Mes lectures

Poupées – Rainer Maria Rilke

          Trois courts textes autour de l’enfance. Ces nouvelles de Rainer Maria Rilke sont suivies d’un essai de Charles Baudelaire intitulé La morale du joujou. Bien que ce soient deux auteurs que j’apprécie, je ne connaissais aucun de ces textes et j’avais hâte de les découvrir, d’autant que le thème était pour le moins prometteur.

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          Je dois avouer que contre toute attente, j’ai beau être une inconditionnelle des nouvelles de Rilke, je n’ai pas grand choses à dire de celles-ci. Je n’ai absolument pas accroché. J’ai trouvé la première nouvelle notamment extrêmement obscure. J’ai eu le plus grand mal à entrer dans le texte et à suivre ce qu’il s’y passait. Disons que c’est quasi mystique, très empreint de spiritualité, ce que je ne goûte guère avec mon esprit terriblement terre à terre. Les pages sont peu nombreuses mais j’ai dû me faire violence pour en venir à bout. Pourtant, il y a tout de même beaucoup de choses intéressantes dans ces textes qui proposent une vision de l’enfance dénuée de tout aspect puéril. Le merveilleux se confronte à la réalité dans ces trois nouvelles très différentes mais exigeantes et difficiles que complète très bien le texte de Baudelaire sur le rapport de l’enfant à ses jouets.

Mes lectures

L’enfant grec – Vassilis Alexakis

          Le narrateur vient de subir une grosse opération et est en convalescence près du jardin du Luxembourg à Paris où il passe le plus clair de ses journées pour tromper l’ennui en assistant aux spectacles de Guignol ou en discutant avec les habitués. Le jardin lui rappelle celui de son enfance, en Grèce, dans le quartier de Callithéa à Athènes, et ses souvenirs d’enfance s’en mêlent.

l-enfant-grec-2532962-250-400          J’avais entendu louer les louanges de ce texte, sorti à la rentrée littéraire de l’an passé mais n’avais pas encore trouvé le temps de le lire. Il y a déjà un moment que j’ai fini cette lecture mais j’ai mis un peu de temps pour prendre le temps d’en parler, ne trouvant à vrai dire pas grand chose à en dire je crois. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre mais le titre me plaisait bien, je trouvais qu’il invitait au voyage. La découverte de l’histoire m’a donc un peu déçue. D’ailleurs je dois avouer que je m’attendais plus à un « vrai » roman qu’à une autofiction, ce qui m’a un peu désappointée également. Bref, je ne sais pas trop pourquoi mais j’avais une image totalement erronée de ce livre et il ne correspondait pas trop à mes attentes au moment de la lecture, une période où j’avais envie de quelque chose plus léger je crois.

          Le style est très agréable. C’est bien écrit et j’ai commencé cette lecture avec plaisir. Toutefois, je me suis assez rapidement ennuyée. Dans ce genre de textes, se couler dans le rythme du récit est particulièrement important. Il faut prendre le temps de se faire à l’univers du narrateur, sa voix, ses souvenirs. Je dois bien admettre qu’ici malgré la beauté des phrases je n’y suis pas arrivée. J’ai eu l’impression que les choses allaient un peu trop lentement et que cette retenue constante gênait mon envie de d’avancer. Je n’ai pas lu ce texte jusqu’à la fin, alors que je n’avais pourtant rien à lui reprocher. Je pense que même si c’est une écriture trop intime à mon goût, c’est un livre que j’aurais pu apprécier à un autre moment, ce n’était sans doute simplement pas le bon choix à la bonne période, ce sont des choses qui arrive, peut-être dans quelques années, retenterais-je me chance ? Une rencontre qui ne s’est pas faite malgré une écriture de qualité et une grande sensibilité.

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Peu après, elle m’a apporté le Petit Robert qu’elle a déposé sur ma poitrine. Ce dictionnaire que j’utilise depuis trente-cinq ans et dans lequel j’ai puisé tous mes livres m’a paru soudain extrêmement lourd. J’ai eu peur d’étouffer sous le poids du vocabulaire français.

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-Pourquoi écrivez-vous? interroge-t-on aussi.
Est-ce une activité saugrenue, comme la cleptomanie ou le saut en parachute? Je regarde encore mes mains. La main droite lâche à nouveau le crayon et s’approche de mon visage. Elle ne va pas me gifler, j’espère? Non, bien sûr. Elle me gratte cette fois-ci la tête : c’est tout ce qu’elle peut faire pour m’aider à trouver une réponse. J’ai découvert de bonne heure que la vie n’avait rien de plus beau à m’offrir que des mensonges. Je l’ai su grâce aux lectures que me faisait ma mère le soir. Je ne rêvais pas encore d’écrire, pour la bonne raison que je ne savais même pas lire.

Mes lectures

La cuisine du diable – Plongez au coeur de la mafia avec Damien Marie et Karl Tollet

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          Le jeune Anthony grandit à Little Italy, à New-York, dans les années 30. En pleine prohibition, la mafia gangrène tout et il voit ses parents mourir sous ses yeux, fauchés par une rafale de mitraillette. Pour sauver sa peau et celle de ses frères, ce gamin va déclencher une véritable guerre des gangs.

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          Je dois avouer que le titre ne m’inspirait guère… Mais cette BD m’avait été très chaudement recommandée, j’ai donc fini par me lancer. Grand bien m’en prit ! Quel régal ! J’ai beaucoup aimé le dessin, fin et précis, à l’aquarelle, un style que j’apprécie et qui m’aide à entrer plus rapidement dans l’histoire. Et celle-ci est passionnante. On plonge dans les bas-fonds de New-York pour découvrir les dessous de la mafia : la cuisine du diable.

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          Anthony est un personnage très attachant, tout comme Candice, sa jeune amie pour qui il serait prêt à tout. L’univers qui est le leur est très sombre : drogue, alcool, prostitution, meurtre et violence sont leur quotidien. L’incroyable détermination de cet adolescent donne envie de suivre jusqu’au bout ses aventures aux nombreux rebondissements. Un dessin accrocheur et un scénario passionnant font de cette BD un grand moment de lecture sur fond historique : une fois qu’on l’a ouverte, impossible de la lâcher !

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Jeunesse·Mes lectures

Coraline – Neil Gaiman

          Coraline et ses parents viennent de déménager. Elle explore les environs et apprivoise peu à peu sa nouvelle maison et ses étranges voisins. Mais ce qui l’intrigue par dessus tout, c’est la porte condamnée dans le salon : derrière un monde magique et effrayant l’attend.

9782290040638FS          Je n’avais jamais rien lu de Neil Gaiman, ce fut donc une découverte. Tous ceux qui avaient lu ce livre m’en avaient dit le plus grand bien. J’ai dans un premier temps été un peu surprise de me trouver face à un roman jeunesse, je ne sais pas pourquoi mais je ne m’y attendais pas vraiment (pourtant l’épaisseur et le sujet auraient pu me guider…). Le style est donc assez simple bien qu’agréable, ce qui m’a un peu prise au dépourvu. Mais finalement, après quelques pages, je suis rentrée dans l’univers de cette petite fille attachante et ce roman m’a rappelé ceux que je dévorais enfant ou même adolescente.

          On se laisse prendre dans l’aventure de Coraline. On a peur avec elle, on vibre à ses aventures. Le personnage est charismatique, on prend cette fillette en affection, on s’imagine comme elle explorer cette maison et son jardin et inventer des vies étranges à ses habitants. Quand on passe de l’autre côté, j’ai trouvé que la peur était bien retranscrite. Peut-être que la façade mielleuse de cet univers sombre et pervers aurait pu mettre un peu plus longtemps à se fissurer pour mieux nous tromper, mais ce n’est là qu’un léger bémol. J’ai beaucoup aimé cette histoire où l’imagination et le courage tiennent une grande place et je sais que je l’aurais plus aimée encore si je l’avais lue à l’âge de Coraline.

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Certains prétendent, déclara-t-il d’un ton onctueux comme de la soie huilée, que cette tendance, chez les chats, à jouer avec leur proie est en réalité une preuve de compassion : après tout, cela permet de temps en temps à notre amusant petit casse-croûte de s’enfuir. Ça t’arrive souvent, toi, que ton dîner s’échappe ?

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S’il te plaît…Comment t’appelles-tu? Moi c’est Coraline. »
Le chat bâilla sans se presser, voire avec application, en dévoilant une bouche et une langue extraordinairement roses. « Un chat, ça n’a pas de nom, répondit-il enfin.
– Ah bon?
– Non. C’est bon pour vous autres, les noms. Parce que vous ne savez pas qui vous êtes. Mais nous, nous le savons; alors nous n’en avons pas besoin. »

Jeunesse·Mes lectures

Les fantastiques livres volants de Morris Lessmore – William Joyce

          Morris Lessmore aime les mots. Quand une tornade fait disparaître son histoire, il erre sans but jusqu’à découvrir les livres, qui vont venir emplir sa vie. Ils le guérissent tandis qu’il prend soin d’eux. On entre sur la pointe des pieds dans leur merveilleuse histoire.

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          Je suis tombée totalement amoureuse de ce livre ! Le dessin a un charme fou : un peu désuet, très travaillé, plein de poésie. La mise en page et la police sont originales, avec quelques touches de fantaisie, sans jamais en faire trop, restant toujours sobres et élégantes. L’histoire sort également de l’ordinaire et aborde des thèmes très peu fréquents en littérature jeunesse comme l’identité ou le vieillissement.

fantastiques-livres-volants-morris-lessmore-L-7TkVen          Ce livre plein de références cinématographiques et littéraires m’a parfois rappelé les vieux films américains et le cinéma muet, un univers que j’aime beaucoup. C’était d’ailleurs d’abord un court métrage d’animation qui a eu un Oscar. Les images bourrées de détails, avec leurs livres volants, sont pleines de magies et m’ont réellement émerveillée. Rarement un livre jeunesse m’avait à ce point retournée ! Une magnifique déclaration d’amour aux livres qui m’a beaucoup touchée et fait retomber en enfance.

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