Cinéma

Le prénom, d’Alexandre DE LA PATELLIERE et Matthieu DELAPORTE

          Comédie française d’Alexandre de la Patellière et Mathieu Delaporte avec Patrick Bruel, Valérie Benguigui, Charles Berling.
          Vincent va être papa. Il se rend chez sa soeur et son beau-frère pour un diner avec leur meilleur ami. Il leur annonce au cours de cette soirée en apparence banale le prénom que portera son enfant. Un choix qui va faire ressortir de vieille rancoeurs et mettre à mal la belle harmonie familiale…

          Je n’étais que moyennement motivée pour aller voir ce film. D’un côté, ça avait l’air drôle, de l’autre, je détestes les engueulades au cinéma, ça me hérisse, et le film n’avait l’air de n’être qu’un long échange de hurlements en famille. Finalement, j’ai fini par y aller pour de banales raisons de bon moment au bon endroit. Et puis comme les critiques étaient plutôt bonnes… Eh bien je ne regrette pas le déplacement, parfois le hasard fait bien les choses !

          Dès les premières minutes, ce film surprend. L’entrée en matière est pour le moins surprenante : originale et bien plus intelligente que ce à quoi je m’attendais. Premier bon point donc pour cette introduction pour le moins plaisante. Et la suite ne vient pas démentir cette première impression. Souvent, dans les comédies, tous les meilleurs moments sont condensés dans la bande-annonce et finalement, quand on les voit, on ne rit pas plus en 1h30 qu’en 2 minutes de résumé. Là ce n’est pas le cas. Certes, la bande-annonce donne un avant goût, mais le film est plus subtil que l’annonce le laissait présager. Le ton en est plus grinçant et la palette d’humour plus large, pour notre plus grand bonheur. On se moque gentiment des bobos, de la famille, chacun en prend pour son grade et si on rit franchement, on frôle parfois le drame, avec des moments bien plus graves. Si le film aurait pu se permettre d’aller plus loin, selon certains j’ai apprécié qu’il n’en fasse rien, restant dans la limite de ce que je peux supporter comme subversion dans une comédie familiale et restant ainsi très grand public (même s’il y perd en teneur intellectuelle, mais on ne peut pas tout avoir !).

          Bien que je n’aime pas les engueulades au cinéma et que je ne sois pas très bon public pour les comédies, j’ai beaucoup aimé ce film qui a été pour moi une vraie bonne surprise. On se retrouve sans doute tous un peu dans ces personnages assez marqués (un peu caricaturaux diront sans doute certains). Les relations de famille et les petits secrets qui les font tenir y sont décrits avec une certaine justesse. Le rythme est enlevé et on jongle avec les registres. Le jeu d’acteur est efficace, même si j’ai trouvé Patrick Bruel peut-être un peu en dessous, mais ça doit être le côté un peu faux du joueur de poker (en même temps face à Charles Berling, la barre était haute). L’histoire est simple et efficace et malgré quelques faiblesses (des longueurs, une fin un peu bâclée, de la facilité parfois…), le film se tient bien. J’ai ri au larmes devant certaines blagues et les gens autour de moi étaient dans le même état. Une comédie douce-amère  efficace, on passe un bon moment, on rit : le travail est fait et plutôt bien.

Mes lectures

Beignets de tomates vertes, de Fannie FLAGG

          En 1986, Evelyn, une femme d’une cinquantaine d’année, rencontre en rendant visite à sa belle-mère une vieille femme avec qui elle va nouer une belle amitié. Celle-ci va lui raconter son histoire, qui court tout au long du siècle, dans une famille nombreuse du coeur des Etats-Unis. L’histoire surtout d’un café au bord de la voie ferrée où se concentrait la vie du hameau.

          La narration oscille entre la maison de retraite, une gazette tenue par une habitante du village au coeur de l’histoire et le présent des personnages eux-mêmes. Ce va et vient m’a par moment un peu gênée. L’histoire en elle-même est plutôt intéressante, la plupart des personnages sont attachants. Je n’ai pas trop aimé les passages qui se déroulent en 1986, la partie dans les années 30 à 60 m’aurait suffit. L’écriture est assez simple, j’aurais apprécié un texte plus travaillé.

          Il y a un côté un peu naïf dans ce texte qui m’a parfois exaspérée. On est en pleine apartheid et les gens semblent à peine s’en rendre compte. Sans parler des deux personnages principaux : deux jeunes femmes homosexuelles à qui personne ne semble chercher des noises. Etrange… Enfin, si le côté historique m’a semblé faiblard, la romance est belle et on prend plaisir à cette lecture. J’aurais apprécié un peu plus de consistance mais j’ai tout de même passé un bon moment avec ce livre entre les mains. Les évènements se succèdent rapidement, empêchant le lecteur de trouver le temps de s’ennuyer. La diversité des personnages et de leurs caractères est un peu  difficle à suivre parfois mais donne à ce livre une fraîcheur et un dynamisme qui en font oublier les faiblesses. Un bon divertissement.

J’ai lu ce livre dans le cadre d’une lecture commune avec Gwendo, vous pouvez voir son avis ici.

Ce best-seller a aussi été adapté au cinéma :

Cinéma

Nos plus belles vacances, de Philippe LELLOUCHE

         Comédie familiale française de et avec Philippe Lellouche. Avec Julie Gayet, Gérard Darmon.

          Des vacances en Bretagne vue par les yeux d’un petit parigot. Autant vous dire que ça démarre mal. Les bretons sont gentils mais sont ploucs. Après un temps d’adaptation, on finit quand même par bien les aimer. Le papa parisien arrive et trouve plein d’idées géniales pour aider les habitants parce que quand même, chez eux c’est un peu le Moyen Age. Du coup, il est adopté et tout le monde est très tristes quand ils repartent.

          Je ne sais trop que dire. Des parisiens qui découvrent la campagne restent des parisiens qui découvrent la campagne. Quand on en fait partie, ça doit rappeler des souvenirs et on doit trouver ça attendrissant. Quand on a passé ses vacances du côté des « ploucs », on apprécie moins. Pas que ce soit malveillant, bien au contraire, mais une telle naïveté est horripilante. Ces vacances en technicolor sont un cliché ambulant. Que dire ? c’est navrant. C’est plein de bons sentiments, dans un été où il fait toujours beau et où  les vacances sont forcément merveilleuses. Désespérant.

Mes lectures

Laurent GAUDÉ, Le soleil des Scorta

          La lignée des Scorta est née en 1870 à Montepuccio, un petit village au sud de l’Italie où le soleil rend fou. Descendants d’un brigand sans envergure, ils sont condamnés à l’opprobre et la pauvreté. Mais il existe des richesses plus grandes que l’argent : le dévouement à la famille, l’amour de la terre et la soif de vivre. C’est cela qu’il ont promis de se transmettre, de génération en génération, afin que se perpétue leur héritage.

          Ce roman avait reçu en 2004 le prix Goncourt et j’en avais entendu dire le plus grand bien, aussi bien sur le moment que depuis. J’avais donc depuis un moment envie de le lire, mais ayant la manie d’éviter ce dont on parle trop… Je me suis finalement décidée à l’acheter il y a peu. Lorsque je vous ai présenté les nouveautés de ma bibliothèque, j’ai oublié de le citer, et c’est ainsi, que j’ai choisi de le lire en premier.

          Il n’y a pas à dire, le hasard fait parfois très bien les choses ! Je suis de suite rentrée dans ce texte, qui sent à plein nez la terre sèche d’Italie. L’écriture est sans fioritures, simple et belle. Le texte se lit très facilement, les pages défilent sans qu’on ne les voie passer. J’ai beaucoup aimé l’histoire de cette famille, qui n’a rien de bien exceptionnel mais en rappelle bien d’autres. Elle est contée avec une retenue qui la rend plus touchante encore. On est en Italie, mais bien des familles de paysans, ouvriers, pêcheurs ou petits commerçants pourraient s’y reconnaître. C’est l’histoire d’une famille sans prestige, condamnée à un travail éternel et qui pourtant y trouve son bonheur.

          J’ai trouvé ce texte très juste et très beau. Il pose des questions essentielles sur la famille, le bonheur, la vie. J’ai aimé la description de cet attachement à la terre, pourtant si rude. Cet amour du travail éreintant et des choses simples. Rien d’exceptionnel en apparence dans ce petit livre. Pas de style alambiqué ou de grands discours. Une sobriété qui rend hommage aux hommes et aux femmes qu’il décrit. Un texte d’une grande justesse, à la portée de tous. J’ai pris un grand plaisir à le lire, un de mes coups de coeur de l’année.

Une journée était déclarée bonne lorsqu’on avait pu faire un repas digne de ce nom. A deux repas la journée était exceptionnelle et plongeait Giuseppe dans une bonne humeur qui pouvait l’accompagner plusieurs jours. 

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Donato resta bouche bée.

– Pourquoi me dis-tu cela, zio ? demanda-t-il ?

– Parce que je vais mourir et que tout sera englouti avec moi. Je veux qu’au moins une personne sache ce que j’ai eu au fond du ventre toute ma vie.