Archives de la Catégorie Mes lectures

Tous les livres qui me sont passés entre les mains…

Jo, Derib

Jo, Derib

          Jo est une BD de prévention sur le sida. Elle s’adresse aux adolescents afin de mettre à mal les préjugés sur la maladie et expliquer sans démagogie les modes de transmission, les moyens de se protéger et la manière dont évolue la maladie. Un moyen original de traiter un sujet difficile et encore largement tabou.

          Je ne sais trop comment parler de cette bande-dessinée. A première vue, ni les dessins, ni le sujet ne m’inspiraient des masses. Je lai d’ailleurs longuement laissée trainer dans ma bibliothèque avant de m’y attaquer. Finalement, bien que j’ai eu un peu de mal à rentrer dans l’histoire, elle s’est avérée plus intéressante et plus subtile que ce que je pensais. J’y ai retrouvé beaucoup de réflexions propres à la littérature sur la sida. On échappe au pathos par une mise en avant de l’envie de vivre pleinement ses derniers instants qui peut accompagner la découverte de la maladie. A travers des thèmes tels que l’amour, la famille ou la drogue, le texte s’inscrit pleinement dans l’univers adolescent et en aborde les principales facettes.

          J’ai moins aimé la façon très romantique dont est traitée l’histoire. J’ai trouvé ça presque simpliste par moments, les personnages auraient mérité plus de nuance et de profondeur. Toutefois, même si cela m’a gênée, le texte fonctionne plutôt bien et me semble tout à fait adapté à son public. Un mode de prévention moins agressif et plus subtil que ceux auxquels on est habitués. Une initiative intéressante et réussie.

Elle, par bonheur, et toujours nue, Henri GOFETTE

Elle, par bonheur, et toujours nue, Henri GOFETTE

           Quand Pierre rencontre Marthe au détour d’une rue parisienne, c’est le coup de foudre. Elle deviendra sa muse, la seule qu’il ait connue. Il la peindra inlassablement pendant plus de 40 ans, et presque toujours nue. Dans ses tableaux, sa femme ne cessera d’avoir 30 ans. Histoire d’un amour fou.

           Ce roman raconte l’incroyable histoire d’amour entre Pierre Bonnard et sa femme, Marthe. Rencontrée dans un coin de rue, elle deviendra sa compagne et sa muse et l’inspirera tout au long de sa vie. Des centaines de toiles et dessins à son effigie. Une histoire esquissée tout en pudeur et en délicatesse  à travers les grands moments qui la composent.

           J’ai bien aimé ce livre léger et agréable dont se dégage une certaine poésie. On croirait presque se promener dans une toile de Bonnard tant son univers est bien restitué, par petites touches. J’aurais sans doute aimé un peu plus de consistance justement, plus de profondeur et de précision. Toutefois, le manque d’information ne le permettait peut-être et cela siérait-il moins à cette toile impressionniste. Une lecture tout en légèreté fort agréable.

Il a choisi la liberté et la peinture envers et contre tous, son milieu, sa famille, la femme qu’il aimait, et contre l’avenir même, ce petit train gris qui roule son tacatam monotone sur des rails sans surprise et vers le couchant.

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Tout plutôt qu’une vie en pot, l’amour à la petite semaine et les voyages en pantoufles.

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L’eau, quand elle monte d’un regard de femme, peut tout renverser, et il n’y a pas de mur qui tienne, surtout si le mur est un homme qui vit et vibre dans l’azur comme un violoncelle.

Histoires pressées, de Bernard FRIOT

Histoires pressées, de Bernard FRIOT

          De courtes histoires pour les enfants sages ou moins sages. Une ou deux pages pour rêver quand le temps presse.

          J’ai bien aimé certaines de ces histoires, aussi variées qu’imaginatives. Cependant, j’ai une petite préférence pour les histoires qui prennent un peu plus le temps de s’installer. Un petit livre sympathique, à destiner peut-être avant tout aux enfants turbulents qui ont du mal à fixer leur attention plus de quelques minutes et trouveront ici peut-être le goût de la lecture.

Il était une fois un enfant qui ne croyait pas aux histoires. Dès que sa mère commençait : “Il était une fois un ogre cruel…”, il l’interrompait.

- Ne me raconte pas d’histoires, disait-il, les ogres ça n’existe pas !

Quand reviennent les âmes errantes, François CHENG

Quand reviennent les âmes errantes, François CHENG

          Deux hommes une femme. Histoire d’amour et d’amitié. Mais un triangle amoureux peut-il perdurer sans en rendre les protagonistes malheureux ? Peut-on échapper à l’envie, à la jalousie, au désir de posséder ? A partir de faits réels, François Cheng brosse le portrait de ces êtres exceptionnels portés par un amour tout aussi singulier.

           Longtemps, longtemps, j’ai attendu le troisième roman de François Cheng. J’avais tellement peur d’être déçue par ce que j’allais y trouver (pour ceux qui auraient raté ma minute groupie du mois, c’est ici). J’ai donc ouvert ce roman avec la plus grande prudence, terrorisée à l’idée de n’y pas trouver ce que j’attendais. Dès les premières lignes, j’ai retrouvé l’incroyable style de l’auteur. Tant de poésie en si peu de mots, ça dépense l’entendement, on touche au divin.

           L’auteur nous raconte une nouvelle histoire d’amour fou. Vous le savez, les grandes envolées lyriques ont une tendance certaine à m’agacer. Mais l’écriture de François Cheng est tout simplement magique : ce qui serait d’une mièvrerie sans nom sous toute autre plume devient juste un sommet de sensibilité et de délicatesse sous la sienne. J’en retrouverais presque un romantisme de jeune fille en fleur. Les sentiments sont exprimés avec une telle pureté qu’on ne peut que succomber à son tour. Je ne saurais expliquer à quel point la poésie qu’il met dans ses textes me remue, on touche là aux grands mystères et à toute la magie de la littérature.

          Ce roman n’est peut-être pas son meilleur. Un peu court à mon goût (eh oui, quand on aime, on voudrait que ça dure toujours…). J’aurais aimé que l’histoire soit plus développée. Il m’a un peu manqué l’aspect culturel du Dit de Tianyi. Cela dit, il s’agit d’une histoire tirée de faits réels dont je n’avais jamais entendu parler (ma culture chinoise est un peu faiblarde) et ça m’a donné cruellement envie d’en savoir plus. En tout cas, bien que je n’aie pas vécu de grande révélation face à ce livre, je n’ai pas pour autant été déçue, ce qui est déjà beau étant donné mes attentes. J’ai retrouvé le style incroyable de cet auteur à la sensibilité exacerbée. François Cheng reste définitivement un de mes auteurs favoris, et j’espère qu’il nous livrera encore quelques perles rares. Un livre léger et subtil comme on aimerait en lire plus souvent.

Si l’amour enseigne le don total et le total désir d’adoration, l’amitié, elle, initie au dialogue à coeur ouvert dans l’infini respect et à l’infini attachement dans la non-possession. Les deux, vraie amitié et vrai amour, s’épaulent, s’éclairent, s’éclairent, se haussent, ennoblissant les êtres aimants dans une commune élévation.

Les mille automnes de Jacob de Zoet

Les mille automnes de Jacob de Zoet

          En 1799, Jacob de Zoet fait partie des rares européens à commercer avec le Japon. Il est en poste comme clerc à Dejima, un comptoir aux portes de Nagazaki dont il ne peut sortir. Dans ce pays où les étrangers sont parqués loin de la population, où l’intégration est interdite, il va découvrir un univers étrange et fascinant. Lui qui s’était engagé pour 5 ans espérant faire fortune pour pouvoir épouser la femme qu’il aime, va sans le savoir au devant d’une vie d’aventures. Un voyage qui lui réservera bien des surprises et le changera à jamais.

          J’ai mis un peu de temps pour rentrer dans cette histoire très riche. Si le style m’a de suite plu, il est assez travaillé et demande un certain temps d’adaptation. Ensuite, comme le personnage, il faut se familiariser avec un environnement nouveau, des personnages, une époque, un lieu, des coutumes… Beaucoup de choses à intégrer à la fois. Une profusion de détail, une écriture riche, qui déroutent un peu. Toutefois, malgré ces premières pages un peu difficiles, l’histoire démarre assez vite et sait accrocher son lecteur.

          J’ai beaucoup aimé cette plongée dans un comptoir oublié du Japon à la toute fin du XVIII° siècle. Contrairement à la plupart des fresques du genre, on échappe aux rebondissement attendus. Si l’histoire est riche en péripéties, le dénouement en est toujours incertain. On se laisse bien souvent surprendre par le tour que prennent les évènements, loin des habituels clichés. Il y a beaucoup de choses dans ce roman : de l’histoire, de l’action, de la culture, de l’amour… Un livre qui échappe presque à la description tant il est riche et complexe. J’ai trouvé l’aspect culturel et historique absolument passionnant. La confrontation entre orient et Occident est décrite avec subtilité. Les personnages sont aussi très travaillés, dressés avec finesse, ils sont attachants sans tomber dans le pathos. Une fresque extrêmement réussie.

          S’il faut fournir quelques efforts pour s’immerger dans ce livre, cela en vaut grandement la peine. Le moins qu’on puisse dire c’est que je n’ai pas dévoré cet ouvrage, j’ai eu besoin de pauses fréquentes pour m’imprégner de chaque détail et voir le puzzle se mettre en place (même si vers la fin le rythme s’accélère sérieusement). Un livre dans lequel on plonge peu à peu et qu’on ne quitte qu’à grand regret, tant l’univers créé est fort et séduisant. Des intrigues qui s’entre-croisent, un volet historique très documenté, un voyage au coeur du Japon, une histoire d’amour délicate, un style magistral : un vrai grand moment de littérature. L’excellente nouvelle ? David Mitchell est jeune, nous avons encore de nombreuses aventures à vivre à travers ses histoires.

L’amour est la chose du coeur. ou bien : l’amour est comme le sake : on boit, il y a une nuit de joie, oui ; mais le matin froid arrive, et on a de la migraine et le ventre est malade. Un homme peut aimer les concubines car quand l’amour meurt il dit “au revoir” : c’est plus aisé et il n’y a pas de blessures. le mariage est différent. Le mariage c’est la chose de la tête : le rang… le commerce… la lignée.

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C’est pas les bonnes intentions qui pavent la route de l’enfer. C’est les bonnes raisons qu’on se donne.

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Le ventre recherche la nourriture ; la langue, l’eau ; le coeur, l’amour ; et l’esprit, les récits.

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Un récit se doit d’avancer. Le malheur est mouvement ; la satisfaction est inertie.