Mes lectures

Aria, Nazanine Hozar

« Je vais t’appeler Aria, à cause de toutes les douleurs et de tous les amours du monde. » Téhéran, 1953. Par une nuit enneigée, Behrouz entend des pleurs monter d’une ruelle. Au pied d’un mûrier, il découvre une petite fille aux yeux bleus. Malgré la croyance populaire qui veut que les yeux clairs soient le signe du diable, il décide de la ramener chez lui, modifiant à jamais son destin et celui de l’enfant. Alors que l’Iran, pays puissant et prospère, sombre peu à peu dans les divisions sociales et religieuses, trois figures maternelles vont croiser la route d’Aria et l’accompagner dans les différentes étapes de sa vie.

Première lecture de cette rentrée littéraire, premier coup de cœur. J’ai été totalement transportée par ce roman. Je ne sais en revanche pas trop comment en parler. Il était décrit comme « le docteur Jivago iranien ». Bon je ne l’ai ni lu ni vu mais j’en ai assez entendu parler pour voir un peu le genre. Pas trop ma tasse de thé a priori, trop mélodramatique à mon goût. Mais j’étais curieuse, surtout que généralement j’aime bien la littérature iranienne et j’en lis trop peu (d’ailleurs je me suis aperçue après ma lecture que l’auteur avait en réalité grandi au Canada). Si le mélo est bien dosé ça peut avoir son charme. J’ai trouvé que ça se tentait.

Et j’ai bien fait ! Dès les premières pages j’ai beaucoup aimé. Je suis de suite rentrée dans l’histoire et j’ai décoré ce pavé de plus de 500 pages en à peine 4 jours. J’ai trouvé dans ce roman tout ce que j’espérais en commençant ma lecture : un destin tragique, un fond historique et un récit proche du conte. C’était très exactement ce dont j’avais envie à ce moment-là. Le style est plaisant, j’ai trouvé ça bien écrit et agréable à lire. Quant à l’histoire, elle est particulièrement prenante. Elle ne manque pas de rebondissements et dans la seconde moitié en particulier, l’histoire de l’Iran prend une place importante dans le récit, le rendant plus intéressant encore en lui donnant une certaine profondeur.

Couverture du roman Aria de Nazanine Hozar

Si je devais reprocher quelque chose à ce texte, c’est parfois un léger manque de crédibilité. Pas que ce soit particulièrement flagrant ou gênant pour la lecture mais certaines choses m’ont parfois interpelée. Déjà, l’histoire d’Aria est assez improbable mais bon, c’est un peu la base de l’histoire, on ne s’attend pas à autre chose. Mais surtout, j’ai trouvé curieux la manière dont des personnages qui n’évoluent pas dans les mêmes sphères sont amenés à se croiser sans cesse. Ca semble assez peu crédible étant donnée la superficie de la ville et sa population (1,5 millions d’habitants en 1956, je viens de vérifier). C’est une des raisons pour lesquelles je trouve que ce roman prend parfois des allures de conte, il m’a donné le sentiment d’une forme de destinée présidant au sort des protagonistes.

J’aime beaucoup quand mes lectures m’en apprennent plus sur l’histoire où les traditions d’un pays. Je pensais que ce texte serait essentiellement axé sur le côté très romanesque de l’histoire d’Aria. Pourtant il est bien plus profond que je ne m’y attendais et fait la part belle au contexte politique de l’époque qui pourrait être considéré comme un personnage à part entière. Dans la première moitié, cet aspect est peu présent, Aria étant enfant, le texte est surtout parsemé d’informations sur les coutumes, les croyances ou le mode de vie. Alors qu’elle grandit, puis devient adulte, le contexte politique prend de plus en plus de place, avec l’émergence de la contestation puis la révolution. J’ai trouvé cet aspect très bien exploité, avec des explications claires et assez poussées sur les différents courants qui s’opposent, sans que jamais cela n’alourdisse le texte. C’est extrêmement bien amené et absolument passionnant. Un destin tragique, l’histoire d’un pays en toile de fond, le tout servi par un style maîtrisé : un sans-faute pour ce premier roman magistral.

Portrait de Nazanine Hozar

Partout où la beauté est immense, la peur est immense aussi – peut-être celle de perdre la beauté, justement.

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Ce que Kamran savait avec certitude, c’était qu’une fille, probablement l’une de celles dont il ne voyait pas le visage, le tenait toujours par le cœur, agrippée à son ventricule droit, au centre de sa poitrine. Et cette pression, si chargée de tristesse, se réverbérait au fond de son ventre, elle palpitait, lancinante, et elle pleurait et gémissait dans tous les chambres d’écho de son propre corps.

Mes lectures

Les thrillers du printemps

La promesse, de Tony Cavanaugh

Le roman qui va vous donner des sueurs froides

Darian Richards a laissé derrière lui un cortège de vies anéanties. Épuisé par cette litanie de souffrances, il a pris une retraite solitaire dans le Queensland. Mais les démons sont partout. Et dans la région, depuis quelques mois, des adolescentes disparaissent sans laisser de traces.

Couverture de La PromesseLe choc de ce printemps côté roman noir. Je ne dirais pas forcément qu’il est meilleur que les autres quant à l’écriture ou l’originalité de l’histoire mais c’est celui qui m’a le plus amenée dans son univers. Un peu trop même… Un flic qui fuit la ville pour prendre sa retraite à la campagne et se tenir éloigné des ennuis. Jusque-là la trame est classique, tout comme le personnage de flic solitaire. Quant à l’intrigue, des jeunes filles qui disparaissent sans laisser de traces : encore une valeur sure. Simple et efficace en somme. Mais ce qui déroute vraiment dans ce roman, c’est le « méchant ». Certains passages sont écrits avec son point de vue et franchement, ça fait froid dans le dos. Il y a avait longtemps que ça ne m’étais plus arrivée mais je n’ai pas pu fermer l’œil avant de 1/ connaître la fin et 2/ savoir ce taré hors d’état de nuire. Une nuit blanche à dévorer ce roman parfois dérangeant, comme je le faisais adolescente avec les plus tordus des Stephen King. J’ai adoré retrouver cette sensation, cette immersion totale dans l’univers de l’auteur. Un univers sombre et dérangeant pour ce thriller terriblement efficace.

Un tombeau sur l’île rouge, de Jean Eli Chab

Plongée dans les traditions malgaches

À Ambotemena, petit village au sud de Madagascar, un tombeau a été profané. Les os ont été retrouvés dans une décharge, une trentaine de kilomètres plus loin. Alors que le jeune inspecteur Monza est chargé de les ramener à bon port, il comprend qu’une jeune femme a déjà été accusée à tort.

Couverture d'Un tombeau sur l'île rougeAprès un roman aussi fort que La promesse, je dois avouer que le reste a eu tendance à me sembler bien fade, et c’est un peu le cas de ce roman. J’ai bien aimé que l’intrigue ait pour base les fondements de la culture malgache que ça m’a ainsi permis d’un peu découvrir. En revanche j’ai trouvé l’écriture plutôt moyenne, elle manque de rythme et de personnalité. C’est un peu plat. Sans compter quelques lourdeurs de style : l’auteur balance en boucle du « le jeune policier » alors qu’il doit avoir la quarantaine (à ce qu’il m’a semblé, mais je me trompe peut-être) et paraît bien désabusé, ce manque de vocabulaire pour le désigner s’est avéré terriblement agaçant. Heureusement qu’il s’avère assez sympathique quoique parfois un peu balourd. Je n’ai pas trouvé qu’il y avait beaucoup d’originalité dans ce texte qui a un peu de mal à envoûter le lecteur malgré un contexte intéressant. Il reste toutefois agréable à lire et permet au moins de découvrir quelques bribes de la culture malgache.

Le pensionnat des innocentes, d’Angela Marsons

Victimes, ou capables ?

Kim Stone, inspectrice rebelle et solitaire, se voit confier une nouvelle enquête. Teresa Wyatt, directrice d’école, a été retrouvée noyée dans sa baignoire. Peu de temps avant sa mort, elle s’était intéressée à une fouille archéologique prévue autour d’un foyer d’accueil où elle avait travaillé avant que le lieu ne soit entièrement détruit par les flammes.

Le pensionnat des innocentesJe ne sais pas trop quoi penser de ce roman que j’ai pourtant pris un certain plaisir à lire. La personnage principale est assez attachante dans son genre même si elle s’avère un peu trop caricaturale pour convaincre totalement, la jeune flic manque encore un peu de relief. L’intrigue est plutôt prenante et j’ai bien aimé qu’elle mette en scène des jeunes filles vivant dans un foyer (encore du déjà vu, je sais, mais c’est plutôt bien fait en l’occurrence). Dans l’ensemble c’est assez agréable à lire malgré quelques maladresses, notamment avec des tentatives d’intégrer des passages « émotion » qui ne collent pas du tout avec le caractère de l’héroïne et donnent l’impression de pièces rapportées. Quant à l’intrigue, s’il y a une bonne base, elle aurait mérité d’être un peu plus corsée. La fin est pas mal tirée par les cheveux mais le tout fonctionne à peu près. S’il y a de bonnes idées dans l’ensemble, je suis plus mitigée sur la mise en œuvre, toutefois la nervosité du style empêche de trop s’arrêter sur les lourdeurs. Pas parfait mais plutôt efficace.

Sous nos yeux, de Cara Hunter

Une famille pas si parfaite

Alerte enlèvement : la petite Daisy Mason, 8 ans, a disparu lors d’une fête, donnée dans le jardin de ses parents. Elle était déguisée en pâquerette : elle portait une robe, des collants et des chaussures vertes, ainsi qu’une coiffe avec des pétales blancs. Et personne n’a rien vu.

Couverture de Sous nos yeuxPlus encore que le précédent, ce roman m’a laissée mitigée. Ca se lit très bien, avec une trame là encore pas très originale – une petite fille disparaît, la famille est accusée et les méchants secrets ressortent. C’est simple et efficace avec un style pas franchement flamboyant mais qui se laisse oublier (c’est déjà ça…). La première partie est un peu lente, ça met du temps à se mettre en place, ça manque de rythme. Et puis ensuite au contraire ça s’emballe un peu. Vers la moitié du roman, j’ai soudainement eu l’impression que l’auteur cherchait à brouiller les pistes à tout prix, en ne lésinant pas sur la péripétie improbable au besoin : ça en devient assez brouillon pour un résultat pas terrible terrible puisqu’au final on continue à soupçonner les parents malgré tout. Bien que la trame tienne à peu près la route, l’auteur se perd un peu en chemin en voulant trop en faire. On sent un petit manque d’inventivité. Pas désagréable à lire mais tout à fait dispensable.

Principes mortels, de Jacques Saussey

Temps d’orage à la ferme

Franck fuit le naufrage du foyer familial pour réviser son bac chez son oncle et sa tante, dans une ferme isolée de la Creuse où quatre ans plus tôt, son cousin a trouvé la mort sur une route qu’il connaissait pourtant depuis son enfance. Cette tragédie a ouvert une plaie qui ne s’est jamais refermée. Elle ronge insidieusement le cœur de ses proches.

Couverture de Principes mortelsCe roman m’a étonnée. En le commençant, j’ai eu l’impression d’un roman régionaliste, avec le parisien qui débarque chez sa tante à la ferme. D’autant plus que le style est assez classique (et pas mal du tout d’ailleurs). Mais on sent poindre bien vite le drame familial. La mort du cousin de Franck a laissé des plaies ouvertes dans sa famille mais aussi quelques zones d’ombres qu’il compte bien éclairer. Le tout sur fond de travaux à la ferme et d’amour de vacances. Un mélange plus original qu’il n’y paraît. D’autant plus qu’on se rend compte assez vite que tout n’est pas rose dans la famille Servin et que le front uni se fissure rapidement… Si tous les indices sont mis en place au fur et à mesure de l’histoire, le dénouement m’a tout de même surprise. J’ai beaucoup aimé l’originalité de l’intrigue et l’ambiance que l’auteur parvient à mettre en place. Une jolie surprise.

Mes lectures

L’oiseau, le goudron et l’extase

          Quand il a rencontré Tess Wolff au cours d’un été pluvieux, Joe March a été saisi d’une violente transe amoureuse, un désir qui le dévore. Cette première déflagration sera suivie d’une seconde, encore plus forte : en ce même été, sa mère, son adorée, commet l’irréparable. L’oiseau, c’est l’existence de Joe qui explose en mille morceaux. Le goudron, c’est la peur qui l’engloutit. Et l’extase, c’est cet élan vital, qui chaque jour va lui donner la force d’avancer…

L'oiseau, le goudron et l'extase, Alexander Maksik

          Certains s’en souviennent peut-être, j’avais eu il y a quelques temps un immense coup de cœur pour La mesure de la dérive d’Alexander Maksik. Un roman absolument bouleversant dont j’étais ressortie sonnée. Merci encore à Filou de me l’avoir fait découvrir ! Quand j’ai vu que l’auteur sortait un nouveau roman, je n’ai donc eu qu’une hâte : le lire. Avec quand même une terrible peur d’être déçue parce qu’après un pur chef-d’œuvre, bien souvent vient le temps de la déception. Je ne vais pas vous faire languir. Est-ce que j’ai été déçue ? Non (ouf). Est-ce que j’ai autant aimé que le précédent ? Non plus (mais presque quand même). Explications.

          Si je n’ai pas tout à fait trouvé ce roman au niveau du précédent en terme de chamboulement et de cœur brisé en refermant le livre (mais comment aurait-il pu ?), je suis bien loin d’avoir été déçue. Déjà, le style est toujours aussi délicat, on se délecte de chaque phrase, simple et juste à la fois. Bravo d’ailleurs à la traductrice qui a restitué ce petit bijou de subtilité. Ensuite, le sujet est tout aussi fort, même s’il me touche un peu moins. Je n’ai pas le souvenir d’avoir déjà vu la bipolarité (j’espère ne pas me tromper en mettant un mot sur ce qui n’est jamais nommé) décrite avec une pareille force. On a l’impression de vivre la maladie de l’intérieur tant ce que décrit l’auteur est intense. L’empathie avec le personnage est énorme et j’ai trouvé le ressenti à la lecture d’une rare violence.

Portrait d'Alexander Maksik

          Je crois bien qu’en toutes ces années de lecture assidue, c’est la première fois que j’ai dû reposer mon livre aussi souvent parce que ce que je lisais était trop fort, trop dense. Toutes les 10 pages environ j’ai eu besoin d’une pause, de digérer toutes ces émotions. C’a donc été une lecture longue et fastidieuse. Mais terriblement belle aussi. Le genre qui remue et qui laisse un peu sonné. Seul petit bémol, j’ai trouvé que ça traînait un peu en longueur sur la fin, ça perd en intensité, on commence à se détacher du personnage. Pas vraiment au point de se lasser, mais suffisamment pour estomper l’effet coup de poing de la première moitié.

          Le roman pose également des questions intéressantes sur le couple, la famille, l’hérédité, l’amitié. Sur la culpabilité et le devoir aussi. Même si finalement, ce sont les passages les plus intimistes que j’ai préférés, ce sont les plus touchants et les plus justes. Certains aspects survoltés des personnages féminins m’ont parfois mise mal à l’aise (en même temps, ce n’est pas comme si l’auteur cherchait à nous épargner). Malgré une fin un peu en dessous du reste du roman et quelques longueurs, Alexander Maksik signe ici encore un grand texte, subtil et poignant. Bouleversant. Un auteur à découvrir absolument.

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Bluff, de David Fauquemberg

          « Silence quand il entra, pas un regard sur lui – il aurait pu être un fantôme. Dehors il pleuvait froid, c’était la tempête. Dockers et pêcheurs désoeuvrés : si cette assemblée d’hommes ne vous dissuadait pas, c’est que vous cherchiez les histoires. On ne poussait jamais par hasard la porte de l’Anchorage Café, surtout en plein hiver austral, quand les rafales soufflées de l’Antarctique tourmentaient sans répit le sud de la Nouvelle-Zélande. On apercevait d’ici la fumée blanche des déferlantes qui saccageaient depuis deux jours les eaux pourtant abritées de Bluff Harbour. Au large, c’était l’enfer. »

Couverture de Bluff de David Fauquemberg

          C’est avec beaucoup de curiosité que j’ai ouvert ce roman qui nous amène bien loin, en Nouvelle-Zélande, tout au sud du l’île du Sud. On y rencontre un français qui a traversé l’île à pieds et semble venu là pour se perdre loin de tout, dans une terre inhospitalière où l’hiver est une longue succession de tempêtes. Il est rapidement embauché sur un petit bateau de pêche en compagnie d’un vieux marin du coin et d’un géant taiseux. Autant vous dire qu’il n’y a pas masse de grands dialogues ! Je ne sais trop que penser de ce roman. Je crois que j’ai plutôt bien aimé mais j’ai aussi connu quelques moments d’ennui durant cette lecture.

          C’est dans l’ensemble assez lent, sans doute un peu trop à mon goût. Un chapitre particulièrement assommant m’a semblé être une redite du Vieil homme et la mer. D’autres sont plus réussis. C’est toutefois bien écrit et il y a de beaux passages. On alterne les chapitres sur le bateau et des chapitres sur de grands navigateurs du Pacifique ou sur la culture maori. En soi, c’est intéressant mais ça tombe parfois comme un cheveu sur la soupe. Le résultat est un peu brouillon, j’ai eu l’impression que l’auteur voulait caser trop de choses dans son roman et perdait de vue l’essentiel. J’ai toutefois beaucoup aimé l’histoire principale, sur le bateau de pêche, tout en sobriété mais qui prend au tripes. Rien que pour ça – et malgré certains défauts – ce roman méritait d’être lu.

Portrait de David Fauquemberg

Les hommes pêchèrent toute la matinée, traçant et retraçant le même sillon à portée de rivage.A chaque virement, Rongo Walker posait un pied dehors pour observer le français. Prendre un bleu à son bord, c’était toujours à quitte ou double.

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Les Polynésiens, trois choses nous importent : un lopin de terre où bâtir son Fare, un coin de lagon pour la pêche, une montagne à cultiver.

 

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Romans : sorties du mois de mai

Snjor, de Ragnar Jonasson

 

Siglufjördur, la ville où il ne se passe rien, où personne ne ferme jamais sa porte à clef. Mais voilà : une jeune femme est retrouvée morte, à moitié nue dans la neige ; un vieil écrivain renommé fait une chute mortelle dans le théâtre local… Ari Thor se retrouve plongé au cœur d’une petite communauté où chacun tient l’autre par ses mensonges et ses secrets.

Snorj, couvertureQuand j’ai trouvé ce roman dans ma boîte aux lettres, j’étais absolument ravie ! Je n’avais jamais lu de polar islandais mais j’aime à la fois les polars et la littérature islandaise – enfin le peu que j’en connais : ça démarrait bien. Sans compter la maison d’édition plutôt prestigieuse qui me semblait être une valeur sure (oui, je suis snob). J’ai été cruellement déçue. Le style est d’une pauvreté sidérante.  On dirait par moment un mauvais roman à l’eau de rose. Pourtant, je suis généralement plus encline à la clémence avec les romans policiers, que je lis avant tout pour l’intrigue. Il faut dire aussi qu’il ne s’agit pas d’une traduction de l’islandais directement mais depuis l’anglais, ce qui peut expliquer une déperdition assez énorme. Plus gênants encore sont quelques non-sens (18 janv, « le printemps n’arrive-t-il jamais jusqu’ici ? »… en France non plus, janvier ce n’est pas le printemps alors au nord de l’Islande, je vous laisse imaginer). Je lui ai tout me même laissé une chance, espérant que l’intrigue allait rattraper le coup. Déjà, c’est long à démarrer, et puis franchement… ça n’a rien de bien palpitant. C’est très convenu. Les personnages sont creux et stéréotypés et l’enquête traîne en longueur. Heureusement que ça se lit vite parce que c’est d’un ennui ! Bref, pas le grand coup de cœur du printemps quoi, passez votre chemin.

Ses parents lui offraient toujours un livre à Noël. La tradition islandaise de lire un nouveau livre la veille de Noël jusqu’aux petites heures du matin tenait un rôle important dans sa famille.

A l’orée du verger, de Tracy Chevalier

 

1838, les Goodenough sont une famille nombreuse qui vit dans les marais de l’Ohio qui tente tant bien que mal de survivre grâce à son verger. Mais la vie est dure dans le Black Swamp, surtout pour les hommes comme James, qui ne rêvent que de reinette dorée.

A l'orée du verger, couvertureJe dois bien avouer que je n’avais rien lu de Tracy Chevalier, même si je la connaissais de nom depuis l’adaptation cinématographique de son roman La jeune fille à la perle il y a quelques années. J’avais très envie de découvrir son univers mais je ne sais pas, j’ai lu d’autres choses et je n’ai finalement jamais vraiment eu l’occasion. J’ai donc été comblée de recevoir son dernier roman. Je dois avouer que je n’ai pas été déçue ! J’ai beaucoup aimé le style, classique et élégant, presque désuet par moment mais qui a tellement de charme : un vrai régal. L’histoire m’a tout autant séduite. Même si les pommiers ne sont pas franchement ma spécialité, j’ai trouvé quelque chose de familier dans cette famille qui peine à survivre du fruit de son labeur à la ferme. La psychologie des personnages est assez complexe et si tous ne sont pas sympathiques, ça rend leurs relations intéressantes. J’ai également pris un grand plaisir à suivre la part d’aventure qui vient donner un nouveau souffle en court de récit. J’ai trouvé que sur la fin certains événements manquaient peut-être un peu de crédibilité dans leur enchaînement mais à ce stade de ma lecture je dévorais tellement ce roman que ça ne m’a pas gênée outre mesure. Ca contribue même au charme de l’histoire d’une certaine manière. Pour le reste, d’un point de vue historique, ça m’a eu l’air particulièrement bien documenté (si je ne m’abuse, l’auteur est d’ailleurs réputée pour ça). Un roman aux multiples facettes qui a su me séduire de bout en bout. A dévorer sans modération.

Ils se disputaient encore à propos des pommes. Lui voulait cultiver davantage de pommes de table, pour les manger ; elle voulait des pommes à cidre, pour les boire. Cette querelle s’était répétée si souvent qu’ils jouaient désormais leurs rôles à la perfection ; leurs arguments s’écoulaient fluides et monotones autour d’eux car il les avaient l’un comme l’autre entendus assez fréquemment pour ne plus avoir à écouter.

Le reste de leur vie, de Jean-Paul Didierlaurent

 

Comment, au fil de hasards qui n’en sont pas, Ambroise, le thanatopracteur amoureux des vivants et sa grand-mère Beth vont rencontrer la jolie Manelle et le vieux Samuel, et s’embarquer pour un joyeux road trip en corbillard, à la recherche d’un improbable dénouement ?

Le reste de leur vie, couvertureJe n’avais pas lu le premier roman de l’auteur, dont on avait pourtant beaucoup parlé, en revanche j’avais lu un recueil de nouvelles paru en septembre dernier et qui, je dois le dire, m’avait très peu convaincue (ma critique ici). Autant avouer que je n’étais pas hyper enthousiaste au moment d’entamer cette lecture. Finalement, j’ai été plutôt agréablement surprise – quand on n’attend rien aussi, forcément, on ne risque moins d’être déçu. J’ai beaucoup aimé le début. Le style est léger mais agréable et les personnages plutôt sympathiques. J’ai pris plaisir à les découvrir. On alterne essentiellement entre un jeune homme et une jeune femme, on se doute donc qu’ils vont finir par se croiser mais tant qu’on ne sait pas comment, j’ai trouvé ça plaisant. J’ai un peu moins accroché avec la suite, plus prévisible et surtout trop pleine de bons sentiments à mon goût. Heureusement, comme ça se lit très vite et que j’avais bien aimé le début, j’étais encore dans de bonnes dispositions et je suis arrivée à la fin de l’histoire avant que l’ennui ne me rattrape. Vous le savez, les bons sentiments et moi… S’il y a des choses assez classiques dans ce roman – son style et certains ressorts de l’histoire notamment – d’autres le sont beaucoup moins. La vraie réussite tient à l’originalité des personnages, qui n’en demeurent pas moins attachants. Même si elle manque de caractère à mon goût, une lecture légère et agréable qui devrait plaire au plus grand nombre.

Alors si vous me demandez pourquoi je fais ce métier,je vais vous répondre d’un exemple:parce que c’est plus facile pour une mère d’embrasser le front d’un fils qui paraît dormir dans une éternité paisible que de rester hantée tout le reste de sa vie par l’image d’un visage ravagé par la mort.

Lettres à Stella, d’Iona Grey

 

Jess s’enfuit et n’a n’a nulle part où aller. Surgissant dans une ruelle déserte, elle trouve refuge dans une maison abandonnée. Le lendemain matin, le facteur glisse une lettre mystérieuse par la porte. Incapable de résister à la tentation, Jess ne peut s’empêcher de la lire et se retrouve plongée dans une histoire d’amour d’un autre temps.

Lettre à Stella, couvertureCeux qui me lisent régulièrement le savent, les histoires d’amour et moi, ça fait généralement deux. Je craignais donc un peu cette lecture, d’autant plus que le traumatisme du très mièvre Il était une  lettre était encore bien présent dans mon esprit. Je me suis tout de même lancée, un peu à contre-cœur donc. Finalement, ç’a plutôt été une jolie surprise. On alterne entre l’histoire de Jess, une jeune femme un peu paumée, et celle de Stella, malheureuse dans son mariage et qui va s’éprendre de Dan, un soldat américain. Le lien entre les deux univers se fait à travers la lecture de la correspondance (enfin, une moitié seulement) des deux amants. J’ai trouvé que pour une fois le procédé ne faisait pas trop artificiel d’autant plus que les deux histoires se font plus ou moins écho. J’ai beaucoup aimé la première moitié du roman, j’ai trouvé les tâtonnements et les doutes bien retranscrits. Ca vire un peu plus mélodramatique sur la fin. Un peu trop à mon goût, mais on est alors suffisamment attaché aux personnages pour s’en accommoder, voire même par moments se laisser prendre au jeu. Si dans l’ensemble ce roman ne réserve pas de grande surprise, j’ai beaucoup aimé les personnages et la peinture de l’Angleterre pendant la guerre. Un roman agréable à lire, bien moins mièvre que ce que je craignais.

Je t’ai promis un amour infini, à une époque où il m’était impossible de savoir si je survivrais une semaine de plus. Aujourd’hui, il semblerait que l’éternité touche à son terme. Pas un instant je n’ai cessé de t’aimer.

Gangsterland, de Todd Goldberg

 

Tueur à la solde de la mafia de Chicago, Sal Cupertine est ce qui se fait de mieux dans le genre. Il se retrouve obligé de fuir après avoir tué trois agents du FBI. Un peu de chirurgie plus tard, on le retrouve à Las Vegas sous le nom de David Cohen, rabbin de son état. Mais sa vie risque bien de ne pas être plus facile pour autant…

Gangsterland, couvertureUne bonne vieille histoire de mafia : voilà qui avait de quoi me réjouir. Si les bases de l’histoire sont assez classiques avec des histoires de clan, de loyauté et de règlements de comptes, j’ai trouvé la mise en oeuvre très originale. On s’éloigne de l’univers classique de la mafia italienne pour découvrir un monde bien plus feutré mais non moins pourri. Le personnage principal va devoir s’adapter à son changement de fonction et va s’avérer surprenant dans ce changement radical, avec bien plus de profondeur que ce qu’on aurait pu attendre de lui. J’ai beaucoup aimé cet aspect là du roman, où chacun est amené à méditer sur ses actes et le sens qu’il veut donner à sa vie. La distinction entre le bien et le mal y est souvent assez fluctuante, ce qui n’est pas pour me déplaire. On met à peu près aussi longtemps que le personnage à comprendre les tenants et les aboutissants de son changement de statut et ce flou artistique contribue largement à la réussite de l’histoire. Par ailleurs, c’est plutôt bien écrit, ce qui ne gâche rien. Une base classique, une plume efficace, un développement original et une touche d’introspection en font un thriller original et très prenant.

Selon les usages, il valait mieux éviter de tuer un agent du FBI. Mauvais pour les affaires. Alors trois, voire quatre, si le Mexicain en était, lui aussi… On pouvait abattre un flic véreux, ou un conseiller municipal qui s’apprêtait à aller porter plainte pour ne pas payer ses dettes, mais on ne dézinguait pas comme ça un agent fédéral.

Les élues, de Maggie Mitchell

 

L’été de leurs douze ans, Loïs et Carly May ont été kidnappées et séquestrées dans un pavillon de chasse pendant six semaines. Vingt ans plus tard, Loïs enseigne la littérature britannique au sein d’une petite université de New York, et Carly May peine à relancer sa carrière d’actrice à Los Angeles. Mais le destin pourrait bien une fois de plus les rapprocher.

Les élues, couvertureAutre thriller, autre bonne surprise (quand je vous dis que je suis sur une bonne lancée !). Ici on a affaire à deux enfants qui ont été enlevées l’été de leur 12 ans et qui s’en sont sorties indemnes. Une fois adultes, elles affrontent les conséquences assez troubles de ce kidnapping chacune à leur manière. On alterne le point de vue des deux jeunes femmes, l’une professeur à l’université et l’autre actrice. Elles ont eu des parcours très différents et n’ont pas gardé contact, pourtant un lien ténu persiste entre elles. J’ai beaucoup aimé les questionnements psychologiques autour de la question de l’enlèvement et de ses conséquences. Les fillettes n’ont pas cherché à fuir et c’est finalement cette absence de traumatisme tangible qui les hante. Les choses sont abordées de manière originale et ça sonne terriblement juste. Si dans l’ensemble la trame du roman est assez prévisible, c’est vraiment sur le fond que la différence se fait, avec un angle d’approche intéressant. L’écriture est assez légère mais agréable. Les personnages ne sont pas toujours très sympathiques mais leur côté un peu dingue les rend bien plus humains. Un thriller psychologique efficace qui traite d’un sujet délicat avec sensibilité et une certaine profondeur, difficile de le lâcher une fois la lecture entamée.

En fait, ce n’était pas du tout dramatique (…). De mon point de vue, un enlèvement en plein jour, dans la rue principale d’une bourgade paumée du Nebraska, était loin d’être la pire chose qui pouvait m’arriver.