Mes lectures

Daffodil Silver – Isabelle Monnin

          Quand Daffodil Silver perd ses parents et doit régler leur héritage, elle décide de raconter avant leur histoire au notaire en charge de la succession. L’histoire de deux sœur inséparables, dont l’une, morte trop tôt, laisse un vide que l’autre n’aura de cesse de combler, créant un projet faramineux. 

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         Deuxième livre de cette rentrée littéraire auquel je me suis attaquée, il m’avait également été recommandé par un libraire. Dès les premières lignes, j’ai été surprise par la qualité de l’écriture et il ne m’aura fallu que deux pages pour tomber totalement sous le charme de ce style assez particulier. Le roman est conséquent (400 pages) et la première moitié est un vrai régal ! Je suis rentrée avec bonheur dans cette fresque familiale originale, à la fois touchante et pleine de fantaisie. Malheureusement, j’ai trouvé qu’elle s’essoufflait un peu dans la durée et tout en prenant un tour peut-être un peu trop fantaisiste à mon goût. Sans doute aurait-il fallu songer à alléger ce scénario foisonnant pour le rendre un peu plus digeste. Toutefois, malgré une construction qui ne m’a pas toujours semblé à la hauteur, ce texte n’en demeure pas moins intéressant.

         En effet, le premier point fort de ce texte – hormis le style, déjà évoqué – est tout simplement son histoire, originale et foisonnante, qui a le mérite de sortir de l’ordinaire. Et si celle-ci parait légère et bien souvent excentrique, elle n’en aborde pas moins des thèmes essentiels. J’ai trouvé notamment que le deuil était traité de manière intéressante et très sensible. C’est d’ailleurs sans doute la partie de ce roman que j’ai préférée. Si les personnages sont excessifs, ils échappent aux clichés et leurs émotions exacerbées surprennent et nous renvoient à nos propres réactions et nos propres peurs. On frôle parfois la folie avec cette histoire qui se veut à la fois tendre et légère et si le texte aurait à mon goût demandé à être allégé, ce roman original au joli style n’en demeure pas moins une lecture agréable et surprenante.

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Les morts sont des vivants qui me foutent la paix.

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Elle ne cultive pas seulement des champs de coquelicots mais aussi son chagrin, un parterre d’orties que l’on nourrirait scrupuleusement d’engrais. Toujours renaissent pour vous gratter les jambes, sans cesse reviennent les vilains souvenirs et les peines comme un lierre finissant par étouffer les plus vivaces des plantes.

Mes lectures

C’est pour ça que je m’appelle Giovanni – Claudio Stassi

          Giovanni est un petit garçon sicilien qu’un garçon de sa classe embête mais qu’il n’ose pas dénoncer. Son père soupçonne les faits et lui raconte une histoire, celle de son prénom, née de la lutte contre la mafia.

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          Je lis assez peu de BD et romans graphiques mais celui-ci a vraiment été un coup de cœur ! J’y ai appris énormément de choses sur la mafia sicilienne sans pour autant que le tout ne devienne trop obscur ou trop complexe. Il s’agit en réalité plutôt d’une biographie, celle de Giovanni Falcone, qui a beaucoup lutté contre la mafia en Sicile, puis dans l’Italie entière, avant de mourir assassiné par ceux qu’il combattait.

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          L’histoire se lit comme un polar, même si elle est bien plus dense qu’il n’y paraît. Toutefois, les faits qu’elle raconte sont bien réels, même s’ils sont enchâssés dans une histoire de fiction qui les rend sans doute plus facile à intégrer. J’ai également beaucoup aimé les dessins, assez doux, avec des traits au crayon un peu flous et des couleurs à l’aquarelle. Un roman graphique qu’on a du mal à lâcher une fois qu’on l’a ouvert : passionnant !

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Actualité

Première sélection du prix des libraires 2014

          Ca y est, dans la foulée des grands prix littéraires de la rentrée, le prix des Libraires, pourtant remis en mars, dévoile sa première sélection. C’est cette année la 60° édition. Sans surprise, des noms connus dans cette liste mais également quelques surprises pour un résultat qui semble assez intéressant et donne envie de s’y pencher de plus près.

Laure AlcobaLe bleu des abeilles (Gallimard)
Jean-Daniel BaltassatLe divan de Staline (Seuil)
Isabelle CondouUn pays qui n’avait pas de port (Plon)
Chahdortt DjavannLa dernière séance (Fayard)
David FauquembergManuel El Negro (Fayard)
Tristan GarciaFaber le destructeur (Gallimard)
Valentine GobyKinderzimmer (Actes Sud)
Hélène GrémillonLa garçonnière (Flammarion)
Sybille GrimbertLe fils de Sam Green (Anne Carrière)
Pierre LemaitreAu revoir là-haut (Albin Michel)
Déborah Lévy-BertheratLes voyages de Daniel Ascher(Rivages)
Charif MajdalaniLe dernier seigneur de Marsad (Seuil)
Céline MinardFaillir être flingué (Rivages)
Léonor de RécondoPietra viva (Sabine Wespieser)
Thomas B. ReverdyLes évaporés (Flammarion)
Jean RolinOrmuz (POL)
Lionel SalaünBel-Air (Liana Levi)
Karine TuilL’invention de nos vies (Grasset)
Sophie Van der LindenLa fabrique du monde (Buchet Chastel)

Mes lectures

Esprit d’hiver – Laura Kasischke

          Le matin de Noël, Holly se réveille tard, assaillie par une angoisse inexplicable. Son mari part chercher ses beaux-parents à l’aéroport et un fort blizzard se lève. Elle se retrouve seule avec Tatiana, sa fille adoptive, pour préparer le repas avant l’arriver des invités. Mais l’adolescente d’habitude si serviable a ce jour-là un comportement bien étrange.

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          Alors que je cherchais l’inspiration pour une ou deux lectures intéressantes dans cette rentrée littéraire qui ne m’inspirait guère, un libraire m’a (entre autres) conseillé ce roman qu’il m’a présenté comme un de ses coups de cœurs de ce cru 2013 par ailleurs un peu fade. Il semblait par ailleurs avoir un goût assez sûr, une longue discussion sur nos lectures respectives ayant montré qu’il avait beaucoup de culture, était heureux de la partager et que nos affinités littéraires semblaient assez proches. Je lui ai donc fait confiance et suis repartie avec, sur les 4 romans qu’il m’a conseillés, les 2 deux je n’avais jamais entendu parler, dont celui-ci. Je dois admettre que les premières pages m’ont un peu déçue : je m’attendais à quelque chose de beaucoup mieux écrit ! Le style n’est pas exceptionnel, il est assez plat. On ne peut pas dire que le vocabulaire soit très riche, les tournures de phrases ne sont pas franchement recherchées, bref, c’est un peu pauvre. Ca m’a même parfois un peu gênée dans ma lecture, à un moment je suis même allée jusqu’à me demander si ça valait vraiment le coup de continuer. Il faut dire aussi qu’après Flaubert, difficile de tenir la comparaison, tout paraît désespérément fade !

          J’ai pourtant continué ma lecture. Quelque chose dans l’histoire m’intriguait. La construction peut paraître un peu brouillon. En effet, on alterne entre la journée de Noël et des souvenirs d’Holly avec sa fille, notamment au moment de l’adoption. Toutefois, ça colle très bien avec ce jeu de mémoire qui revient par bribes, en fonction des différents événements de la journée. On sent là comme un secret et peu à peu une angoisse naît puis grandit de page en page, nous accrochant chaque ligne un peu plus à ce roman qui pourtant ne semblait pas si prenant. On semble sombrer dans le fantastique, on se demande où l’auteur veut en venir, si c’est un fantôme ou la folie qui hante ces lieux. Et puis tout s’explique dans un final époustouflant qui m’a laissée K.O. Plusieurs heures durant j’ai repensé à cette fin, à ce livre, sa construction, ce qu’il évoque… J’aurais préféré une écriture à la première personne, moins froide et impersonnelle, qui m’aide à mieux rentrer dans ce texte qui manque un peu d’émotion. Mais malgré un début sans grande saveur, ce roman construit comme un thriller mérite le détour et vous mènera aux lisières de fantastique pour mieux vous égarer et vous préparer à l’apothéose. Une fin comme un coup de poing qui frappe en plein cœur et laisse le lecteur le souffle court et un peu désemparé. 

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Et même si les infirmières des orphelinats faisaient mine de rester froides, elles étaient souvent très attachées aux enfants et à leurs propres fantasmes de vies américaines qui les attendaient. Elles pouvaient refuser de reconnaître ces anomalies, ou bien essayer de les dissimuler. Parfois elles rougissaient les joues des enfants malades ou bien couvraient leur crâne aux plaques chauves avec des bonnets de tricot.

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Bien sûr elle n’avait pas non plus écrit de poèmes depuis d’Annette Sanders l’avait guérie de…

De quoi ?

De son chagrin ? De sa peur ? De la condition humaine ?

Pourtant ça en valait le coup non ? Rilke n’aurait peut-être pas pensé ainsi (Si mes démons devaient me quitter, je crains que mes anges ne prennent à leur tour leur envol – une citation qu’un de ses mentors de l’université avait ressortie toutes les deux semaines environ afin de mettre en garde – de manière extravagante ? – contre la psychothérapie et les antidépresseurs dont certains avaient clairement besoin).

Mes lectures

Comme un roman – Daniel Pennac

          Sauter des pages, lire n’importe quoi, ne pas finir un livre… autant de droits imprescriptibles du lecteur. On fait trop souvent de la lecture une obligation scolaire, on la sanctifie et paraît parfois inaccessible.  Mais on oublie en chemin l’essentiel : le plaisir !

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          Auteur à succès connu depuis de nombreuses années notamment pour sa Fée Carabine, Daniel Pennac est aussi professeur de français. Une place de choix pour constater que si tout un chacun s’accorde s’accorde sur l’importance de la lecture, rare sont ceux qui la pratiquent, les adultes n’ont pas les temps et les élèves, tout bêtement, n’aiment pas ça. Pourtant, tous les enfants ou presque aiment qu’on leur lisent des histoires, ils attendent avec impatience qu’on leur conte des aventures d’enfants perdus dans des forêts, de princesses, de dragons ou de chevaliers. On a tellement hâte d’apprendre à lire à cet âge là ! Que se passe-t-il après ? Où passe cette soif de lecture ? S’envole t-elle quand la voix des parents ne la porte plus, quand les images ne viennent plus soutenir le texte et quand la princesse se transforme en bourgeoise ?

          L’auteur met en avant cet amour des histoire qui semble universel et dégage des pistes pour le réactiver chez les adolescents récalcitrants. En leur faisant la lecture en classe pas exemple ; rien qui soit au programme bien sûr, il ne faudrait pas les effrayer ! Le livre fait peur, il impressionne, il faut le désacraliser, le remettre à la porter de tous pour que les élèves retrouvent le plaisir de découvrir de belles histoires. Comme toujours chez Pennac, le style est agréable et ce essai se lit « comme un roman ». Il nous raconte son expérience personnelle, qui somme tout assez simple mais pleine de bonne sens et de bienveillance. J’aurais peut-être aimé une réflexion un peu plus approfondie et plus construite sur la lecture et son développement mais la force de ce livre est qu’il peut être mis dans toutes les mains, même de ceux qui n’aiment pas lire.

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L’homme construit des maisons parce qu’il est vivant, mais il écrit des livres parce qu’il se sait mortel. Il habite en bande parce qu’il est grégaire, mais il lit parce qu’il se sait seul.

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La lecture ne relève pas de l’organisation du temps social, elle est, comme l’amour, une manière d’être.

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Le verbe lire ne supporte pas l’impératif. Aversion qu’il partage avec quelques autres ; le verbe «aimer »… le verbe «rêver »…
On peut toujours essayer, bien sûr. Allez-y : «Aime-moi !» «Rêve !» «Lis !» «Lis ! Mais lis donc, bon sang, je t’ordonne de lire !»
— Monte dans ta chambre et lis !
Résultat ?
Néant.