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Little Bird – Craig Johnson

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          Walt est le shérif d’un comté tranquille du Wyoming et espère arriver à la retraite sans encombre, à mener une vie paisible en réglant quelques conflits de voisinage, en mettant fin à des bagarres dans les bars ou en verbalisant les chauffaurds sur les routes tranquilles. Mais c’était sans compter sur la découverte du corps de Cody Pritchard, un adolescent condamné avec sursis deux ans plus tôt avec trois autres gamins pour le viol d’une jeune indienne, Mélissa Little Bird. Une mort qui a comme un air de vengeance…

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          Je n’avais rien lu de Craig Johnson mais tous ceux qui avaient lu ce roman m’en avaient vanté les mérites. Pourtant, lisant bien moins de polars qu’avant, j’ai attendu bien longtemps avant de m’attaquer à cette lecture ! J’ai une tendresse toute particulière pour les romans des grands espaces et les éditions Gallmeister ont un talent inouï pour dénicher ce qu’il se fait de mieux dans le genre. Je leur fais donc une confiance aveugle et ce n’est pas cette lecture qui me fera changer d’avis ! Dès les premières pages, j’ai bien aimé l’univers mis en place par l’auteur. L’écriture est assez sobre mais recèle un certain humour qui contraste joliment avec la rudesse des personnages. Mais c’est la nature qui est réellement au centre du texte avec de longues descriptions de paysages qui en ennuieront peut-être certains mais qui personnellement me fascinent toujours et me donnent même parfois l’envie de sauter dans le premier avion pour aller voir de mes propres yeux les merveilles que je découvre en quelques lignes expertes.

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          Du côté de l’enquête, on reste dans un scénario relativement classique même si l’auteur s’amuse à brouiller les pistes en intégrant des éléments venu des cultures amérindiennes qu’il explique au compte goutte, jouant à laisser un peu le lecteur dans le flou. Il aime aussi le mener sur de fausses pistes en évoquant de nombreuses possibilités donc bien souvent on sent bien qu’elles ne mèneront à rien, tant et si bien qu’on ne sait plus trop que croire à la fin. Ceux qui aiment l’action risquent d’être déçu, le rythme est assez lent, avec un certain nombre de digressions qui ne font pas franchement avancer l’enquête. L’inspecteur, un rien dépressif avec un certain penchant pour la bouteille, a une forte tendance a l’introspection qui prend pas mal de place dans ces pages. Le roman se construit entre ses problèmes personnels, le rapport à l’environnement (que ce soit la nature, les gens qui nous entourent ou la culture dans la quelle on a grandi) et l’enquête proprement dite ; un aspect de l’écriture que j’ai beaucoup aimé. Les personnages sont attachants et leur univers nous fait voyager. Un roman agréable à lire et intéressant dont le dénouement a réussi à me surprendre.

Craig Johnson stock photo large

Son ton était hésitant et j’étais certain qu’il y avait quelque chose à creuser, là. Alors, j’avais utilisé un de mes vieux trucs de flic et je lui avais demandé s’il n’y avait pas quelque chose qu’elle voulait me dire. Elle avait utilisé un de ses vieux trucs de mère et m’avait répondu non. Les trucs de flics ne font pas le poids devant les trucs de mère.

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Oh, Walt. Toutes les femmes de la ville te courent après. T’imagines si, en plus, t’étais beau ?

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Henry se disait que la raison pour laquelle les Cheyennes avaient toujours chevauché des appaloosas au combat c’était qu’une fois que les hommes étaient arrivés sur le champ de bataille, ils étaient tellement en colère contre leurs chevaux qu’ils étaient prêts à tuer tout le monde.

Grand maître- Jim Harrison

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          L’inspecteur Sunderson est sur le point de prendre sa retraite. Il rêve déjà des longues parties de pêche à la truite près de Lac Supérieur, dans son Nord natal. Mais une affaire le tracasse, un gourou qui se fait appeler Grand Maître et qu’il soupçonne de s’intéresser d’un peu trop près aux très jeunes filles. Tant qu’il n’aura pas arrêté le vieux fou, Sunderson ne trouvera pas le repos.

          La trame est un classique du polar et n’offre pas de réelles surprises. D’ailleurs, l’histoire est presque secondaire. Une fois encore, en prenant pour prétexte cette traque, c’est l’Amérique que nous raconte Jim Harrison. Il nous parle de ce pays si varié, tant par les paysages que par les hommes qui les peuplent. Entre exaspération face à la bêtise ambiante et amour pour sa patrie, l’auteur nous livre un portrait sans concession mais pourtant plein de tendresse des Etats-Unis. Du Michigan à l’Arizona, on découvrira de grands espaces dignes des plus belles cartes postales et des modes de vie que tout oppose. La nature tient une place de choix dans les romans de Jim Harrison, ses personnages y font de longues excursions et il prend plaisir à nous décrire ces lieux qu’il aime, nous donnant envie d’aller à notre tour les découvrir.

          Il est moins tendre avec les hommes. Le personnage principal de ce roman est un homme vieillissant, un peu paumé, assez pathétique au fond, mais tout de même attachant. Il est en est de même pour ceux qui l’entourent : ce sont les failles de chacun qui sont mises en avant, ses blessures. Ce qui donne au roman un note un peu triste qui fait aussi son charme. L’écriture est comme les hommes dont elle parle, brute, sans apprêt. Du côté de l’histoire, on se laisse porter par cette traque, je reprocherais simplement une fin un peu bâclée, ce qui est très dommage et gâche quelque peu ce roman qui eût pu être excellent. Toutefois, on prend grand plaisir à cette lecture, à découvrir une Amérique loin des clichés, pleine de contradictions et qui attire autant qu’elle fait peur. Jim Harrison ne signe sans doute pas ici son meilleur roman mais reste une valeur sure : des personnages nuancés, un amour des grands espaces et un esprit critique aiguisé qui en font un auteur incontournable de la littérature américaine. 

La religion était un fait de la vie, comme l’huile de foie de morue, les impôts, la rentrée scolaire.

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J’en suis venu à m’intéresser de près aux rapports entre la religion, l’argent et le sexe.

– Eh bien vous êtes un crétin ou un érudit, ou encore les deux à la fois. Tout ça ne fait qu’un. On ne peut pas les dissocier.

Jack LONDON, Construire un feu

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       Un recueil de nouvelles comme Jack London en a le secret : le Grand Nord dans toute sa splendeur, le froid, l’immensité des paysages, la mort qui n’est jamais très loin et des hommes hors du commun forgés par cette nature inhospitalière. 

          Je vais me répéter, j’en ai bien peur. Je vais donc faire bref. Jack London dépeint les grands espaces comme personne. Ses récits nous propulsent tout droit dans une nature aussi impitoyable que terriblement belle. J’ai retrouvé dans ces nouvelles le vent de liberté qui soufflait dans L’amour de la vie.

         La rudesse de l’écriture et sa force me fascinent toujours autant. J’ai avec surprise retrouvé dans la cruauté de certaines de ces nouvelles un petit quelque chose de Maupassant. Une écriture intransigeante et des aventures à couper le souffle. Pour moi Jack London reste l’un des plus grands auteurs du début du XX° siècle. Éblouissant.

Rien que de la barbarie. Chaque année, lui dont le coeur ne vivait que pour les studios,  les théâtres et les cours, il avait été cerné par elle. Il avait acheté sa vie avec du sang.

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Mais, à cette température, lorsque les pieds sont mouillés et en train de geler, il ne sert à rien de courir pour réactiver la circulation. On a beau foncer comme un dératé, les pieds mouillés n’en gèleront que plus fort.

Edward ABBEY, Le feu sur la montagne

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        Billy passe ses vacances d’été chez son grand-père, comme chaque année, dans un ranch du Nouveau-Mexique entouré par le désert. L’immensité des étendues arides, le marquage des animaux, les longues discussions à l’ombre de la véranda et les promenades à cheval semblent immuables. C’était sans compter sur l’arrivée de l’US Air Force qui décide d’y installer un champ de tir de missiles. Le vieil est prêt à se battre pour défendre sa terre, jusqu’à la mort s’il le faut.

        J’avais déjà lu de cet auteur les excellents Le gang de la clef à molette et sa suite, Le retour du gang de la clef à molette, tous deux publiés aux excellentes éditions Gallmeister (parce qu’on ne répétera jamais assez à quel point cette maison gagne à être connue). Deux livres dont l’action se déroulait dans le Grand Canyon et où l’écologie tenait une place centrale. On retrouve dans cet ouvrage l’attachement la terre d’Edward Abbey, l’amour des grands espaces et le respect de la nature. Et toujours aussi sa critique acerbe des dérives de la société capitaliste et des méfaits de la connerie humaine. Un combat désespéré pour préserver une nature éblouissante.

          J’ai beaucoup aimé les personnages, forts en caractère et très attachants. Le style est également très agréable, sans circonvolutions inutiles et laissant une grande place aux dialogues, rendant le tout très vivant. Une large place est accordée à l’immensité des paysages et à la nature : on peut presque sentir le vent brûlant sur sa peau à la seule lecture de ce livre. Du côté du fond, l’auteur prône des valeurs simples et pointe du doigt les incohérences d’un système à la dérive. Comme souvent dans la littérature américaine (celle que j’aime et que j’admire du moins) une vive critique de la société qui s’accompagne d’une admiration sans borne pour la terre qui l’a vu naître. Un livre qui donne envie de sauter dans le premier avion pour aller découvrir une autre Amérique. Magistral.

– Mais à qui appartient cette lumière ? Cette montagne ? Cette terre ? Qui possède cette terre ? Répond à ça vieux cheval. L’homme qui en a le titre de propriété ? L’homme qui la travaille ? L’homme qui l’a volée en dernier ?

Le soleil brillait dans notre dos tandis que nous chevauchions vers la montagne, la montagne de Grand-père, et devant nous nos ombres s’étiraient de manière grotesque […].

– je suis la terre, dit Grand-père. Ca fait soixante-dix ans que je bouffe cette poussière. Qui possède qui ? Il faudra qu’ils me labourent.

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– Prends ton chapeau, dit-il.

– Je viens aussi dit tant Marian.

– Non, dit Lee, tu restes ici. C’est un boulot d’hommes. Prends ton chapeau, Billy.

Et nous partîmes en la laissant à sa vaisselle.