Mes lectures

Nue – Jean-Philippe Toussaint

          Le quatrième et dernier volet sur l’histoire d’amour entre Marie et le narrateur. Nous les retrouvons à Tokyo pour une exposition de Marie, puis sur l’île d’Elbe, où elle a une annonce à faire qui pourrait changer le cours de leur relation chaotique.

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          J’avais beaucoup aimé le précédent livre de la série, La vérité sur Marie, et j’avais hâte de lire celui-ci, qui vient clore le cycle, d’autant plus que les critiques étaient pour le moins élogieuses. Tous les éléments semblaient réunis pour passer un bon moment, malheureusement, comme souvent dans ces cas-là, la déception n’était pas loin. On commence le roman par un défilé et la description d’une robe de miel que j’ai trouvée absolument interminable et à peu près sans intérêt. Autant dire que ça commençait mal. Vient ensuite une exposition, là encore, longue description, intérêt restreint, même si ça s’améliore.

          Arrivé vers le milieu, le roman prend un tournant et j’ai trouvé qu’il devenait plus intéressant lorsque les deux personnages s’envolent pour l’île d’Elbe. On retrouve alors quelque chose de l’esprit du volet précédant même si on n’arrive jamais au même équilibre et à la même grâce. Toutefois, d’une certaine manière, le livre parvient tout de même à répondre à certaines questions laissées en suspens dans le roman précédant, mettant ainsi un terme aux aventures de notre narrateur avec Marie. Même si la fin est rattrape un peu le tout, dans l’ensemble j’ai toutefois trouvé ce roman assez fade et d’un niveau nettement inférieur à ce qu’on aurait pu attendre. Jean-Philippe Toussaint est bien loin de signer ici son meilleur roman et ne finit pas cette série sur Marie sur un grand livre, dommage.

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Quand on va voir quelqu’un dans un cimetière, il est naturel qu’on ne le voie pas, il est normal qu’on ne le trouve pas, car on ne peut pas le trouver, jamais, c’est à son absence qu’on est confronté, à son absence irrémédiable.

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Je l’apercevais dans la foule, et il émanait d’elle quelque chose de lumineux, une grâce, une élégance, une évidence…

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C’était même ainsi, et uniquement ainsi, que je concevais maintenant la séparation avec Marie, en sa présence.

Jeunesse·Mes lectures

Poème de terre – Olivier Douzou et Nouk Ricard

            Un recueil de poèmes pensé pour les enfants. Plein de jeux de mots et des illustrations décalées pour les initier à la poésie en douceur et leur donner le goût des mots.

          Depuis toujours, j’apprécie beaucoup la poésie, même si c’est un genre que je délaisse honteusement depuis quelques années. Petite déjà, les vers me faisaient rêver et j’appréciais ces sonorités mystérieuses qui m’entraînaient ailleurs. Pour autant, je ne me souviens pas avoir eu de recueils consacrés à la jeunesse pour m’accompagner dans la découverte des méandres de la langue française, ce sont plutôt les classiques réputés « abordables » et qu’on apprend à l’école qui m’ont donné la passion du beau langage : La Fontaine, Prévert, Verlaine… Je suis donc novice en matière de poésie pour la jeunesse et ce recueil m’intriguait. Je dois admettre que je contenu m’a surprise et laissée un peu dubitative. Comme le dit la présentation de l’éditeur, « Tout sur les vers en vers, en vert, à revers, à l’endroit et à l’envers ».

          Les poèmes sont essentiellement basés sur des jeux de mots, jouant de l’humour pour conquérir le jeune lecteur. Les illustrations originales prêtent à sourire et collent assez bien au texte. Il est vrai que j’attends de la poésie avant tout une part de rêve et de mystère, ici, c’est l’humour et le jeu sur le sens des mots qui est mis en avant, soit une autre fonction du langage, j’ai donc été un peu déçue dans mes attentes (d’autant plus que j’avais déjà lu un recueil humoristique la vieille et que je saturais un peu côté jeux de mots). Je me suis demandée si finalement par sa complexité ce livre n’était pas plus destiné aux parents qu’à leurs enfants, mais je me trompe peut-être, les petits étant souvent friands de jeux de mots. Un recueil avec lequel je n’ai pas trop accroché mais qui n’en est pas moins intéressant par son travail sur la langue et son humour attachant.

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croix de bois
croix de ver
si je mens
je pars à l’envers.

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Ô rage!
Ô désespoir!
Ô sècheresse ennemie!
Un ver cultivé se lamente ainsi.

Mes lectures

Daffodil Silver – Isabelle Monnin

          Quand Daffodil Silver perd ses parents et doit régler leur héritage, elle décide de raconter avant leur histoire au notaire en charge de la succession. L’histoire de deux sœur inséparables, dont l’une, morte trop tôt, laisse un vide que l’autre n’aura de cesse de combler, créant un projet faramineux. 

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         Deuxième livre de cette rentrée littéraire auquel je me suis attaquée, il m’avait également été recommandé par un libraire. Dès les premières lignes, j’ai été surprise par la qualité de l’écriture et il ne m’aura fallu que deux pages pour tomber totalement sous le charme de ce style assez particulier. Le roman est conséquent (400 pages) et la première moitié est un vrai régal ! Je suis rentrée avec bonheur dans cette fresque familiale originale, à la fois touchante et pleine de fantaisie. Malheureusement, j’ai trouvé qu’elle s’essoufflait un peu dans la durée et tout en prenant un tour peut-être un peu trop fantaisiste à mon goût. Sans doute aurait-il fallu songer à alléger ce scénario foisonnant pour le rendre un peu plus digeste. Toutefois, malgré une construction qui ne m’a pas toujours semblé à la hauteur, ce texte n’en demeure pas moins intéressant.

         En effet, le premier point fort de ce texte – hormis le style, déjà évoqué – est tout simplement son histoire, originale et foisonnante, qui a le mérite de sortir de l’ordinaire. Et si celle-ci parait légère et bien souvent excentrique, elle n’en aborde pas moins des thèmes essentiels. J’ai trouvé notamment que le deuil était traité de manière intéressante et très sensible. C’est d’ailleurs sans doute la partie de ce roman que j’ai préférée. Si les personnages sont excessifs, ils échappent aux clichés et leurs émotions exacerbées surprennent et nous renvoient à nos propres réactions et nos propres peurs. On frôle parfois la folie avec cette histoire qui se veut à la fois tendre et légère et si le texte aurait à mon goût demandé à être allégé, ce roman original au joli style n’en demeure pas moins une lecture agréable et surprenante.

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Les morts sont des vivants qui me foutent la paix.

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Elle ne cultive pas seulement des champs de coquelicots mais aussi son chagrin, un parterre d’orties que l’on nourrirait scrupuleusement d’engrais. Toujours renaissent pour vous gratter les jambes, sans cesse reviennent les vilains souvenirs et les peines comme un lierre finissant par étouffer les plus vivaces des plantes.

Mes lectures

Esprit d’hiver – Laura Kasischke

          Le matin de Noël, Holly se réveille tard, assaillie par une angoisse inexplicable. Son mari part chercher ses beaux-parents à l’aéroport et un fort blizzard se lève. Elle se retrouve seule avec Tatiana, sa fille adoptive, pour préparer le repas avant l’arriver des invités. Mais l’adolescente d’habitude si serviable a ce jour-là un comportement bien étrange.

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          Alors que je cherchais l’inspiration pour une ou deux lectures intéressantes dans cette rentrée littéraire qui ne m’inspirait guère, un libraire m’a (entre autres) conseillé ce roman qu’il m’a présenté comme un de ses coups de cœurs de ce cru 2013 par ailleurs un peu fade. Il semblait par ailleurs avoir un goût assez sûr, une longue discussion sur nos lectures respectives ayant montré qu’il avait beaucoup de culture, était heureux de la partager et que nos affinités littéraires semblaient assez proches. Je lui ai donc fait confiance et suis repartie avec, sur les 4 romans qu’il m’a conseillés, les 2 deux je n’avais jamais entendu parler, dont celui-ci. Je dois admettre que les premières pages m’ont un peu déçue : je m’attendais à quelque chose de beaucoup mieux écrit ! Le style n’est pas exceptionnel, il est assez plat. On ne peut pas dire que le vocabulaire soit très riche, les tournures de phrases ne sont pas franchement recherchées, bref, c’est un peu pauvre. Ca m’a même parfois un peu gênée dans ma lecture, à un moment je suis même allée jusqu’à me demander si ça valait vraiment le coup de continuer. Il faut dire aussi qu’après Flaubert, difficile de tenir la comparaison, tout paraît désespérément fade !

          J’ai pourtant continué ma lecture. Quelque chose dans l’histoire m’intriguait. La construction peut paraître un peu brouillon. En effet, on alterne entre la journée de Noël et des souvenirs d’Holly avec sa fille, notamment au moment de l’adoption. Toutefois, ça colle très bien avec ce jeu de mémoire qui revient par bribes, en fonction des différents événements de la journée. On sent là comme un secret et peu à peu une angoisse naît puis grandit de page en page, nous accrochant chaque ligne un peu plus à ce roman qui pourtant ne semblait pas si prenant. On semble sombrer dans le fantastique, on se demande où l’auteur veut en venir, si c’est un fantôme ou la folie qui hante ces lieux. Et puis tout s’explique dans un final époustouflant qui m’a laissée K.O. Plusieurs heures durant j’ai repensé à cette fin, à ce livre, sa construction, ce qu’il évoque… J’aurais préféré une écriture à la première personne, moins froide et impersonnelle, qui m’aide à mieux rentrer dans ce texte qui manque un peu d’émotion. Mais malgré un début sans grande saveur, ce roman construit comme un thriller mérite le détour et vous mènera aux lisières de fantastique pour mieux vous égarer et vous préparer à l’apothéose. Une fin comme un coup de poing qui frappe en plein cœur et laisse le lecteur le souffle court et un peu désemparé. 

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Et même si les infirmières des orphelinats faisaient mine de rester froides, elles étaient souvent très attachées aux enfants et à leurs propres fantasmes de vies américaines qui les attendaient. Elles pouvaient refuser de reconnaître ces anomalies, ou bien essayer de les dissimuler. Parfois elles rougissaient les joues des enfants malades ou bien couvraient leur crâne aux plaques chauves avec des bonnets de tricot.

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Bien sûr elle n’avait pas non plus écrit de poèmes depuis d’Annette Sanders l’avait guérie de…

De quoi ?

De son chagrin ? De sa peur ? De la condition humaine ?

Pourtant ça en valait le coup non ? Rilke n’aurait peut-être pas pensé ainsi (Si mes démons devaient me quitter, je crains que mes anges ne prennent à leur tour leur envol – une citation qu’un de ses mentors de l’université avait ressortie toutes les deux semaines environ afin de mettre en garde – de manière extravagante ? – contre la psychothérapie et les antidépresseurs dont certains avaient clairement besoin).

Mes lectures

Comme un roman – Daniel Pennac

          Sauter des pages, lire n’importe quoi, ne pas finir un livre… autant de droits imprescriptibles du lecteur. On fait trop souvent de la lecture une obligation scolaire, on la sanctifie et paraît parfois inaccessible.  Mais on oublie en chemin l’essentiel : le plaisir !

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          Auteur à succès connu depuis de nombreuses années notamment pour sa Fée Carabine, Daniel Pennac est aussi professeur de français. Une place de choix pour constater que si tout un chacun s’accorde s’accorde sur l’importance de la lecture, rare sont ceux qui la pratiquent, les adultes n’ont pas les temps et les élèves, tout bêtement, n’aiment pas ça. Pourtant, tous les enfants ou presque aiment qu’on leur lisent des histoires, ils attendent avec impatience qu’on leur conte des aventures d’enfants perdus dans des forêts, de princesses, de dragons ou de chevaliers. On a tellement hâte d’apprendre à lire à cet âge là ! Que se passe-t-il après ? Où passe cette soif de lecture ? S’envole t-elle quand la voix des parents ne la porte plus, quand les images ne viennent plus soutenir le texte et quand la princesse se transforme en bourgeoise ?

          L’auteur met en avant cet amour des histoire qui semble universel et dégage des pistes pour le réactiver chez les adolescents récalcitrants. En leur faisant la lecture en classe pas exemple ; rien qui soit au programme bien sûr, il ne faudrait pas les effrayer ! Le livre fait peur, il impressionne, il faut le désacraliser, le remettre à la porter de tous pour que les élèves retrouvent le plaisir de découvrir de belles histoires. Comme toujours chez Pennac, le style est agréable et ce essai se lit « comme un roman ». Il nous raconte son expérience personnelle, qui somme tout assez simple mais pleine de bonne sens et de bienveillance. J’aurais peut-être aimé une réflexion un peu plus approfondie et plus construite sur la lecture et son développement mais la force de ce livre est qu’il peut être mis dans toutes les mains, même de ceux qui n’aiment pas lire.

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L’homme construit des maisons parce qu’il est vivant, mais il écrit des livres parce qu’il se sait mortel. Il habite en bande parce qu’il est grégaire, mais il lit parce qu’il se sait seul.

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La lecture ne relève pas de l’organisation du temps social, elle est, comme l’amour, une manière d’être.

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Le verbe lire ne supporte pas l’impératif. Aversion qu’il partage avec quelques autres ; le verbe «aimer »… le verbe «rêver »…
On peut toujours essayer, bien sûr. Allez-y : «Aime-moi !» «Rêve !» «Lis !» «Lis ! Mais lis donc, bon sang, je t’ordonne de lire !»
— Monte dans ta chambre et lis !
Résultat ?
Néant.