Mes lectures

Sous la terre des maoris, Carl Nixon

Mark Saxton, alias Maaka Pitama, s’est suicidé. Son père biologique, un Maori, et l’homme qui l’a élevé se disputent sa dépouille, chacun voulant qu’il soit enterré sur les terres de sa famille. Leur affrontement reflète les tensions communautaires dans la Nouvelle-Zélande d’aujourd’hui.

Changement d’ambiance avec un peu de littérature néo-zélandaise. J’en ai très peu lu jusque-là. J’ai découvert la littérature néo-zélandaise avec L’âme des guerriers d’Alan Duff, un roman bouleversant mais extrêmement difficile à lire. J’étais donc curieuse d’aller plus loin de de découvrir d’autres styles. Je commence par ce texte-ci, un roman noir autour de la culture maorie. Bon, soyons honnêtes, on n’est toujours pas sur du joyeux… Espérons qu’au moins ce sera un peu plus facile à lire que le précédent.

Sur ce point, j’ai vite été rassurée. C’est âpre comme style mais ça reste relativement classique. J’ai d’ailleurs trouvé que cette écriture sobre et noire seyait particulièrement bien à une histoire que l’est tout autant. Le roman commence par le suicide d’un adolescent a priori sans problèmes. La surprise et le désespoir de la famille bien sûr mais aussi rapidement un conflit pour savoir s’il fallait l’enterrer selon les coutumes pakeha (celles des blancs) ou maories.

Couverture du roman Sous la terre des maoris de Carl Nixon

En effet, si le jeune homme a été élevé loin des traditions maories, son père biologique – qui ne s’est jamais réellement occupé de lui – veut le faire enterrer dans sa tribu. Quant à son père adoptif – qui l’a élevé – il s’y oppose, voulant garder son enfant près de lui et le faire enterrer près de la ferme où lui-même a grandi. Deux hommes et eux cultures qui s’affrontent. La mère au milieu de tout ça semble dépassée par la situation.

Le récit tourne essentiellement autour du père adoptif du gamin. Un homme bourru mais aimant. Son désespoir suinte de la moindre page de ce roman. Ses réactions sont souvent violentes, on ne peut pas dire que la mesure soit sa spécialité, mais son amour pour son fils et l’immensité de son chagrin sont parfaitement rendus dans ce texte. C’est dur, son comportement est souvent problématique, mais il y a aussi quelque chose de touchant chez cet homme au bord du gouffre.

Je ne vous en dirai pas plus sur cet affrontement entre les deux hommes pour ne pas vous révéler l’intrigue. On y apprend des choses sur les traditions maories, notamment autour du deuil et de la famille, et j’ai trouvé cela intéressant. Ce texte est dur, vers la fin j’ai parfois trouvé que ça allait trop loin, mais finalement la conclusion est logique et clôt en beauté le récit. S’il y a quelques maladresses dans le récit, dans l’ensemble le sujet est intéressant. Je n’ai pas été émue par ce roman très sombre mais j’ai toutefois apprécié cette lecture et je serais curieuse de découvrir d’autres œuvres de cet auteur.

Portrait de Carl Nixon

La tempête approchait comme un vieux train à vapeur arrivant pile à l’heure en gare – bruyante, haletante et froide comme du métal.

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H comme haine , pensa-t-il. Haine pour tout ce qu’il nous a fait. H comme héroïsme. H comme horreur. » H comme tu fais chier », s’écria une voix furieuse dans son cerveau. Et son refrain gai et puéril se tut. H comme chut, aussi.

Mes lectures

Ecoute la pluie – Michèle Lesbre

          Une femme s’apprête à rejoindre l’homme qu’elle aime à la mer, elle attend sur le quai du métro avec sa valise, un homme lui sourit avant de se jeter sur les rails. Bouleversée, elle ne partira pas et va errer dans les rues de Paris, cherchant à comprendre ce geste désespéré.

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          Je ne suis pas une adepte des textes très intimes, qui me mettent souvent mal à l’aise et dans lesquels je me reconnais généralement trop peu. Toutefois, le sujet de ce texte-ci me tentait bien, d’autant plus qu’on m’en avait vanté les mérites. Il y a peu de temps, ma rame de métro a été interrompue par le suicide d’un homme quelques stations plus loin et cela m’avait particulièrement touchée. Je me suis demandée ce qui peut pousser quelqu’un se tuer ainsi en public, à l’heure de pointe, qu’est-ce qui peut faire atteindre un tel degré de désespoir. Ce livre tombait donc au bon moment, reprenant des question que je m’étais moi-même posées.

          J’ai trouvé l’écriture très belle. Un peu décousue sans doute mais poétique aussi. En revanche, j’ai vite eu peu de me lasser de cette introspection du personnage. En effet, après la mort de cet homme, elle erre dans les rues,  manquant ainsi son rendez-vous, et par la même occasion remet en question son couple. Elle se demande s’il comprendrait qu’elle soit choquée, si elle va pouvoir partager ça avec lui, si cela ne va pas les séparer. J’ai eu peur qu’on tourne vite en rond avec ces questions et de finir par m’en désintéresser. Finalement, même si on reste toujours dans l’introspection et que je ne goûte guère cela, ça ne m’a ici m’a vraiment gênée. La réflexion est menée avec suffisamment de finesse pour ne pas perdre le lecteur. Un roman subtil et touchant.

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 Les vies d’adultes ne sont que tentatives pour guérir le chagrin de l’enfance inachevée, toujours inachevée…

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Les voyages nous ont beaucoup portés, les retours nous ont perdus parfois.

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Je me souviens avoir eu un geste spontané, ma main sur ta joue, je ne trouvais pas les mots pour exprimer ce désir. Tu ne m’avais pas encore dit que, pour toi, les mots n’étaient jamais à la hauteur.

Mes lectures

Laurent MAUVIGNIER, Loin d’eux

          Loin d’eux est le premier roman de Laurent Mauvignier. C’est l’histoire de Luc, qui a force de ne pas trouver comment communiquer avec ses parents, finira par se suicider. On suit les pensées des personnages de l’intérieur : Luc, ses parents, sa cousine. L’écriture est saccadée, reproduisant le fil de la pensée, souvent décousue.

          Il m’a fallu un peu de temps pour m’habituer à l’écriture, très particulière, et au changement constant de point de vue. Mais si l’écriture est dérangeante, le sujet ne l’est pas moins. Au final, un roman sensible et touchant.

L’obscurité entre nous, j’ai dit, moi, Jean. L’obscurité où se disait vraiment qu’à la fin on ne se comprenait plus, ou même que si peut-être on avait cru des fois se comprendre on s’était trompés toujours, qu’on n’avait jamais su vraiment et maintenant c’était évident qu’on ne pourrait plus, qu’il fallait accepter ça, les lignes continues séparant l’espace de nos vies.