Mes lectures

Jean TEULE, Mangez-le si vous voulez

          Mangez-le si vous voulez raconte l’horrible mise à mort d’Alain de Moneys, en 1870, dans un petit village du Périgord. Alors que ce jeune homme aimé de tous se rend à la foire, la foule est prise de folie. Elle le rue de coups, le torture et finit par le brûler vif avant de manger sa graisse en tartine sur du pain.

          Aussi invraissemblable que cela puisse paraître, il s’agit d’une histoire vraie (qui donc serait aller inventer une histoire aussi peu crédible pour un roman, je vous le demande). Il y avait là à l’évidence un sujet digne ce ce nom. Cependant, si le livre s’avère plutôt agréable à lire, on ne peut pas franchement dire qu’il soit bien écrit. On cherche ses qualités littéraires sans en trouver une seule (à part une certaine légèreté peut-être mais certains parleraient plutôt de futilité). L’histoire est traité avec autant de profondeur que l’aurait fait un magazine people. Certes ça fait vendre mais moi, ça me laisse sur ma faim.

Pour la citation, il va falloir attendre quelques jours que je retrouve ma bibliothèque.

Mes lectures

David WHITLEY, Le Pacte de Minuit

          Dans la tour du comte Stelli, le grand astrologue, une amitié se lie entre Mark et Lily. Tous deux sont encore des enfants, d’une grande pauvreté, mais un destin exceptionnel les attend. Ils deviendront célèbres, l’un dévoré par une ambition sans limites, l’autre par sa générosité hors du commun. Changeront-ils le futur d’Agora, comme le Pacte de Minuit le prédit ?

          Dès les premières lignes, on est happé par l’histoire. L’écriture est travaillée et le style soutenu : ici on ne prend pas les adolescents pour des imbéciles. Les ficelles du récit sont assez classiques, suivant le schémas habituel des livres de fantasy (des gentils, des méchants, un monde imaginaire, des complots, de l’amitié). Pas de descriptions interminables de l’univers construit par l’auteur, on le découvre au fil du livre. L’histoire est riche en rebondissements, souvent inattendus. En résumé, une base convenue mais une construction efficace, le tout servi par un style irréprochable. Ce jeune auteur nous livre un ouvrage impeccable et intelligent. Vivement la suite !

          Il recula, heurtant une autre ligne de danseurs qui s’éparpillèrent autour de lui. Il n’avait plus rien du jeune prodige ou du parvenu ambitieux. Il claquait des dents comme un pauvre gamin, glacé de terreur devant ce visage blafard et ces deux trous noirs surgis de son passé.

Mes lectures

George ORWELL, La ferme des animaux

          Encore un grand classique de la littérature qui m’avait totalement échappé. On ne peut pas dire que j’étais très chaude pour le lire… Pourtant c’est au final une bonne surprise. Les animaux décident de se rebeller pour échapper à l’exploitation par le fermier. Ils mettent en commun leurs efforts pour un système plus égalitaire. C’était sans compter sur les cochons, qui vont petit à petit s’emparer du pouvoir à la place des humains…

          Les traits employés pour dénoncer les dérives du communisme sont un peu gros mais on se laisse emporter par la plume mordante de l’auteur. Le style est un petit bijou de  maîtrise et d’humour grinçant. Un petit livre vite lu mais qu’on n’est pas prêts d’oublier.

          Une fois encore les animaux éprouvèrent une vague inquiétude. Ne jamais entrer en rapport avec les humains, ne jamais faire de commerce, ne jamais faire usage d’argent _ n’étais-ce pas là certaines des résolutions prises à l’assemblée triomphale qui avait suivi l’explulsion de Jones ? Tous les animaux se rappelaient les avoir adoptées : ou du moins ils croyaient en avoir gardé le souvenir.

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Le temps passe. La pluie efface les commandements. L’âne, un cynique, arrive encore à déchiffrer :

« Tous les animaux sont égaux, mais certains le sont plus que d’autres. »

Mes lectures

Laurence COSSE, Au Bon Roman

          Au Bon Roman on ne trouve que des bons romans. Dans leur librairie, Ivan et Francesca ne veulent proposer que des chefs-d’oeuvre. Pour cela, ils décident de créer un comité d’experts chargés de la sélection. Mais quand le succès se fait trop insolent, les attentats contre la littérature ne se font pas attendre. Qui peut donc en vouloir à ce point aux bons romans ?

          L’idée de départ est à la fois originale et ambitieuse. Un pari plutôt réussi. La trame policière donne un rythme incroyable à la première partie du roman. Dommage qu’on la perde un peu de vue par la suite. Le texte est truffé de références littéraires, un vrai plaisir (même si on se sent con de ne pas en connaître la moitié). Un livre assez bien construit et très bien écrit. Un auteur à suivre.

De nombreux adultes vont te dire que non, que la littérature n’est pas la vie, que les romans n’enseignent rien. Ils auront tort. La littérature informe, elle instruit, elle entraîne.

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Il s’y vendait tout ce que ne vendait pas le Bon Roman, tous ces romans bâclés qui n’ont pas l’air méchant mais qui menacent de mort la littérature.

Mes lectures

Fiodor DOSTOIEVSKI, Humiliés et offensés

          Humiliés et offensés est considéré comme le premier grans roman de Dostoïevski. Si c’est loin d’être le plus abouti du point de vue du style (à en juger d’après les (excellentes) traductions d’André Markowicz), il est sans doute l’un des plus destructeurs. Les bons ne sont pas récompensés ni les mauvais punis, un roman profondément injuste, réaliste, aussi.

          C’est l’histoire d’un trio amoureux, de femmes à l’honneur bafoué, d’orgueils blessés. Vania aime Natacha, qui lui préfère Aliocha. Celui-ci tombera-t-il sous le charme de Katia, la femme qui lui est promise ? Et la petite Nelly, pourquoi se montre-t-elle si taciturne ?

          Une histoire cruelle, comme la vie. Pas le meilleur Dostoïevski mais un grand moment de littérature tout de même. Une fois habitué au style, on ne le lâche plus.

          Pour ceux qui voudraient commencer avec ce monstre sacré de la littérature russe, le meilleur parmis ceux que j’ai lus est pour moi Les démons, grande fresque sur la folie quotidienne qui nous emporte et nous laisse le souffle coupé. Quel que soit le titre, préférez à toute autre la traduction d’André Markowicz chez Babel.

Il est des natures, tendres et fines dans leur sensibilité, qui ont parfois comme une espèce d’entêtement, comme une espèce de refus pudique à s’exprimer et montrer leur tendresse, même à l’être qu’ils chérissent le plus, non seulement devant les autres mais aussi en tête à tête ; plus encore en tête à tête ; leurs caresses ne ne jaillissent que de loin en loin, et elles jaillissent encore plus chaleureuses, plus passionnées d’avoir été si longtemps retenues.