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La mythologie Viking

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          L’univers de Neil Gaiman est nourri par les légendes nordiques. Il revient à ses sources et nous raconte enfin la grande saga des dieux scandinaves qui l’ont inspiré pour son chef d’oeuvre American Gods. De la genèse des neuf mondes au crépuscule des dieux et l’ère des hommes, ils reprennent vie.

Couverture de La mythologie viking de Neil Gaiman

          De Neil Gaiman, j’avais beaucoup aimé Coraline, lu il y a déjà pas mal de temps. Ca m’avait donné envie de voir ce qu’il avait écrit d’autre mais jusque-là l’occasion ne s’était pas présentée. Quand son nouveau livre est sorti j’ai donc sauté sur l’occasion. Je n’y connais absolument rien en mythologie nordique et ça faisait un bon bout de temps que j’avais envie de m’y mettre. J’ai eu une période de fascination pour les mythologies gréco-romaine puis égyptienne (j’ai tout oublié depuis), le nord m’avait échappé, il était temps d’y remédier.

          Je dois avouer que j’ai dans un premier temps été un peu déçue. Les premiers mythes, qui présentent la naissance des dieux et leur univers, sont un peu courts à mon goût, j’ai eu du mal à m’imprégner de l’ambiance, à rentrer dedans. Je me suis dit que si ça continuait comme ça, ça allait être compliqué. J’aime bien les légendes assez développées, quitte à ce qu’il y ait des détails inutiles histoire de bien cerner les protagonistes et de se familiariser avec leur monde.

          Heureusement, passées les 2/3 histoires du début, ça s’arrange nettement. Les légendes racontées sont plus développées, plus vivantes aussi. On s’attache peu à peu à ces dieux tantôt colériques, tantôt farceurs. J’ai adoré suivre leurs très nombreux déboires et honnêtement, j’ai été un peu triste en refermant ce livre de ne pas rester encore un peu avec eux. Cette petite initiation à la mythologie viking m’a donné très envie d’en apprendre plus. Une lecture aussi intéressante que divertissante. On en redemande !

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Textes courts

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          Voici des textes courts reçus lors de la rentrée littéraire de janvier pour la plupart. Je dois avouer que j’ai un peu de mal à lire en ce moment, j’ai beaucoup de mal à me concentrer plus de 5 minutes. Ces textes courts on donc été particulièrement bienvenus entre deux lectures plus conséquentes.

 

Chronique des bords du Rhin, de Sylvain Tesson

 

          Une chronique du vieux Rhin, dont les bords cachent une vie âpre et grouillante. Tendez l’oreille, écoutez dans la brume le pas d’un promeneur ou le remous d’une ondine… Amours, disparitions, crimes et secrets, c’est tout un fleuve de petites et grandes histoires qui traverse ces pages.

Chroniques des bords du Rhin, Sylvain Tesson, couvertureJe suis une grande fan de Sylvain Tesson. J’aime son côté aventureux, son écriture puissante, ses aphorismes bien sentis. Il fait partie de ces écrivains qui me font rêver. J’ai été super heureuse de trouver ces deux nouvelles par surprise dans ma boîte aux lettres. Ca c’est le genre de surprise qui illumine une journée ! Je n’ai malheureusement pas du tout accroché avec la première nouvelle. Une histoire de nymphe, c’est mignon, c’est poétique mais impossible de m’y intéresser. Moi qui aime son côté parfois un peu aride, là on en est loin. En revanche, le seconde nouvelle m’a beaucoup plus convaincue. On n’est plus dans le lyrisme débridé de la première, même si ça reste un style plus doux que ce à quoi Tesson nous a habitués. J’ai beaucoup aimé l’histoire et sa chute assez surprenante. Un recueil qui change un peu de ce qu’on connaît de l’auteur et permet de découvrir une autre facette de son écriture.

Les Hommes, qui s’imaginent toujours que la Nature attend qu’ils s’occupent d’elle, entreprirent en effet de corriger le cours du vieux fleuve comme s’il ne coulait pas comme il l’eût fallu !

Contes du Soleil Noir : Crash, d’Alex Jestaire

 

          La vie précaire d’une jeune mère isolée tourne au cauchemar après un accident. Clouée sur son lit d’hôpital, face à la télévision, elle se dissout peu à peu dans le flux de l’information mondiale catastrophiste.

Contes du Soleil noir, Crash, Alex JestaireJe ne savais pas trop qu’attendre de ce court roman qu’un article m’avait donné envie de lire. Le sujet me tentait bien mais je ne savais pas trop si c’étaient des nouvelles ou une série de courts romans dont je détenais le premier tome (ce qui est finalement le cas). En tout cas, j’étais intriguée. J’ai de suite beaucoup aimé le style, efficace. L’univers aussi, même si au début on ne va pas trop où on va, j’ai bien aimé l’incertitude qui se met en place. La première moitié m’a particulièrement accrochée. J’ai eu un peu plus de mal avec certains aspects de la fin mais ça n’en demeure pas moins intéressant. Et original. On s’attache aux personnages, des sujets d’actualité sont évoqués. Malgré quelques légères réserves, ça m’a donné très envie de découvrir la suite. Et ça tombe bien, elle sort bientôt.

Elle se représente son cerveau comme une grille Excel sous Windows – une grille qui aurait un bogue.

Contes du soleil noir : Invisible, d’Alex Jestaire

 

          À la dérive dans les rues de Bruxelles, un SDF prend conscience qu’il est en train de devenir invisible aux yeux des passants ? réellement invisible. Facétieux, il tire parti de cette nouvelle donne en se jouant des barmen, des touristes, des policiers et des femmes?

Contes du soleil noir, Invisible, Alex JestaireJe n’ai pas lu les 2° et 3° tomes de la série pour passer directement au suivant. L’avant-dernier donc. Pur hasard à vrai dire mais peu importe, les histoires ne se suivent pas, même si l’esprit reste sensiblement le même. Là encore j’ai aimé l’histoire fortement ancrée dans la réalité malgré une touche de fantastique (mieux intégré que dans le premier d’ailleurs je trouve). Très sombre, très juste et assez dérangeant. Si je n’ai pas toujours aimé le style parfois un peu cru, je dois avouer que c’est percutant. Les plus démunis se retrouvent sur le devant de la scène. Ca pose les bonnes questions, ça dérange. Il y a une ambiance particulière qui se dégage de ces textes forts au style marqué. Une littérature actuelle et engagée, brute, qui ne laisse pas indifférent.

 

Le papillon, d’Andrus Kivirähk

 

          Estonie, début du XXe siècle. Un soir, au sortir de l’usine dans laquelle il travaille, August rencontre par hasard le directeur du théâtre l’Estonia. Il quitte son emploi d’ouvrier et intègre la troupe, qui s’avère aussi loufoque qu’hypersensible.

Le papillon, Andrus Kivirähk, couvertureDu même auteur, j’avais lu L’homme qui savait la langue des serpents. Un énorme coup de cœur, rien que d’y repenser j’ai envie de le relire ! J’avais donc hâte de lire ce texte, qui est le premier qu’il a écrit. Je dois malheureusement admettre que j’ai de suite été déçue par le style. Je n’ai pas retrouvé le côté enlevé et exubérant que j’avais tant aimé c’est plus… classique. Voire même un peu lourd. J’ai arrêté ma lecture, n’étant vraiment pas inspirée. Je l’ai reprise plus tard par acquis de conscience et j’ai apprécié certains passages plutôt poétiques. Et puis j’ai retrouvé les mêmes défauts dans d’autres. Je me suis finalement arrêté à mi-chemin de cette lecture, faute d’arriver à rentrer vraiment dans cet univers, bien qu’on y décèle des traces des prémices de ce que j’ai tant aimé dans son autre roman.

C’est un fait que nous étions alors la seule tache de couleur, le seul papillon au milieu de la rumeur monotone de la ville, le grelot frivole qui réveillait l’âme humaine en danger de se figer dans le morne quotidien.

Nouvelles et autres textes courts

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          J’ai beau lire presque exclusivement des romans, j’ai toujours eu un attrait particulier pour les recueils de nouvelles qui je trouve sont souvent un bon moyen de découvrir l’univers d’un auteur. En voici quelques-uns, assortis d’autres textes courts. J’en ai aimés certains, d’autres moins, faites votre choix.

Macadam, Jean-Paul Didierlaurent

Pour tromper l’ennui lors des confessions, un prêtre s’adonne à un penchant secret. Une jeune femme trouve l’amour aux caisses d’un péage. Pendant la guerre, un bouleau blanc sauve un soldat. Un vieux graphologue se met en quête de l’écriture la plus noire. Une fois l’an, une dame pipi déverrouille la cabine numéro huit.

Macadam - Jean-Paul DidierlaurentJe dois avouer que quand j’ai reçu ce petit recueil au milieu des romans de la rentrée littéraire, je me suis dit que ça me ferait une pause agréable au milieu de lectures plus ardues. Si en effet ce livre se lit facilement, je n’ai pas été franchement convaincue. J’ai trouvé ces nouvelles « gentillettes » et plutôt convenues. A tel point que, si elles ne sont pas désagréables à lire, je n’ai pas eu l’envie d’aller jusqu’au bout. En lisant d’autres articles sur ce recueil, je ne suis tombée que sur des avis très élogieux qui semblent notamment dire que toutes ces nouvelles forment un tout réussi et surprenant. Ca m’aurait presque donné envie de reprendre ma lecture pour vérifier (un jour peut-être mais là, le temps me manque déjà pour lire tout ce qui me tente alors…). Un texte un peu fade qui ne m’a pas emballée mais auquel je donnerai peut-être une seconde chance.

La guerre l’avait finalement recraché parmi les siens, décharné et mutique. Il était rentré au pays amputé d’une partie de son esprit, comme d’autres étaient revenus sans bras ou sans jambes, avec la certitude que le morceau manquant de son âme était resté là-bas, au cœur de cette forêt, captif de l’entrelacs de racines.

Silhouettes, Jean-Claude Mourlevat

Lorsqu’elle découvre que son acteur préféré vient tourner près de chez elle, Pauline, répond à une annonce pour être « silhouette » sur le tournage… Puisque ses jours sont comptés, M. Duc n’a qu’une idée en tête : retrouver les personnes auxquelles il a fait du mal autrefois et leur demander pardon… Dans le car qui l’emmène en colo, Guillaume s’aperçoit qu’il a laissé son chat enfermé dans sa chambre. Que réservera le destin à ces héros ordinaires ?

Silhouettes - Jean-Claude MourlevatOn m’a prêté ce recueil estampillé « ado » il y a un certain temps et je dois avouer que je ne me suis pas jetée dessus… J’avais sans doute peur de quelque chose d’un peu facile ou de déjà vu. Pourtant j’ai été agréablement surprise par ces nouvelles dans l’ensemble très réussies. Si ces nouvelles s’adressent plutôt à un public adolescents, elles n’en sont pas pour autant mièvres ou condescendantes, bien au contraire. Certains de ces textes sont assez cruels. Le déroulé des événements et la chute ne surprennent pas à tous les coups mais ils parviennent parfois à faire mouche et chaque histoire fonctionne malgré tout. L’auteur fait montre d’un humour noir des plus délectables et la vie chez lui n’est pas avare en rebondissements à la fois inattendus et criants de vérité. Un recueil qui s’avère assez homogène et révèle une belle connaissance de la nature humaine : jubilatoire. 

J’aurais aimé quelques mots de plus . Écrivez-les moi, s’il vous plaît. Juste quelques mots qui signifieront que j’existe un peu.

Les eaux troubles du mojito, Philippe Delerm

Un recueil de nouvelles sur les plaisir transgressif du mojito, la surprise provoquée par l’averse, la perfection de la pastèque, la nostalgie, l’amour et le bonheur. Elles sont nombreuses, les belles raisons d’habiter sur terre.

Les eaux troubles du mojito - Philippe DelermJe ne suis pas une grande fan des textes de Delerm. D’aucuns jugeront que c’est un parfait manque de sensibilité mais je me fiche comme d’une guigne de ce qu’il peut bien ressentir en buvant sa bière. Le filon semble toutefois bon puisque les recueils se sont enchaînés année après année. Le titre de celui-ci présageait de quelque chose dans le même goût que les premiers. Sans surprise, j’ai trouvé ce livre parfaitement sans intérêt. Trop de bons sentiments. Je ne m’étendrait donc pas. J’ai vaguement espéré qu’avec l’âge je réviserais mon avis sur ce type de texte mais visiblement toujours pas, allez, je retenterai ma chance dans une dizaine d’années, qui sait ? Si je n’ai toujours pas d’affinités avec cet auteur pourtant fort sympathique, je suis convaincue que les amoureux de Delerm se retrouveront totalement dans ce texte dans la lignée de La première gorgée de bière.

On aime les choses telles qu’on les a trouvées, même les plus alambiquées, les moins utiles, les moins fonctionnelles. On veut les vies d’avant sa vie, et les faire siennes, épouser le décor et lui faire plaisir.

Princesse vieille reine, Pascal Quignard

Cinq contes. Cinq merveilleuses robes : une longue tunique franque, une robe de soie de Chine longue et souple, un kimono japonais tout raide, un manteau de fourrure immense, une robe à crinoline Napoléon III. Plus le souvenir de la fourrure d’un chat et celui d’une robe en serge noir d’enfant.

Princesse Vieille Reine - Pascal QuignardJe connais assez peu Pascal Quignard mais j’ai aimé chaque texte que j’ai lu de lui ou que j’ai eu l’occasion de voir mis en scène. Je trouve son écriture d’une rare délicatesse et son érudition m’enchante. Quand j’ai vu que ce texte était joué au théâtre du Rond Point, j’ai eu très envie d’aller le voir. J’avais beaucoup aimé Le nom sur le bout de la langue, vu il y a quelques années joué par la même actrice (Marie Vialle). J’en garde un excellent souvenir. Malheureusement, j’ai découvert l’existence de cette pièce un peu tard et n’ai pas eu l’occasion de la voir. Quelques semaines plus tard, une amie de ma mère m’a fait la surprise de m’en offrir le texte et je me suis empressée de le lire. J’ai aimé retrouver l’univers si particulier de cet auteur. Ce récit se présente comme une succession de cinq contes. Certains m’ont touchée plus que d’autres même s’ils semblent s’enchaîner en un seul mouvement mais j’ai aimé tant leur poésie que les thèmes qu’ils abordent. On referme ce livre à regrets. Un très beau texte, subtil et plein de sensibilité.

Le temps passait, versait, tournait, tombait, s’en allait, mais point leur amour.
Point leur désir qui revenait sans cesse.

Tartarin de Tarascon, Alphonse Daudet

A Tarascon, Tartarin raconte partout qu’il est le plus grand chasseur. Pour raconter, ça, il raconte beaucoup, et pour expliquer, ça, il explique ! Mais les gens de Tarascon, eux, voudraient bien voir des preuves de son héroïsme… Alors, à force de le dire, Tartarin de Tarascon est bien obligé de partir… en Afrique, au pays des lions !

Tartarin de Tarascon - Alphonse Daudet - LibrioVoici un grand classique qui est plutôt un roman mais que j’ai jugé suffisamment court pour trouver sa place dans cet article (de toute façon on est chez moi, c’est moi qui décide). Ce livre est un classique de la littérature française dont on a tous forcément entendu parler et j’avais le souvenir qu’on me l’avait vendu comme quelque chose de très drôle. Je dois avouer avoir été déçue (oui, c’est un peu l’article des déceptions). Ce texte a franchement vieilli. J’ai trouvé l’humour lourdingue et le style daté. Ce texte a beau être très court, j’ai trouvé cette lecture extrêmement longue… Je me suis même demandé si j’allais en venir à bout (et pourquoi on en faisait un tel cas, par la même occasion). Sans doute aurais-je ri si j’avais lu ce texte à 13 ou 14 ans… et encore. Malheureusement, je suis bien plus adepte du cynisme que de la farce et je n’ai pas su goûter toute la saveur de ce texte. Une rencontre manquée.

Avec cette rage d’aventures, ce besoin d’émotions fortes, cette folie de voyages, de courses, de diable au vert, comment diantre se trouvait-il que Tartarin de Tarascon n’eût jamais quitté Tarascon ?

La vraie gloire est ici, François Cheng

Avec ce titre, qui a tout d’un énoncé manifeste, le subtil penseur du vide médian ose de déroutants alliages : l’âpre et la joie, le silence et la lucidité, la mort et les nuages, les oiseaux et les larmes, l’émoi et les étoiles…

La vraie gloire est ici - François ChengJe suis tombée amoureuse il y a très longtemps des écrits de François Cheng. Je les trouve d’une rare sensibilité. J’ai commencé par ses romans avant de m’attaquer à sa poésie (son domaine de prédilection) et ses textes sur la calligraphie. Si ses romans sont de loin ce que je préfère chez lui – en dépit de leur rareté – j’ai toutefois été très heureuse de me voir offrir ce recueil de poésie, genre que je délaisse bien qu’il m’ait toujours attirée. L’auteur y aborde des thèmes universels tels que la nature, l’amour ou la mort. Certains m’ont touchée bien plus que d’autres mais j’ai aimé retrouver son style épuré et sa sensibilité exacerbée. Il offre à travers ses textes des pistes de réflexion sur la vie. Bien que je sois loin d’avoir fait le tour de son oeuvre, François Cheng reste pour cela un de mes auteurs favoris. Un très beau recueil dont certains poèmes mériteraient d’être appris et médités.

Bleus de la profondeur,
Nous n’en finirons pas
d’interroger votre mystère.

L’illimité n’étant
Point à notre portée,
il nous reste à creuser, ô bleus

Du ciel et de la mer,
Votre mystère qui n’est autre
que nos propres bleus à l’âme.

38 mini westerns (avec des fantômes)

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          De Mathias Malzieu, j’avais beaucoup aimé Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi et Le plus petit baiser jamais recenséIl y a longtemps que ces 38 mini westerns avaient rejoint ma bibliothèque mais je ne les en avais jamais délogés jusque-là. Je m’attendais un peu à un condensé de l’univers si déjanté de l’auteur je crois et en même temps à quelque chose d’un peu différent. Je dois avouer que j’ai été un peu déçue. Les histoires qui se succèdent dans ce petit livre sont très courtes et toujours aussi loufoques. Elles m’ont souvent donné l’impression de n’être que des idées jetées sur le papier en attendant d’être développées ailleurs.

          L’univers de Mathias Malzieu est très riche et je trouve que le roman se prête mieux à ses bizarreries, il laisse le temps de s’immerger dans ce monde où naissent 20 idées à la seconde. La nouvelle ne permet pas de les développer et m’a laissée un peu sur ma faim. Le titre est également un peu trompeur. Il y a quand même quelques bonnes idées et on retrouve sa plume si particulière. Trois ou quatre de ces histoires sortent du lot. Finalement, ça m’a presque plus fait penser à de la poésie. Même si je préfère les romans de l’auteur à ces courts-textes, la lecture est agréable et divertissante. Les fans de la première heure seront sans doute conquis, les autres peut-être un peu moins. 

38-mini-westerns

C’était la première fois que je faisais un cadeau d’amoureux et dans chaque maillon du bracelet, il y avait un morceau de mon coeur.

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Elle sourit, un sourire à double sens, pile entre « Tu te fous de moi… » et « Tu t’en sors bien ».

S’abandonner à vivre, Sylvain Tesson

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          « Devant les coups du sort il n’y a pas trente choix possibles. Soit on lutte, on se démène et l’on fait comme la guêpe dans un verre de vin. Soit on s’abandonne à vivre. C’est le choix des héros de ces nouvelles. Ils sont marins, amants, guerriers, artistes, pervers ou voyageurs, ils vivent à Paris, Zermatt ou Riga, en Afghanistan, en Yakoutie, au Sahara. Et ils auraient mieux fait de rester au lit. »

TESSON Sylvain COUV S'abandonner à vivre

          Je vous livre la quatrième de couverture tel quelle ; je ne l’aurais pas mieux dit ! Pour une fois qu’elle est réussie… Vous le savez peut-être, j’étais tombée littéralement amoureuse de Sylvain Tesson avec Dans les forêts de Sibérie. Le Petit traité sur l’immensité du monde m’était quand à lui tombé des mains, j’en venais à me demander comment le même homme avait pu écrire deux textes si différents. Il parle de lui dans les deux, de ses voyages, et pourtant l’un me sortait par les yeux quand j’étais fascinée par l’autre. Vraiment étrange. J’ai donc lu ses nouvelles Une vie à coucher dehors. J’ai trouvé que ça ressemblait à du London, ni plus ni moins, soit rien moins que l’un de mes auteurs préférés ! J’ai donc remisé mon expérience malheureuse dans un coin de ma mémoire pour devenir une inconditionnelle des aventures de ce voyageur intarissable. Si rares sont les auteurs vivants qu’on a que l’on peut admirer !

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          Quand je suis allée à la librairie début janvier sans rien avoir suivi de la rentrée et que j’ai vu côte à côte un livre d’Andréï Makine et des nouvelles de Sylvain Tesson, j’ai frôlé la syncope (et encore je n’avais pas vu Mingarelli sur la table à côté…). Tant de joie d’un coup, c’était à peine croyable. Vous pensez bien que je me suis jetée dessus comme s’il n’y avait pas déjà une centaine de livres qui sommeillent sur mes rayonnages (un détail). Et quand la libraire m’a appris que Sylvain Tesson lui-même serait là quelques jours plus tard, mon bonheur fut à son comble ! Evidemment, j’ai assisté à cette rencontre. L’auteur n’est pas réputé pour son assurance devant la foule. Pourtant, son discours était passionnant et empreint d’un humour que je ne lui soupçonnais pas (pas à ce point en tout cas) et m’a ravie. Que dire sinon que sa culture étonne autant que ses saillies grinçantes ? L’écouter fut un réel plaisir et ne fait que renforcer mon admiration pour cet homme étonnant.

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          Après cette longue digression, venons-en au cœur du sujet : ses nouvelles. Si Une vie à coucher dehors avait pour thème central les grands espaces (comme son nom l’indique un peu), ici, ce sont à des nouvelles plutôt citadines que nous avons affaire. Si certaines se passent en extérieur, la plupart ont Paris ou d’autres grandes villes pour décor. Je dois avouer que je préfère qu’on me décrive la traversée d’une immensité gelée à une rencontre sur les quais de Seine. L’amour a aussi plus de place dans ce recueil, même s’il est souvent déçu ; là encore, on s’éloigne un peu de mes préoccupations premières. Mais bon, la plume de Sylvain Tesson reste égale à elle-même ; ses textes recèlent à la fois de la force et une certaine poésie, le tout teinté d’une ironie parfois cruelle qui n’est pas pour me déplaire. J’aime ce style si particulier qui lui est propre et s’affirme de livre en livre. Si ces nouvelles m’ont semblé dans l’ensemble moins fortes que son recueil précédent, elle n’en demeurent pas moins une très bonne lecture qui ne manquera pas de laisser quelques traces. 

– L’amour, c’est se rencontrer, se dissoudre, disparaître.
– Tu arrêtes, chéri, avec tes aphorismes de paquet de lessive ?

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Je n’ai pas de téléphone portable car je trouve d’une insondable goujaterie d’appeler quelqu’un sans lui en demander au préalable l’autorisation par voie de courrier. Je refuse de répondre au « drelin » du premier venu. Les gens sont si empressés de briser nos silences…J’aime Degas,lançant « c’est donc cela le téléphone ? On vous sonne et vous accourez comme un domestique. » Les sonneries sectionnent le flux du temps, massacrent la pâte de la durée, hachent les journées, comme le couteau du cuisinier japonais le concombre.

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Il retenait tout, elle s’efforçait d’oublier. Il savait relier ,elle savait regarder. Il cherchait des références, elle ne croyait qu’à l’inédit. Il était myope. Elle haïssait les taupes.

Et pour les curieux, découvrez le Paris de Sylvain Tesson ici. Une interview passionnante sur BMF.