Mes lectures

Rupa BAJWA, Le vendeur de saris

           Ramchand est vendeur de saris. Il sert chaque jour des clientes cultivées face à qui sa propre ignorance lui fait honte. Il décide un jour d’acheter deux grammaires anglaises afin  de parfaire son éducation. Peu à peu, il va par la lecture s’ouvrir au monde extérieur et réfléchir à la société qui l’entoure.

          Ne connaissant que très peu la culture indienne, j’ai trouvé la lecture de ce livre très instructive. Je suis vite entrée dans cet univers très coloré et ai trouvé les personnages intéressants. Une lecture qui m’a emballée. L’écriture est plutôt simple mais efficace, la société y est décrite par petites touches, les personnages sont bien dépeints : une belle réussite pour ce premier roman. L’idée de départ me plaisait et l’auteur évite les écueils d’un trop grand pathos. Toutefois, la fin m’a un peu gênée. Si j’ai apprécié les 3/4 du livres, la chute m’a laissée sur ma faim. J’aurais aimé quelque chose de plus tranché, dans un sens ou dans l’autre (je ne vous en dis pas plus pour ne pas vous dévoiler la fin) et de plus engagé. L’auteur ne se positionne pas de manière claire ce qui m’a un peu désarçonnée. Un bon roman tout de même pour l’ensemble et une jeune auteur prometteuse.

Une femme doit savoir se tenir à sa place. Celle-là apeut-être eu des ennuis ou des problèmes, mais il reste que le devoir d’une femme, c’est d’abord de s’occuper de son mari et de sa maison, ensuite d’elle-même, si elle en a le temps.

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« L’aptitude n’est rien si elle n’a pas l’occasion de s’exercer. » Napoléon

Comme c’était vrai, pense tristement Ramchand, tout en se demandant qui pouvait bien être ce Napoléon. Un poète étranger peut-être. L’occasion, tout était là !

Club lecture

Club lecture, la reprise

          C’est la rentrée, et avec elle le club lecture reprend ses activités. Nous nous retrouverons jeudi à 20h au Café-Livres (dans le 4° arrondissement) autour de Kyoko de Ryu Murakami. Un livre que nous avions lu en juillet mais autour duquel nous n’avions pas eu le temps de nous réunir. Deux nouvelles recrues se joindront à nous, n’hésitez pas à suivre leur exemple et à venir grossir nos troupes.

A très bientôt pour le compte rendu et bonne lecture à tous !

Mes lectures

John STEINBECK, Des souris et des hommes

          Lennie est un colosse, une véritable force de la nature. Il ne brille pas par son intelligence mais est au fond un brave garçon. Son ami George, petit mais vif, veille sur lui. Ils vont proposer leurs services de ferme en ferme, en espérant mettre un jour assez de côté pour s’acheter un lopin de terre mais il est difficile pour Lennie de passer inaperçu…

          Un classique de la littérature américaine. L’auteur à la renommée internationale a eu le Prix Nobel en 1962. L’écriture est sèche et efficace. Pas d’effets de style : un livre écrit comme parlent ses personnages. Une écriture efficace qui sonne vrai. Cette histoire d’amitié est touchante, sans jamais en faire trop. Des personnages marquants derrière lesquels se dessine l’air de rien une critique de la société américaine.

          Rien n’est en trop dans ce récit. L’auteur ne s’attarde jamais inutilement. Une rudesse qui ne rend que plus forte l’amitié qu’elle décrit. Une histoire poignante dont le souvenir me restera sans aucun doute longtemps. Sobre et efficace, un grand roman à mettre entre toutes les mains.

Y a pas besoin d’avoir de la cervelle pour être un brave type. Des fois, il me semble que c’est même le contraire. Prends un type qu’est vraiment malin, c’est bien rare qu’il soit un bon gars.

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Parce que je suis noir. Ils jouent aux cartes, là-bas, mais moi, j’peux pas jouer parce que je suis noir. Ils disent que je pue. Ben j’peux te le dire, pour moi, c’est vous tous qui puez.

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Vous avez tous peur les uns des autres, c’est pas autre chose. Vous avez tous peur que les autres aient quelque chose à raconter sur votre compte.

Mes lectures

Yves NAVARRE, Ce sont amis que vent emporte

          David et Roch sont ensemble depuis 20 ans. Tous deux sont en phase terminale du sida. Roch, dont la maladie est moins avancée, s’occupe de David avec amour pour adoucir ses derniers jours. Avant que le vent ne les emporte tous deux, il écrit leur histoire. Ce n’est pas la mort qui est au centre de ce récit mais la vie, et l’amour. « Ce n’est pas ici l’histoire d’une mort mais celle de notre vie, une histoire comme toutes les autres histoires, jamais la même, toujours la même, histoire d’amour et de son cours. »

          Ce livre a été une découverte  marquante, presque une révélation. L’écriture est magnifique. C’est simple, c’est beau, tout en finesse. Un récit qui aborde la maladie avec une grande justesse, sans jamais devenir larmoyant. Car c’est avant tout un hommage à la vie, dont la mort n’est jamais que la conclusion. Une histoire d’amour bouleversante qui m’a donnée envie de découvrir l’oeuvre de cet auteur. À lire absolument.

En chacun de nous, une sorte de long monologue intérieur se poursuit toute la vie. On ne peut pas l’interrompre, pas plus qu’on ne peut arrêter la pensée.

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La parole est à double tranchant et […] les parleurs font souvent les reproches qu’ils n’osent pas se faire. Ils se débarrassent ainsi du fardeau de leurs jalousies et de leur manque à l’échange.

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Tout ce qui est écrit est factice ?

Si la société est un frein, c’est la société qu’il faut changer. Tout est toujours possible.

Mes lectures

Alexandre BERGAMINI, Sang damné

          Un récit qui mêle histoire personnelle est Histoire tout court. L’auteur y retrace sa vie autour du traumatisme de la mort du frère. L’homosexualité, le sida, les camps nazis sont autant de grands thèmes abordés, pour lutter contre les préjugés et contrer l’oubli. « J’ai tenté d’user de toutes les armes contre l’ennemi invisible et la bêtise, et je me suis risqué à les combattre, défendu par une langue exsangue et mise à nue. »

          Dès les premières lignes, la beauté du style frappe. C’est extrêmement bien écrit : beau, juste, précis. L’écriture est un peu décousue, le livre s’adresse donc plutôt aux habitués du modernisme. On passe d’une idée à l’autre rapidement, parfois sans liaison. On entre dans la tête de l’auteur et on suit avec délices son cheminement intérieur. Exercice délicat mais réussi.

          J’ai lu moults livres sur le sida et j’ai trouvé que celui-là sortait largement du lot, essentiellement en raison des nombreuses références historiques. L’histoire personnelle y est confrontée à l’histoire de l’humanité, ce qui donne un mélange surprenant et particulièrement intéressant. Cela permet d’éviter un certain nombrilisme qu’on reproche généralement à ce type de littérature. Et on se cultive au passage, ce qui ne peut pas faire de mal.

          Il y a toutefois certaines longueurs et j’ai sauté des passages, notamment sur les procès du sang contaminé. Mais je ne dirais pas pour autant que cela nuit tellement à l’ensemble. J’ai beaucoup apprécié le côté torturé du personnage qui est très développé. Jamais il ne se pose en victime. Un recul pris sur les événements qui ne masque pas pour autant la douleur : un équilibre rare qui m’a particulièrement touchée. Le roman est parsemé de documents et poésie, créant un mélange de styles qui met en avant la beauté de l’écriture de l’auteur. Un livre intelligent et brillant qui malgré quelques faiblesses mérite largement le détour.

Mes voeux ne sont jamais réalisés : la paix dans le monde et la joie de mon père d’être avec moi. Je prie en vain.

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Nous devrions avoir pour amis des gens capables de nous aimer au point de nous accorder l’euthanasie. Forts d’épuiser notre tristesse millénaire, de nous rendre en dernier lieu l’allégresse, la légèreté.

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Je tire la force de ma ruine.

Rien ne devait me nuire, sauf moi-même.

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Singulier et libre, l’écrivain est celui qui accomplit son destin en écrivant. Il s’agit d’engagement, d’existence et d’univers. Non de loi du marché.