Cinéma

Keep Smiling

Comédie dramatique géorgienne de Rusudan Chkonia avec Ia Sukhitashvili, Gia Roinishvili, Olga Babluani

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          Dix jeunes femmes participent au concours de la meilleure mère géorgienne. Elles s’affrontent dans différentes épreuves pour démontrer leur talent avec à la clef un appartement de 4 pièces et 25 000 €. Elles sont prêtes à tout pour avoir une chance d’accéder à une vie meilleure. Tous les coups sont permis, une seule règle : garder le sourire.

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         Un film on ne peut plus d’actualité puisqu’il s’attaque à la question de la télé-réalité et ses dérives. On suit à la fois ces dix femmes dans le concours et dans leur vie de famille, qui souvent est bien loin d’être rose. Les situations de ces mères sont diverses, certaines sont mariées, d’autres célibataire, l’une est veuve, l’une n’est même pas mère d’ailleurs. La plupart ont des problèmes d’argent et rêvent d’un logement plus grand pour leurs enfants, mais à toutes, mêmes à celles qui sont plus aisées, il semble manquer quelque chose et elles ont en commun un fond de tristesse. On assiste aux répétitions pour les émissions, on voit tout des coulisses, des amitiés et rivalités qui se nouent, des chamailleries inévitables quand on rassemble dix femmes ensemble pendant trop longtemps. Comme dans tout bon concours qui se respecte, le suspens est ménagé jusqu’à la fin sur l’identité de l’heureuse gagnante.

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          Je craignais un peu que le film ne soit qu’une succession de coups bas entre ses femmes rivales et de crises de nerfs mais fort heureusement, il est plus subtil que ça et si la jalousie crée bien des tensions, les relations sont souvent bien plus complexes que ça, et derrière les engueulades incessantes se cache parfois une amitié profonde. J’ai trouvé cette manière de traiter les relations entre les personnages intéressante. En revanche, les personnages en-eux mêmes sont un peu effacés et auraient peut-être mérité d’être un peu plus mis en avant individuellement. Seule une des candidates au très fort caractère se détache fortement du groupe et apporte de la vie. Quant au concours, il est aussi un prétexte pour dénoncer certains travers de la société géorgienne et les coulisses, la réalisation mais aussi et surtout le résultat réservent bien des surprises ! Un joli film qui malgré quelque inégalités m’a agréablement surprise, aussi bien par la qualité de son contenu que de sa réalisation. A découvrir.

Mes lectures

La promesse de l’aube – Romain Gary

          Le narrateur n’est qu’un enfant lorsqu’il se promet de combler tous les désirs de sa mère. Emigrée russe seule et sans le sous, elle aura connue souffrances et humiliations pour donner le meilleur à son fils et il veut le lui rendre au centuple, la couvrant de la gloire qu’elle n’a pas eu et qu’il souhaite acquérir pour elle. Il sera officier, il sera officier dans l’armée de l’air puis ambassadeur de France et écrivain, voilà qui est décidé, le reste n’est que pure formalité !

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          J’ai un peu honte de le dire mais je n’avais jamais rien lu de Romain Gary. Inutile de dire que j’en avais envie de bien longtemps ! Pourtant j’ai longuement repoussé cette lecture, un peu par peur d’être déçue je pense. Je n’en avais bien sûr entendu dire que du bien et j’imaginais une plume acérée et un humour grinçant comme je les aime. Mais comment un auteur peut-il être à la hauteur quand on en attend déjà autant avant d’en avoir lu une seule ligne ? Malgré tout, j’ai tout de même fini par me lancer car ce n’est pas tout mais il faut bien voir ce qu’il en est à un moment ou un autre quand même !

          Mes craintes se sont avérées totalement infondées. J’ai de suite adoré ce livre. Dès la première page je suis tombée amoureuse de l’écriture de Romain Gary, de son auto-dérision, de son style incisif, de son esprit subtil. Quel régal ! Que pourrais-je dire sur ce texte qui n’a mille fois été répété ? Cette lecture fut un pur bonheur du début à la fin. Si l’histoire est largement autobiographique, chaque aventure est amplifiée, taillée, polie, pour en faire un vrai bijou. Si je ne devais retenir que deux choses de ce livre ce seraient l’incroyable auto-dérision dont fait constamment preuve l’auteur et l’amour infini (quoique parfois un peu vachard et finalement très envahissant voire handicapant) qui le lie à sa mère. Derrière le vernis caustique, j’ai beaucoup aimé la subtilité avec laquelle était décrite cette relation et le déséquilibre affectif qu’elle a pu entraîner dans la vie de l’auteur. Une manière détournée d’évoquer des sentiments graves, tout en retenue, que j’ai trouvé touchante. Ca donne une belle profondeur à ce texte qui en outre extrêmement bien écrit et très drôle. Un roman à la fois cocasse et émouvant, tout en pudeur et en légèreté. De la grande littérature !

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Il n’est pas bon d’être tellement aimé, si jeune, si tôt. Ca vous donne de mauvaises habitudes. On croit que c’est arrivé. On croit que ça existe ailleurs, que ça peut se retrouver. On compte là-dessus. On regarde, on espère, on attend. Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais.

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Je juge les régimes politiques à la quantité de nourriture qu’ils donnent à chacun, et lorsqu’ils y attachent un fil quelconque, lorsqu’ils y mettent des conditions, je les vomis : les hommes ont le droit de manger sans conditions.

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Je n’ai pas réussi à redresser le monde, à vaincre la bêtise et la méchanceté, à rendre la dignité et la justice aux hommes, mais j’ai tout de même gagné le tournoi de ping-pong à Nice, en 1931, et je fais encore, chaque matin, mes douze tractions, couché, alors, il n’y a pas lieu de se décourager.

Mes lectures

Un notaire peu ordinaire – Yves Ravey

          Quand son cousin Freddy sort de prison, Mme Rebernak a peur qu’il s’en prenne à sa fille, Clémence. Elle va tout faire pour le tenir éloigné de sa famille et en parle à Me Montussaint, qui lui a déjà rendu bien des services. Mais cela suffira-t-il à éloigner le danger qui rode ? 

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          Ce texte court est assez bien écrit. Un style fluide et une écriture concise qui sont très agréables et assez caractéristiques du type de textes publiés par Minuit. De suite, les éléments de l’intrigue se mettent en place et naît une certaine tension. Une atmosphère lourde se dégage de ces lignes et on sent le drame arriver peu à peu. La fin vient clore cette montée en puissance avec brio. J’ai trouvé que parfois la psychologie des personnages manquait un peu de finesse, leurs réactions ne sont pas toujours très plausibles et j’aurai aimé un plus grand accent de vérité, avec des personnages qui auraient sans doute mérité d’être un peu plus fouillés. Toutefois, l’écriture étant rapide et efficace, on ne s’attarde pas vraiment sur cette impression d’étrangeté qui se dégage parfois, sur ces petits décalages qui enlèvent un peu de sa force au texte. Ils se retrouvent finalement un peu noyés dans le rythme du récit et ne laissent que peu de traces à la fin de la lecture.

          L’intrigue est relativement classique et le dénouement même s’il m’a surprise par certains aspects, est prévisible par d’autres. Cependant, j’ai trouvé cela suffisamment bien mené pour ne pas être gênant. Les amateurs de polar regretteront ou de romans psychologiques regretteront sans doute ces petites maladresses qui gâchera un peu leur plaisir. Ils se douteront sans doute également assez vite du dénouement, ce qui pour m’a part ne m’a d’ailleurs nullement dérangée, une certaine incertitude demeurant jusqu’au bout. Pour les autres, ce roman est une bonne initiation au thriller dont il reprend certains des codes qu’il mêle avec ceux d’une littérature contemporaine plus « classique ». Un joli texte auquel j’ai pris grand plaisir.

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Les larmes ça ne sert à rien,c’est trop tard pour regretter,de toute façon ça ne change pas grand-chose…

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En attendant, fallait quand même être gonflé pour déranger une brigade pour un chien assis au milieu de la cour, qui ne fait aucun mal, évidemment. Le brigadier a ajouté qu’il n’allait quand même pas mettre une amende au chien pour violation de propriété privée et pour tapage nocturne.

Cinéma

After Earth

Film de science-fiction américain de M. Night Shyamalan avec Jaden Smith, Will Smith, Sophie Okonedo

          Alors que Kitai accompagne son père pou une simple mission de routine, leur vaisseau subit une grave avarie et doit se poser sur une planète interdite : la Terre. En raison du changement climatique, les humains ont dû la quitter et les animaux qui la peuplent ont évolué pour tuer l’homme. Son père s’étant blessé dans l’accident, le jeune Kitai va devoir affronter seul bien des danger pour les sortir de là.

          Je ne suis pas franchement une inconditionnelle des films de science-fiction mais celui-ci me tentait assez. Je trouvais le point de de départ original et prometteur. Les images avaient l’air belles, bref, les conditions pour passer un bon moment semblaient réunies. La réalité fut malheureusement un peu moins rose… Dès les premières images, on comprend que ce film ne nous épargnera aucun cliché : les costumes semblent tout droit sortis des années 70 et on hésite entre l’incrédulité et le fou rire, une impression d’incongruité qui malheureusement refera bien souvent surface dans ce film.

          Bien que l’idée de départ ne soit pas inintéressante, la mise en oeuvre est un quelque peu laborieuse. Rien ne fonctionne vraiment. La relation père/fils manque de naturel, l’accident du vaisseau paraît des plus improbable, tout comme le fait qu’ils soient les deux seuls survivants. Quant à la Terre, elle est connaît des variations thermiques extrêmes sorties de nulle part. Bref, on ne croit pas franchement à l’histoire. Je m’attendais à beaucoup d’action, notamment dans la forêt, entre notre jeune héros et les bêtes sauvages, finalement, rien de bien spectaculaire, on aurait aimé plus de rebondissements !

          Du côté des acteurs, rien de bien formidable non plus. Will Smith et son fils sont loin de faire des prouesses. L’adolescent malingre peine à passer pour un athlète et son père frôle le ridicule tant il surjoue son rôle de grand dur au cœur tendre (le voir froncer les sourcils et pincer la bouche pour jouer l’émotion péniblement contenue frôle le risible). Il y a beaucoup de moment un peu incongrus où la salle a ri à gorge déployée, malheureusement, je ne pense pas que ç’ait été volontaire… La seule vraie réussite est visuelle, avec de très belles images. Un film prometteur mais sans surprise et sans talent. Ca se laisse regarder, sans plus.

Mes lectures

Le coeur cousu – Carole Martinez

          Frasquita a des dons, qui la font passer dans son village du Sud de l’Espagne pour une magicienne où une sorcière : elle peut d’un simple bout de chiffon faire une œuvre d’art qui fera chavirer les cœurs, du bout de son aiguille. Un jour, elle doit quitter le village avec ses enfants ; un long périple commencera alors, où chacun d’entre découvrira peu à peu ses propres dons, sans bien savoir s’ils sont une chance, ou une malédiction.

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          Je dois admettre que je ne savais pas du tout à quoi m’attendre en commençant cette lecture. J’avais entendu parler de ce livre sans savoir au juste de quoi il parlait, et, s’agissant d’un cadeau, pour une fois je n’avais pas lu la quatrième de couverture. Le titre m’évoquait une histoire d’amour, ma surprise fut donc grande en découvrant qu’il s’agissait de tout autre chose. Il est difficile de parler de ce roman tant il est surprenant et inclassable. La meilleure chose à en dire est surement que ce fut une excellente surprise.

          Je ne suis pas particulièrement férue des intrusions du fantastique dans des univers réalistes, cela peut s’avérer absolument magique mais est le plus souvent casse-gueule. On est ici face à ces rares romans où le mystère fonctionne et le charme opère. Étrangement j’ai eu le sentiment que ce récit était celui d’une conteuse plus que d’un écrivain : les mots résonnent et évoquent bien des images. Il aurait pu s’agir de ces histoires qu’on se racontait autrefois autour du feu, de veillée en veillée.

          Ce roman est plein de poésie. Il fait appel à des croyances populaires, sujet que je trouve toujours passionnant. Il y est aussi question de famille, de transmission, et d’amour aussi un peu. Le tout sur fond d’aventure avec un fabuleux voyage à travers l’Espagne pour rejoindre les côtes africaines. J’ai beaucoup aimé la poésie de ce texte qui fait appel à des émotions profondes et des croyances ancestrales. Un sujet universel traité avec force et finesse. Il y avait longtemps qu’un livre ne m’avait pas embarquée à ce point, me donnant l’envie de me lever plus tôt le matin pour commencer la journée en en lisant quelques pages. Un texte magnifique, universel, magique.

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Le trouvait-elle vraiment beau cet homme étendu à ses côtés ?

Elle s’y était attachée comme un bateau à son quai.

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Les paysans ne réagirent pas, ils ne remarquèrent pas tout de suite qu’ils s’étaient regroupé pour la première fois. Ils ne virent pas cette masse compacte qu’ils formaient et qui grossissait de minute en minute.