Cinéma

Les enfants de Belle Ville

          Drame iranien d’Asghar Farhadi avec Taraneh Alidoosti, Babak Ansari, Faramarz Gharibian

          Abkar vient d’avoir 18 ans. Il était en centre de détention pour mineur après le meurtre de sa petite amie en attendant d’avoir l’âge d’être exécuté. Son anniversaire sonne la fin de la trêve. Son seul espoir est de convaincre le père de sa victime d’accorder son pardon. Sa soeur et son meilleur ami vont unir leurs force pour tenter de le sauver.

          Le film est construit autour de la tension qui entoure la demande du pardon dans cette circonstance extrême. Le rythme est extrêmement lent et le style assez aride. J’ai bien aimé le tout début, ensuite j’ai été un peu déroutée par le déroulement des évènements. Le film est assez intimiste avec peu de personnages et une économie d’énergie troublante. Je n’aime pas beaucoup les engueulades au cinéma et autant vous dire que côtés cris j’ai été servie ! Des thèmes intéressants sont évoqués avec simplicité : le devoir, la religion, l’amitié, le pardon, l’amour…  C’est l’aspect de ce film qui m’a le plus convaincu. Ainsi que la manière dont le réalisateur se passe de juger ses personnages. Chacun a ses convictions et ses raisons pour cela, toutes sont exposées, sans donner de réponse au spectateur. J’ai trouvé cette manière de traiter le sujet intelligente. C’est ce qui fait tout l’intérêt de ce film par ailleurs pas dénué de défauts quant à la réalisation et au scénario. Datant de 2004 et inédit en France, il préfigure ce qui fera le succès du réalisateur notamment dans Une séparation. Trop âpre à mon goût, mais pas inintéressant, une séance mitigée.

Jeunesse·Mes lectures

Mes géants, mes parents – Agnès de Lestrade et Mayalen Goust

          Quand on est enfant, ils sont bien mystérieux ces géants qui sont nos parents. On ne les comprend pas toujours eux qui avec leurs grandes jambes ne font jamais de balançoire ni de toboggan. 

          J’ai beaucoup aimé les illustrations très douces et poétiques de ce livre. Le texte est aussi sensible. J’ai été agréablement surprise par la douceur de ce livre. Je regretterais simplement une chute un peu légère. Petite déception sur la fin donc mais une lecture malgré tout très agréable.

Les géants ce qu’ils préfèrent,

c’est escalader les montagnes…

traverser les mers…

et regarder les étoiles…

Cinéma

La nostra vita

          Drame franco-italien de Daniele Luchetti avec Elio Germano, Raoul Bova, Isabella Ragonese.

        Claudio est maçon dans la banlieue de Rome et travaille sur de gros chantiers. Il est très amoureux de sa femme, enceinte de leur troisième enfant. Proche de sa famille, il a toujours pu compter sur leur soutien. Mais un drame va venir rompre cet équilibre et bouleverser sa vie. Il va devoir se battre pour s’en sortir, et recommencer à vivre.

          J’avais raté ce filma sa sortie, j’ai donc profité de son passage sur Canal+ pour rattraper mon retard. J’en avais entendu le plus grand bien. Etrangement je ne saurais pas trop dire si j’ai aimé ce film ou pas. J’ai trouvé le drame moyennement bien amené. Un peu trop manichéen peut-être : trop de bonheur avant l’accident, trop de malheur après. Ensuite j’ai trouvé la réaction de personnage assez déroutante. Il a une manière de répondre aux évènements qui m’a laissée quelque peu perplexe. La fin m’a semblé également m’a un peu dérangée. En revanche, j’ai assez aimé la sobriété de ce film, sa violence. Il est filmé de manière très froide et ne se perd pas dans un sentimentalisme qui eut été mal venu. Toutefois, si le sujet est bien traité d’un point de vue technique, l’histoire reste un peu faible pour en faire un grand film. Ni vraiment bon, ni vraiment mauvais, un résultat assez mitigé.

Cinéma

Starbuck

          Comédie de Ken Scott avec Patrick Huard, Julie Le Breton, Antoine Bertrand.

         David est un grand ado qui a la quarantaine. Endetté jusqu’au cou, il fait pousser du cannabis dans son garage pour arrondir les fins de mois. Il travaille aussi comme livreur dans la boucherie de son père. Alors que sa copine qu’il délaisse lui apprend qu’elle est enceinte, il découvre que suite à des dons de sperme, il est le géniteur de 533 enfants dont 142 sont déterminés à le retrouver.

         J’étais un peu sceptique en allant voir ce film. Comme chacun sait (enfin ceux qui me connaissent ou me suivent régulièrement via ce blog), je ne suis pas très bon public pour les comédies. D’autant que l’humour québécois me laisse souvent perplexe. Ajoutez à ça un sujet improbable (et prêtant à un humour bien gras), je m’attendais au pire… Mais comme j’en avais entendu le plus grand bien, je me suis dit que ça méritait quand même d’aller voir cette drôle de chose.

         Grand bien m’en a pris ! Cette comédie est pleine de qualités. Dans le désordre : les personnages sont très attachants, les situations vraiment cocasses, il y a une histoire qui se tient, l’humour n’est si lourd qu’on l’aurait pu craindre. Qu’on aime ou non, on doit bien admettre que ça sort du lot ! Bon certes, il y a quelques blagues vaseuses mais le tout est bien plus subtil qu’il n’y paraît. Cette situation folle est aussi l’occasion d’une petite réflexion sur la famille, l’amitié, la morale… La vie sous son aspect relations humaines de manière générale.

          Et c’est plutôt réussi. J’ai franchement ri. Le film joue sur plusieurs types d’humour, ce qui est souvent un bon pari. Contre toute attente l’histoire se tient et n’est que le prétexte à aborder des sujets plus sérieux. La loufoquerie cache ici une certaine profondeur. Il y a sans doutes quelques longueurs et maladresses mais elles sont largement excusées par l’inventivité déployée. Peut-être pas un chef-d’oeuvre mais un film qui mérite tout de même largement le détour.

Mes lectures

L’accent de ma mère, de Michel RAGON

          Un jour, au détour d’une conversation téléphonique, l’évidence est là : la propre mère de l’auteur a un accent. Et pire, cela signifiait forcément que lui avait perdu le sien. Comment se rend-on compte de ce terrible changement ? Qu’est-ce que cela implique ? Est-ce forcément le signe de la perte de ses racines ? L’auteur se penche sur le sujet au travers de sa propre histoire. 

          Ce livre me tentait beaucoup et ce pour deux raisons. La première, c’est que j’avais beaucoup aimé, du même auteur, La mémoire des vaincus ; la seconde, c’est que je me sens particulièrement concernée par le sujet (même si pour ma part, je n’ai pas encore perdu mon accent du sud). J’ai donc commandé ce livre chez mon libraire et me suis jetée dessus dès son arrivée. Eh bien… mon excitation est bien vite retombée. J’en attendais certainement trop de ce livre avec la belle image que je m’en étais faite et tous les articles élogieux que j’avais lus à son sujet. Je l’ai finalement trouvé… banal.

          Je ne sais trop quoi dire de cet ouvrage. On en dit le plus grand bien, un chef d’oeuvre paraît-il et pourtant je n’ai absolument pas vu le génie de la chose. Je me suis terriblement ennuyée à cette lecture. C’est étrange, d’un côté j’ai reconnu cette situation, cette question des racines lorsqu’on est « expatrié » à la capitale ; et pourtant, je n’ai pas ressenti le moindre atome crochu avec ce personnage qui a des réactions aux antipodes des miennes. Pourvu que ça dure et que jamais je ne devienne comme lui à la fois méprisante et vaguement nostalgique. Bref, étant donné que je n’envisage absolument pas cette situation (passer des années sans rentrer, ne pas s’occuper de sa grand-mère dépressive, refuser d’admettre que sa mère puisse préférer un bon pot-au-feu dans le bistrot du coin plutôt que du caviar dans un gastro, j’en passe et des meilleures), il m’a été extrêmement difficile de poursuivre ma lecture. Le livre typique du parisien reniant ses racines et ne l’assumant pas. 

Donc ma mère avait bien un accent. Mais cet accent, que je connaissais depuis ma naissance, cet accent qui était celui de ma langue maternelle, je ne l’entendais pas lorsque je le « voyais » parler. Je ne l’entendais pas parce qu’il m’était naturel. Il ne m’apparaissait qu’à travers l’anonymat de l’écouteur téléphonique. Je ne voyais plus alors ma mère, je ne percevais que l’accent.