Mes lectures

Sexy sexa – Victor Zarca

          Victor Zarca jongle avec les mots non sans un certain humour. Et quand il les récite, il préfère les slamer et les faire vivre sur scène pour les partager avec de plus jeunes que lui. Un univers pour le moins surprenant.

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          On ne m’avait pas franchement dit du bien de ce texte qu’on m’avait présenté comme « un vieux pervers qui slame et ne parle que de sexe tout le temps ». Suivi de : « Je n’ai pas pu le finir, veux-tu y jeter un œil pour le blog ? » euh… Non merci. Et puis, finalement, lors d’une visite à l’amie en question, elle m’en a reparlé, elle m’a dit mais si, il faut absolument que tu le lises, c’est drôle quand même, je suis sure que tu vas bien aimer, et j’ai fini par céder à ses avances. J’ai finalement plutôt bien fait tant ces textes sont surprenants. Je n’irai pas jusqu’à dire que j’ai apprécié mais j’ai attrapé un réel fou rire, comme rarement avec un livre. Tant et si bien que j’ai même fini par faire une lecture à voix haute des textes pendant une bonne partie de la soirée déclenchant l’hilarité générale.

          Malgré la bonne humeur certaine qui a accompagné cette lecture, je ne peux pas dire l’avoir trouvée de grande qualité. Les jeux de mots s’enchaînent, pas toujours très fins, et on se demande s’il s’agit d’humour ou simplement de mauvais goût. Si on rit, c’est un peu de dépit bien souvent. Mais si certains textes ne sont pas terribles, et d’autres un peu gras à mon goût, il y a quand même quelques mots qui m’ont fait sourire de bon cœur et je dois admettre qu’en vidéo, la conviction que met l’auteur dans sa mise en scène donne au tout bien plus de charme. Un style parfois un peu faible et un humour particulier qui ne fait pas toujours mouche mais que je ne suis sans doute pas prête d’oublier.

Quand je fais l’amour à Assentione

Pas question de pénétratione

A sa vertu elle se cramponne

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Est-ce PAIN PERDU de te dire que je suis toujours MERINGUE de toi ?

Mes lectures

Contre-enquête sur la mort d’Emma Bovary – Philippe Doumenc

          Et si Emma Bovary ne s’était pas suicidée ? Des marques sur le corps laissent penser qu’il pourrait s’agir d’un meurtre. Sans compter que le professeur Larivière affirme avoir entendu la jeune femme à l’agonie murmurer « assassinée, pas suicidée ». La police est dépêchée sur les lieux pour enquêter en toute discrétion sur l’affaire. 

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          Je dois admettre que je n’étais que moyennement emballée à l’idée de lire ce livre. Madame Bovary n’est déjà pas mon roman préféré, je ne me précipite donc pas sur ce qui s’y rapporte. Mais surtout, je n’aimais pas trop l’idée de cette enquête. Pour moi un roman est un roman, si le personnage se suicide, l’affaire est close, il n’y a pas à discuter étant donné qu’il n’existe que dans l’imagination de son auteur : il n’y a pas d’erreur possible. Aussi bien ficelé que soit ce livre, je ne voyais donc pas bien comment il pourrait parvenir à me convaincre puisque c’est sur son principe même que j’étais réticente. Pourtant, même si je n’ai pas réellement changé d’avis quant au bien fondé du procédé, j’ai été plutôt agréablement surprise.

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          Le début m’a laissée quelque peu sceptique. Ca m’a fait un peu bizarre de replonger dans l’univers du roman de Flaubert mais avec un style différent. C’est assez étrange de retrouver les personnages après la fin de l’histoire. Ca m’a donné l’impression de me placer un peu en voyeuse, ce que j’ai trouvé malsain et excitant à la fois. Le roman est construit comme un polar et finalement, même si parfois j’ai été un brin agacée par certains traits un peu forcés des personnages, je me suis assez vite laissée prendre au jeu. Le style est plaisant et on prend plaisir à déterrer les petits secrets de tout le village. D’ailleurs, pour ce livre, l’auteur s’est penché sur celle qui a inspiré Flaubert et essaie de rétablir la vérité sur son histoire ; il joue ainsi entre réalité et fiction. Un roman prenant qui se lit avec plaisir.

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Il le trouva en robe de chambre et en bonnet de nuit, assis débonnairement avec sa mère dans la pièce à demi démeublée où d’Herville avait fait l’autopsie d’Emma et où maintenant, seul signe d’animation, le balancier de la grande horloge paysanne brune à longue caisse continuait de battre avec l’obstination domestique d’un bœuf qui rumine ou d’un feu qui brasille.

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Les amours de jeunesse ressemblent à cette vaccine de Jenner que les médecins vous injectent contre la variole : elle vous immunise; mais en même temps qu’elle vous immunise, elle vous communique un peu de la maladie.

Jeunesse·Mes lectures

Beauté – I, Désirs exausés – Kerascoët et Yohan Hubert

          Morue n’a pas été gâtée par la nature et rêve de devenir une beauté. Une fée va l’y aider. Elle va devenir l’objet de toutes les convoitises mais susciter aussi bien des rancœurs et va devoir s’échapper au milieu de la nuit pour échapper au courroux de ses consœurs. Sauvée par un seigneur, sa beauté sera-t-elle finalement une chance ou une malédiction ?

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          Voilà une BD qui ne manque pas de mordant ! La quatrième de couverture laissait supposer un humour grinçant et je n’ai pas été déçue. Il y a de l’originalité et de la finesse dans ces pages, même si parfois on en attendrait un peu plus. Un personnage principal un peu plus complexe peut-être, ou des rebondissements moins prévisibles (même si tous ne le sont pas, fort heureusement). On sent qu’il y avait là un très fort potentiel un rien sous exploité.

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          Toutefois, j’ai beaucoup ri en lisant cette BD et j’ai trouvé qu’elle posait quelques questions intéressantes sur le rôle de l’apparence notamment. Elle revisite le conte de fée avec humour et légèreté. Quant au dessin, il est agréable et crée un univers entre enfance et âge adulte assez intéressant. La série se compose de trois tomes qui s’adresse plutôt aux adolescents ou aux grands enfants que nous sommes. Une lecture qui m’a réellement amusée et dont l’humour grinçant m’a ravie. J’ai hâte de lire la suite !

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Pauvre crapaud, toi tu me comprends, laid et difforme comme tu es.
Le monde est cruel pour les gens comme nous. Pauvre, pauvre crapaud.

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– C’est Morue ! Que tu es belle !
– Vraiment ? C’est une fée, elle m’a donné un voeu.
– Tu aurais pu demander la richesse, au moins nous aurions tous profité.

Mes lectures

Nue – Jean-Philippe Toussaint

          Le quatrième et dernier volet sur l’histoire d’amour entre Marie et le narrateur. Nous les retrouvons à Tokyo pour une exposition de Marie, puis sur l’île d’Elbe, où elle a une annonce à faire qui pourrait changer le cours de leur relation chaotique.

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          J’avais beaucoup aimé le précédent livre de la série, La vérité sur Marie, et j’avais hâte de lire celui-ci, qui vient clore le cycle, d’autant plus que les critiques étaient pour le moins élogieuses. Tous les éléments semblaient réunis pour passer un bon moment, malheureusement, comme souvent dans ces cas-là, la déception n’était pas loin. On commence le roman par un défilé et la description d’une robe de miel que j’ai trouvée absolument interminable et à peu près sans intérêt. Autant dire que ça commençait mal. Vient ensuite une exposition, là encore, longue description, intérêt restreint, même si ça s’améliore.

          Arrivé vers le milieu, le roman prend un tournant et j’ai trouvé qu’il devenait plus intéressant lorsque les deux personnages s’envolent pour l’île d’Elbe. On retrouve alors quelque chose de l’esprit du volet précédant même si on n’arrive jamais au même équilibre et à la même grâce. Toutefois, d’une certaine manière, le livre parvient tout de même à répondre à certaines questions laissées en suspens dans le roman précédant, mettant ainsi un terme aux aventures de notre narrateur avec Marie. Même si la fin est rattrape un peu le tout, dans l’ensemble j’ai toutefois trouvé ce roman assez fade et d’un niveau nettement inférieur à ce qu’on aurait pu attendre. Jean-Philippe Toussaint est bien loin de signer ici son meilleur roman et ne finit pas cette série sur Marie sur un grand livre, dommage.

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Quand on va voir quelqu’un dans un cimetière, il est naturel qu’on ne le voie pas, il est normal qu’on ne le trouve pas, car on ne peut pas le trouver, jamais, c’est à son absence qu’on est confronté, à son absence irrémédiable.

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Je l’apercevais dans la foule, et il émanait d’elle quelque chose de lumineux, une grâce, une élégance, une évidence…

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C’était même ainsi, et uniquement ainsi, que je concevais maintenant la séparation avec Marie, en sa présence.

Mes lectures

La servante du Seigneur – Jean-Louis Fournier

          Quand on a une fille qui rencontre Dieu, elle change forcément. Elle troque l’humour noir pour une nouvelle vie pleine de couleurs pastel. Difficile d’accepter cette personnalité nouvelle qui se fait jour et l’éloignement grandissant.

          Le thème de ce livre me tentait beaucoup et si je n’avais jamais rien lu de cet auteur, j’en avais toujours entendu dire le plus grand bien. Ce livre est autobiographique. Il se présente comme une lettre ouverte d’un père à sa fille dans laquelle il lui dit tout l’amour qu’il a pour elle, l’inquiétude qui le ronge et ses interrogations quant à leurs relations qui s’étiolent avec le temps. Un autre à pris toute la place, les certitudes ont changé, la manière de penser, la manière de vivre, on ne se comprend plus vraiment alors qu’on a été si proches.

          J’ai beaucoup aimé ce texte à l’écriture léger mais qui touche à des choses profondes. La peine qu’éprouve l’auteur et ses doutes constants sont très touchants. On le ressent dans le style, parfois un peu décousu, qui semble avancer comme par tâtonnements. Un texte comme un appel au secours ou une bouteille à la mer lancée à cette fille encore là et pourtant d’une certaine manière un peu perdue, n’étant plus tout à fait la même. A la fin, cinq pages qui sont un droit de réponse et ajoutent encore à l’intérêt du texte, donnant de donner un aperçu de ressenti de l’autre partie. Un texte court qui se lit comme dans un souffle : émouvant. 

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Maintenant elle ne doute de rien.

Oscar Wilde a écrit que le cerveau de celui qui n’a que des certitudes arrête de fonctionner, « croire est tellement médiocre ». Je ne veux pas que son cerveau arrête de fonctionner. Un cerveau en marche cherche à comprendre et, forcément, il doute.

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Sectaire, ça commence comme sécateur, ça coupe.