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La vie sexuelle des soeurs siamoises

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          Lucy, coach de fitness narcissique, méprise les gros, les faibles, les ratés. Or elle va se trouver mise au défi de transformer Léna, le genre de fille qu’elle n’aurait même jamais pensé croiser. Dans une Floride décadente obsédée par le corps, s’engage entre les deux femmes une amitié ambivalente et extrême qui va les métamorphoser.

          Voilà un livre dont le titre ne laisse pas indifférent : on ne peut plus racoleur. Je dois avouer que ça a plutôt marché puisque je suis allée lire la quatrième de couverture, qui m’a suffisamment séduite pour me donner envie d’en savoir plus. Je n’avais rien lu de l’auteur – Irvine Welsh – mais il était connu pour Transporting, adaptés avec succès au cinéma. J’étais donc très curieuse même si a priori le sujet ne m’emballait pas plus que ça (vous voyez un peu comme je peux me laisser appâter par un titre bizarre ?). Il n’y avait plus qu’à espérer une bonne surprise. Mais vu comment ça partait, je doutais fort que ce soit le genre de livre qui laisse indifférent.

Couverture de la Vie sexuelle des soeurs siamoises

          Je pense que cet article sera assez court parce que je ne sais pas trop quoi vous dire. Je n’ai pas trop aimé le style. Je n’ai pas trouvé ça mauvais non plus. Juste trop ordurier à mon goût, j’aime les styles  assez rond et là le personnage principal parle comme un charretier, même moi à côté je suis un modèle de retenue et de délicatesse, c’est dire… Cela au moins c’est énergique. Le personnage ne manque pas de vie. Elle est en revanche assez antipathique. Tout comme son acolyte. Pas franchement simple de s’attacher à la sportive psychorigide et à l’obèse dépressive. En même temps ça ne semble pas être le but, l’auteur ne se fatigue pas à essayer de nous les rendre sympathiques.

          Sous ses airs de joyeuse farce, ce roman aborde toutefois des sujets de société tels que l’obsession du corps, les dérives de la société de consommation ou notre besoin effréné d’obtenir la reconnaissance de nos pairs. Ce n’est pas toujours présenté avec beaucoup de délicatesse mais ça dérange : ça sonne juste. Plus on avance dans le livre, plus un malaise se met en place, contre-balancé toutefois (ou renforcé ?) par une impression de grand n’importe qui va croissant. L’autre grand n’importe quoi de ce livre, c’est l’orthographe : c’est bourré de fautes. J’en ai rarement vu autant, ça me désespère. J’ai même vérifié plusieurs fois que je n’avais pas affaire à des épreuves non corrigées mais non… Alors, ce roman ? Eh bien c’est surprenant. Pas mon genre, dingue, violent mais original, tant par l’histoire que par le ton. Divertissant aussi. C’est déjà beaucoup.

Portrait d'Irvine Welsh

Photo Murdo MacLeod

Non, j’aime pas, j’adore, putain ! Il faut les pousser à se rendre compte à quel point leurs culs sont répugnants, et mon regard fait un tour de la table, et je reprends d’une voix plus basse, plus rocailleuse : — Mais j’ose espérer que vous avez bien compris que je plaisantais avec mon histoire de requins, et j’attends leur réaction.

Valet de pique

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          Quel auteur n’envierait-il pas le sort de Andrew J. Rush ? Écrivain à succès de romans policiers, père de famille heureux, il vit dans une petite ville du New Jersey. Mais Andrew a un secret que même ses plus proches ignorent : sous le pseudonyme de Valet de pique, il écrit des romans noirs, violents, pervers, qui scandalisent autant qu’ils intriguent le monde littéraire.

Couverture de Valet de pique de Joyce Carol Oates

          J’ai découvert les romans de Joyce Carol Oates il n’y a pas si longtemps et j’ai de suite adoré sa prose. Un univers très sombre et une sacrée plume ! Je me suis donc jetée sur son dernier livre (à retardement toutefois, trop de lectures m’attendaient). J’avais super hâte de le lire ! Bon, je dois admettre qu’au premier abord ce n’est pas exactement mon Oates préféré. Le sujet m’a moins accrochée que d’habitude. Pourtant, ça parlait d’un écrivain, ça aurait dû me plaire mais bon, en comparaison avec les précédents, c’était bien gentillet. Ca ne m’a pas emballée plus que ça.

          Le personnage principal m’a vite été assez antipathique. Un écrivain riche à qui tout réussit et qui se regarde le nombril, pas franchement mon truc. Maaaiiis, même si le personnage m’a agacée et que l’univers était trop lisse à mon goût, j’ai pourtant dévoré ce roman. Etrange non ? Je l’ai lu en à peine 24h. Certes, il n’est pas très long, mais tout de même. Donc je n’ai pas aimé plus que ça mais j’ai été suffisamment prise par l’histoire pour ne plus pouvoir lâcher ce roman. Très étrange. Comme quoi, même quand Oates s’attaque à des histoires moins tordues (quoi que…), elle continue à nous fasciner.

Portrait de Joyce Carol Oates

Être un « personnage public » revient à porter une cible dans le dos. C’est le revers de la célébrité, on attire l’attention des déséquilibrés.

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Chanson douce

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           Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame.

Couverture de chanson douce

           Ma maman m’avait offert ce roman cet hiver et bien qu’on m’en ait dit le plus grand bien, je n’avais pas encore pris le temps de le lire. J’étais à peu près à jour dans les nouveautés, j’ai donc décidé de me lancer. Dès les premières phrases, j’ai été séduite par le style. C’est très très bien écrit. Je trouve toujours difficile de décrire un style. Là les premiers mots qui me viennent à l’esprit sont fort, puissant, mais aussi plein de finesse et pas dénué d’une certaine simplicité. On entre directement dans le vif du sujet avec l’un des premiers chapitres les plus marquants qu’il m’ait été donné de lire. Ca commence fort, très fort. On est de suite happés par ce drame et on n’a ensuite qu’une envie : comprendre.

           Le roman s’ouvre un drame donc et revient ensuite à ses origines. Il retrace le chemin qui y a conduit. C’est extrêmement sensible. Ca nous amène au cœur de la folie à travers un personnage extrêmement seul qui paraît si équilibré mais qu’on sent déraper peu à peu. J’ai beaucoup aimé la manière dont le sujet était traité et la relative identification avec le personnage. Je dois admettre que c’est aussi assez perturbant. Il y a un certain suspense qui se met en place – bien qu’on connaisse l’issue dès le départ – et à partir de la moitié du roman l’ambiance se fait pesante. Plutôt stressant comme histoire… Ca m’a donné très envie de lire le 1° roman de Leïla Slimani. Un très beau roman, original et très bien écrit. Un Goncourt amplement mérité.

Portrait de Leila Slimani

On se sent seul auprès des enfants. Ils se fichent des contours de notre monde. Ils en devinent la dureté, la noirceur mais ne veulent rien savoir.

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Nous ne serons heureux, se dit-elle alors, que lorsque nous n’aurons plus besoin les uns des autres. Quand nous pourrons vivre une vie à nous, une vie qui nous appartienne, qui ne regarde pas les autres. Quand nous serons libres.

Night Nurse : le crime de la rue Quincampoix

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          Un policier mène l’enquête autour du cadavre d’un scientifique retrouvé dans les toilettes du Night Nurse, club libertin. Qui est le mystérieux assassin qui sème des petits mots partout, épingle des charades ici et là et semble connaître ce petit monde comme sa poche ? Le dénouement est un feu d’artifice de chaises musicales : on rebat les cartes sentimentales et sexuelles. 

Couverture de Night Nurse de Gala Fur

          On m’a offert ce roman il y a peu. En effet, il m’arrive de traîner dans les nombreux bars de la rue Quincampoix et ce roman qui s’y déroule (dans un club échangiste, autre spécialité du quartier, quoique fort discrète) était donc un clin d’œil à un de mes quartiers de prédilection. Même si l’univers en est bien éloigné ! Je dois avouer que je lis peu de littérature érotique (pas du tout en fait) et je ne savais donc pas à quoi m’attendre. Mais c’est aussi un polar et là de suite, c’est plus dans mes cordes. Si j’ai attendu un peu avant d’entamer cette lecture, j’étais toutefois ravie de sortir un peu de ma zone de confort et de découvrir de nouveaux horizons littéraires. Bon, j’avoue être restée un peu perplexe. Dans la première moitié, j’ai trouvé que l’enquête policière prenait largement le pas sur le côté « monde de la nuit » qui demeure en toile de fond. A vrai dire, ça m’allait plutôt bien, même si du coup j’aurais presque trouvé qu’il y avait tromperie sur la marchandise. Du côté du style, c’est pas mal non plus. L’écriture est assez recherchée même si j’ai trouvé qu’il y avait un certain nombre d’expressions un peu bizarres qui manquaient de naturel, mais bon, pourquoi pas après tout, au moins ça a le mérite de sortir du lot.

          Si au début je plaçais beaucoup d’espoirs dans l’enquête policière, j’ai fini par trouver que ça patinait un peu. L’enquêteur ne m’a pas été hyper sympathique et il y a peu d’indices pour guider le lecteur, je trouve toujours ça un peu dommage. L’intérêt du polar c’est de se sentir investit, si on reste spectateur ça fonctionne toujours un peu moins bien. J’avoue que le milieu sado-masochiste ne me parle pas le moins du monde, cet aspect-là m’a donc laissée grandement indifférente même si curieuse comme je suis, je suis toujours ravie de découvrir des univers que je ne connais pas (mais sérieusement, passer ses soirée à servir de table basse ?!).  La deuxième partie du roman m’a moins convaincue. L’enquête tourne un peu en rond, les personnages semblent aussi perdu que le lecteur et dans leur vie ça devient un peu n’importe quoi. Cela dit, c’est plutôt rigolo. Même si c’est bien écrit, j’ai trouvé que ce roman n’était pas particulièrement facile à lire, je crois que j’aurais bien aimé quelque chose d’un peu plus léger, voire d’encore plus fou, ça m’aurait sans doute aidée à entrer dans cet univers. Mais bon, même si cet univers ne m’a guère emballée, je n’ai pas trouvé cette lecture désagréable et elle aura au moins eu le mérite de changer de mes lectures habituelles.

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Celui qui va vers elle ne revient pas

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          Marié dès l’âge de dix-huit ans à une femme que sa communauté lui a choisie, Shulem Deen a longtemps mené une vie austère encadrée par les règles strictes des skver. Considérés comme trop extrêmes même par les plus fanatiques – les satmar, les belz, les loubavitch –, les skver font revivre les coutumes et les pratiques des premiers Juifs hassidiques et se tiennent à l’écart du monde extérieur. Seulement, un jour, Shulem s’est mis à douter.

Couverture de Celui qui va vers elle ne revient pas de Shulem Deen

          J’avais lu la quatrième de couverture de ce livre avant de le commencer pourtant, allez savoir pourquoi, je ne m’attendais pas du tout à ça. J’avais dû lire en diagonale, ou mal, en oublier la moitié ou comprendre de travers, en tout cas j’avais visiblement raté quelque chose. Je ne sais pas pourquoi je l’associais à l’histoire d’un homme qui fuit la guerre et s’installe aux Etats-Unis. Au-cun rap-port. Le livre fait dans les 400 pages et quand j’ai vu comme c’était écrit petit, j’ai eu un léger moment de découragement. Et puis bon, ça avait l’air intéressant mais les juifs ultra-orthodoxes ça ne me vendait pas trop du rêve non plus. Bref, je traînais un peu des pieds et je regrettais presque mon choix.

          Pourtant, dès les premières pages, j’ai eu un gros coup de cœur pour le style. C’est extrêmement bien écrit. J’ai trouvé qu’il y avait un petit côté journalistique dans la plume (ce qui s’est avéré juste). Sans doute parce que l’auteur prend un certain recul avec sa propre histoire. Il décrit sa vie passée en essayant d’être juste, sans acrimonie, voire même avec une certaine tendresse. Et surtout avec une bonne dose d’auto-dérision. Cet homme a un talent fou. Dès le début, on sait qu’il va se faire exclure de sa communauté pour hérésie, il revient ensuite sur ce qui là mené là. Comment il a grandi dans la religion et s’est investi dans une frange ultra-orthodoxe et hyper rigoriste pour perdre ensuite peu à peu ses convictions.

Portrait de Shulem Deen

          L’histoire est passionnante. En quelques pages à peine, j’étais plongée jusqu’au cou dans cet univers et j’avais le plus grand mal à lâcher ce roman. Je dois avouer que je n’y connais rien en juifs ultra-orthodoxes et ceux-là sont particulièrement sectaires. J’ai le plus grand mal à croire qu’il y a de nos jours des gens qui vivent encore selon l’observance aussi stricte des traditions ancestrales à deux pas de New-York (enfin, ça me fait la même chose avec les mormons). J’avoue que cette découverte m’a fascinée. Et si l’auteur est sorti de ce milieu très fermé, il en parle toutefois avec un certain respect. Il met en avant les aberrations tout en expliquant comment il y a adhéré. J’ai aimé qu’il nous permette de comprendre le fonctionnement de cette communauté.

          Si c’est intéressant de découvrir un mode de vie aussi extrême et ses motivations, j’ai été plus intriguée encore par la suite. Comment fait-on pour s’adapter à une vie « normale ». Ca semble tellement impossible quand on vient d’aussi loin, honnêtement j’étais curieuse de voir comment notre héros allait s’en sortir. Inutile de dire que ce n’est pas rose tous les jours. J’aime beaucoup le recul avec lequel il raconte ça. Il porte un regard sur sa vie assez implacable mais non dénué de tendresse et d’humour. J’aurais aimé savoir ce qu’il advenait de cet homme et de ses relations avec ses anciens proches, mais peut-être lui-même n’a-t-il toujours pas la réponse. Ce témoigne est absolument passionnant. Intéressant, drôle, original et bien écrit : un grand livre.

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