Cinéma

This Must Be the Place

Drame fronco-irlando-italien de Paolo Sorrentino avec Sean Penn, Frances McDormand, Judd Hirsch

          A 50 ans, Cheyenne, ancienne rock star, a toujours son look d’adolescent. Gothique au maquillage putassier et à la coiffure improbable, il vit (très largement) de ses rentes à Dublin. Entre ses rares amis et sa femme qu’il semble pourtant adorer, il paraît bien triste dans son immense maison. La mort de son père va le ramener à New-York, qu’il a quitté depuis bien des années, pour poursuivre une quête que celui-ci a laissé inachevée. Lui-même va s’y retrouver peu à peu. 

          Sean Penn sur une affiche : j’y file de suite. Bon, en l’occurrence non je l’ai raté au cinéma, mais je me suis jetée dessus dès son passage sur Canal. Dans l’idée, une rock star dépressive, et Sean Penn – je sais je me répète – c’est la quasi certitude de mon adhésion. Oui, une midinette sommeille en moi… Bon, alors, ça donne quoi. Première impression, tout semble comme au ralenti dans ce film. L’histoire met un peu de temps à démarrer et tout semble assez vide autour de cette célébrité vieillissante. Lui-même possède une élocution absolument insupportable (voix nasillarde et syllabes traînantes, atroces en VF, du coup la VO m’intrigue d’autant plus) qui m’a totalement gâché mon plaisir, et un regard vide des plus déroutants. Certes, c’est pour coller au personnage et montrer son vide intérieur, mais on saisit un peu trop bien l’idée à mon goût et s’attacher à cette espèce de loukoum en bottes cloutées est à peu près infaisable.

          Ce film est-il mauvais pour autant ? Eh bien non. Pas vraiment en tout cas. Certes, on a envie de secouer ce cinquantenaire qui refuse de grandir et a dû y aller un peu fort sur les substances illicites. Toutefois, le thème est très intéressant et abordé de manière plutôt fine. Le besoin de renouer avec ses racines pour se construire (oui, même à 50 ans), le rapport à la famille, le secret… Ce n’est pas la matière qui manque pour faire un bon sujet. Malheureusement, on est un peu déçu du résultat, très en demi-teinte. Tout est esquissé sans être réellement approfondi et on a une impression d’inachevé. J’ai eu l’impression d’un film chuchoté, qui n’ose pas montrer les choses de manière franche. Etrangement, si cela est terriblement frustrant, ça fait aussi partie de son charme certain. Au final, on ne se régale pas vraiment, mais on le regarde sans déplaisir non plus. On ne peut nier une certaine originalité et une fois de plus, Sean Penn se montre excellent en rockeur asthénique. Pas un grand film mais un objet pour le moins intriguant. 

Cinéma

Vous n’avez encore rien vu

          Drame français d’Alain Resnais avec Mathieu Amalric, Pierre Arditi, Sabine Azéma, Lambert Wilson…

          Antoine d’Anthac, l’auteur de la célèbre Eurydice, vient de mourir. Il convoque ceux qui ont joué sa pièce pour juger de la qualité de la mise en scène de celle-ci par une troupe de jeunes comédiens. Durant cette projection, chacun va renouer avec les émotions du texte et du jeu d’acteur. 

          On retrouve une fois de plus toute la troupe d’Alain Resnais, qui sont autant d’acteurs d’exception. On se régale de les voir réunis une fois de plus. Le film rend hommage à l’Eurydice d’Anouilh (dont vous pouvez trouver la critique ici), qui est loin d’être son meilleur texte… La mise en scène est extrêmement originale, mettant en parallèle plusieurs interprétations de la pièce, et nous offre quelques passages surprenants à l’indéniable beauté. Malheureusement, si le procédé est habile et fort original, il n’a pas suffi à me tenir en haleine durant deux heures. Le film est très linéaire, toute la pièce d’Anouilh y passe, et elle n’est pas des plus palpitante (alors en 3 exemplaires, je vous dis pas !). De plus, je n’aime pas le théâtre filmée alors à entendre le texte dans son intégralité, j’aurais autant aimé le voir su les planches !

         Je me suis donc assez vite lassée, et finalement endormie après une lutte acharnée bercée par les douces voix de Pierre Arditi et Lambert Wilson qui ont accompagné mes rêves (je tiens à signalée qu’étant malade et sous traitement, mon endurance est pitoyable, ceci expliquant cela, la qualité du film a  peu à y voir)… L’idée était bonne, la mise en scène est géniale, les acteurs sont tellement convaincants, mais le choix de la pièce est fatal. Avec le texte d’Antigone ou de Médée ç’aurait eu une toute autre allure ! Un film qui est donc intéressant et bourré de qualité mais qui n’a pourtant pas réussi à me convaincre totalement. Frustrant. 

Cinéma

Sauna on Moon

          Comédie dramatique chinoise de Zou Peng avec Wu Yuchi, Lei Ting, Yang Xiaomin.

          Dans une ville chinoise, Wu, le gérant des thermes (entendez, du bordel) Sauna on Moon souhaite faire de son établissement un royaume du plaisir. Mais il n’est pas très doué pour les affaires et son projet va s’avérer difficile à mettre en oeuvre. Trouver des employées motivées n’est pas toujours une mince affaire et les clients sont difficile à satisfaire. 

          Ce film est extrêmement déroutant. S’il n’est pas dénué d’une certaine grâce, il peut aussi s’avérer par moment parfaitement banal voire de mauvais goût. Un mélange de genres parfois surprenant. La première scène est totalement incongrue avec des prostituées à demi nue en train de dormir et un homme ruisselant de pluie qui entre en courant dans la pièce à la poursuite d’un poulet. Tout le film est à l’avenant. Des plans magnifiques alternent avec des situations improbables, le splendide côtoie la fange, on est en permanence déstabilisé. J’aurais le plus grand mal à faire une critique constructive de ce film tant j’ai peiné à y prendre mes marques.

           On découvre en filigrane une Chine en plein mouvement, où tradition et modernité peinent à cohabiter. La misère et la violence côtoient le luxe et la volupté et les femmes sont encore bien souvent considérées par de simples objets. Un film qui montre un pays loin des clichés qui habituellement nous parviennent. L’histoire est assez décousue et il est parfois difficile de s’y retrouver, la trame manque quelque peu de clarté. On frôle parfois le plus pur mauvais goût auquel succède des scènes belles à pleurer. On arrête d’essayer de comprendre et on se laisse porter par ces images irréelles, fleurs du mal des temps modernes. On ressort de ce film sonné, sans bien savoir ce qui nous est arrivé tant nos repères s’en trouvent bouleversés. Zou Peng nous étonne et nous offre une expérience cinématographique unique ; et quelques images de toute beauté.

Cinéma

Le magasin des suicides

          Film d’animation français, comédie musicale de Patrice Leconte.

          Dans une ville où tout espoir a disparu, les Tuvache tiennent au magasin d’aide au grand saut. Corde, poison ou pistolet, chez eux on trouve tout ce qu’il faut pour trépasser. Leur vie est bien réglée jusqu’à ce qu’arrive dans la famille un bébé souriant, la joie de vivre incarnée, qui va venir déranger cette mécanique bien huilée. La famille tente bien de corriger le petit mais c’est trop tard, le ver est dans le fruit…

          Ce film d’animation me tentait bien, cynisme et humour noir semblant être au rendez-vous. Je m’attendais à une sorte de Famille Adams version dessin animée… Je suis donc allée voir ce qu’il en était. Ce film est assez euh… surprenant ! J’ai plutôt aimé le début. Mais j’avoue que le côté comédie musicale est déroutant et s’il peut être sympathique les 5 premières minutes (10 pour les plus indulgents), il tourne vite au calvaire. L’animation est sympa-sans-plus. Elle m’a vaguement rappelé quelque chose sans que je puisse identifier quoi au juste, ce qui est d’ailleurs assez frustrant. L’univers assez coloré et les chansons franchement mièvres viennent totalement parasiter l’idée de départ et la décalage entre la forme et le fond ne fonctionne absolument pas.

         Je me suis endormie au bout de 20min, petite demi-heure de sieste salvatrice, ce qui ne m’arrive à peu près jamais devant un film, et je n’ai eu aucun mal à reprendre l’histoire sensiblement au point où je l’avais laissée (à savoir, nulle part). C’est vous dire l’épaisseur du scénario et sa tension dramatique. Il faut dire que c’est adapté d’un roman de Jean Teulé, ça aurait dû me mettre la puce à l’oreille… Je me suis malheureusement réveillée à temps pour un final pathétique, désespérément convenu et dégoulinant de bons sentiments. A un moment je me suis demandée si ce n’était pas à prendre au 18° degré et si Patrice Leconte ne se moquait pas de son propre film. Mais je ne pense pas que l’auto-dérision puisse atteindre de tels sommets d’ineptie. Si vous ne vous êtes pas encore déplacés, vite, passez votre chemin.

Cinéma

The we and the I

          Comédie dramatique américaine de Michel Gondry avec Michael Brodie, Teresa Lynn, Lady Chen Carrasco.

          C’est le dernier jour de l’année scolaire. Des lycéens plutôt dissipés montent dans un bus pour un dernier trajet entre l’école et chez eux avant les vacances. Ce trajet banal est l’occasion de montrer la violence ordinaire : insultes, bousculades, railleries. Mais au fur à mesure des arrêts, le bus se vide et la force du groupe s’étiole. Les personnalités de chacun commencent à se détacher et les rapports s’apaisent en même temps que chacun laisse apparaître ses fêlures.

          N’aimant pas trop les huis clos et moins encore les engueulades au cinéma, j’étais quelque peu réticente en allant voir ce film. Cependant, connaissant le talent et la créativité de Michel Gondry, je ne pouvais laisser passer son dernier film, toujours gage de nouveauté. Ainsi, j’allais plus voir ce film en tant qu’expérience cinématographique qu’en m’attendant à être réellement emballée. Eh bien, eh bien, ne faisons pas durer le suspens plus longtemps, mes craintes se sont dissipées dès les premières minutes pour laisser place à un réel enthousiasme.

          J’ai beaucoup aimé ce film. C’est filmé de manière assez sobre, ce qui rend le jeu de ces adolescents très naturel. On ne se sent pourtant pas dans un mauvais documentaire (ni un bon d’ailleurs), grâce à une grande inventivité dans la mise en scène : des flash-back nous aident à comprendre les histoires de ces jeunes, le dessin est utilisé pour évoquer leurs rêves, c’est visuellement assez varié et on sort finalement régulièrement de ce bus pour prendre une petite bouffée d’air. J’ai trouvé ce film extrêmement réaliste et pourtant Michel Gondry parvient à dépasser cette réalité par un oeil extérieur à la fois juste et bienveillant. Il parvient à retranscrire la violence sans créer le malaise, rendant même ces adolescents plutôt sympathiques, il nous fait rire de leurs maladresse sans pour autant se montrer moqueur, il nous émeut même. Entre documentaire et film d’auteur, à la sobre et créatif, il se dégage de ce film une force incroyable. Un petit bijou d’esthétisme, humaniste et intelligent. Ce film n’est peut-être pas renversant, il n’impressionne pas, il n’en met pas plein la vue, mais Michel Gondry arrive pourtant à un équilibre et une justesse qu’on ne voit que trop rarement. Il n’y a qu’une chose à dire, bravo.