Mes lectures

Un livre de martyrs américains, Joyce Carol Oates

2 novembre 1999. Luther Dunphy prend la route du Centre des femmes d’une petite ville de l’Ohio et tire sur le Dr Augustus Voorhees, l’un des  » médecins avorteurs  » de l’hôpital. De façon remarquable, Joyce Carol Oates dévoile les mécanismes qui ont mené à cet acte meurtrier et offre le portrait acéré d’une société ébranlée dans ses valeurs profondes. Entre les fœtus avortés, les médecins assassinés ou les  » soldats de Dieu  » condamnés à la peine capitale, qui sont les véritables martyrs ?

J’aime généralement ce qu’écrit Joyce Carol Oates et ce roman a été unanimement salué par la critique. Le sujet me parlait bien, j’avais donc hâte de le lire. Il m’a fallu un peu de temps pour me décider à m’y mettre parce que c’est quand même un sacré pavé. J’ai profité du confinement pour me lancer. Je dois dire que j’ai été assez déroutée par ce roman qui n’a pas été tout à fait le coup de cœur escompté.

Dans la première partie, on suit le meurtrier qui a tué de sang froid un médecin qui pratiquait des avortements et le volontaire qui assurait sa protection. On est à la première personne, on suit ses pensées autant que ses actes, on découvre ses convictions. C’est glaçant. D’autant plus glaçant qu’on comprend ses raisons. C’est à la fois extrêmement fort et très dérangeant.

Couverture du roman Un livre de martyrs américains

Dans les chapitres suivants, on suit la même histoire, avec d’autres points de vue : la femme du médecin et la fille du meurtrier entre autres. J’avoue avoir vite trouvé ça fastidieux. On avance par petites touches, chaque évènement est revu plusieurs fois, par différents personnages, les nouveaux points de vue sont plus ou moins intéressants mais ça m’a bien souvent semblé tourner en rond. C’est long, c’est lent et certains passages sont franchement chiants.

Pourtant, contre toute attente, ça finit par faire sens On apprend à connaître les différents personnages touchés de près ou de loin par cette histoire. On voit comment ils en sont arrivés là, mais peu à peu on voit aussi ce qu’ils deviennent, les conséquences du drame sur leurs vies. C’est intéressant de voir comme finalement, pour la fille du tueur et celle de la victime, on peut établir un certain parallèle.

Joyce Carol Oates signe ici une grande fresque sociale qui n’épargne par grand monde. La question de l’avortement y est traitée de manière assez complète, affichant des points de vue très variés de manière détaillée et argumentée. Ca ne m’a toutefois pas donné l’impression d’un débat visant à convaincre qui que ce soit, je me suis souvent dit pendant ma lecture que les pro-avortements n’y verraient sans doute nullement une critique, ce qui est pourtant censé être le cas. Ca m’a souvent mise très mal à l’aise.

Si je suis loin d’avoir eu un coup de cœur pour ce roman terriblement long et dérangeant (mais aussi bien souvent assommant, osons le dire), je lui reconnais toutefois une envergure incroyable. Ce texte est un incroyable compte rendu des tensions autour de la question de l’avortement aujourd’hui aux États-Unis. Je pense qu’il fera date pour son côté social, comme ont pu l’être en France les romans de Balzac, incroyables peintures de leur époque. Alors, le meilleur roman de Oates ? Pas à mes yeux mais sans nul doute le plus ambitieux.

Portrait de Joyce Carol Oates

On ne peut pas s’interposer entre des gens désespérés et leur Dieu : ils vous mettront en pièces. Par définition, un martyr est un idiot.


Comme la plupart des filles, elle avait été entraînée à sourire dès l’enfance. Sourire à vos aînés, à ceux qui ont autorité sur vous. Sourire quand vous avez peur. Sourire quand vous n’arrivez pas à entendre tout à fait ce qu’on vous dit. Sourire pour vous montrer douce, docile, coopérative, suprêmement bien élevée, « bonne ». Sourire aux hommes.

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