Mes lectures

L’invité d’un jour – Truman Capote

          Buddy aimerait bien l’école, simplement, il déteste Odd Henderson, une brute épaisse qui le martyrise et ne semble pas avoir d’autre but dans la vie que de l’humilier. Sa seule amie est Miss Sock, sa vieille cousine un peu bizarre. Mais tout va se compliquer le jour où elle va vouloir l’aider à régler son problème.

          Un court texte autobiographique de Truman Capote dont je n’avais jamais entendu parler et que j’ai été très contente de découvrir au hasard d’une de mes descentes en librairie. J’ai découvert par la suite que cette nouvelle était assez connue mais généralement éditée en jeunesse. Le sujet de ce livre dénote déjà d’une certaine fascination de l’auteur pour la violence et les êtres troubles. Une manière sans doute aussi d’exorciser une période difficile de son enfance. En revanche, j’ai trouvé l’écriture un peu fade comparé à la maîtrise dont sera capable Truman Capote dans d’autres textes. Un style encore un peu jeune qui m’a rappelé celui de son premier roman (vous pouvez retrouvez la critique ici). Si cette nouvelle n’est pas désagréable à lire, je ne lui ai pas trouvé non plus grand intérêt. Il y a bien mieux pour découvrir cet auteur.

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Il te cherche querelle par jalousie. Il n’est pas bien habillé et joli comme toi.

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Mais je veux te voir heureux, Buddy. Fort, capable d’affronter le monde. Et tu ne pourras jamais te débrouiller tant que tu n’auras pas trouvé moyen de t’entendre avec des gens comme Odd Henderson et réussi à t’en faire des amis.

Mes lectures

De sang froid – Truman Capote

          Les Clutter sont une famille modèle : des fermiers qui se sont enrichis à force de travail et qui sont aimés de tous dans leur petite communauté. Pourtant, ils vont connaître un sort tragique, assassinés pour une poignée de dollars. Leurs meurtriers, Dick et Perry prennent la fuite ; vont s’ensuivre des mois de cavale avant que la police ne les arrête et es pende haut et court pour leur crime.

          Il y avait très longtemps que je voulais lire ce livre qui sommeillait depuis longtemps dans ma bibliothèque. J’avais vu le film Truman Capote à sa sortie : il m’avait fascinée et donné envie de découvrir le livre qui l’avait inspiré. Toutefois, la dureté du sujet m’a longtemps tenue éloignée de ce roman et j’ai commencé mon approche de Truman Capote par des textes plus courts et plus légers : La traversé de l’été (un roman de jeunesse un peu maladroit mais avec une fin assez forte pour mériter le coup d’oeil) puis Cercueils sur mesure (un court texte absolument génial, un des meilleurs polars que j’aie jamais lu et un style tout à fait délectable, un énorme coup de coeur). Et puis cette année, quand j’ai mis sur pied mon programme de lecture afin de vider un peu ma bibliothèque, il m’a paru évident que ce texte devait en être. Et voilà comment j’ai enfin lu ce roman qui a fait scandale en son temps et fait de son auteur un personnage de légende.

          Comme je vous l’ai dit, je connaissais déjà l’histoire aussi bien de ces hommes, que celle de l’écriture du texte, au risque de parasiter un peu la lecture. Pourtant, dès les premières pages, j’ai été extrêmement surprise. En effet, le récit commence par une longue description de la vie et des habitudes de ceux dont on sait qu’ils vont mourir dans des conditions atroces. On a le temps de s’attacher à eux, d’espérer que certains en réchappent. En alternance, on découvre les tueurs, la manière dont il montent leur plan, leurs relations, leurs motivations. Cela crée un suspens des plus intéressants et assez inattendu pour un récit de faits qui étaient alors connus : cela ne fait aucun doute, Truman Capote est un conteur de génie.

          Le livre va continuer sur cette lancée jusqu’à la fin : quand vont-ils mourir ? pourquoi ? comment les meurtriers seront-ils arrêtés ? dans quelles circonstances ? quand seront-ils exécutés ? On connaît les grandes lignes : les Cutter sont tués, les coupables prennent la fuite, ils sont arrêtés, emprisonnés, jugés, pendus et pourtant, l’auteur parvient à créer une tension incroyable due à une attente constante de détail des événements. Le style est assez moderne, il a très bien vieilli et s’avère aussi agréable qu’efficace. J’ai été littéralement happée par ce texte qui m’a autant séduite que fascinée. Plus encore que dans l’art du récit, la force de ce texte réside dans le portrait psychologique des tueurs, d’une incroyable finesse. On parvient bizarrement à les comprendre, on les prendrait presque en pitié parfois, et surtout, on prend conscience qu’à peut près n’importe qui peut se transformer en monstre sanguinaire. Un livre brillant et passionnant qu’on ne peut plus lâcher après l’avoir ouvert. De sang froid n’a décidément pas usurpé son titre de chef-d’œuvre !

Rien de plus habituel que de sentir que les autres ont une part de responsabilité dans nos échecs., tout comme c’est une réaction ordinaire d’oublier ceux qui ont pris part à nos réussites.

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Perry dit : « Est-ce que j’ai des regrets? Si c’est ce que tu veux dire, non. Je ne ressens rien . Je voudrais bien. Mais ça me laisse complétement froid. Une demi-heure après que ce soit arrivé, Dick blaguait et moi, je riais. Peut-être qu’on n’est pas humains. J’suis assez humain pour m’apitoyer sur moi-même. Je regrette de ne pas pouvoir sortir d’ici qu’en tu t’en iras. Mais c’est tout. »