Mes lectures

Les silences de la guerre – Claire FOURIER

          En 1944, en Bretagne, un officier allemand réquisitionne la maison de Klauda et de son père et s’installe dans la chambre au fond du couloir, près de celle de la jeune fille. Il est reçu avec froideur mais son naturel diligent, sa curiosité et sa culture arrivera peu à peu à faire sortir ses hôtes de leur mutisme. Contre toute attente, une certaine complicité va s’établir entre ces deux factions ennemies.

          Je dois admettre que j’étais moyennement emballée par ce livre : une histoire d’amour entre une bretonne et un officier nazi pendant l’Occupation n’avait a priori pas grand chose pour me séduire. Pourtant, les premières pages de ce roman m’ont agréablement surprise. Le style est très fluide et agréable, mais surtout bien plus travaillé que ce à quoi je m’attendais. La rencontre est également traitée de manière assez intelligente. Les personnages mettent du temps à s’apprivoiser, on n’est pas vraiment dans un coup de foudre mais plutôt dans la lente mise en place d’une relation plus durable. Malheureusement, cette bonne lancée qui m’a tenu en haleine à peu près un tiers du livre n’a pas duré. Les conversations entre Hermann et Klauda, qui tournent beaucoup autour de l’art, la littérature, la philosophie et les mérites comparés des côtes bretonnes et baltes, sont absolument soporifiques. L’officier allemand y est décrit comme un tel modèle de perfection qu’il en perd toute consistance et affadit sérieusement une histoire d’amour qui aurait mérité d’être plus tourmentée étant donné les sombres circonstances. Un livre bien écrit mais qui lasse assez vite par la longueur de ses descriptions et le manque de profondeur de ses personnages.

71824038

Des étoiles clignotaient. La chambre au bout du couloir donnait au nord. Elle est sombre et froide, me dis-je. Je n’y songeais pas quand mon frère était là.

_______________

L’homme parlait avec le sombre sérieux d’une âme guerrière qui en voulait à la guerre d’être une chose haineuse et vile, une chose sans envergure.

Mes lectures

La Guerre et la Paix – Lev Tolstoï

        Entre 1805 et 1812, les relations entre la Russie et la France sont tendues. Les deux pays oscillent entre guerre et paix. Un calme relatif et une amitié instable entre les deux pays succèdent aux batailles sanglantes qui opposent ces empires rivaux. Entre Saint-Pétersbourg et Moscou, trois familles, les Bolkonsky, les Rostov et les Bézoukhov, sont les témoins privilégiés de cet échiquier politique, au centre de la haute société russe. Amitié, premiers amours, ambition et trahisons se côtoient quand la petite histoire rejoint la grande.

9782020476966

          Il y avait longtemps que cette version allégée (par l’auteur lui-même, qui l’a épurée de ses nombreuses digressions) de ce grand classique de la littérature russe attendait dans ma bibliothèque. J’aime généralement beaucoup les auteurs slaves, même si Dostoïevski l’a toujours largement emporté dans mon coeur sur Tolstoï dont le côté moralisateur a une certaine tendance à m’agacer. Je me suis donc lancée dans cette lecture à la fois enthousiaste et un peu méfiante. J’ai eu un peu de mal à accrocher avec les premières pages, le temps de comprendre qui était qui (et croyez-moi, ça a pris du temps !), de m’habituer au style et de replonger dans ce début de 19° s. Mais assez rapidement, les caractères des personnages se dessinent. Ils sont nombreux et cette virevolte constante des sentiments et des opinions devient grisante. On retrouve toute la légèreté feinte des salons, les intrigues qui s’y nouent et les drames intimes qui y naissent.

          Le texte alterne entre les périodes de paix dans les salons pétersbourgeois ou moscovites et les périodes de guerre sur le front. Les scènes de bataille sont saisissantes, criantes de vérité. On y retrouve aussi bien les calculs alambiqués des théoriciens, les luttes internes pour le pouvoir que la peur du simple soldat. J’ai aimé cette ambiance champ de bataille avec sa désorganisation, sa peur viscérale, et la vantardise des soldats après la victoire, pour oublier leur lâcheté. Le style de Tolstoï est exigeant, il demande du temps pour se plonger dedans, mais il nous entraîne avec lui dans cet univers où l’ambition est au centre de tout. On suit avec délices aussi bien les intrigues politiques que celles de salons. Un livre qui se dévore, autant pour l’aspect historique que pour le plaisir de voir les personnages s’enfoncer dans d’improbables manigances pour parvenir à leurs fins. Une belle écriture et une psychologie soignée dans un contexte historique passionnant qui font de ce pavé une lecture aussi intéressant qu’agréable.

AVT_Leon-Tolstoi_6424

Il affirmait que les vices humains n’avaient que deux sources – l’oisiveté et la superstition -, et qu’il n’y avait que deux vertus – l’action et l’esprit.

______________

Pourquoi pas ? Ca me coûte si peu et ça vous fera tant de plaisir.

______________

Pfuel était l’un de ces théoriciens qui aiment tellement leur théorie qu’ils en oublient le but : sa mise en pratique. Dans l’amour de sa théorie, il haïssait toute pratique et ne voulait pas en entendre parler. Il se réjouissait même du fiasco, car un fiasco qui provient de l’inévitable écart entre la théorie et la pratique démontrait la justesse de sa théorie.

Mes lectures

Si c’est un homme – Primo Levi

          Dans ce livre autobiographique, Primo Levi raconte sa déportation à Auschwitz alors qu’il avait 24 ans. Le récit de sa lutte pour la survie au Lager, jour après jour, dans des conditions inhumaines et sans espoir d’en réchapper. Il s’en sortira pourtant et se fera un devoir de témoigner de ce qu’il a vécu.

PrimoLevi05

          Je reportais depuis longtemps la lecture de ce texte. J’ai pourtant lu un certain nombre de livres sur les camps, mais je ne sais pourquoi celui-ci me paraissait encore plus sombre – à cause de sa couverture peu engageante ? parce que la rencontre du témoignage avec la littérature me fait toujours un peu peur ? Toujours est-il que j’ai enfin fini par me lancer. Et ce fut une véritable surprise. J’ai lu des textes horribles sur les camps, la déshumanisation qui y avait lieu, les privations constantes, les humiliations… Si tout cela se retrouve bien sûr d’une certaine manière chez Primo Levi, c’est de manière bien moins frontale. Certes, il nous raconte tout, il a vécu le même enfer que les autres, et pourtant, il y a dans son témoignage une incroyable humanité.

          En effet, j’ai été surprise par l’attention que porte l’auteur tout au long de son récit aux traces d’humanité qui perdurent malgré tout dans le camp : un regard, un sourire, une phrase prononcée dans sa langue natale ; tout ce qui peut rappeler de près ou de loin qu’il y a eu une vie, avant, comme autant de parenthèses dans le malheur qui l’entoure. Pourtant, Primo Levi ne fait pas partie de ceux qui pensent que tout cela aura une fin, il ne croit à la possibilité de sortir vivant de ce camp ; il s’efforce juste de survivre le plus longtemps possible, plus par habitude que par espoir. Et malgré tout, en s’accrochant à tous ces détails que les autres pour la plupart ne voient plus, il parvient à demeurer terriblement humain et à puiser de la force pour continuer à résister à l’anéantissement qui le guette. Un texte magnifique et bouleversant.

primolevi460

Nous découvrons tous tôt ou tard dans la vie que le bonheur absolu n’existe pas, mais bien peu sont ceux qui s’arrêtent à cette considération inverse qu’il n’y a pas non plus de malheur absolu.

_______________

Quand on attend, le temps avance tout seul sans qu’on soit obligé d’intervenir pour le pousser en avant, tandis que quand on travaille, chaque minute nous parcourt douloureusement et demande à être laborieusement expulsée.

Série tv

Games of Throne (Le Trône de fer)

          Depuis fort longtemps, dans le Royaume des Sept Couronnes, l’équilibre des saisons est modifié : étés et hivers peuvent durer des années. Il est des hommes qui de leur vie n’auront connu qu’une saison. Aux portes du royaume, derrière un haut mur protégé par la Garde de Nuit, se tiennent des créatures maléfiques qui attendent leur heure. Après un été qui a duré 10 ans, un long hiver s’annonce et chacun s’y prépare. Mais le roi meurt et une lutte sans merci va s’engager pour s’emparer du Trône de Fer. 

          Si le livre me tentait, je dois admettre avoir traîné des pieds pour regarder cette série télé, n’étant grande amatrice de science-fiction à l’écran. Grave erreur ! Le début du premier épisode m’a laissé de glace, j’ai pourtant continué à regarder, parce que quand on est en société, on fait un effort. Eh bien, incroyable mais vrai, malgré une mauvaise volonté certaine, le 1° épisode n’était pas encore achevé que j’étais déjà accro ! C’est excessivement prenant ! Déjà, certains personnages sont terriblement attachant. D’ailleurs la galerie de personnages est très vaste et chacun est d’une grande complexité, ce qui augmente encore le plaisir du visionnage, nous offrant un large panel d’émotions. Ensuite, les épisodes sont très bien construits et finissent presque tous en plein suspens (pas un petit suspens hein, le genre suspens insoutenable, vite, il me faut la suite !).

          Le gros gros point fort de cette série, c’est qu’elle ne fonctionne pas sur une trame « classique ». Ici, rien ne marche comme d’habitude : les gentils ne gagnent pas toujours, les méchants prennent le pouvoir, les héros peuvent mourir. Bref, c’est dégueulasse, comme dans la vraie vie, et vous n’avez pas fini de vous insurger contre des péripéties particulièrement retorses. Autre belle surprise, l’aspect fantasy est finalement très secondaire, le véritable enjeu de l’histoire étant la guerre pour le trône. Cette lutte acharnée est l’occasion d’une intéressante réflexion sur le pouvoir et ses enjeux. Une série qui s’avère donc intelligente et très surprenante avec en prime un très bel univers visuel. Attention, une fois que vous aurez commencé, vous ne compterez plus les nuits blanches pour connaître le dénouement au plus vite ! A voir absolument !

Mes lectures

Un repas en hiver

          C’est la guerre, pour éviter d’avoir à fusiller le convoi de prisonniers qui arrivent, trois hommes partent à la chasse dans le froid. A la chasse au juif. Ils en trouvent un peu par hasard et vont tout faire pour repousser le moment du retour. Dans une maison abandonnée, ils vont tenter de faire un feu pour préparer le repas. Dans des circonstances si difficiles, les choses les plus simples vont prendre une toute autre tournure. 

          J’aime beaucoup la finesse et la sensibilité des romans d’Hubert Mingarelli. La guerre est un thème qu’il a déjà abordé dans d’autres ouvrages et la solitude est au coeur de son oeuvre. On retrouve donc ici des thèmes qui lui sont chers. Comme à son habitude, l’auteur s’attache à l’importances des petites choses de la vie dans des circonstances particulières. Un travail dans lequel il excelle. Le point de vue adopté est ici surprenant. En effet, si les romans sur la seconde guerre mondiale sont nombreux (bien qu’elle ne soit jamais nommée ici), rare sont ceux qui adoptent le point de vue du soldat allemand. Ceux-ci ne sont pas des héros, juste des hommes ordinaires qui obéissent aux ordres, qui font ce qu’ils ont à faire, et essaient d’échapper de leur mieux aux conditions de vie difficile. Cette moralité est particulièrement intéressante. On est face à trois êtres humains, ni meilleurs ni pires que les autres, simplement pris dans des rouages qui leur échappent. L’écriture un peu hachée semble reproduire le fil décousu de leurs pensées. Un roman qui surprend, qui déroute. Un univers âpre et poétique à la fois où on perd sais repères et ne sais pas toujours à quoi se raccrocher. L’identification à « l’ennemi » met mal à l’aise et pourtant, c’est bien là que réside toute la force de ce livre. Si le style est moins fluide que d’habitude et le sujet dérangeant, Mingarelli nous livre toutefois en cette rentrée un roman fort et poignant, encore et toujours tout en délicatesse. 

Tout à l’heure nous avions traversé un village polonais, triste comme une assiette en fer qu’on n’a jamais lavée.

_______________

Parce que si vous voulez savoir ce qui moi me faisait du mal, et qui m’en fait jusqu’au jour de maintenant, c’était de voir ce genre de choses sur les habits des Juifs que nous allions tuer : une broderie, des boutons en couleur, ou dans les cheveux un ruban. Ces tendres attentions maternelles me transperçaient. Ensuite, je les oubliais, mais sur le moment elles me transperçaient et je souffrais pour les mères qui s’étaient donné ce mal, un jour. Et ensuite à cause de cette souffrance qu’elles me donnaient, je les haïssais aussi. Et vraiment je les haïssais autant que je souffrais pour elles.