Mes lectures

Fratrie, Thierry Decottignies

Fratrie est une histoire simple, un road-movie. Un homme, confronté à un monde et à des frères au bord du chaos, prend la route et perd peu à peu les repères de son identité.
Fratrie est un texte acéré, une implosion lente, une succession d’images et de situations faites pour bousculer le lecteur.

Ca faisait des semaines que j’arrêtais pas, alors c’est pas étonnant : au bout d’un moment c’est la surchauffe, les nerfs flambent, et l’angoisse, un matin, une angoisse comme un coup de couteau dans le ventre, m’a décomposé.

Lire la suite « Fratrie, Thierry Decottignies »
Mes lectures

Le sel de tous les oublis, Yasmina Khadra

Lorsqu’une femme claque la porte et s’en va, elle emporte le monde avec elle. Adem Naït-Gacem l’apprend à ses dépens. Ne supportant pas le vide laissé par le départ de son épouse, l’instituteur abandonne ses élèves et, tel un don Quichotte des temps modernes, livré aux vents contraires de l’errance, quitte tout pour partir sur les chemins.

J’aime généralement bien les romans de cet auteur. Je n’en ai lu que 3 ou 4 mais je les ai tous appréciés, j’étais donc confiante en commençant celui-ci. Je dois avouer que c’est la première fois que j’en ressors déçue. Commençons par le point le plus positif : c’est très bien écrit. Le style est fluide et agréable, ça se lit très bien.

Couverture du roman Le sel de tous les oublis

J’ai beaucoup moins accroché avec l’histoire. Ca ne démarrait pourtant pas si mal, cet histoire d’homme que sa femme abandonne aurait pu mener à une réflexion intéressante. Mais très rapidement le personnage principal m’est devenu particulièrement antipathique. Il y a des passages plaisants malgré tout mais ça m’a semblé laborieux de suivre cet homme qui passe son temps à se plaindre et à se morfondre sans une once de réflexion sur lui-même.

La seconde moitié est plus prenante. J’ai bien cru que finalement j’allais apprécier ce roman. On y croise de nouveaux personnages, plus touchants, l’histoire prend une autre tournure, ça semblait prometteur. Ca m’a semblé avoir plus de consistance, être plus subtil. Pourtant, la fin m’a énormément gênée. Il y a un évènement violent et je n’ai absolument pas su que penser de la manière dont c’est traité. Pourquoi ? Sur toutes les manières possibles de clore ce texte, pourquoi celle-là ? J’ai trouvé ce récit assez malsain. Parmi les textes que j’ai lu de cet auteur c’est de loin le moins réussi. Je suis ressortie de ce roman avec un profond malaise qui ne s’est pas dissipé depuis.

Portrait de Yasmina Khadra

Vivre en société, c’est accepter l’épreuve du rapport aux autres, de tous les autres, les vertueux et les sans-scrupules. En société, nul ne peut observer la morale sans se faire violence. Il y a des ermites qui croient, en s’isolant, l’observer dans la sérénité. Ceux-là trichent avec eux-mêmes. La morale ne s’exerce que parmi les autres. Fuir ces derniers, c’est fuir ses responsabilités.


J’ignore les raisons qui vous ont jeté sur les routes, mon ami. Mais il est question de l’avenir du pays. L’Algérie vient d’accoucher par césarienne d’une nation en état de choc.

Mes lectures

Aria, Nazanine Hozar

« Je vais t’appeler Aria, à cause de toutes les douleurs et de tous les amours du monde. » Téhéran, 1953. Par une nuit enneigée, Behrouz entend des pleurs monter d’une ruelle. Au pied d’un mûrier, il découvre une petite fille aux yeux bleus. Malgré la croyance populaire qui veut que les yeux clairs soient le signe du diable, il décide de la ramener chez lui, modifiant à jamais son destin et celui de l’enfant. Alors que l’Iran, pays puissant et prospère, sombre peu à peu dans les divisions sociales et religieuses, trois figures maternelles vont croiser la route d’Aria et l’accompagner dans les différentes étapes de sa vie.

Première lecture de cette rentrée littéraire, premier coup de cœur. J’ai été totalement transportée par ce roman. Je ne sais en revanche pas trop comment en parler. Il était décrit comme « le docteur Jivago iranien ». Bon je ne l’ai ni lu ni vu mais j’en ai assez entendu parler pour voir un peu le genre. Pas trop ma tasse de thé a priori, trop mélodramatique à mon goût. Mais j’étais curieuse, surtout que généralement j’aime bien la littérature iranienne et j’en lis trop peu (d’ailleurs je me suis aperçue après ma lecture que l’auteur avait en réalité grandi au Canada). Si le mélo est bien dosé ça peut avoir son charme. J’ai trouvé que ça se tentait.

Et j’ai bien fait ! Dès les premières pages j’ai beaucoup aimé. Je suis de suite rentrée dans l’histoire et j’ai décoré ce pavé de plus de 500 pages en à peine 4 jours. J’ai trouvé dans ce roman tout ce que j’espérais en commençant ma lecture : un destin tragique, un fond historique et un récit proche du conte. C’était très exactement ce dont j’avais envie à ce moment-là. Le style est plaisant, j’ai trouvé ça bien écrit et agréable à lire. Quant à l’histoire, elle est particulièrement prenante. Elle ne manque pas de rebondissements et dans la seconde moitié en particulier, l’histoire de l’Iran prend une place importante dans le récit, le rendant plus intéressant encore en lui donnant une certaine profondeur.

Couverture du roman Aria de Nazanine Hozar

Si je devais reprocher quelque chose à ce texte, c’est parfois un léger manque de crédibilité. Pas que ce soit particulièrement flagrant ou gênant pour la lecture mais certaines choses m’ont parfois interpelée. Déjà, l’histoire d’Aria est assez improbable mais bon, c’est un peu la base de l’histoire, on ne s’attend pas à autre chose. Mais surtout, j’ai trouvé curieux la manière dont des personnages qui n’évoluent pas dans les mêmes sphères sont amenés à se croiser sans cesse. Ca semble assez peu crédible étant donnée la superficie de la ville et sa population (1,5 millions d’habitants en 1956, je viens de vérifier). C’est une des raisons pour lesquelles je trouve que ce roman prend parfois des allures de conte, il m’a donné le sentiment d’une forme de destinée présidant au sort des protagonistes.

J’aime beaucoup quand mes lectures m’en apprennent plus sur l’histoire où les traditions d’un pays. Je pensais que ce texte serait essentiellement axé sur le côté très romanesque de l’histoire d’Aria. Pourtant il est bien plus profond que je ne m’y attendais et fait la part belle au contexte politique de l’époque qui pourrait être considéré comme un personnage à part entière. Dans la première moitié, cet aspect est peu présent, Aria étant enfant, le texte est surtout parsemé d’informations sur les coutumes, les croyances ou le mode de vie. Alors qu’elle grandit, puis devient adulte, le contexte politique prend de plus en plus de place, avec l’émergence de la contestation puis la révolution. J’ai trouvé cet aspect très bien exploité, avec des explications claires et assez poussées sur les différents courants qui s’opposent, sans que jamais cela n’alourdisse le texte. C’est extrêmement bien amené et absolument passionnant. Un destin tragique, l’histoire d’un pays en toile de fond, le tout servi par un style maîtrisé : un sans-faute pour ce premier roman magistral.

Portrait de Nazanine Hozar

Partout où la beauté est immense, la peur est immense aussi – peut-être celle de perdre la beauté, justement.

______________

Ce que Kamran savait avec certitude, c’était qu’une fille, probablement l’une de celles dont il ne voyait pas le visage, le tenait toujours par le cœur, agrippée à son ventricule droit, au centre de sa poitrine. Et cette pression, si chargée de tristesse, se réverbérait au fond de son ventre, elle palpitait, lancinante, et elle pleurait et gémissait dans tous les chambres d’écho de son propre corps.

Mes lectures

Un livre de martyrs américains, Joyce Carol Oates

2 novembre 1999. Luther Dunphy prend la route du Centre des femmes d’une petite ville de l’Ohio et tire sur le Dr Augustus Voorhees, l’un des  » médecins avorteurs  » de l’hôpital. De façon remarquable, Joyce Carol Oates dévoile les mécanismes qui ont mené à cet acte meurtrier et offre le portrait acéré d’une société ébranlée dans ses valeurs profondes. Entre les fœtus avortés, les médecins assassinés ou les  » soldats de Dieu  » condamnés à la peine capitale, qui sont les véritables martyrs ?

J’aime généralement ce qu’écrit Joyce Carol Oates et ce roman a été unanimement salué par la critique. Le sujet me parlait bien, j’avais donc hâte de le lire. Il m’a fallu un peu de temps pour me décider à m’y mettre parce que c’est quand même un sacré pavé. J’ai profité du confinement pour me lancer. Je dois dire que j’ai été assez déroutée par ce roman qui n’a pas été tout à fait le coup de cœur escompté.

Lire la suite « Un livre de martyrs américains, Joyce Carol Oates »
Mes lectures

Les thrillers du printemps

La promesse, de Tony Cavanaugh

Le roman qui va vous donner des sueurs froides

Darian Richards a laissé derrière lui un cortège de vies anéanties. Épuisé par cette litanie de souffrances, il a pris une retraite solitaire dans le Queensland. Mais les démons sont partout. Et dans la région, depuis quelques mois, des adolescentes disparaissent sans laisser de traces.

Couverture de La PromesseLe choc de ce printemps côté roman noir. Je ne dirais pas forcément qu’il est meilleur que les autres quant à l’écriture ou l’originalité de l’histoire mais c’est celui qui m’a le plus amenée dans son univers. Un peu trop même… Un flic qui fuit la ville pour prendre sa retraite à la campagne et se tenir éloigné des ennuis. Jusque-là la trame est classique, tout comme le personnage de flic solitaire. Quant à l’intrigue, des jeunes filles qui disparaissent sans laisser de traces : encore une valeur sure. Simple et efficace en somme. Mais ce qui déroute vraiment dans ce roman, c’est le « méchant ». Certains passages sont écrits avec son point de vue et franchement, ça fait froid dans le dos. Il y a avait longtemps que ça ne m’étais plus arrivée mais je n’ai pas pu fermer l’œil avant de 1/ connaître la fin et 2/ savoir ce taré hors d’état de nuire. Une nuit blanche à dévorer ce roman parfois dérangeant, comme je le faisais adolescente avec les plus tordus des Stephen King. J’ai adoré retrouver cette sensation, cette immersion totale dans l’univers de l’auteur. Un univers sombre et dérangeant pour ce thriller terriblement efficace.

Un tombeau sur l’île rouge, de Jean Eli Chab

Plongée dans les traditions malgaches

À Ambotemena, petit village au sud de Madagascar, un tombeau a été profané. Les os ont été retrouvés dans une décharge, une trentaine de kilomètres plus loin. Alors que le jeune inspecteur Monza est chargé de les ramener à bon port, il comprend qu’une jeune femme a déjà été accusée à tort.

Couverture d'Un tombeau sur l'île rougeAprès un roman aussi fort que La promesse, je dois avouer que le reste a eu tendance à me sembler bien fade, et c’est un peu le cas de ce roman. J’ai bien aimé que l’intrigue ait pour base les fondements de la culture malgache que ça m’a ainsi permis d’un peu découvrir. En revanche j’ai trouvé l’écriture plutôt moyenne, elle manque de rythme et de personnalité. C’est un peu plat. Sans compter quelques lourdeurs de style : l’auteur balance en boucle du « le jeune policier » alors qu’il doit avoir la quarantaine (à ce qu’il m’a semblé, mais je me trompe peut-être) et paraît bien désabusé, ce manque de vocabulaire pour le désigner s’est avéré terriblement agaçant. Heureusement qu’il s’avère assez sympathique quoique parfois un peu balourd. Je n’ai pas trouvé qu’il y avait beaucoup d’originalité dans ce texte qui a un peu de mal à envoûter le lecteur malgré un contexte intéressant. Il reste toutefois agréable à lire et permet au moins de découvrir quelques bribes de la culture malgache.

Le pensionnat des innocentes, d’Angela Marsons

Victimes, ou capables ?

Kim Stone, inspectrice rebelle et solitaire, se voit confier une nouvelle enquête. Teresa Wyatt, directrice d’école, a été retrouvée noyée dans sa baignoire. Peu de temps avant sa mort, elle s’était intéressée à une fouille archéologique prévue autour d’un foyer d’accueil où elle avait travaillé avant que le lieu ne soit entièrement détruit par les flammes.

Le pensionnat des innocentesJe ne sais pas trop quoi penser de ce roman que j’ai pourtant pris un certain plaisir à lire. La personnage principale est assez attachante dans son genre même si elle s’avère un peu trop caricaturale pour convaincre totalement, la jeune flic manque encore un peu de relief. L’intrigue est plutôt prenante et j’ai bien aimé qu’elle mette en scène des jeunes filles vivant dans un foyer (encore du déjà vu, je sais, mais c’est plutôt bien fait en l’occurrence). Dans l’ensemble c’est assez agréable à lire malgré quelques maladresses, notamment avec des tentatives d’intégrer des passages « émotion » qui ne collent pas du tout avec le caractère de l’héroïne et donnent l’impression de pièces rapportées. Quant à l’intrigue, s’il y a une bonne base, elle aurait mérité d’être un peu plus corsée. La fin est pas mal tirée par les cheveux mais le tout fonctionne à peu près. S’il y a de bonnes idées dans l’ensemble, je suis plus mitigée sur la mise en œuvre, toutefois la nervosité du style empêche de trop s’arrêter sur les lourdeurs. Pas parfait mais plutôt efficace.

Sous nos yeux, de Cara Hunter

Une famille pas si parfaite

Alerte enlèvement : la petite Daisy Mason, 8 ans, a disparu lors d’une fête, donnée dans le jardin de ses parents. Elle était déguisée en pâquerette : elle portait une robe, des collants et des chaussures vertes, ainsi qu’une coiffe avec des pétales blancs. Et personne n’a rien vu.

Couverture de Sous nos yeuxPlus encore que le précédent, ce roman m’a laissée mitigée. Ca se lit très bien, avec une trame là encore pas très originale – une petite fille disparaît, la famille est accusée et les méchants secrets ressortent. C’est simple et efficace avec un style pas franchement flamboyant mais qui se laisse oublier (c’est déjà ça…). La première partie est un peu lente, ça met du temps à se mettre en place, ça manque de rythme. Et puis ensuite au contraire ça s’emballe un peu. Vers la moitié du roman, j’ai soudainement eu l’impression que l’auteur cherchait à brouiller les pistes à tout prix, en ne lésinant pas sur la péripétie improbable au besoin : ça en devient assez brouillon pour un résultat pas terrible terrible puisqu’au final on continue à soupçonner les parents malgré tout. Bien que la trame tienne à peu près la route, l’auteur se perd un peu en chemin en voulant trop en faire. On sent un petit manque d’inventivité. Pas désagréable à lire mais tout à fait dispensable.

Principes mortels, de Jacques Saussey

Temps d’orage à la ferme

Franck fuit le naufrage du foyer familial pour réviser son bac chez son oncle et sa tante, dans une ferme isolée de la Creuse où quatre ans plus tôt, son cousin a trouvé la mort sur une route qu’il connaissait pourtant depuis son enfance. Cette tragédie a ouvert une plaie qui ne s’est jamais refermée. Elle ronge insidieusement le cœur de ses proches.

Couverture de Principes mortelsCe roman m’a étonnée. En le commençant, j’ai eu l’impression d’un roman régionaliste, avec le parisien qui débarque chez sa tante à la ferme. D’autant plus que le style est assez classique (et pas mal du tout d’ailleurs). Mais on sent poindre bien vite le drame familial. La mort du cousin de Franck a laissé des plaies ouvertes dans sa famille mais aussi quelques zones d’ombres qu’il compte bien éclairer. Le tout sur fond de travaux à la ferme et d’amour de vacances. Un mélange plus original qu’il n’y paraît. D’autant plus qu’on se rend compte assez vite que tout n’est pas rose dans la famille Servin et que le front uni se fissure rapidement… Si tous les indices sont mis en place au fur et à mesure de l’histoire, le dénouement m’a tout de même surprise. J’ai beaucoup aimé l’originalité de l’intrigue et l’ambiance que l’auteur parvient à mettre en place. Une jolie surprise.