Cinéma

Skyfall

Thriller, espionnage américano-britannique de Sam Mendes avec Daniel Craig, Judi Dench, Javier Bardem

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          Un mission tourne mal pour Bond et des agents britanniques infiltrés dans le monde entier se trouvent exposés. Le MI6 est attaqué est M est en danger. Elle choisit de faire confiance à 007 et de placer sa vie entre ses mains. Plus que jamais, l’agent va devoir agir dans l’ombre face au mystérieux Silva, un ex agent mégalo aux sombres desseins…

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20264327.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx          Enfin, les nouvelles aventures de notre double zéro préféré sur grand écran ! Avec les problèmes de production qu’il a connus, on craignait que cela n’arrivât jamais… Pour ceux qui ne le savent pas encore, je suis une inconditionnelle de James Bond, les bon(d)s comme les mauvais (oui oui, j’assume une certaine tolérance pour la médiocrité en matière de films d’action). Si j’aimais j’élégance de Pierce Brosnan – quoique les derniers films aient été avec le recul un peu trop « gadgétisés » – on est forcés d’admettre que Daniel Craig a offert une sacrée carrure à notre vénéré James. Plus sobres, sérieusement allégés en gadgets, voitures de luxe et jolies femmes, les deux derniers James Bond misaient clairement sur l’épaisseur du scénario et la psychologie tourmentée de son héros. Un tournant radical qui aura surpris plus d’un fan. Moins de légèreté mais au final des films qui ont ont gagné en consistance et dépassent le simple divertissement.

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20301381.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx          Ce troisième opus incarné par Daniel Graig continue sur la lancée des deux précédents. James Bond a des sentiments, des doutes,  et ses failles n’en font pas toujours un modèle de délicatesse. Un espion tourmenté qui gagne en profondeur et offre autrement de possibilité scénaristiques, ce qui n’a évidemment pas échappé à San Mendes, qui signe ce nouveau volet. Une histoire complexe, une mise en scène bien huilée, de l’action à tire l’arigot ; un film d’action impeccable. Les acteurs ne sont pas en reste, James égal à lui-même, a pris quelques rides et n’en est que plus convainquant. Pour ma minute midinette du jour, moi qui ai toujours trouvé Daniel Craig bien plus talentueux que charismatique, je changerais presque d’avis, ils se bonifie avec l’âge : le mélange poches sous les yeux/muscles d’acier a un charme indéniable, c’est qu’il commence à avoir de la gueule le bougre ! Quant à Javier Bardem en mégalo péroxydé, il est parfait ! Un excellent choix et un grand plaisir de retrouver cet acteur dans un rôle plus léger qu’à son habitude.

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20239401.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx          On retrouve bien sur les incontournables de la série : générique de début stylisé, ouverture sur une énorme course poursuite, méchant à moitié fou, jolie fille pour aider notre héros et dérapages incontrôlés. Même la célèbre Aston Martin est de retour, j’en soupire d’aise… Le scénario réserve quelques petites surprises. On peut déplorer quelques longueurs et peut-être un peu moins d’originalité que dans Casino Royale (Quantum of Solace était un rien fadasse) mais l’ensemble se tient très bien : l’histoire offre à James Bond une humanité qui lui manque parfois dans la série, Sam Mendes n’est pas avare en effets spéciaux et il y a peu de temps morts où le spectateur pourrait avoir le temps de s’ennuyer. La fin surprend mais « chut » je ne vous en dis pas plus. Le réalisateur trouve un joli équilibre entre atours purement « james-bondiens » et qualité scénaristiques : qu’on se le dise, notre 007 est devenu un homme, il ne compte plus jouer les potiches dans des films de bas étage ! Avec l’âge, il court moins mais on gagne en efficacité et on s’en réjouit. Les amoureux de James Bond adoreront cet opus riche en rebondissements (parfois un rien attendus tout de même), les autres reprocheront sans doute un petit manque de fantaisie. Pour ma part, j’adhère encore et toujours. Cinquante ans après son apparition à l’écran, l’un des meilleurs films de la série. 

Cinéma

Au-delà des collines

Drame roumain de Cristian Mungiu avec Cosmina Stratan, Cristina Flutur, Valeriu Andriuta

          Alina a grandi dans un orphelinat en Roumanie et vit en Allemagne où elle fait de petits boulots. Mais elle a le mal du pays, et surtout celui de Voichita, son amie de toujours. Elle décide alors de rentrer au pays pour venir la chercher et l’amener avec elle. Si elle savait que celle-ci avait entre temps intégré un monastère, jamais elle n’aurait cru que Dieu puisse être plus fort que leur amour. Une réalité qui va la faire sombrer dans la folie…

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Au-dela-des-Collines_portrait_w858          On rarement l’occasion de voir du cinéma roumain et c’est bien dommage. Des films souvent sombres et profonds, qui loin des clichés du cinéma occidental dont ils semblent déjouer tous les codes, paraissent nous montrer des tranches de vies brutes, dans tout ce qu’elles peuvent avoir de cruel, sans sombrer dans le pathos ou le misérabilisme. Une justesse et une sobriété qui me surprennent toujours et laissent le spectateur désarmé par tant de vérité. Ici encore, ce film nous scotche littéralement au fauteuil. Je suis allé le voir sans savoir que c’était là la nouvelle merveille du réalisateur à la Palme d’Or. Une découverte qui à la sortie de la salle ne m’a en rien surprise, d’autant que ce film-ci s’est vu attribuer un double prix d’interprétation féminine et le prix du scénario à Cannes. En plus des qualités certaines de la création roumaine, cette langue me fascine littéralement et l’entendre est une source de joie inépuisable quoique trop rare.

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au_dela_des_collines          Ce film au sujet difficile est extrêmement sombre. Dépouillé dans sa forme, il ne met que mieux en valeur le tragique de l’histoire. Je me suis d’ailleurs rendue compte à cette occasion de combien l’absence de musique pouvait être autrement plus efficace que l’habituel abus de violons. L’amour entre ces deux femmes est traité avec une grande pudeur qui lui donne une force incroyable. D’ailleurs, s’il s’agit ici de deux femmes, la question de l’homosexualité est tout à fait anecdotique, c’est avant tout d’amour impossible et d’espoirs brisés qu’il retourne. Pourtant, peu ou pas de grands discours romantiques, c’est le désespoir le plus profond que filme le réalisateur. N’étant pas adepte de fanatisme religieux, certains passages m’ont un peu gênée par leur longueur, fort heureusement compensée par la justesse des deux actrices principales. Toutefois, malgré cette petite touche négative et une fin un peu abrupte, un film qui m’a étonnée par son réalisme cru et m’a transmis des émotions assez rares au cinéma, du doute au désespoir. Un film très sombre mais d’une beauté certaine qui prend des chemins de traverses pour traiter d’un sujet rebattu (l’amour l’amour toujours) et surprendre de bout en bout. Un cinéma abrupt mais vrai, comme on aimerait en voir plus souvent.

          En regardant la bande-annonce pour la première fois, dans laquelle on retrouve en même pas deux minutes l’intensité de l’ambiance si particulière de ce film, je constate qu’il est inspiré d’une histoire vraie. Voilà qui fait froid dans le dos et donne envie d’en apprendre plus sur ce drame sordide.

Mes lectures

L’amour dure trois ans – Frédéric Beigbeder

          Après 3 ans d’amour, Marc et sa femme divorcent. Ils ne s’aiment plus et il en aime une autre. L’amour dure trois an, un d’émerveillement, un de tendresse et un d’éloignement. Et puis c’est sûr, c’est la fin, c’est imparable, on ne peut pas y échapper. Alors quand Marc rencontre Alice, il n’en mène pas large, pas question de se laisser avoir encore une fois. Mais même avec tout le cynisme du monde, peut-on vraiment lutter contre l’amour ?

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          Je n’ai pas lu grand chose de Beigbeder, dont les romans sont un peu légers à mon goût, mais j’aime assez sa plume acérée, même si j’ai tendance à trouver qu’il gâche son talent en bâclant ses livres. Cela dit, ce trublion m’est dans l’ensemble plutôt sympathique. J’avais vu le film, que j’avais contre toute attente plutôt aimé (et pour la critique complète, c’est ici). Je l’avais trouvé plein de fraîcheur et agréable à regarder, même si je n’avais pas lu le livre dans la foulée car il ne faut pas non plus abuser des bonnes choses. J’ai ouvert ce livre dans le cadre du club lecture avec un enthousiasme modéré donc. Finalement, pas de grande surprise. L’histoire du roman est moins riche que celle du scénario et a donc largement gagné à la réécriture. Pour le reste, la trame tient dans le résumé et ne réserve pas de réelle surprise. L’écriture est quand à elle fluide et l’humour grinçant de l’auteur rend la lecture agréable. Toutefois, malgré des qualités stylistiques certaines quoique mal exploitées, ce livre reste, comme on pouvait s’y attendre, un simple divertissement.

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Je préfère un vieux beau rassurant à un jeune moche névrosé, m’a-t-elle répondu.

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Car l’amour ce n’est pas seulement : souffrir ou faire souffrir. Cela peut aussi être les deux.

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Le voilà, le grand drame de notre société : même les riches ne font plus envie. Ils sont gros, moches et vulgaires, leurs femmes sont liftées, ils vont en prison, leurs enfants se droguent, ils ont des goûts de ploucs, ils posent pour Gala. Les riches d’aujourd’hui ont oublié que l’argent est un moyen, non une fin. Ils ne savent plus quoi en faire. Au moins, quand on est pauvre, on peut se dire qu’avec du fric tout s’arrangerait. Mais quand on est riche, on ne peut pas se dire qu’avec une nouvelle baraque dans le Midi, une autre voiture de sport, une paire de pompes à douze mille balles ou un mannequin supplémentaire, tout s’arrangerait. Quand on est riche, on n’a plus d’excuses. C’est pour ça que tous les milliardaires sont sous Prozac : parce qu’ils ne font plus rêver personne, pas même eux.

Cinéma

Dans la maison

          Thriller français de François Ozon, aved Fabrice Luchini, Ernst Umhauer, Kristin Scott Thomas

          Germain est professeur de français en classe de seconde. A la rentrée, il demande à ses élèves de raconter leur week-end. Au milieu des copies médiocres, s’en glisse une qui l’intrigue. Un jeune garçon de 16 ans décrit la manière dont il s’est introduit dans la maison d’un camarade. Mais cette rédaction aura une suite et bien vite, le professeur ne contrôlera plus le jeu malsain mis en place par son élève…

          J’aime généralement assez le cinéma de François Ozon, capable du pire comme du meilleur, il est généralement très créatif et ne cesse de nous surprendre. Aller voir son dernier film s’imposait donc comme une évidence, d’autant qu’on en disait le plus grand bien. J’ai un eu traîné des pieds avant d’aller voir ce film, le sujet me tentait moyennement et étant un peu fatiguée j’ai reporté ce visionnage. Et puis, au détour d’une déambulation parisienne, voilà que je passe devant un cinéma à l’heure de la séance, il ne m’en fallait pas plus pour me motiver. Dès le début, j’ai été très agréablement surprise par cette histoire. Je craignais que ce ne soit un peu tiré par les cheveux mais c’est tout compte fait assez bien amené. Fabrice Luchini est parfait en prof aigri ! Très vite, on souhaite autant que lui connaître la suite de l’histoire et comme lui on hésite quand au degré de fictionnalisation des écrits de son jeune élève. Un certain suspens donc, assorti d’une ambiance un rien malsaine qui ne fait qu’accroître notre intérêt.

          J’ai trouvé que cette histoire marchait plutôt bien et François Ozon parvient à nous plonger dans son univers. Personne n’est épargné, la petite bourgeoisie en prend pour son grade (non sans une certaine tendresse) et l’enseignement est également égratigné. Un humour grinçant qui me ravit. Côté réalisation, quelques belles idées. Certaines scènes sont répétées mais filmées sous des angles différents au gré des différentes version qu’en écrit le jeune auteur. Parfois, le professeur fait également irruption dans la maison, au fil des corrections qu’il propose. Les acteurs sont pleins d’énergie et le récit est très dynamique. Certes, ce n’est peut-être pas le film du siècle, mais il est des plus agréable. Une histoire originale, une belle réalisation, des acteurs convaincants. Ce film a une fraîcheur qui manque trop souvent au cinéma français. J’ai pris un réel plaisir devant ce film énergique et inventif comme on aimerait en voir plus souvent.

Cinéma

César doit mourir

          Dans une prison de haute sécurité, des détenus montent le Jules César de Shakespeare. Une parenthèse dans leur quotidien de reclus. La violence de la pièce fera par moments remonter les tensions entre prisonniers et mettra à jour de vieilles rancoeur. Mais le théâtre sera aussi pour eux un espace de liberté auquel il sera difficile de renoncer une fois le rideau retombé. 

          Ce film me tentait beaucoup, à la fois par le sujet, les réalisateurs et la superbe bande-annonce. Etrangement j’ai à la fois été déçue et agréablement surprise. Impressions contradictoires et pourtant se côtoient et que je n’arrive toujours pas totalement à démêler. Tout d’abord déçue parce que je m’attendais à voir une évolution des prisonniers, à les voir transformés par l’art, à être confrontée aux difficultés du metteur en scène pour travailler avec des hommes violents, à entendre une réflexion sur le milieu carcéral. Si on retrouve un peu de cela dans la bande-annonce, c’est quasiment absent du film, ou en si petites touches qu’elles en deviennent difficile à percevoir. C’est frustrant, on voudrait être guidés, voir se dessiner une émouvante rédemption par l’art. On reste donc un peu sur sa faim.

          Pourtant, autre chose se dessine, d’autrement plus subtil. Tout passe par le non-dit. Les images, la mise en scène, une petite phrase attrapée au passage l’air de rien. Ce sont avant tout des acteurs qui sont filmés, pas des prisonniers, et quel meilleur hommage leur rendre ? Le texte est au centre de tout, le contexte se devine : une porte qui s’ouvre ou se referme, une cour grillagée, un regard un peu trop intense… Le tout mis en scène avec une grande finesse, par le jeu de la couleur et du noir et blanc notamment. Au spectateur de tirer ses propres conclusions, de se forger un avis. On est frustré et reconnaissant à la fois. Reconnaissant d’avoir rendu à ses hommes leur humanité, de les avoir élevé au rang d’artistes 1h15 durant. Reconnaissant aussi de laisser au spectateur tant de liberté, de responsabilité presque, face aux images. Images qui disent peu mais suggèrent tout avec une subtilité qui déstabilise et enchante à la fois. Un film à la réalisation magistrale, aux acteurs époustouflants, une vraie leçon de vie et d’humilité. Un Ours d’or de qualité.