Mes lectures

Le goût des pépins de pommes – Katharina Hagena

          A la mort de sa grand-mère, Iris hérite de sa maison et va devoir décider de ce qu’elle va en faire. En se rendant sur les lieux les souvenirs de son enfance vont remonter à la surface. Elle va également y découvrir les histoires de sa mère et de ses deux tantes. Trois générations de femmes qui ont habité ce lieu et lui donnent son âme.

          J’avais repéré ce livre dont le titre me plaisait beaucoup et la couverture me semblait très attirante. Mais son succès retentissant m’avait quelque peu refroidie (toujours cet a priori idiot qui voudrait qu’un livre à trop gros succès ne puisse pas être si bon que ça…). Finalement, je l’ai vu dans la bibliothèque d’une amie et l’ai emprunté sans hésiter. Le thème du souvenir n’est pas trop ma tasse de thé, mais traité avec finesse et sensibilité, ça peut faire des merveilles, je me suis donc lancée plutôt enthousiaste dans cette lecture ! Mes bonnes dispositions auront été de bien courte durée ! J’ai trouvé le style totalement insipide. D’une platitude sans nom. L’histoire quand à elle n’est franchement pas palpitante, c’est du vu revu et re-revu. Le personnage principal m’a été franchement antipathique dès le départ (une bibliothèque qui n’aime pas lire, quelle idée !) et je me suis ennuyée à périr. J’ai eu beau lire en diagonale et sauter les descriptions sans le moindre intérêt, je n’ai pu venir à bout de ce roman paradoxalement aussi indigeste qu’insignifiant. 

le goût des pépins de pommes couv

Entre-temps, j’étais devenue bibliothécaire à l’université de Fribourg, je travaillais avec les livres, j’achetais des livres, il m’arrivait même d’en emprunter. Mais lire ? Non.

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En entrant, je fus de nouveau frappée par l’odeur de pomme et de vieilles pierres qui arrivait à ma rencontre. Je posai mon sac sur le coffre et parcourus le vestibule dans toute sa longueur.

Série tv

Weeds

          A la mort de son mari, Nancy Botwin, doit subvenir seule aux besoins de ses deux enfants. Cette jeune mère au foyer d’une banlieue calme de San Francisco bien sous tous rapports va quitter ses habits de petites bourgeoise pour se lancer dans le trafic de marijuana. Un changement d’activité qui amènera son lot de conséquences, souvent inattendues. 

          L’idée de départ est plutôt originale, cette jeune mère de famille respectable qui ne sait rien faire de ses 10 doigts et cherche de l’argent facile n’est pas dénuée de charme. Evidemment, elle va de catastrophes en déconvenues. Le gros atout de cette série, c’est le panel de personnages, plus barrés les uns que les autres. Nancy, mère poule hystérique, peut se montrer à la fois agaçante et hyper attachante (j’adore cette actrice, juste géniale, ici comme ailleurs) ; Andy, son beau-frère est un grand ado amoureux d’elle qui la suit dans tous ses projets foireux et ne l’aide pas franchement ; son fils aîné, Silas, est un ado à belle gueule pas toujours très vif mais plutôt équilibré (c’est bien le seul) ; Sean, son second fils a franchement un grain, ce qui va empirer avec l’âge pour en faire un psychopathe violent ; enfin, les voisins et amis représentent à eux seuls un panel de névroses assez impressionnant. Comme dans d’autres séries américaines, la classe moyenne avec ses jolies pavillons de banlieue et son apparence lisse en prend un sacré coup…

          Si les premières saisons sont axées sur ce changement de vie improbable, le commerce finit par se rôder et on pourrait craindre l’ennui. Heureusement, les scénaristes ont de l’imagination à revendre et parviennent à relancer sans cesse la série par de nouveaux rebondissements toujours plus improbables. Sans compter bien sûr le suspens autour de l’éternel risque de se faire prendre quand on est englué dans le mensonge. J’ai trouvé que sur la fin l’histoire commençait à aller un peu trop loin. Pour ne pas tourner en rond, les réalisateurs ont dû y aller fort sur les évènements qui finissent par perdre en crédibilité. Ceci dit, on continue à vouloir connaître la suite, ce qui est après tout l’essentiel. 8 saisons survoltées et pleines d’humour. Une série totalement addictive. 

Mes lectures

Le sermon sur la chute de Rome – Jérôme Ferrari

          Dans un petit village de montagne corse, il n’est pas facile de trouver un gérant au seul café du coin. Et puis contre toute attente, ce sont deux enfants du pays partis étudier la philosophie à Paris qui le reprennent : l’un est né là et y a grandi, l’autre y vient en vacances depuis son enfance et à toujours rêvé d’y vivre. Ils vont redonner vie non seulement au bar et au village mais à la région toute entière ; on viendra de loin pour aller chercher chez eux un peu de chaleur. Mais le bonheur est éphémère et peu à peu, il vont voir le paradis qu’ils avaient créé s’effondrer. 

          Commençons par quelques mots de l’auteur pour expliquer le choix de ce titre bien mystérieux : « Si Rome n’est que l’un des multiples noms portés par le monde, j’aimerais pouvoir penser que ce roman est exactement ce que son titre indique : un sermon sur la chute de Rome qui fait écho à ceux que prononça Augustin dans la cathédrale disparue d’Hippone pour consoler ses fidèles d’avoir survécu à la fin du monde. » L’auteur nous raconte la fin des rêves de ces deux jeunes gens, la fin du monde qu’ils s’étaient construit, la fin de l’enfance, aussi. Le roman est construit comme un parallèle entre cette histoire somme toute banale et le discours de Saint-Augustin sur la chute de Rome qui lui donne une toute autre dimension. Un texte qui oscille habillement entre réalité quotidienne et philosophie.

          J’ai beaucoup aimé l’histoire de ces deux jeunes qui rentrent au pays et des difficultés qu’ils rencontrent. J’ai par moments eu un peu plus de mal avec les passages sur Saint-Augustin (ah, la philo et moi !) mais ils sont assez peu nombreux et amènent une profondeur très intéressante, donnant tout son relief à ce texte. L’écriture est sans trop de fioritures mais très subtile. L’auteur parvient à créer une tension dans son texte, l’attente de la chute annoncée. J’ai particulièrement apprécié ce texte au petit arrière goût de sombre mélancolie. Une écriture profonde et chargée d’émotion qui possède pourtant le recul nécessaire pour prendre un air d’universel. C’est beau et simple, tendre et solide à la fois. Un texte magnifique, l’un de mes coups de coeur de cette rentrée. Jérôme Ferrari est encore en lice pour le Goncourt, je lui souhaite le meilleur.

Virginie n’avait jamais rien fait dans sa vie qui pût s’apparenter, même de loin, à un travail, elle avait toujours exploré le domaine infini de l’inaction et de la nonchalance et elle semblait bien décidée à aller jusqu’au bout de sa vocation.

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Et c’est ainsi qu’au nom d’un avenir aussi inconsistant que la brume, il se privait de présent, comme il arrive si souvent, il est vrai, avec les hommes.

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Il était comme un homme qui vient juste de faire fortune, après des efforts inouïs, dans une monnaie qui n’a plus cours.

Mes lectures

L’amour sans le faire – Serge Joncour

          Franck vit à Paris, originaire du Lot, il n’a pas rendu visite à ses parents depuis 10 ans. A la mort de son frère, Alexandre, leurs rapports déjà difficiles ont fini de s’étioller. Louise, quant à elle, est la veuve de ce frère trop tôt disparu. Ils ne se connaissent pas vraiment, se sont à peine aperçus à l’enterrement des années plus tôt, mais ils vont par hasard se rencontrer à la ferme. Ces quelques jours passés ensemble va être comme une parenthèse qui permettra à chacun de redéfinir ses envies profondes.

          Dès le premières lignes, ce roman surprendra les habitués de l’écriture de Serge Joncour. Point de trace ici de son cynisme coutumier. L’écriture est plus âpre, moins facile, elle semble plus travaillée, profonde. Cette légèreté perdue perturbe au début. On est habitués à dévorer les romans incisifs de l’auteur et voilà qu’il nous demande un effort, de nous poser, de réfléchir, de nous faire à un nouveau rythme. Les 50 premières pages sont là pour nous acclimater, poser le décor, présenter les personnages. On ne voit pas bien où on va, on se demande encore où est passé l’humour acéré qu’on attendait, on comprend que ce n’est pas ici qu’on le trouvera.

          Et puis l’histoire prend de l’ampleur. C’est l’arrivée à la ferme, la rencontre de Franck et Louise, le retour aux sources. Franck retrouve malgré lui les souvenirs de cette enfance qu’il a essayé de tenir à distance. Les souvenirs reviennent : la chasse au sanglier, le travail de la terre, les jeux dans la rivière avec son frère. Une vie rude et simple, où si le quotidien n’est pas toujours facile, chacun sait où est sa place. Le ton est juste est l’analyse subtile. Ce que nous raconte l’auteur, chaque citadin aux origines terriennes l’a vécu, dans une certaine mesure. Chacun a ressenti un jour cet attachement à la terre qu’il a pourtant quittée, voire parfois reniée.

          Quelle chose étrange, ce que j’aimais chez Serge Joncour, ce qui me semblait définir son style et être la clef de son talent était sans nul doute son cynisme, son humour grinçant qui frappe toujours juste, son ironie mordante qui n’épargne personne. Il n’y en a trace dans ce dernier roman mais comment expliquer alors que ça n’en soit que meilleur ? Débarassée de cette carapace dont on se délectait, l’écriture n’en est que plus fine, plus sensible, plus profonde et toujours reconnaissable pourtant. Le thème abordé est intime et cela se ressent dans la grande justesse de ce texte.  On a trop peu parlé de ce roman ; certes, il n’est pas le plus flamboyant de cette rentrée, ni le plus polémique, mais il est sans doute celui qui nous touche le plus directement, en nous parlant simplement et avec une touchante sincérité de la douloureuse question des origines. Un très beau texte teinté de nostalgie qui a la rudesse et la beauté de la terre qu’on laboure.

Souvent il surprend chez lui une attitude que chez un autre il ne supporterait pas. Que les autres soient décevants, c’était fatalement concevable, mais s’y surprendre soi c’était mortifiant.

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L’incompréhension quand elle s’est installée avec les parents, elle ne se règle jamais, et vouloir la régler c’est créer une incompréhension de plus.

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Pas de cri, pas de souffle, pas d’éternité, on s’aime et on s’en tient là, l’amour sns y toucher, l’amour chacun le garde pour soi, comme on garde à soi sa douleur.

Cinéma

Du vent dans mes mollets

              Comédie française de Carine Tardieu Agnès Jaoui, Denis Podalydès, Isabelle Carré.

          Rachel a 9 ans et n’est pas très populaire dans son école. Et puis elle va rencontrer Valérie, une petite fille extravertie qui va devenir sa meilleure amie et changer le cours de sa vie. Ensemble, elles feront les 400 coups et multiplieront les fous rires. Que serait l’enfance sans une bonne copine ?

          La bande-annonce de ce film adapté d’un roman du même nom, très fraîche, m’avait séduite, ainsi que le casting des plus tentants. Cette comédie s’annonçait légère, intelligente et teintée d’un brin de nostalgie. Avec juste le recul et la tendresse nécessaire pour en faire autre chose qu’une carte postale superficielle et nous livrer un film à la fois drôle et intelligent. Bon, visiblement, je me suis emballée pour rien. Ce film est d’un ennui mortel. Honnêtement, j’ai à peine souri face à cette comédie tristement banale.

          Certes, les acteurs font de leur mieux pour sauver ce film de la catastrophe. Ils le tiennent tant bien que mal à bout de bras et si les adultes ne s’en sortent pas trop mal, les fillettes livrent quant à elles une prestation médiocre. Le scénario aurait pu être intéressant mais aurait mérité d’être un peu plus creusé. On reste à la surface des choses et finalement, même si tout ça est bien mignon, c’est surtout du réchauffé. Le décor début des années 80 et les couleurs légèrement sépias ne suffisent pas à donner du charme. Tout comme un sourire d’enfant et quelques étourderies de petite fille ne peuvent à eux seuls faire une bonne comédie. Une bonne idée, mais un film qui parvient à en faire à la fois trop et pas assez pour un résultat bien fade et convenu.

           Première le dit mieux que moi, je me permets donc de reprendre leur critique : « C’est au tour de la malheureuse Carine Tardieu de nous horripiler avec sa comédie émotionnelle saturée de chichis visuels et musicaux, de compositions esthétisantes calculées jusqu’à la névrose et de péripéties où l’humour sonne aussi faux que le drame. » Et pour faire bonne mesure, reprenons le bon mot du Parisien : « Il y a des histoires qui font sans doute d’excellents livres mais qui, une fois portées à l’écran, peuvent provoquer de l’urticaire (…) ce film, comme son final, nous a donné froid aux mollets. »