Mes lectures

Changement de décor, David LODGE

          Morris et Philipp, tous deux professeurs d’anglais échangent leurs postes pour 6 mois. Le premier est un américain brillant et sûr de lui qui vient d’une faculté réputée où le soleil brille toute l’année ; le second est un homme effacé qui semble toujours chercher sa voie et enseigne dans une université qui manque de prestige, dans une ville grise et pluvieuse d’Angleterre. Deux univers que tout oppose et qui vont devoir cohabiter. 6 mois qui s’annoncent difficiles…

          Changement de décor est un des premiers romans de David Lodge, écrit à la fin des années 60. On y retrouve son humour si délectable et toute la finesse de sa plume. Ce livre m’a rappelé Pensées secrètes, en peut-être plus déjanté et immoral encore. Ce livre est totalement fou, improbable, et ne ce soucie pas le moins du monde des basses questions de crédibilité. Le fond de l’histoire est assez simple et terriblement efficace. L’échange universitaire est bien sûr l’occasion de découvertes et de grands bouleversements. On assiste à travers les yeux de ces deux professeurs à l’éclosion du mouvement hippie des deux côtés de l’Atlantique. La naissance d’une époque qui n’est bien sûr pas étrangère au côté un peu farfelu de ce roman.

          J’ai beaucoup aimé ce livre qui m’a franchement fait rire. David Lodge a un humour grinçant qui fait mouche à tous les coups. Il y a dans ce roman un dynamisme et une énergie qui peuvent parfois manquer à certains ds ouvrages de l’auteur. Les scènes cocasses s’enchaînent et le lecteur se délecte des nombreux malentendus dans lesquels se fourrent les personnages. La fin est très frustrante et donne terriblement envie de se jeter sur la suite (2 autres tomes). Une lecture extrêmement plaisante, drôle et divertissante. Un livre intelligent comme on aimerait en croiser plus souvent. Du grand David Lodge.

 Si, en revanche, ç’avait été elle qui était partie en Amérique et lui qui était resté s’occuper des enfants, elle lui aurait beaucoup manqué, évidemment. En fait, s’il n’u avait pas les enfants, il ne saurait dire à quoi lui sert une femme.

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Il avait été question d’une expérience démontrant que les rats se portaient mieux quand on les nourrissait avec les emballages plutôt qu’avec les corn flakes.

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Depuis son départ, elles étaient d’une telle pagaille que le Thé du Chapelier four de Carroll apparaissait en comparaison comme un système modèle dans l’art de prendre des décisions.

Mes lectures

La nuit juste avant les forêts, Bernard-Marie KOLTES

          Un homme aborde un inconnu dans la rue et lui parle de tout et de rien, et surtout de lui, pour tenter de le retenir. L’autre ne répond jamais et on ne saura rien de lui, pas même s’il existe vraiment. Un long monologue désespéré de 63 pages, en une seule phrase, fait de redites et d’obsessions. Perturbant.

          A vrai dire je n’ai pas grand chose à raconter sur ce texte que je n’ai pas réussi à finir, bien qu’il soit très court. Je n’ai absolument pas réussi à rentrer dedans. Dès le départ j’ai eu beaucoup de mal avec ce style moderne et décousu. Ce post-modernisme affiché m’a gênée, j’ai une préférence pour des écritures plus rondes. J’ai toutefois tenté de faire abstraction de ces premières lignes pour e pencher sur le coeur du sujet. Rien à faire, impossible de m’intéresser à ce qu’il se passait. Trop décousu à mon goût, trop déstructuré, trop cru dans le langage employé. Décidément tant de modernité me laisse perplexe.

          Ce long looooong monologue, en une seule phrase, m’a épuisée. Je me suis très vite désintéressée de ce discours auto-centré. Typiquement le genre de texte qui me laisse de glace. Ce n’est pas faute d’essayer mais c’est comme si les mots n’avaient aucune prise sur moi : je les vois mais ne les enregistre pas. Il y a visiblement là tout un courant à côté duquel je suis condamnée à passer faute de pouvoir me concentrer dessus plus de 2 minutes (j’ai vécu une expérience tout à fait comparable avec Thomas Bernardt). Des auteurs qui pourtant me tentent par les théories qu’ils mettent en oeuvre et leur volonté de bousculer les codes littéraires, bien que le résultat me passionne beaucoup moins. Une rencontre ratée donc, dommage.

Tu tournais le coin de la rue quand je t’ai vu, il pleut, cela ne met pas à son avantage quand il pleut sur les cheveux et les fringues, mais quand même j’ai osé

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l’usine, vos gueules, et on a le dernier mot _ et ils ont le dernier mot, le petit nombre de baiseurs qui décident pour nous, de là-haut, organisés entre eux, calculateurs entre eux, techniques à l’échelle internationale – l’échelle internationale !

Mes lectures

Dans l’abîme du temps, Howard Phillips LOVECRAFT

          Quatre nouvelles sur le temps et ses mystères. Dans l’une d’elles, un homme qui perd la mémoire et se réveille 5 ans plus tard avec des souvenirs qui semblent venir d’un autre temps dont il ne garderait pourtant aucun souvenir conscient. Ou encore un jeune étudiant qui vit d’étranges expériences depuis qu’il loge dans une chambre qui a la réputation d’avoir hébergé une sorcière dans un passé lointain et serait restée hantée. Des textes dans la pure pure tradition fantastique.

          A vrai dire je n’ai pas trop accroché avec ces nouvelles. J’ai trouvé le style très austère. Une écriture typique de la fin du XIX°-début du XX°, très influencée par les écrits réalistes. On retrouve ainsi de longues descriptions et l’auteur fait preuve d’une incroyable minutie dans son récit. Trop à mon goût, tant de précisions m’ont quelque peu étouffée et perdue. Dans la 1° nouvelle, le personnage principal est un professeur d’économie et le texte se veut assez scientifique, ce qui m’a vite assommée. J’ai eu le plus grand mal à en suivre les péripéties. J’ai trouvé cela à la fois compliqué, décousu et pénible à lire. Un texte difficile que j’ai fini par abandonner. J’ai toutefois lu la fin par acquis de conscience : arriver à la comprendre en ayant sauté 40 pages n’est pas le signe d’un suspens insoutenable.

          La 2° nouvelle m’a un peu moins rebutée. Le style demeure assez ardu mais le sujet étant moins « technique », j’ai eu un peu moins de mal à m’y faire (c’est toutefois très relatif…). L’histoire est assez classique et efficace. La lecture de ce texte est édifiante quant à la place de Lovecraft dans la littérature fantastique/science-fiction (on est à la frontière des deux). Les thèmes abordés sont d’une grande modernité et ont été abondamment repris par la suite.

          Ce recueil est axé autour du problème du temps et de ses mystères. Il se construit à la fois sur la perception du temps dans les rêves mais aussi et surtout sur les toutes dernières avancées scientifiques en la matière, avec l’utilisation littéraire de la célèbre théorie de la relativité restreinte d’Albert Einstein. Ce mélange est aussi intéressant que novateur, bien qu’il m’ait laissée perplexe. J’ai trouvé que cela manquait de légèreté, l’écriture a je trouve un peu vieilli et je dois admettre que le sujet qui me tentait m’a finalement lassée (c’est que c’est pas simple cette histoire !). Raison pour laquelle je n’ai pas eu le courage de lire les 2 nouvelles suivantes. Un livre qui m’a donné bien du mal et que j’ai trouvé intéressant bien que je n’aie pas du tout accroché pour les raisons susmentionnées. Je pense toutefois que je retenterais ma chance avec Lovecraft sur un autre thème. A réserver sans doute aux lecteurs de sciences-fiction plus aguerris que moi.

Ils remarquèrent que je m’efforçais surtout de posséder à fond certains points d’histoire, de sciences, d’art, de langage et de folklore – les uns terriblement abstrus, et d’autres d’une simplicité puérile – qui, très bizarrement parfois, restaient exclus de ma conscience.

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Etaient-ce les rêves qui avaient amené la fièvre ou la fièvre les rêves, Walter Gilman n’en savait rien. Derrière tout cela était tapie l’horreur sourde, purulente, de la vieille ville, et de l’abominable mansarde moisie, à l’abri d’un pignon, où il étudiait.

Mes lectures

Pensée magique, Augusten BURROUGH

          Après une enfance mouvementée, Augusten est allé s’installer à New-York où il travaille pour une agence de pub. S’il a réussi à plus ou moins s’intégrer à la société, il reste toutefois quelque peu ravagé, et ce pour notre plus grand bonheur. Nous suivons ici la suite de ses aventures, avec toujours autant de détails croustillants sur sa vie rocambolesque. Tout un programme !

          Je vous avez parlé du jeune Augusten, rencontré dans Courir avec des ciseaux (oui, oui, on est presque des intimes maintenant). J’avais adoré ce livre à l’humour ravageur et au personnage aussi horripilant qu’attachant. J’avais été terriblement déçu que l’histoire s’arrête. Fort heureusement, l’auteur n’écrit qu’autour de sa biographie ce qui offre donc quelques occasions d’en savoir plus. J’ai raté l’épisode de l’entrée dans l’âge adulte – ce que je compte arranger très vite – et me suis directement trouvée propulsée vers la dure trentaine de notre héros.

          Contre toute attente, il s’est trouvé un métier respectable et vit de manière à peu près civilisée à New-York. Il est toujours célibataire et se désespère de son début de calvitie. Ses problèmes psychologiques ne sont pas tout à fait réglés et il lui arrive donc encore de montrer quelques signes de graves névroses… Ajoutez-y une certaine tendance à se mettre dans des situations impossibles et vous aurez un livre décapent ! Ce roman est peut-être un peu moins savoureux que le précédent mais on y retrouve bien le même esprit totalement farfelu. C’est avec délectation que j’ai suivi la suite de ses aventures. Augusten Burrough est décidément un auteur à suivre !

S’il y a une chose à laquelle je ne suis pas, mais alors  absolument pas allergique, c’est bien les produits chimiques. Je tiens à savoir que cet épais liquide bleu que je déverse dans la cuvette des W-C a été testé et testé encore sur des lapins, des singes, et tout ce qu’ils peuvent entasser dans leurs cages de laboratoire.

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Ce qu’il y a de merveilleux chez les enfants, c’est qu’ils ne disposent pas d’émotions complexes. ils ont la dotation de base ; les options, ce sera pour plus tard.

Mes lectures

Elle, par bonheur, et toujours nue, Henri GOFETTE

           Quand Pierre rencontre Marthe au détour d’une rue parisienne, c’est le coup de foudre. Elle deviendra sa muse, la seule qu’il ait connue. Il la peindra inlassablement pendant plus de 40 ans, et presque toujours nue. Dans ses tableaux, sa femme ne cessera d’avoir 30 ans. Histoire d’un amour fou.

           Ce roman raconte l’incroyable histoire d’amour entre Pierre Bonnard et sa femme, Marthe. Rencontrée dans un coin de rue, elle deviendra sa compagne et sa muse et l’inspirera tout au long de sa vie. Des centaines de toiles et dessins à son effigie. Une histoire esquissée tout en pudeur et en délicatesse  à travers les grands moments qui la composent.

           J’ai bien aimé ce livre léger et agréable dont se dégage une certaine poésie. On croirait presque se promener dans une toile de Bonnard tant son univers est bien restitué, par petites touches. J’aurais sans doute aimé un peu plus de consistance justement, plus de profondeur et de précision. Toutefois, le manque d’information ne le permettait peut-être et cela siérait-il moins à cette toile impressionniste. Une lecture tout en légèreté fort agréable.

Il a choisi la liberté et la peinture envers et contre tous, son milieu, sa famille, la femme qu’il aimait, et contre l’avenir même, ce petit train gris qui roule son tacatam monotone sur des rails sans surprise et vers le couchant.

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Tout plutôt qu’une vie en pot, l’amour à la petite semaine et les voyages en pantoufles.

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L’eau, quand elle monte d’un regard de femme, peut tout renverser, et il n’y a pas de mur qui tienne, surtout si le mur est un homme qui vit et vibre dans l’azur comme un violoncelle.