Cinéma

Avant d’aller dormir, un thriller qui manque de nerf

Thriller britannique de Rowan Joffe avec Nicole Kidman, Colin Firth, Mark Strong

           Suite à un accident, Christine est devenue amnésique : chaque matin elle se réveille en ayant tout oublié de sa vie. Heureusement, son mari est là pour l’épauler. Depuis qu’elle voit le Dr Nash, elle semble faire des progrès. Mais très vite, le doute va la gagner…

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          Ce film me tentait moyennement. J’ai toujours un peu de mal avec ce type de cinéma : soit c’est très réussi, ça m’angoisse et rares sont les moments où je suis en mesure de prendre un certain plaisir à cette sensation désagréable, soit je ne sursaute à aucun moment et c’est raté. Rares sont ceux qui arrivent à me convaincre vraiment. Mais bon, une fois de plus, j’errais comme une âme en peine devant le cinéma et je suis allée voir le premier film qui m’est tombé sous la main. C’est comme ça qu’on fait des découvertes hein (ou pas).

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          Je dois avouer que j’ai été assez déçue. Je suis allée au cinéma après ma première journée de boulot suite à 6 mois d’arrêt maladie et j’avais le moral au fond des chaussettes. J’étais crevée et donc particulièrement faible et impressionnable et j’avais peur que ce soit le genre de film qui m’empêcherait de dormir. Eh bien pas du tout ! J’ai plutôt bien aimé le début même si j’ai trouvé l’idée de départ un peu tirée par les cheveux et il y a des moments où j’ai peiné à y croire. D’ailleurs, même si j’aime bien Nicole Kidman habituellement, je dois dire que c’est loin d’être son meilleur rôle. Elle n’est pas toujours très convaincante en amnésique apeurée.

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          Et puis, petit à petit, j’ai vu un schéma se dessiner et on n’en est sorti à aucun moment. Je n’ai donc pas sursauté aux moments où j’aurais dû, je n’ai pas eu peur, je n’ai pas été étonnée par le dénouement. Bref, j’ai vu venir le truc gros comme une maison et je ne me suis pas plantée. Du coup le film perd forcément de son intérêt. Je pense qu’en plus, c’est la mise en scène qui m’a aiguillée (et le fait que j’ai lu 2/3 polars aussi), ce qui est d’autant plus frustrant. C’est comme si au lieu d’entretenir le mystère, elle nous en dévoilait des morceaux qu’il n’y a plus qu’à assembler.

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          Sinon, tous les classiques sont là : la musique angoissante, les rebondissements qui vont bien, un peu de violence pour pimenter le tout et bien sûr, quelques séquences émotion. Avec force gros plans pour accentuer tout ça. Heureusement, j’ai trouvé que la prestation de Colin Firth venait donner un peu de crédibilité à ce film qui aurait sinon été bien fade. On est loin des films d’Hitchcock ! Bref, sans trouver ça mauvais, je me suis un peu ennuyée. Un film plat et convenu qui n’est pas désagréable mais est loin d’être ce qu’on fait de mieux dans le genre.

Cinéma

Tom à la ferme, un thriller époustouflant

Thriller franco-canadien de et avec Xavier Dolan. Avec Xavier Dolan, Pierre-Yves Cardinal, Lise Roy

          Un jeune publicitaire voyage jusqu’au fin fond de la campagne pour des funérailles et constate que personne n’y connaît son nom ni la nature de sa relation avec le défunt. Lorsque le frère aîné de celui-ci lui impose un jeu de rôles malsain visant à protéger sa mère et l’honneur de leur famille, une relation toxique s’amorce bientôt pour ne s’arrêter que lorsque la vérité éclatera enfin, quelles qu’en soient les conséquences.

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         De Xavier Dolan, je n’avais vu que Les amours imaginaires qui m’a laissé un souvenir pour le moins marquant. En effet, ce film tourné avec très peu de moyens m’avait totalement fascinée. J’étais tombée dessus un soir sur Canal+ et malgré l’heure tardive, je n’avais pu me détacher de cet ovni cinématographique. J’avais honteusement raté Laurence Aniways et quand j’ai vu qu’il sortait son 4° film, Tom à la ferme, j’étais aux anges, pressée de découvrir ce que le petit génie québécois nous avait réservé. Ici, le jeune réalisateur change un peu de registre avec un film moins axé sur les sentiments (quoi que ce soit discutable) pour virer plus vers le thriller (dont on trouvais déjà les prémices dans certains passages des Amours imaginaires). J’avoue avoir été très surprise par ce film et je ne sais trop comment vous en parler sans trop en dévoiler.

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          Je ne sais pas au juste à quoi je m’attendais sachant que Xavier Dolan n’est pas du genre à faire dans le classique mais en tout cas certainement pas à ça. Je savais qu’on sortait du côté sentimental de ses précédents films et je crois que je pensais avant tout avoir affaire à une histoire de deuil, même si je me doutais un peu que ça n’allait pas être aussi simple… Certes il y a de ça, mais c’est aussi (et surtout) tellement plus ! Le deuil est le point de départ de ce film et reste très présent, toutefois, on retrouve aussi la « marque » de Xavier Dolan avec une réflexion sur le regard de l’autre et l’acceptation qui est très subtile et donne une belle profondeur à l’ensemble. Mais surtout, ce film est avant tout un excellent thriller !

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         Je n’en dirai pas plus sur l’histoire pour ne pas gâcher le suspens mais la mise en scène est extrêmement réussie. Il ne se passe finalement pas grand chose d’exceptionnel mais chaque détail est pensé pour laisser songer au pire. Une force de suggestion redoutablement efficace. Le film est sobre mais très réfléchi : chaque scène est construite intelligemment et on monte peu à peu en puissance, chaque plan est millimétré et il y a quelques images fortes même si on est très loin d’une réalisation esthétisante. Il y a au milieu une scène de toute beauté, éblouissante dans ce décor assez chiche (oubliez la ferme bucolique, la réalité est plutôt un grand hangar mal entretenu au milieu de champs d’une platitude déconcertante). La musique est à mon sens le point faible de bien des films, ici, bien que très présente, elle souligne parfaitement les sous-entendus de l’histoire et contribue grandement à créer l’angoisse ou l’émotion.

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          J’ai vu ce film en avant-première et il était présenté de manière originale. Dans l’esprit ciné-club, avant la projection, l’oeuvre est analysée, sans bien sûr en dévoiler le contenu, mais de manière à offrir des pistes de lecture. Pour cela, différents extraits étaient proposés dont une chanson de la Reine des neiges, des extraits de Witness avec Harrison Ford ou de Misery. Le point commun a tous ces extraits est le travail ou la ferme. Toutefois, la présence de Misery dans cette sélection m’avait un peu interpellée. Finalement, chaque extrait était très bien choisi et venait éclairer différents aspects du film de Xavier Dolan. J’ai trouvé cela tout à fait passionnant et ça met en avant la manière dont ce film entre en résonance avec une certaine forme de cinéma et se la réapproprie.

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          Le moins qu’on puisse dire c’est que ce film ne laisse pas indifférent et les commentaires ont été pour le moins nombreux à la sortie. J’y suis allée avec une amie et j’ai été heureuse de pouvoir en discuter avec elle tant nous étions sonnées. Nous avons passé une grande partie du film accrochées à nos fauteuils en état de stress intense. Xavier Dolan crève l’écran, il est presque aussi bon acteur que réalisateur, ce qui n’est pas peu dire ! Ce film est fait avec peu de moyens : une poignée d’acteurs et Xavier Dolan à peu près partout au générique restreint, mais on oublie vite cet aspect tant on se retrouve plongé dans cet univers dépouillé et un rien sordide. Il y a là quelque chose qui tient de l’exploit. Je ne pense pas que tout le monde accrochera avec cette ambiance très noire mais ce qui est certain, c’est que le cinéma de Xavier Dolan ne laisse pas indifférent ! A 25 ans, il confirme son statut de petit génie du cinéma avec une inventivité et une maîtrise qui forcent le respect. Un film sombre et angoissant, impeccable de bout en bout, dont on ne ressort pas tout à fait indemne : âmes sensibles s’abstenir.

Mes lectures

L’homme de Lewis – Peter May

          Après la mort de son fils, Fin divorce et quitte la police. Il part démarrer une nouvelle vie sur son île natale, Lewis. A peine arrivé, il se trouve mêlé à une enquête pour meurtre. Un corps est retrouvé dans la tourbe et c’est Tormod Macdonald, le père de son amour de jeunesse qui est le principal suspect. Mais Tormod perd la mémoire et il est impossible de l’interroger.

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          Bien que j’en entende parler depuis bien longtemps, je n’avais jamais rien, lu de Peter May dont la série chinoise sommeille dans ma bibliothèque depuis des années. Finalement, ce n’est pas par elle que j’ai commencé mais par L’homme de Lewis, deuxième tome d’une trilogie. Certes, le premier tome aurait été plus approprié pour se lancer (d’autant qu’il traîne quelque part) mais j’avais besoin d’une lecture pour le train et j’ai pris le premier livre tentant qui me tombait sous la main. Finalement, même si on sent que les personnages étaient plutôt brossés dans le premier, cela ne gène pas la compréhension de l’histoire. Si les personnages évoluent sans doute d’un récit à l’autre, les enquêtes sont bien distinctes. Il est sans doute préférable de les lire dans l’ordre mais si comme moi vous vous y prenez mal, pas de panique, vous arriverez à suivre.

          Le style est assez classique mais efficace. L’originalité de ce roman tient plutôt à son intrigue, très bien ficelée. Elle est assez surprenant, le jeu e la mémoire ajoutant au suspens. Il y a surtout dans ce livre de nombreuses références culturelles au mode de vie sur l’île de Lewis qui j’ai trouvé absolument passionnantes ! Un contexte culturel qui est pour beaucoup à mon sens dans la qualité du roman. Les personnages sont également intéressants. Chacun possède une part d’ombre qui le rend terriblement humain. Il y a une ambiance très particulière dans ces pages que j’ai beaucoup aimée. Je crois qu’elle est due tant aux lieux décrits qu’à ceux qui les peuplent. On oscille constamment entre présent et passé dans cette histoire, ajoutant au mystère. Des personnages attachants, un contexte passionnant et une histoire qui tient très bien la route sont les ingrédients de cet excellent thriller.

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Quand on entre dans une maison de retraite, on voit un tas de vieux, simplement assis là. Le regard dans le vide, le sourire triste… Et pourtant, derrière chacun de ces regards, il y a une vie, une histoire qu’ils pourraient nous raconter. De douleur, d’amour, d’espoir et de détresse. Toutes ces choses que nous ressentons, nous aussi.Devenir vieux ne fait pas de toi quelqu’un qui vaut moins que les autres, quelqu’un de moins réel. Et un jour ce sera notre tour. Assis là à regarder les jeunes nous mettre de côté parce que nous sommes vieux. Et à ton avis, tu crois que nous allons le vivre comment ?

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Les parents sont le roc sur lequel on construit sa vie. C’est vraiment un choc de se rendre compte que ce roc n’est qu’une illusion.

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Fin s’émerveilla de cette faculté humaine qui pouvait transformer les pires choses que la vie vous impose en événements teintés de légèreté. C’est une question de survie, pensa-t-il. Si vous laissez tomber, ne serait-ce qu’un moment, vous vous retrouvez happé par les ténèbres.

Cinéma

Insaisissables

Thriller policier franco-américain de Louis Leterrier avec Jesse Eisenberg, Mark Ruffalo, Woody Harrelson, Isla Fisher

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          Les quatre cavaliers sont un groupe de jeunes magiciens qui semblent sortis de nulle part et qui lors de leur premier spectacle braquent une banque à l’autre bout du monde. Le FBI et Interpol se lancent à leur poursuite avant qu’ils ne commettent d’autres méfaits.

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          J’ai toujours bien aimé les spectacles de magie et je dois avouer que ce film à grand spectacle me tentait bien. Certes, je ne m’attendais pas nécessairement à un grand film mais à un bon divertissement, ce qui mine de rien est déjà un beau pari. Et je dois admettre que le résultat s’est avéré assez convainquant ! Le scénario est plutôt bien monté, avec une histoire dans un style un peu Robin des Bois modernes parfois un peu difficile à suivre dans sa construction mais qui dans l’ensemble se tient bien et s’avère efficace. Bien sûr, le groupe est glamour à souhait et c’est paillettes à gogo : on est plongés dans l’ambiance de Las Vegas.

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          Je me suis facilement laissée prendre au jeu de cette histoire de cache-cache entre un groupe d’illusionnistes et les autorités. Les shows ne sont pas forcément aussi spectaculaires que je l’aurais souhaité, le vol à distance n’en mettant pas tellement plein la vue, toutefois, ça n’a pas tellement d’importance, tant la mise en scène est bien léchée. Tout est très propre est très carré. Un peu trop peut-être à mon goût, ça manque d’une petite touche de folie ; mais le résultat est impeccable et fonctionne plutôt bien. Le rôle de divertissement est bien tenu, avec un côté très grand spectacle. En revanche, on regrette un peu qu’il n’y ait pas plus d’émotion avec des personnages plus fouillés et une psychologie plus fine. Un film efficace et agréable qui, s’il est un peu lisse, n’en fait pas moins passer un bon moment.

Mes lectures

Esprit d’hiver – Laura Kasischke

          Le matin de Noël, Holly se réveille tard, assaillie par une angoisse inexplicable. Son mari part chercher ses beaux-parents à l’aéroport et un fort blizzard se lève. Elle se retrouve seule avec Tatiana, sa fille adoptive, pour préparer le repas avant l’arriver des invités. Mais l’adolescente d’habitude si serviable a ce jour-là un comportement bien étrange.

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          Alors que je cherchais l’inspiration pour une ou deux lectures intéressantes dans cette rentrée littéraire qui ne m’inspirait guère, un libraire m’a (entre autres) conseillé ce roman qu’il m’a présenté comme un de ses coups de cœurs de ce cru 2013 par ailleurs un peu fade. Il semblait par ailleurs avoir un goût assez sûr, une longue discussion sur nos lectures respectives ayant montré qu’il avait beaucoup de culture, était heureux de la partager et que nos affinités littéraires semblaient assez proches. Je lui ai donc fait confiance et suis repartie avec, sur les 4 romans qu’il m’a conseillés, les 2 deux je n’avais jamais entendu parler, dont celui-ci. Je dois admettre que les premières pages m’ont un peu déçue : je m’attendais à quelque chose de beaucoup mieux écrit ! Le style n’est pas exceptionnel, il est assez plat. On ne peut pas dire que le vocabulaire soit très riche, les tournures de phrases ne sont pas franchement recherchées, bref, c’est un peu pauvre. Ca m’a même parfois un peu gênée dans ma lecture, à un moment je suis même allée jusqu’à me demander si ça valait vraiment le coup de continuer. Il faut dire aussi qu’après Flaubert, difficile de tenir la comparaison, tout paraît désespérément fade !

          J’ai pourtant continué ma lecture. Quelque chose dans l’histoire m’intriguait. La construction peut paraître un peu brouillon. En effet, on alterne entre la journée de Noël et des souvenirs d’Holly avec sa fille, notamment au moment de l’adoption. Toutefois, ça colle très bien avec ce jeu de mémoire qui revient par bribes, en fonction des différents événements de la journée. On sent là comme un secret et peu à peu une angoisse naît puis grandit de page en page, nous accrochant chaque ligne un peu plus à ce roman qui pourtant ne semblait pas si prenant. On semble sombrer dans le fantastique, on se demande où l’auteur veut en venir, si c’est un fantôme ou la folie qui hante ces lieux. Et puis tout s’explique dans un final époustouflant qui m’a laissée K.O. Plusieurs heures durant j’ai repensé à cette fin, à ce livre, sa construction, ce qu’il évoque… J’aurais préféré une écriture à la première personne, moins froide et impersonnelle, qui m’aide à mieux rentrer dans ce texte qui manque un peu d’émotion. Mais malgré un début sans grande saveur, ce roman construit comme un thriller mérite le détour et vous mènera aux lisières de fantastique pour mieux vous égarer et vous préparer à l’apothéose. Une fin comme un coup de poing qui frappe en plein cœur et laisse le lecteur le souffle court et un peu désemparé. 

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Et même si les infirmières des orphelinats faisaient mine de rester froides, elles étaient souvent très attachées aux enfants et à leurs propres fantasmes de vies américaines qui les attendaient. Elles pouvaient refuser de reconnaître ces anomalies, ou bien essayer de les dissimuler. Parfois elles rougissaient les joues des enfants malades ou bien couvraient leur crâne aux plaques chauves avec des bonnets de tricot.

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Bien sûr elle n’avait pas non plus écrit de poèmes depuis d’Annette Sanders l’avait guérie de…

De quoi ?

De son chagrin ? De sa peur ? De la condition humaine ?

Pourtant ça en valait le coup non ? Rilke n’aurait peut-être pas pensé ainsi (Si mes démons devaient me quitter, je crains que mes anges ne prennent à leur tour leur envol – une citation qu’un de ses mentors de l’université avait ressortie toutes les deux semaines environ afin de mettre en garde – de manière extravagante ? – contre la psychothérapie et les antidépresseurs dont certains avaient clairement besoin).