Nao, jeune anglo-japonaise, souffre de TOC, des obsessions violentes et morbides qui la forcent à accomplir d’étranges rituels mentaux pour se contrôler. Entre son travail dans un magasin de jouet et sa carrière d’illustratrice qui peine à décoller, elle est aussi à la recherche du grand amour. Quand elle va le rencontrer, celui-ci va s’avérer des plus bizarres.
Cette BD a reçu la Prix spécial du jury à Angoulême cette année. Je l’ai reçue dans le cadre de l’opération « Priceminister, la BD fait son festival ». Une chronique qui a pris un peu de retard étant donné l’arrivée tardive du colis mais ça, y est, je l’ai enfin lue ! Je viens de finir ce roman graphique de tout de même 200 pages et je dois admettre avoir bien du mal à voir un avis se dégager… Pour commencer, le dessin est absolument magnifique ! Un univers très particulier, plein de poésie, avec un trait tout en finesse. Des aquarelles qui a elles seules méritent amplement le détour !
Quant à l’histoire, c’est un peu plus compliqué. Tout n’étant pas simple dans la tête de cette jeune fille (qui pourtant à première vue à l’air saine d’esprit), les digressions sont nombreuses et parfois troublantes… J’ai par moments eu un peu de mal à me faire à ces changements de cap constants. Heureusement, il y a tout de même une trame assez solide à laquelle se raccrocher, et elle s’avère assez prenante pour ne pas nous perdre en route.
Je reprocherais peut-être à cette histoire de se perdre un peu parfois dans des détails sur des choses qui apparaissent comme secondaires, alourdissant un peu la lecture. Toutefois, on ne peut que reconnaître la grande originalité de cet univers si particulier. Les troubles mentaux y sont abordés avec humour et poésie, un traitement intéressant qui parviens à faire entrer le lecteur dans le monde déroutant de Nao. Au final une BD qui malgré quelques longueurs sort très clairement du lot avec un graphisme exceptionnel et une histoire hors-normes. Une lecture agréable et enrichissante.
Ah la difficulté de noter un texte pareil ! Mais puisque l’opération Priceminister l’exige… Je lui mettrai 18/20 avec mention spéciale pour son originalité : des univers comme celui-là, on n’en croise pas tous les jours !
Quand un inventeur dépressif rencontre une fille qui disparaît quand on l’embrasse, la situation s’annonce compliquée. Surtout quand celui-ci a le coeur en miette à cause d’une bombe d’amour qui l’a quittée. Heureusement, un détective génial va l’aider à retrouver sa belle invisible à l’aide de son perroquet dressé pour retrouver les filles un peu trop jolies. Arrivera-t-il à les réunir ?
J’avais eu un véritable coup de coeur pour le premier roman de Mathias Malzieu, une plume parfois encore un peu hésitante mais une fraîcheur et une inventivité comme un bol d’air frais dans la littérature contemporaine. Son second roman, mieux construit et mieux écrit, avec pourtant un peu moins de charme mais confirmait largement l’énorme potentiel du charismatique chanteur de Dionysos. Et puis, le troisième roman avait rompu le charme (voir l’article que je lui avais consacré). Je n’y avais pas retrouvé la même poésie, pas la même profondeur derrière la légèreté des mots, il n’y avait plus cette fêlure que j’aime tant chez lui et le tout m’avait semblé plein de bons sentiments et au final assez indigeste. Alors, avant d’ouvrir celui-ci, moi qui suis si réticente face aux histoires d’amour, j’ai eu un peu peur de ne pas retrouver derrière la folie du scénario, cette éraflure qui faisait tout résonner et le faisait sortir du lot.
Dès le début, on retrouve l’univers complètement fou de Mathias Malzieu. On ne s’y étonne même plus de croiser une fille invisible et un homme qui promène son coeur brisé dans une boîte, ça fait partie du décor. Mais très vite, j’ai réussi à rentrer dans son drôle de monde, ce que je n’avais pas réussi à faire avec son précédent roman. Les images farfelues qu’il peint les unes après les autres, ne sont que l’expression très imagée de sentiments qu’on a tous ressentis un jour où l’autre et d’un coup, tout paraît tellement limpide, dit avec ces mots-là ! L’histoire est pleine de petites trouvailles et de jeux de mots souvent très bien sentis. Cette histoire d’un homme qui oscille entre deux amours est à la fois drôle et touchante et pose des questions essentielles sur ce que sont l’amour et le bonheur. On le suit avec plaisir dans ses doutes, ses questionnements, ses excentricités aussi. Un personnage aussi loufoque qu’attachant qui n’est pas sans ressemblance avec son auteur. L’histoire sent le vécu et ça lui réussit ! Mathias Malzieu nous livre ici un texte touchant, à la fois drôle et sensible. L’écriture est toujours aussi enlevée et le style atypique mais avec un petit surplus de maîtrise qui en fait ressortir toute la poésie. L’auteur nous livre ici son meilleur roman et confirme sa place parmi les jeunes talents littéraires sur qui il faut compter. Un univers tendre et décalée qui m’a laissée sous le charme.
Tu n’es pas obligé de ne plus avoir peur. Il te faut juste accepter de vivre avec tes angoisses et les siennes. Ne pas les ignorer sans pour autant te focaliser dessus. On en est tous là.
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Mi-humains mi-thermomètres au mercure fiévreux, nous regardions partout ailleurs que dans nos yeux.
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C’était une sensation étrange. Comme si je courais après un éternel été sans jamais voir le soleil qui poussait devant ma porte.
Ce roman m’a été envoyé dans le cadre d’un partenariat avec les éditions Flammarion (comme mes lecteurs assidus le savent, avec moi l’envoi d’un livre gratuit est pourtant bien loin de garantir une bonne critique !). Dans l’ouvrage, l’auteur invente un chocolat au goût de baiser : cacao et orange sanguine. Hugo et Victor, l’excellent duo pâtissier/chocolatier (dont je vous parlais ici), l’a réalisé pour l’occasion ! Et comme ils ne font pas les choses à moitié, les éditions Flammarion en ont envoyé une boîte pour accompagner le roman. Une fine coque en chocolat, un caramel d’orange sanguine et un coeur de meringue à la fleur d’oranger, le tout présenté dans les boîtes/carnets emblématiques de la marque. Un régal pour les yeux et les papilles ! Merci donc aux éditions Flammarion et à Hugo et Victor pour cette délicate attention ainsi qu’à Mathias Malzieu pour son roman qui se dévore comme une friandise.
Et pour finir, 5 exemplaires du Plus petit baiser jamais recensé contenant un ticket d’or ont été dispersés en librairie. Ceux qui auront la chance de les trouver ne rencontreront sans doute pas Willy Wonka (quoi que…) mais auront la chance d’assister à une lecture-concert privé. Vous avez jusqu’au 28 avril pour les débusquer !
Le recueil des célèbres chroniques radiophoniques de Pierre Desproges. « Entre autres sujets de raillerie où je me suis plu à vautrer mon ignominie congénitale au fil de ces pages, le cancer, les cancéreux, les cancérologues et les gaietés de l’escadron métastatiques venaient bien sûr en bonne position. »
Tout le monde a déjà entendu au moins une fois un bon mot issu de la plume acérée de Desproges. Pas de sujet tabou, tout est bon pour exercer son humour décapant. Il a tenu des années durant une chronique radio matinale dans laquelle tout le monde en a pris pour son grade. Bien que n’ayant pas connu ses chroniques et ne les ayant jusque-là jamais lues, j’étais plus d’une fois tombée sur ses traits d’esprits caustiques, à des occasions diverses et variées. Cette lecture s’annonçait donc des plus vivifiantes.
Malheureusement, mon enthousiasme a vite été douché par la réalité. Certes, Desproges a un humour grinçant qui s’avère par moments assez jouissif mais comme toutes chroniques quotidiennes, elles sont de qualité inégale. Sans compter que les sujets d’actualité ont la fâcheuse tendance à vieillir. J’ai trouvé que dans l’ensemble, on tombait quand même souvent dans l’humour facile voire de mauvais goût. Au final, il y a certes quelques piques assez bien senties mais ça ne suffit pas vraiment à faire un ensemble convaincant. Ca se confirme une fois de plus, on peut rire de tout, mais pas avec tout le monde…
Cet hiver, afin de m’épargner au maximum les assauts grotesques de ces enthousiasmes hypocrites, j’ai modifié légèrement le message de mon répondeur téléphonique. Au lieu de dire « Bonjour à tous», j’ai mis « Bonne année mon cul ». C’est net, c’est sobre, et ça vole suffisamment bas pour que les grossiers trouvent ça vulgaire.
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Si les hommes font moins de conneries en février, c’est parce qu’ils n’ont que vingt-huit jours.
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Au paradis on est assis à la droite de Dieu. C’est normal, c’est la place du mort.
1914, le début de la guerre. Cinq hommes du même village partent au front. Une femme attend le retour de deux d’entre eux. Mais quand seront-ils de retour ? Rentreront-ils seulement ? Mais la guerre ne tue pas seulement les hommes, elle les abîme aussi.
De Jean Echenoz, je n’avais lu que Je m’en vais qui, bien que de lecture agréable, ne m’avait pas laissé un souvenir impérissable. Toutefois, devant tout le bien qu’on a pu dire de ce nouveau roman, je me suis lancée dans cette lecture avec plaisir. Je n’ai guère apprécié les premières pages, dont j’ai trouvé le style un rien pesant. Fort heureusement, très vite, cela s’arrange et gagne en légèreté. L’histoire ne se perd pas en détail inutiles et la vision de la guerre qui y est proposée est très intéressante. En effet, celle-ci y est vue de l’intérieur, par les expériences des personnages. Le récit est moins sombre qu’il y paraît, l’amitié venant compenser un peu l’horreur des tranchées, le quotidien prenant quelque peu le pas sur la peur. Dommage que la fin vienne un peu couper ce bel élan et ne soit pas à la hauteur du reste. Si ce roman ne me marquera sans doute pas durablement, j’ai beaucoup apprécié son ton surprenant et son regard inhabituel sur la guerre. Un petit livre qui mérite le détour.
Tout cela ayant été décrit mille fois, peut-être n’est-il pas la peine de s’attarder encore sur cet opéra sordide et puant. Peut-être n’est-il d’ailleurs pas bien utile non plus, ni très pertinent, de comparer la guerre à un opéra, d’autant moins quand on n’aime pas tellement l’opéra, même si comme lui c’est grandiose, empathique, excessif, plein de longueurs pénibles, comme lui ça fait beaucoup de bruit et souvent, à la longue, c’est assez ennuyeux.
Une jeune femme diplômée et super motivée rentre dans le monde du travail par un stage dans une agence de pub. Un salaire de misère, une considération inexistante et des horaires extensibles à l’infini seront à présent son quotidien. La réalité est parfois bien rude !
J’avais lu Génération mal-logéeet j’avais trouvé cela un peu léger. Je pensais que l’univers des stagiaires me parlerait plus, étant donné que j’y ai moi-même passé un long moment, connaissant quelques déboires… Malheureusement, je ferai pour cette BD-ci sensiblement les mêmes réflexions que pour la première. Si l’idée de départ est bonne et que nombreux sont ceux qui se retrouveront dans les situations évoquées, elles restent très banales. Chaque stagiaire ou presque a connu ça un jour, voir bien pire ! Il m’a semblé à la lecture être face à un journal qui n’a pas vraiment été retravaillé pour le passage en livre (ou pas assez). Ca manque d’un peu de recul pour donner du relief à l’ensemble. Une BD qui se laisse lire mais ne marquera pas franchement les esprits.