ont pas vieilli, dommage qu’il n’en aille pas de même pour le style.

Il y a trois sortes d’esprit. Les uns entendent par eux-mêmes ; les autres comprennent tout ce qu’on leur montre ; et quelques uns n’entendent, ni par eux, ni par autrui. Les premiers sont excellents, les seconds sont bons, et les derniers inutiles.

Prix littéraires : la cuvée 2013 est arrivée !

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Prix décembre : La Réforme de l’Opéra de Pékin, Maël Renouard (Payot/Rivages). Un roman qui l’a remporté haut la main dès le premier tour. Avec 30 000€, il s’agit de l’un des prix littéraires les mieux dotés. Ce court roman est le seul primé de la rentrée littéraire a être sorti directement en poche, il ne vous faudra débourser que 5,10€ pour vous le procurer et vous n’aurez même pas besoin d’attendre l’année prochaine pour cela !

Prix Interallié : Moment d’un couple, Nelly Allard (Gallimard). Egalement comédienne et scénariste, la lauréate signait ici son deuxième roman sur la mécanique des sentiments au sein d’un triangle amoureux. Ce prix qui récompense traditionnellement l’écriture journalistique vient clore la saison des grands prix littéraires de la rentrée.

Prix du roman de l’Académie française : Plonger, Christophe Ono-dit-Biot (Flammarion). Le journaliste du Point nous livre ici un roman sur la filiation où il a su synthétiser son amour des Ancien avec un certain modernisme pour convaincre le jury semble-t-il.

Prix Renaudot : Naissance, Yann Moix (Grasset). Il a été élu au premier tour. Frédéric Beigbeder, membre du jury, parle d’un roman « délirant et monumental ». Modeste, l’auteur a quant à lui déclaré « C’est un prix qui était fait pour moi et pour lequel j’étais fait ».

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Prix Femina : La saison de l’ombre, Léonora Miano (Grasset). Un roman sur les débuts de l’esclavage vu par les familles africaines choisi au 10° tour et qui prend une résonance toute particulière en cette période où le racisme semble plus que jamais décomplexé. A noter aussi, le Femina du meilleur roman étranger pour Canada, Richard Ford (L’Olivier) et celui de l’essai pour Le dictionnaire amoureux de Proust, Jean-Paul et Raphaël Enthoven (Plon/Grasset).

Prix Médicis : Il faut beaucoup aimer les hommes, Marie Darrieussecq (POL). L’auteur a été choisi au premier tour. Dans ce roman, elle aborde le sujet de la passion et de l’attente de l’autre. Le prix Médicis étranger revient à Toine Heijmans pour En mer (Bourgois) et celui de l’essai à Svetlana Alexievitch pour La Fin de l’homme rouge (ou le temps du désenchantement) (Actes Sud).

Prix Goncourt : Au revoir là-haut, Pierre Lemaitre (Albin Michel). Le choix a visiblement été difficile puisque les jurés du Goncourt n’ont réussi à se décider qu’au 12° tour pour ce roman extrêmement prenant sur l’après-guerre de 14-18. Bernard Pivot, a salué « l’écriture très cinématographique » d’un « roman populaire, dans le bon sens du terme ». Pour mon avis sur le livre, c’est ici. Les lycéens ont quant à eux élu Le quatrième mur de Sorj Chalandon (Grasset).