Actualité

Première sélection du prix Décembre

          Décidément, les sélections s’enchaînent à un rythme effréné puisqu’a été annoncée, le même jour que celle du Renaudot, la première sélection pour le prix Décembre. 

– Moment d’un couple, Nelly Alard (Gallimard)
– La claire fontaine, David Bosc (Verdier)
– Faber : le destructeur, Tristan Garcia (Gallimard)
– Avoir un corps, Brigitte Giraud (Stock)
– Haute époque, Jean-Yves Lacroix (Albin Michel)
– Toute la noirceur du monde, Pierre Mérot (Flammarion)
– Naissance, Yann Moix (Grasset)
– La réforme de l’Opéra de Pékin, Maël Renouard (Rivages)
– Les évaporés, Thomas B. Reverdy (Flammarion)
– Ormuz, Jean Rolin (P.O.L)
– Arden, Frédéric Verger (Gallimard)
– Une matière inflammable, Marc Weitzmann (Stock)

          Parmi les titres sélectionnés, on remarquera que certains noms reviennes sur les différentes listes, et notamment celui de Yann Moix qui fait une entrée remarquée dans cette rentrée littéraire. A suivre…

Actualité

La première sélection de Goncourt est tombée

          Septembre, la rentrée littéraire, des centaines de romans sur les tables (555 exactement cette année, soit quand même bien moins que les années précédentes) et bien sûr, les sacro-saints prix littéraires. Parmi eux, le plus convoité d’entre tous a dévoilé sa première sélection aujourd’hui, j’ai nommé bien sûr le prix Goncourt. 

          L’année dernière j’avais lu de nombreux romans de la rentrée littéraire que j’avais suivie d’assez près avec une vingtaine de livres lus, même si je dois admettre qu’il m’en reste quatre ou cinq en réserve auxquels je ne me suis pas encore attaquée craignant l’overdose. Cette année en revanche, je n’ai rien suivi du tout, c’est à peine si je suis au courant de quelques sorties intéressantes parmi lesquelles le dernier Jean-Philippe Toussaint, Nue. Difficile donc pour moi d’avoir un avis critique à ce stade de la rentrée et il y peu de chances que s’arrange étant donné l’état de mes finances. Mais à défaut de commenter les sorties du moment, je peux au moins essayer de vous tenir au courant des sélections pour les prix. Voici donc la première sélection Gongourt encore toute chaude :

Jean-Daniel BaltassatLe divan de Staline (Seuil)

David BoscLa claire fontaine (Verdier)

Sorj ChalandonLe quatrième mur (Grasset)

Marie DarrieussecqIl faut beaucoup aimer les hommes(POL)

Sylvie GermainPetites scènes capitales (Albin Michel)

Pierre JourdeLa première pierre (Gallimard)

Pierre LemaîtreAu revoir là-haut (Albin-Michel)

Yann MoixNaissance (Grasset)

Boris RazonPalladium (Stock)

Thomas B ReverdyLes Evaporés (Flammarion)

Laurent SeksikLe cas Eduard Einstein (Flammarion)

Chantal ThomasL’échange des princesses (Seuil)

Jean-Philippe ToussaintNue(Minuit)

Karine TuilL’invention de nos vies (Grasset)

Frédéric VergerArden (Gallimard)

          Ces titres sont aussi en lisse pour le Goncourt des lycéens qui sera remis le 12 novembre, quand à son aîné, ce sera quelques jours plus tôt, le 4.

Mes lectures

L’invité d’un jour – Truman Capote

          Buddy aimerait bien l’école, simplement, il déteste Odd Henderson, une brute épaisse qui le martyrise et ne semble pas avoir d’autre but dans la vie que de l’humilier. Sa seule amie est Miss Sock, sa vieille cousine un peu bizarre. Mais tout va se compliquer le jour où elle va vouloir l’aider à régler son problème.

          Un court texte autobiographique de Truman Capote dont je n’avais jamais entendu parler et que j’ai été très contente de découvrir au hasard d’une de mes descentes en librairie. J’ai découvert par la suite que cette nouvelle était assez connue mais généralement éditée en jeunesse. Le sujet de ce livre dénote déjà d’une certaine fascination de l’auteur pour la violence et les êtres troubles. Une manière sans doute aussi d’exorciser une période difficile de son enfance. En revanche, j’ai trouvé l’écriture un peu fade comparé à la maîtrise dont sera capable Truman Capote dans d’autres textes. Un style encore un peu jeune qui m’a rappelé celui de son premier roman (vous pouvez retrouvez la critique ici). Si cette nouvelle n’est pas désagréable à lire, je ne lui ai pas trouvé non plus grand intérêt. Il y a bien mieux pour découvrir cet auteur.

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Il te cherche querelle par jalousie. Il n’est pas bien habillé et joli comme toi.

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Mais je veux te voir heureux, Buddy. Fort, capable d’affronter le monde. Et tu ne pourras jamais te débrouiller tant que tu n’auras pas trouvé moyen de t’entendre avec des gens comme Odd Henderson et réussi à t’en faire des amis.

Mes lectures

Little Bird – Craig Johnson

          Walt est le shérif d’un comté tranquille du Wyoming et espère arriver à la retraite sans encombre, à mener une vie paisible en réglant quelques conflits de voisinage, en mettant fin à des bagarres dans les bars ou en verbalisant les chauffaurds sur les routes tranquilles. Mais c’était sans compter sur la découverte du corps de Cody Pritchard, un adolescent condamné avec sursis deux ans plus tôt avec trois autres gamins pour le viol d’une jeune indienne, Mélissa Little Bird. Une mort qui a comme un air de vengeance…

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          Je n’avais rien lu de Craig Johnson mais tous ceux qui avaient lu ce roman m’en avaient vanté les mérites. Pourtant, lisant bien moins de polars qu’avant, j’ai attendu bien longtemps avant de m’attaquer à cette lecture ! J’ai une tendresse toute particulière pour les romans des grands espaces et les éditions Gallmeister ont un talent inouï pour dénicher ce qu’il se fait de mieux dans le genre. Je leur fais donc une confiance aveugle et ce n’est pas cette lecture qui me fera changer d’avis ! Dès les premières pages, j’ai bien aimé l’univers mis en place par l’auteur. L’écriture est assez sobre mais recèle un certain humour qui contraste joliment avec la rudesse des personnages. Mais c’est la nature qui est réellement au centre du texte avec de longues descriptions de paysages qui en ennuieront peut-être certains mais qui personnellement me fascinent toujours et me donnent même parfois l’envie de sauter dans le premier avion pour aller voir de mes propres yeux les merveilles que je découvre en quelques lignes expertes.

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          Du côté de l’enquête, on reste dans un scénario relativement classique même si l’auteur s’amuse à brouiller les pistes en intégrant des éléments venu des cultures amérindiennes qu’il explique au compte goutte, jouant à laisser un peu le lecteur dans le flou. Il aime aussi le mener sur de fausses pistes en évoquant de nombreuses possibilités donc bien souvent on sent bien qu’elles ne mèneront à rien, tant et si bien qu’on ne sait plus trop que croire à la fin. Ceux qui aiment l’action risquent d’être déçu, le rythme est assez lent, avec un certain nombre de digressions qui ne font pas franchement avancer l’enquête. L’inspecteur, un rien dépressif avec un certain penchant pour la bouteille, a une forte tendance a l’introspection qui prend pas mal de place dans ces pages. Le roman se construit entre ses problèmes personnels, le rapport à l’environnement (que ce soit la nature, les gens qui nous entourent ou la culture dans la quelle on a grandi) et l’enquête proprement dite ; un aspect de l’écriture que j’ai beaucoup aimé. Les personnages sont attachants et leur univers nous fait voyager. Un roman agréable à lire et intéressant dont le dénouement a réussi à me surprendre.

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Son ton était hésitant et j’étais certain qu’il y avait quelque chose à creuser, là. Alors, j’avais utilisé un de mes vieux trucs de flic et je lui avais demandé s’il n’y avait pas quelque chose qu’elle voulait me dire. Elle avait utilisé un de ses vieux trucs de mère et m’avait répondu non. Les trucs de flics ne font pas le poids devant les trucs de mère.

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Oh, Walt. Toutes les femmes de la ville te courent après. T’imagines si, en plus, t’étais beau ?

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Henry se disait que la raison pour laquelle les Cheyennes avaient toujours chevauché des appaloosas au combat c’était qu’une fois que les hommes étaient arrivés sur le champ de bataille, ils étaient tellement en colère contre leurs chevaux qu’ils étaient prêts à tuer tout le monde.

Mes lectures

Les déctives sauvages – Roberto Bolaño

          Arturo et Ulises sont les leader du jeune mouvement poétique réal-viscéraliste, quand Juan Garcia Madero les rejoint, c’est tout son univers qui bascule. A leur contact, il va commencer à voir le monde différemment et passer subitement de l’enfance à l’âge adulte. Mais pour les autres membres aussi la vie est parfois bien compliquée…

          On m’avait beaucoup parlé de ce livre et on m’en avait dit le plus grand bien : « un vrai chef-d’œuvre », « on ne peut plus le lâcher une fois qu’on l’a commencé », « à découvrir absolument », longue fut la litanie des compliments… Malheureusement, malgré un enthousiasme certain au moment de l’achat, je n’ai pas eu l’occasion de le lire de suite et le nombre de pages conséquents (930 tout de même) m’a un peu découragé de le sortir de ma bibliothèque. Jusqu’à cet été où je me suis enfin décidée à faire un effort et à me lancer dans cette aventure au long cours. Je dois bien l’admettre, dès les premières pages, j’ai craint que le temps ne me paraisse un peu long en compagnie de nos amis poètes. Si le style est agréable, il manque un peu de finesse à mon goût et à moins d’une grande maîtrise, je préfère souvent les narrations à la troisième personne pour ce type de texte aux multiples personnages dont les destinées s’entrecroisent.

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          Si j’ai eu un peu de mal à accrocher au début, j’ai toutefois assez rapidement eu envie de connaître la suite. Un sentiment étrange : je n’étais pas passionnée par ce livre et pourtant juste assez intriguée pour ne pas non plus m’ennuyer au point de vouloir le lâcher. Je doit admettre que le sujet ne m’a guère enthousiasmée… Roberto Bolaño invente un mouvement poétique proche des surréalistes qui réunit une poignée d’adolescents rêveurs et un peu paumés. L’occasion de réfléchir sur le rôle de la poésie – même si l’auteur ne fait guère dans le discours pontifiant. Je dois admettre que ce n’est pas ce que j’attends d’un roman (à moins toujours d’un talent exceptionnel), et que pour répondre à ce type d’interrogations, je préfère lire un essai, à mon humble avis bien plus apte à y répondre. Les bande d’adolescent me sont en soi plutôt antipathique, sans doute parce que j’ai toujours été moi-même très solitaire. Toujours est-il que ça me parle peu.

          Qu’ai-je donc aimé dans ce roman ? En voilà une question qu’elle est bonne ! Eh bien j’ai aimé cette polyphonie dans laquelle on déambule et se perd, l’ambition du projet et la folie des personnages, qui ne sont pas sans rappeler certaines oeuvres de Dostoïevski. On trouve dans ce roman tous les élément de la jeunesse, de l’amour à l’amitié, de l’enthousiasme à la perte des illusions. Cette volonté de tout montrer est louable et l’auteur y réussit très bien. Les personnages d’Arturo et Ulises sont à la fois charismatiques et inquiétants, ils exercent sur le lecteur une certaine fascination qui le pousse à les suivre dans leurs aventures qui les mènent toujours plus loin dans les bas-fonds. S’il y a bien une vraie réussite dans ce roman, ce sont ces personnages crépusculaires. Il y a quelques très beaux passages, avec un certain Amadeo et deux jeunes gens. Un certain suspens aussi, avec une course-poursuite d’un coté et de l’autre la recherche d’une poète nommée Césarea et retirée du monde depuis longtemps. Une lecture intéressante même si un peu trop intellectualisante par moments, ce qui colle mal avec un coté parfois un peu « brouillon ». Les personnages sont particulièrement intéressants et j’ai beaucoup aimé le petit air d’aventure qui souffle entre ces pages. Un auteur et un texte à découvrir.

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J’ai su, pendant cette seconde de lucidité, que publier un livre de ce type allait m’attirer la poisse, qu’avoir ce type assis devant moi dans mon bureau, qui me regardait avec ses yeux vides sur le point de s’endormir, allait m’attirer la poisse, que la poisse était probablement en train de planer au-dessus du toit de mes éditions comme un corbeau puant ou un avion d’Aerolineas Mexicanas destiné à s’écraser contre le bâtiment ou se trouvaient mes bureaux.

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Avec une voix d’outre-tombe don Pancracio a mentionné la foule de ses admirateurs. Ensuite la petite légion de ses plagiaires. Et pour finir l’équipe de basket de ses détracteurs.

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L’amour ni la toux ne se peuvent dissimuler. Mais était-ce l’amour ce que ces deux jeunes gens éprouvaient l’un pour l’autre ?