Mes lectures

Chanson douce

           Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame.

Couverture de chanson douce

           Ma maman m’avait offert ce roman cet hiver et bien qu’on m’en ait dit le plus grand bien, je n’avais pas encore pris le temps de le lire. J’étais à peu près à jour dans les nouveautés, j’ai donc décidé de me lancer. Dès les premières phrases, j’ai été séduite par le style. C’est très très bien écrit. Je trouve toujours difficile de décrire un style. Là les premiers mots qui me viennent à l’esprit sont fort, puissant, mais aussi plein de finesse et pas dénué d’une certaine simplicité. On entre directement dans le vif du sujet avec l’un des premiers chapitres les plus marquants qu’il m’ait été donné de lire. Ca commence fort, très fort. On est de suite happés par ce drame et on n’a ensuite qu’une envie : comprendre.

           Le roman s’ouvre un drame donc et revient ensuite à ses origines. Il retrace le chemin qui y a conduit. C’est extrêmement sensible. Ca nous amène au cœur de la folie à travers un personnage extrêmement seul qui paraît si équilibré mais qu’on sent déraper peu à peu. J’ai beaucoup aimé la manière dont le sujet était traité et la relative identification avec le personnage. Je dois admettre que c’est aussi assez perturbant. Il y a un certain suspense qui se met en place – bien qu’on connaisse l’issue dès le départ – et à partir de la moitié du roman l’ambiance se fait pesante. Plutôt stressant comme histoire… Ca m’a donné très envie de lire le 1° roman de Leïla Slimani. Un très beau roman, original et très bien écrit. Un Goncourt amplement mérité.

Portrait de Leila Slimani

On se sent seul auprès des enfants. Ils se fichent des contours de notre monde. Ils en devinent la dureté, la noirceur mais ne veulent rien savoir.

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Nous ne serons heureux, se dit-elle alors, que lorsque nous n’aurons plus besoin les uns des autres. Quand nous pourrons vivre une vie à nous, une vie qui nous appartienne, qui ne regarde pas les autres. Quand nous serons libres.

Mes lectures

Rentrée littéraire 2016 : littérature française

L’indolente, de Françoise Cloarec

 

Qui est Marthe Bonnard ?
Toujours jeune, souvent nue, on la voit sur les toiles des plus beaux musées du monde, pourtant elle reste mystérieuse. Elle se dissimule dans la lumière du peintre Pierre Bonnard, avec qui elle partage sa vie entre 1893 et 1942.

L'indolente, couvertureUn livre que j’attendais pas mal, d’un part parce que j’aime bien Pierre Bonnard comme peintre, d’autre part, parce que j’avais beaucoup aimé le roman Elle par bonheur et toujours nue, sur le même thème. Je dois dire que j’ai été assez déçue… Je n’ai pas du tout accroché avec le style. Ce n’est pourtant pas mal écrit mais le ton m’a dérangée. Je me suis constamment sentie coincée entre essai et roman sans trop savoir sur quel pied danser. Je n’ai pas trop aimé que l’auteur prête à Pierre et Marthe Bonnard foule de sentiments tout en gardant beaucoup de distance. J’aurais préféré que le choix soit plus net entre quelque chose de très factuel ou au contraire de franchement romancé. Marthe ne m’est pas apparue comme particulièrement sympathique et j’ai eu beaucoup de mal à accrocher avec son histoire. J’ai trouvé ça dépourvu de sensibilité. Bien que ce ne soit ni mal écrit ni inintéressant je n’ai pas réussi du tout à accrocher avec ce livre et je n’ai finalement pas eu l’envie de continuer ma lecture jusqu’au bout.

Je crois qu’on la regarde parce que personne n’arrive à cerner qui elle est, les mots ne la racontent pas. Bonnard, lui, par les représentations qu’il fait d’elle, donne une image à son corps. Comme si il lui disait : « Regarde, tu es cela.. »

Vie prolongée d’Arthur Rimbaud, de Thierry Beinstingel

 

La confusion a régné un instant à l’hôpital de la Conception à Marseille. Un homme est mort, dont on ignore le nom, mais qu’on présente par erreur à Isabelle Rimbaud comme son frère. C’est d’un inconnu qu’elle fait transporter la dépouille pour l’enterrer à Charleville. Pendant ce temps, déjouant les pronostics des médecins, Arthur guérit.

Vie prolongée d'Arthur Rimbaud, couvertureDeuxième roman français (pour une fois, c’est la littérature étrangère qui est à l’honneur chez moi en cette rentrée), seconde déception. Je n’attendais pas grand chose de ce roman. Je me méfie toujours un peu de ce genre d’élucubrations autour de la vie d’un artiste. En même temps, quand c’est bien fait, ça peut être génial. Et puis j’adore Rimbaud (je sais, comme tout le monde), je n’ai pas su résister. La bonne nouvelle, c’est que c’est très bien écrit, même si le style est parfois un peu trop ampoulé. Le point de départ est un peu tiré par les cheveux mais une fois les premières pages passées, on l’oublie assez vite et on commence à s’intéresser à cet homme qui essaie de se construire une nouvelle vie. Ca aurait pu fonctionner si ce n’était pas aussi long, et surtout si l’auteur ne se mettait pas de temps en temps à citer du Rimbaud à tout va en égrenant des anecdotes sur sa vie. Ce total manque de subtilité m’a largement dérangée, au point que j’ai fini par abandonner cette lecture pourtant pas désagréable. J’aurais aimé quelque chose de moins figé et qui ressemble moins à un inventaire de chaque moment de la vie de Rimbaud. Un roman improbable qui manque de fantaisie, c’est bien le comble !

Posons un postulat : la littérature est dans tout et vice-versa, elle n’est pas en marge , elle ne s’affaisse pas entre les pages d’un livre , elle court , on ne peut la retenir.

La légende, de Philippe Vasset

 

Le narrateur, fonctionnaire au Vatican, fabrique des saints, cercle leurs auréoles et organise leurs cultes, tout en reconnaissant qu’ils n’inspirent plus grand monde. En compagnie de Laure, elle aussi soucieuse de renouvellement, il se met en quête d’autres figures et d’autres modèles, hors des villes et de l’Eglise, mais aussi de sa propre vocation.

La légende, couvertureBon, bon, bon, comment dire ? J’ai mal commencé avec la littérature française cette année puisque ce roman a lui aussi été une déception. Je m’attendais à des histoires croustillantes sur le Vatican, ses dessous, ses secrets. C’est d’ailleurs comme ça qu’est vendu le livre. C’est l’histoire d’un prêtre défroqué qui évite soigneusement de parler de la cause de sa déchéance. On pressent le gros scandale mais il tarde à venir sur le tapis. Finalement, après une attente interminable que l’auteur passe à tourner autour du pot, on en vient au cœur du problème avec certes un comportement assez douteux mais qui paraît bien gentillet face aux problèmes de pédophilie auxquels se confronte l’Eglise. Tout ça pour ça… C’est ce que je me suis dit en découvrant le pot aux roses. Quant aux arcanes du pouvoir, on les voit finalement assez peu. On se perd plutôt dans des digressions sans fin sur des vies de saints. J’ai peiné à voir où c’était sensé en venir – et je ne vous parle même pas des passages sur des personnages étranges, je ne comprends même pas ce qu’ils font là ! En gros, c’est assez chiant. Heureusement, ce n’est pas trop mal écrit, c’est toujours ça de pris. Un roman dont l’histoire se disperse bien trop à mon goût et qui ne m’a guère convaincue.

Voilà le problème, conclus-je : on produit du saint à la chaîne – quatre cent quatre-vingt-deux sous le dernier pontificat, rendez-vous compte ! –, mais leurs chapelles restent vides et les fidèles les boudent. Qui les blâmeraient ?

L’archipel d’une autre vie, d’Andréï Makine

 

Une chasse à l’homme à travers l’infini de la taïga, au crépuscule de l’ère stalinienne. Qui est donc ce criminel aux multiples visages que Pavel Gartsev et ses compagnons doivent capturer ?

L'archipel d'une autre vie, couvertureAh, Andreï Makine ! Depuis la lecture de La musique d’une vie il y a une quinzaine d’année, l’un de mes auteurs préférés. La qualité de ses romans est une peu inégale mais j’aime la mélancolie qui se dégage de ses textes et j’espère toujours que la magie va une fois de plus opérer. J’étais donc ravie d’apprendre qu’il publiait un nouveau roman en cette rentrée (comme tous les deux ans grosso modo). Cette fois, ce n’est pas tant une histoire d’amour qui est mise qu’un récit d’aventure, ce qui n’est pas pour me déplaire, bien au contraire. Une fois de plus, l’auteur nous emmène dans sa Sibérie natale, et le voyage mérite le détour ! Il y aurait presque des airs de Jack London ou de Sylvain Tesson dans ce roman-là, autant vous dire que j’étais aux anges. On retrouve une fois de plus une certaine lenteur dans l’écriture d’Andreï Makine qui dépeint comme personne la taïga enneigée (ou pas enneigée d’ailleurs). J’aime ce rythme particulier qui se met en place et donne envie de savourer chaque ligne. Le genre de roman qui nous fait voyager. J’ai beaucoup apprécié l’ambiance de ce livre. On s’attache peu à peu au personnage principal, on se met dans sa peau et on espère avec lui un peu de liberté. C’est subtil et c’est beau. A n’en pas douter, un Makine grand cru.

L’imminence du retour me donnait une sensation troublante, celle de me retrouver devant une maison cachée dans la forêt, de m’apprêter à pousser le portail, puis d’y renoncer, retournant vers ma vie d’avant. Les autres aussi devaient voir dans cette fin d’errances la chance évanouie de franchir un seuil inconnu…

Repose-toi sur moi, de Serge Joncour

 

Aurore est styliste et mère de famille. Ludovic est un ancien agriculteur reconverti dans le recouvrement de dettes. Ils partagent la cour de leur immeuble parisien et se rencontrent car des corbeaux s’y sont installés. Leurs divergences pour régler ce problème les mènent à l’affrontement mais ils finissent par apprendre à se connaître.

Repose-toi sur moi, couvertureJ’ai découvert Serge Joncour il y a une dizaine d’années et je suis de suite tombée sous le charme de son humour noir et de son cynisme à tout épreuve. Commencer un de ses roman, c’est l’assurance de passer un bon moment. J’avais adoré son livre d’il y a quatre ans, L’amour sans le faire, pas drôle du tout pour la peine mais 400 pages de pure délicatesse. J’espérais vraiment le retrouver dans cette veine. Ca tombe bien, parce que c’est le cas. Les histoires d’amour et moi, ça fait deux. Sauf quand elles sont racontées par Serge Joncour. Ce roman-là est romantique, c’est indéniable, certains lui ont d’ailleurs reproché, pourtant, je suis de suite rentrée dedans. Le rythme est lent mais les personnages m’ont de suite été sympathiques (enfin, lui surtout, je m’y retrouve bien plus) et j’ai pris un grand plaisir à les découvrir. Leur histoire est à la fois prévisible et improbable mais je n’ai pas pu m’empêcher d’y trouver une certaine beauté. Pour être franche, plus que l’histoire, c’est le style qui me fait fondre, c’est tellement subtil, je m’y sens comme dans un cocon : c’est si douillet, on a envie de s’en envelopper comme d’un plaid tout doux. Avec une plume pareille l’auteur pourrait me raconter n’importe quoi. J’ai été touchée par la solitude de ces deux êtres, ça sonne tellement juste ! On pourrait regretter la manière un peu improbable dont les choses se mettent en place mais l’ensemble est fluide et agréable à lire. J’ai été happée par l’univers qui se met en place peu à peu et j’ai dévoré ce livre à toute vitesse. Serge Joncour s’est surpassé avec cette histoire d’amour tout en délicatesse, un de mes coups de cœur de la rentrée.

Parfois, à des petits carrefours inattendus de la vie, on découvre que depuis un bon bout de temps déjà on avance sur un fil, depuis des années on est parti sur sa lancée, sans l’assurance qu’il y ait vraiment quelque chose de solide en-dessous, ni quelqu’un, pas uniquement du vide, et alors on réalise qu’on en fait plus pour les autres qu’ils n’en font pour nous.

La suture, de Sophie Daull

 

Alors qu’elle vient de perdre Camille, sa fille de 16 ans, l’auteure se penche sur le passé de sa mère, Nicole, disparue trente ans auparavant. A partir de quelques lettres et photographies, elle tente de reconstituer son existence, entreprenant de déchiffrer les lieux et paysages où Nicole a vécu.

La suture, couvertureJ’attendais beaucoup du second roman de Sophie Daull. J’avais été profondément émue par Camille mon envolée, son premier roman, sorti l’année dernière. Elle y raconte la mort de sa fille et son deuil de manière extrêmement touchante. C’avait été mon gros coup de cœur de la rentrée littéraire 2015. Je dois tout de même avouer que je ne voyais pas bien comment elle pourrait renouveler l’exploit tant ce livre était dans l’émotion mais je n’en étais que plus curieuse. La bonne nouvelle c’est que c’est toujours aussi bien écrit. La jeune auteur a décidément un sacré style ! En revanche l’histoire… comment dire ? … on s’en fout ! Je sais, c’est horrible, c’est la recherche des origines, ça devrait me toucher un minimum mais franchement, impossible de m’y intéresser un tant soit peu. J’ai trouvé ça d’un ennui mortel, d’autant plus qu’elle ne découvre finalement pas grand chose. On est loin du déferlement d’émotions du roman précédent. J’avoue avoir eu le plus grand mal à me plonger dans cette lecture – sans jamais d’ailleurs y arriver vraiment – et j’en suis venue à bout avec difficulté. Malgré une belle écriture, un roman qui m’a laissée sur ma faim, une petite déception de la rentrée.

De cette mathématique du fracas et de la perte, je vais poser une équation à deux inconnues : le passé de ma mère, le futur de ma fille. Brouillons éternels. Clairement, ces deux inconnues le resteront pour toujours.

Mes lectures

Rentrée littéraire 2016, les polars

Ainsi fleurit le mal, Julia Heaberlin

 

À seize ans, Tessa est retrouvée agonisante au côté d’un cadavre, dans une fosse jonchée de milliers de marguerites jaunes aux yeux noirs. Presque vingt ans ont passé le jour où elle découvre un parterre de marguerites jaunes aux yeux noirs planté devant sa fenêtre, le doute l’assaille… Son  » monstre  » serait-il toujours en cavale ? 

Ainsi fleurit le malEncore un roman qui m’intriguait. On est cette fois sur un roman policier au résumé original. On découvre l’histoire à travers le récit de la seule survivante d’un tueur en série. Vu l’intrigue ça pouvait aussi bien être génial que complètement raté. J’ai très vite accroché avec cette histoire au parti pris assez inhabituel. On alterne entre la vie du personnage plusieurs années après les faits et son récit juste après le traumatisme. Le côté un peu névrosé du personnage est particulièrement intéressant et très réussi, ça la rend plus humaine tout en créant par moments un doute quant à la véracité de son récit. On soupçonne assez rapidement une partie de la vérité (disons que mes doutes ont commencé vers la moitié du roman) mais on n’en reste pas moins pris dans cette histoire tortueuse. Ca fonctionne très bien, avec un aspect psychologique soigné. Le style est plutôt simple mais soigné et l’auteur ne va pas chercher de développement extravagant à son histoire qui se suffit amplement à elle-même. Une fois ce roman entamé, je l’ai lu d’une traite, comme ça m’arrive trop peu souvent en ce moment. Une lecture extrêmement prenante.

Ce que ce passage dans cette tombe m’a appris de plus précieux ? À relativiser.

Les anges sans visage, Tony Parsons

 

Max Wolfe, enquêteur au coeur tendre, doit faire face de nouveau à la noirceur et la violence du Londres des beaux quartiers. Une famille aisée est retrouvée massacrée dans sa demeure du nord de la ville. On retrouve les corps du père, de la mère, et de deux adolescents. Mais le plus jeune enfant manque à l’appel. A-t-il été enlevé ?

Les anges sans visageJe n’avais pas lu le précédent roman de Tony Parsons, dont on avait pourtant beaucoup parlé. C’est donc avec ce roman que j’ai découvert l’auteur et je dois dire que j’ai de suite été conquise ! Le style est efficace et on plonge de suite au cœur d’une intrigue policière des plus sombres. L’ensemble reste assez classique avec son héros fort et fragile à la fois (le flic en plein divorce est une valeur sure) et son enquête à rebondissements. Pourtant, s’il n’y a rien de bien original tant sur la forme que sur le fond, la vieille recette fait ici des miracles. Le style est agréable à lire et la construction redoutablement efficace. On est pris dès les premières lignes dans la violence de cette enquête et on n’a qu’une hâte : connaître la suite ! Là encore, j’ai lu ce roman à une vitesse folle, y consacrant même avec délices une nuit d’insomnie. Encore un livre qui m’a donné envie de lire plus de polars. L’auteur sait nous rendre sympathiques ses personnages et éveiller notre curiosité. Il manie avec brio les codes du genre. Un roman plutôt classique à l’univers très noir qui parvient à nous tenir en haleine de bout en bout. Le polar dans ce qu’il a de meilleur.

Vintage, Grégoire Hervier

 

Un jeune musicien, employé chez un vendeur d’instruments réputé, est chargé de livrer une guitare ancienne chez un excentrique collectionneur anglais. Là, dans un manoir sur les rives du Loch Ness, il accepte une improbable mission, retrouver le prototype d’une guitare mythique et maudite, la Moderne.

VintagePour être tout à fait franche, je n’attendais rien de ce roman. Je ne connaissais pas l’auteur, je n’en avais absolument pas entendu parler, ça ne m’évoquait pas grand chose. Le sujet me tentait assez mais je suis loin d’être calée en musique, j’étais donc assez circonspecte. Finalement, si ça n’a pas été le gros coup de cœur comme pour les deux précédents, j’ai quand même plutôt accroché et j’ai pris un certain plaisir à cette lecture. Si le roman a bien une réelle trame policière, elle tourne en revanche quasi exclusivement autour de la guitare, sujet que ne suis malheureusement guère en mesure d’apprécier étant données mais faibles connaissances en la matière. L’auteur décrit la guitare électrique avec un enthousiasme assez contagieux et bien que tout cela ne m’évoque pas grand chose, dans l’ensemble, ça ne m’a pas trop empêché d’apprécier le roman, ce qui est un tour de force étant donné que ça ne parle à peu près que de ça (avec beaucoup de références au vieux rock où là je suis un peu moins paumée). L’histoire est efficace et on a envie de connaître la suite. L’écriture fonctionne plutôt bien également, elle possède une certaine fraîcheur et pas mal d’énergie. Bien que je n’aie pas été en mesure d’apprécier pleinement les connaissances que l’auteur met en œuvre, j’ai trouvé ce roman divertissant et agréable à lire. Prometteur.

Actualité·Mes lectures

Rentrée littéraire : sorties attendues

          La rentrée littéraire est de retour avec ses 560 romans dont une soixantaine de nouveaux écrivains (66 précisément) et sa course aux prix littéraires. Cette année, beaucoup d’auteurs que j’aime sont au rendez-vous. J’avais trouvé la rentrée dernière un peu tristounette, m’y intéressant très peu (vous pouvez toutefois la retrouver ici), mais j’avoue faire preuve cette fois d’une certaine excitation à l’idée de retrouver mes chouchous. La rentrée littéraire pour moi c’est un peu un an sur deux… Je suis loin d’avoir parcouru la liste de toutes les sorties mais voici ce que j’ai retenu des sorties des prochaines semaines.

Les auteurs que j’attends :

          Serge Joncour, un auteur que j’affectionne particulièrement pour son humour noir et qui publie avec une régularité de métronome au rythme d’un roman tous les deux ans. Les retours sont très positifs (j’ai la vague impression que toute la bloguosphère l’a reçu sauf moi, snif) et j’ai hâte de le lire. Andréï Makine, un de mes auteurs préférés depuis La musique d’une vie et La vie d’un homme inconnu. Même si son œuvre oscille entre des demies réussites et des romans bouleversants, on n’est jamais réellement déçu. Laurent Gaudé, j’ai lu peu de choses de lui mais j’ai chaque fois été très convaincue. Sa plume poétique sort du lot, je ne sais pas encore si j’aurai l’occasion de l’acheter mais il fait partie des sorties que j’attends. Jean-Claude Lalumière, j’avais adoré son premier roman, détesté le deuxième et moyennement le troisième, qu’en sera-t-il du dernier ? Sophie Daull, il y a un an, elle était la révélation de la rentrée littéraire avec un roman bouleversant sur la mort de sa fille. Elle revient avec un texte sur sa mère qui je l’espère aura la même force. Jim Fergus, l’auteur de La fille sauvage. Fervent défenseur de la culture amérindienne, il signe une œuvre de qualité et ses romans sont bien trop rares à mon goût, la parution d’un nouvel opus, la suite de l’excellent Mille femmes blanches est un petit événement littéraire. J’ai découvert Joyce Maynard, il y a deux ans et j’aime beaucoup ce qu’elle fait. Des polars psychologiques assez sombres et diablement efficaces, je suis impatiente de découvrir le dernier. Jim Harrison, un maître de la littérature des grands espaces américaine. Il est mort il y a quelques mois et ceci est un roman posthume. Je préfère les œuvres achevées mais je serais quand même curieuse d’y jeter un œil.

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Les livres lus ou à lire :

          Déjà dans ma bibliothèque, des livres reçus en service de presse. J’en ai lus certains, d’autres pas encore. Pour la plupart, je n’en connaissais pas les auteurs. J’y ai déjà trouvé beaucoup de bonnes surprises dont je vous parlerai bientôt (d’ici la fin du mois, histoire qu’on ait un peu plus avancé dans les sorties).
Yaak Valley Montana, Voici venir les rêveurs, La légende, Vie prolongée d’Arthur Rimbaud, Un travail comme un autre, Une nuit Markovitch, M pour Mabel, Muse, The girls, La suture, L’indolente, La tentation d’être heureux, Ainsi fleurit le mal, Watership down, Vintage. Et qui sait, peut-être que d’autres viendront.

Mais aussi :

          Laurent Mauvignier, Philippe Forest, Véronique Ovaldé, Amélie Nothomb, Yasmina Khadra, Yasmina Reza, Jonathan Coe, Sophie Adriansen, Jean-Paul Dubois, Karine Tuil, Eric-Emmanuel Schmitt, Audur Ava Olafsdottir, Antonio Muñoz Molina, Jean-Michel Guenassia, Amos Oz, Tonino Benacquista, Eric Faye, Laurence Tardieu, Philippe Delerm, Chloé Delaume, Philippe Sollers, Marie Ndiaye, Fannie Flagg, Pascal Quignard, Salman Rushdie, Nathacha Appanah, Jean d’Ormesson, Catherine Cusset, Jean Teulé. Liste non-exhaustive, cela va sans dire.

         Et vous, vous avez fait vos repérages pour la rentrée ? Lesquels prévoyez-vous de lire pour bien finir l’été ?

Mes lectures

Rentrée littéraire de janvier : littérature française

          Les rentrées littéraires se suivent et ne se ressemblent pas. Celle de septembre reste la plus courue, avec les prix littéraires à la clef, mais celle de janvier propose aussi de belles choses. On y trouve aussi bien des auteurs confirmés qui ne font pas la course aux prix – pas chaque année du moins – que des débutants qui essaient de ne pas finir engloutis sous la masse des quelques 600 livres qui paraissent chaque automne. Pourtant, avec 476 romans sortis en ce début d’année, difficile de s’y retrouver. Si la rentrée de septembre m’a laissée grandement sur ma faim (la plupart des auteurs que j’aime en étaient absents et j’ai été dans l’ensemble très déçue par mes lectures que vous pouvez retrouver ici), celle-ci me tentait plus avec pas mal de romans qui m’intriguaient. N’ayant pas un rond ces temps-ci, je n’ai acheté qu’un seul roman cette rentrée : les autres m’ont soit été généreusement envoyés en service de presse (oui, ça m’arrive et non, je n’ai pas honte), soit été prêtés par ma maman. Même si pour une fois j’en ai sollicité pas mal, d’autres ont croisé ma route par hasard. Une quinzaine de livres en tout, dans des styles assez différents. Voici pour commencer ce que j’ai pensé de la partie littérature française.

          L’Azirie est tombé sous le joug d’une dictature. Lora Sander décide de fuir le pays. Sa vie de comédienne est devenue impossible. Elle prend le chemin de l’exil et rejoint l’Etat limitrophe de Santarie, munie de son colt 45.

La femme au colt 45, Marie RedonnetJe n’ai pas trop accroché avec l’écriture assez particulière de ce roman. Le mélange entre une narration à la 3° pers et un point de vue interne est assez perturbant. Ca met une distance avec le personnage et donne un côté froid au texte qui m’a beaucoup gênée. Les événements sont décrits de manière succincte et s’enchaînent rapidement. Ils auraient mérité d’être plus développés pour qu’on s’imprègne de l’ambiance et qu’on s’attache un peu plus au personnage. Mais si ce texte ne m’a pas plu, il est loin d’être inintéressant. L’écriture est certes un peu sèche à mon goût mais elle est maîtrisée et la construction originale. L’histoire se passe dans un lieu imaginaire mais qui entre en résonance avec le monde actuel, ses problèmes, ses conflits. On y retrouve d’une certaine manière les problèmes d’immigration et d’intégration qui font l’actualité. Ca donne au texte un aspect universel. Une écriture qui m’a paru trop froide mais un sujet intéressant et un résultat qui, s’il ne m’a pas séduite, sort tout de même du lot.

Il y a des rides sur le front et à la commissure des lèvres. La peau commence à se flétrir. Le teint a perdu son éclat. Le regard est grave et inquiet. Les traits du visage sont harmonieux, des sourcils épais, des lèvres charnues. L’expression est tendue. Cette femme que je ne reconnais pas, sans aucun fard, c’est moi.

          « Je voulais comprendre comment Lorca Horowitz avait mis en place son plan d’anéantissement sans éveiller le moindre soupçon, et avait osé monter une à une, sans jamais reculer ni même hésiter, les marches qui la menaient droit à son crime. Je voulais comprendre pourquoi elle l’avait fait. Mais surtout en quoi cela me concernait, me touchait. Qu’avais-je à voir là-dedans ? »

Appelez-moi Lorca Horowitz, Anne PlantagenetCoup de cœur pour ce roman que j’ai dévoré en à peine 24h (il est court, certes, mais quand même). J’ai été totalement embarquée par cette histoire complètement folle de manipulation et d’usurpation d’identité inspirée d’un fait divers. La tension monte peu à peu et il est fascinant de voir une jeune femme complexée se transformer peu à peu sous nos yeux en femme fatale prête à tout pour réussir. Mais tout autant que cette histoire, j’ai aimé que l’auteur nous parle en parallèle de pourquoi elle a choisi ce sujet, pourquoi il la fascine, et ce que ça dit d’elle – avec parfois une pointe d’humour bienvenue dans cet univers assez sombre. Cette alternance entre le récit lui-même et cette prise de recul de la part de l’auteur est à la fois passionnante et diablement efficace ! Ca nous pousse à nous interroger sur ce que nous-même serions prêts à faire en situation extrême. Un questionnement dérangeant mais qui donne à ce roman toute sa saveur. C’est très bien écrit et l’état d’esprit de la jeune femme est parfaitement bien rendu (bien que totalement supposé). On se prend au jeu de cette histoire malsaine et on en ressort avec une pointe de soulagement mais aussi une certaine frustration de ne pas voir levés tous les doutes sur les motivations du personnage. Un roman un rien malsain et extrêmement prenant.

Je connaissais bien aussi cette douleur de l’exclusion, pire encore, celle du cœur qui se brise et n’en finit pas de se briser, du cœur déjà en miettes et qu’on peut, aussi inconcevable et cruel que cela paraisse, réduire en morceaux toujours plus petits, car il faut de nombreux coups pour arrêter l’amour, il faut le tabasser à plusieurs reprises.

          Étonnant et fulgurant destin que celui de Jeremiah Reynolds : après avoir probablement été le premier homme à poser le pied sur le continent antarctique en 1829, il devint colonel pendant la guerre civile chilienne, chef militaire des armées mapuches, avocat à New York, effectua un demi-tour du monde et écrivit un récit de chasse au cachalot blanc.

Les vies multiples de Jeremiah Reynolds, de Christian GarcinPetite déception pour ce roman dont j’attendais beaucoup. Bien que très travaillé, le style apparaît comme extrêmement brouillon. L’auteur se perd en digressions incessantes (parfois insupportables mais d’autres fois plutôt amusantes, il faut le reconnaître) et semble ne jamais vraiment toucher au cœur du sujet. Cette histoire avait pourtant un potentiel énorme. Je ne connaissais pas Jeremiah Reynolds et j’espérais découvrir les moindres détails de ses pérégrinations, une vie d’explorateur donne toujours une matière particulièrement riche pour un roman. Malheureusement l’auteur survole les choses. On ne rentre absolument pas dans la peau du personnage. Ses sentiments sont totalement laissés de côté et ses exploits sont relatés de la manière la plus brève qu’il soit. Ce roman n’est qu’accumulation de digressions bien souvent sans grand intérêt. J’ai hésité à l’arrêter plusieurs fois mais me suis abstenue, trouvant ça et là des passages un peu plus prenants. Un style à la fois compliqué et très haché qui est loin de m’avoir emballée et une histoire intéressante à peine esquissée qui m’a laissée sur ma faim pour ce roman qui ne tient pas ses promesses.

Il se disait qu’il n’y avait eu que deux périodes de sa vie qui l’avaient vraiment exalté, et elles étaient liées aux deux chimères qu’il avait poursuivies, ou qu’il aurait voulu poursuivre : la Terre creuse de Symmes et le cachalot blanc de Lewis.

          Aux confins du Grand Nord, dans un paysage de glace et de neige, une bourgade survit autour de l’activité du Terminus : hôtel, bar et bordel. Nul ne sait à qui appartiennent les lieux mais ici se réfugie la lie de l’humanité et ici s’épanouissent les plus bas instincts.

Dedans ce sont des loups, de Stéphane JolibertCe roman est mon deuxième gros coup de cœur de cette rentrée de janvier qui s’avère décidément bien surprenante. Le titre me plaisait bien mais je ne m’attendais à rien de particulier en entamant cette lecture. J’ai vraiment été happée par cette univers très fort, pourtant, je ne sais pas trop comment vous en parler. Etrangement, j’ai souvent un peu de mal à parler des choses que j’aime en ce moment. J’ai beaucoup aimé le style de l’auteur qui n’a pas été sans me rappeler par certains aspects la plume de Jack London (un de mes auteurs préférés pour ceux qui l’ignorent). Un style un peu âpre et un monde dur et froid que j’ai beaucoup appréciés. Ce monde sans pitié est peuplé de personnages forts – des hommes violents et des prostituées pour la plupart, pas franchement des enfants de cœur. Avec ça, inutile de vous dire que l’histoire n’est pas exactement drôle. On est dans une sorte de thriller avec un suspens qui se met en place autour de l’identité de celui qui contrôle ce bout du monde sans foi ni loi. On pressent que ça peut difficilement bien finir. La violence est au centre du récit avec pourtant de beaux moments d’humanité. Même si j’ai assez vite deviné qui tirait les ficelles, ça ne m’a pas vraiment gâché le plaisir du dénouement. Un roman qui m’a subjuguée de bout en bout par la force de son style et la noirceur de son univers. Glaçant.

C’était sa fierté, au paternel, que ses gosses sachent que la vie était une chienne dépourvue de tendresse et de compassion.

          Pascal a ouvert un restaurant, Le Bout du Monde, à Kaboul. Hommes, femmes, voyageurs aux grandes causes et aux bagages trop lourds s’y retrouvent pour comploter, rire, boire, aimer, oublier… Mais après l’excitation des premières années, ne faut-il pas s’en aller encore ?

Le bout du monde, de Marc VictorJ’ai suivi la série Kaboul kitchen sur Canal+ et malgré quelques faiblesses je dois dire que j’ai bien aimé son humour décalé. J’étais très curieuse de découvrir la suite dans un roman. L’auteur (et scénariste donc) s’inspire de sa vie pour son livre. Et elle a visiblement été très mouvementée ! J’ai beaucoup aimé le style fluide et l’auto-dérision exacerbée. Le narrateur se décrit de manière peu glorieuse -grosso modo comme un lâche et un glandeur – et étrangement ça ne le rend que plus sympathique. Les nombreuses digressions, même si elles semblent nous éloigner parfois pas mal de l’histoire, sont loin d’être inutiles et donnent toute leur profondeur aux personnages. On revient ainsi sur leur enfance et sur la solidité des liens d’amitié qui unissent le narrateur à Corto, son ami d’enfance, qui vit lui aussi en Afghanistan, et dont  la disparition est au centre du récit. Entre les Pyrénées et Kaboul, le récit d’une amitié solide entre deux caractères bien trempés. Ce roman est souvent drôle, parfois émouvant, et s’il traîne un peu en longueur sur la fin, il est entre humour et aventure une lecture pour le moins rafraîchissante.

La route, elle aussi, finit par user. Nous n’étions pas loin d’une overdose d’asphalte. Et même les paysages les plus grandioses n’échappent finalement pas à la monotonie.

          Gabriel, écrivain quadra précaire épuisé par l’amour et la vie, tombe amoureux de Catherine, institutrice de son fils et membre du Parti National…

Les enfants qui mentent n'iront pas au paradis, de Nicolas ReyJ’avais lu un livre de Nicolas Rey quand j’étais ado, Courir à 30 ans, que j’avais à l’époque bien aimé. Quand j’avais reçu il y a deux ans un roman de l’auteur en service de presse, j’avais donc été très heureuse de le retrouver. Malheureusement, ça ne s’était pas exactement passé comme prévu et j’avais franchement détesté son roman qui n’est pas loin d’être ce que j’ai pu lire de plus plat ces dernières années. Quand j’ai reçu celui-ci, j’étais donc pour le moins circonspecte et j’ai bien dû le laisser traîner un mois sur mes étagères et 3 semaines dans mon sac avant d’oser l’ouvrir. Sans aller jusqu’à dire que j’ai adoré, c’est loin d’avoir été le calvaire que je craignais. Pourtant le sujet – franchement d’actualité – est des plus délicats : le monde qui va mal, la jeunesse (plus si jeune en l’occurrence) désabusée et la montée du FN. Ca fonctionne plutôt bien. Le personnage principal s’avère légèrement agaçant, mais plutôt sympathique dans le fond. La plume est agréable et si j’aurais sans doute aimé un texte avec un peu plus de profondeur, il est loin d’être inintéressant. Avec ses airs de ne pas y toucher, le roman aborde des thèmes forts de manière assez peu conventionnelle. Plutôt réussi.

Je sais que pour l’instant c’est difficile à croire mais ta souffrance va s’atténuer. Au fil du temps, je vais voir ton chagrin disparaître. Voilà peut-être la chose qui nous désole le plus. De voir même le chagrin disparaître.

          Trois frères : des jumeaux, Le Zébré, fou de ses coqs qui risque sa vie en une pirouette au-dessus du vide, Le Rouquin, dans son ombre le suit où qu’il aille et tente de le protéger de lui-même. Et L’Oiseau, le musicien, le poète, le plus jeune aussi, qui oppose à la violence de ses frères le chant d’un oiseau. Peuvent-ils se rejoindre et s’inscrire dans les traces de leurs ancêtres Les Tsiganes-Oiseaux qui, comme le dit la légende, avaient le cœur si limpide qu’ils pouvaient voler ?

Tsigane-oiseau, de Chantal PortilloQuand on m’a proposé de recevoir ce livre, j’avoue avoir pas mal hésité. Lorsque je demande à un éditeur de m’envoyer un ouvrage, je m’engage bien évidemment à en parler mais comme je me fixe également un devoir d’honnêteté, j’essaie autant que possible d’aller vers des choses que je suis à peu près sure d’aimer. Ca m’évite à la fois de me mettre dans la situation embarrassante vis à vis de celui qui me l’a envoyé et d’avoir l’impression de perdre mon temps. Je ne connaissais ni l’auteur ni l’éditeur et c’est vrai que cela me rend généralement assez méfiante. Toutefois, le sujet m’attirait beaucoup et le communiqué de presse était convaincant, j’ai donc décidé de laisser une chance à ce roman. Et j’ai bien fait (comme quoi, les a priori à la con hein…) ! J’ai de suite accroché avec le style tout en simplicité de l’auteur et cette histoire d’une famille de tsigane. On y découvre le quotidien au sein d’un campement, avec ses croyances, ses combats de coqs, ses tensions mais sa solidarité aussi. C’est à la fois simple et universel, la complexité des rapports fraternels, et des rapports humains tout court. J’ai trouvé ce texte très juste et très beau. C’est violent et poétique : c’est vivant. Un très bel hommage à culture gitane.

Et si nous sommes du voyage, nous ne sommes pas des errants, nous sommes les nomades du monde.

          Un cinéaste au mitan de sa vie perd son meilleur ami et réfléchit sur la part que la mort occupe dans notre existence. Entre deux femmes magnifiques, entre le présent et le passé, dans la mémoire des visages aimés et la lumière des rencontres inattendues, L’Arbre du pays Toraja célèbre les promesses de la vie.

L'arbre du pays Toraja, de Philippe ClaudelDe Philippe Claudel je ne connais pas grand chose. J’avais beaucoup aimé son film Tous les soleils, et en roman j’avais été séduite par Le rapport Brodeck que j’avais trouvé très fort. J’avais envie de lire autre chose de lui et son nouveau roman faisait donc partie de ceux qui me tentaient bien  en cette rentrée de janvier. Je l’ai commencé avec un bel enthousiasme sans même avoir lu quatrième de couverture. J’ai vite déchanté. Certes, le style reste agréable, mais impossible de m’intéresser un tant soit peu à ce qui était écrit. Il faut dire que je ne suis pas très sensible au sujet de la maladie et de la mort. Ca ne m’attire pas particulièrement et il faut vraiment un roman d’une grande sensibilité pour que ça me touche. D’autre part, je commence à me lasser de l’autofiction à laquelle j’ai toujours préféré les romans. La frontière entre réalité et fiction peut-être intéressante mais là j’ai plutôt eu l’impression que l’auteur s’épanchait sur la page sans réel travail littéraire derrière. Ce texte est extrêmement décousu. Ca part dans tous les sens aussi bien chronologiquement que concernant les sujets abordés. Ca n’aide pas franchement à rentrer dedans… J’ai trouvé le tout très brouillon et émaillé de réflexions qui ne m’ont pas emballée outre mesure. Je me suis ennuyée devant ce livre qui manque franchement de tenue. 

Il s’est mis à pleuvoir. On voit la pluie rouler sur les jeunes feuilles des arbres. C’est très beau. Comme des larmes de géant qui tomberaient sur le monde.

          La tentative d’assassinat du président Chaouch a plongé le pays dans une hystérie grandissante. Tout le monde est sur les nerfs. Le président Chaouch est sommé de répondre à l’angoisse nationale par des batteries de mesures sécuritaires tandis que sa légitimité est attaquée de toutes parts et que se précise la menace d’un deuxième attentat imminent…

Les sauvages, tome 4, de Sabri LouatahJ’ai adoré cette série dès les premières lignes. Un style nerveux et incisif qui ne laisse pas indifférent et une histoire on ne peut plus d’actualité. J’ai le souvenir d’avoir eu un peu de mal à m’y remettre lors de la sortie du tome 3 : beaucoup de noms différents, une histoire complexe, des ramifications dans tous les sens… pas toujours simple de s’y retrouver quand il s’est passé du temps entre deux tomes. Et justement, le dernier c’était il y a longtemps, très longtemps… Pourtant, cette fois je n’ai eu aucun mal à me replonger dedans, même si je n’avais évidemment plus tous les détails en tête. J’ai une fois de plus beaucoup aimé retrouver cette univers de magouilles et de complots en tous genres, rempli des personnages les plus hétéroclites. Le sujet de cette saga est on ne peut plus d’actualité et je dois avouer qu’après les attentats je trouve cette lecture est assez perturbante. L’histoire est extrêmement bien construite et a réussi à me tenir en haleine jusqu’au bout. J’avais peur que l’auteur peine à trouver une issue à cette série mais il parvient à la finir en beauté. Un quatrième et dernier tome toujours aussi convaincant pour ses Sauvages qui vont assurément me manquer.

Krim ne pouvait compter que sur sa mémoire pour ne pas sombrer ; mais sa mémoire c’était racornie, comme un tube de dentifrice qu’on a trop enroulé, trop plié et pressuré, jusqu’à ce qu’il n’en dégouline plus le moindre souvenir heureux.

          Tous ces romans sont parus en janvier ou février (bon, certains fin décembre peut-être). Il fallait bien placer la frontière quelque part, je vous parlerai donc des sorties de mars ultérieurement. Je vous parle de ces sorties un peu tard mais je ne lis malheureusement pas assez vite pour suivre le rythme frénétique des parutions, surtout que pour une fois j’ai eu la chance d’en avoir beaucoup à lire. Le hasard a voulu qu’il y ait pas mal de récits d’aventure parmi ces nouveautés, ce qui n’était pas pour me déplaire – loin de là ! J’ai été dans l’ensemble très agréablement surprise par la qualité de ces textes avec de vrais coup de cœur et assez peu de grosses déceptions. Ca m’a rappelé pourquoi j’aime autant la littérature contemporaine. Et vous, avez-vous lu de belles choses en ce début d’année ? On se retrouve dans quelques jours pour la partie littérature étrangère.