Mes lectures

Laurent MAUVIGNIER, Ce que j’appelle oubli

          Ce court texte de 60 pages, sans points, s’inspire d’un fait divers : à Lyon en 2009, quatre vigiles ont tabassé à mort un homme pour le vol d’une bière.

          Ce texte est très surprenant. Je ne suis pas une inconditionnelle de l’écriture un peu âpre de Laurent Mauvignier, ni d’une manière générale des récits aussi intimistes. Je ne dirais donc pas que ce texte m’a particulièrement touchée. En revanche, on ne peut que remarquer son incroyable force. Ce texte se lit dans un souffle, sans arrêts ni pauses (d’où l’intérêt de l’absence de points), on commence à manquer d’air en même temps que le personnage qui agonise sous les coups.

          Laurent Mauvignier fait partie des grands auteurs d’aujourd’hui, des voix qui comptent. Il a un style très marqué, sans pour autant tomber dans la facilité d’un roman à l’autre. Si je ne suis pas particulièrement friande de ses textes, je trouve cependant qu’ils sont particulièrement intéressants dans leur construction et dans le travail de l’écriture. Un auteur qui ne me touche pas tellement mais que je pense quand même incontournable, un auteur dont j’admire l’indépendance dans le paysage littéraire actuel et que je compte suivre. Si vous ne le connaissez pas (et si vous le connaissez aussi d’ailleurs), je vous recommande la lecture de ce texte.

– peut-être ont-ils demandé si ça allait ? – est-ce que le plus vieux s’est penché vers lui pour le secouer ? et sa peau toute blanche, est-ce qu’elle a rougi un peu avant de demander, tu vas répondre, dis, ça va ? réponds et soudain l’image de la mort s’est collée sur la rétine de ses yeux verts et sur les deux autres, ceux que la lâcheté a fait reculer d’un pas

          Le 24 mars dernier, une journée d’étude consacrée à Laurent Mauvignier a été organisée par l’université de Toulouse le Mirail. Différents intervenants ont parlé de ses textes et c’était fort intéressant. Notamment parce que c’était très accessible au grand public : point jargonneux et dirigé par des gens que l’on sent passionnés. L’ambiance détendue et bonne enfant, trop rare dans les rencontres de recherche universitaires était des plus agréable. En fin de journée, l’auteur est venu lire son texte. Une performance exceptionnelle, qui vallait vraiment le déplacement et mettait en avant toute sa force. un grand moment.

16 commentaires sur “Laurent MAUVIGNIER, Ce que j’appelle oubli

  1. Il fait partie de ces auteurs dont j’attends avec impatience leur travail… Encore une fois il ne m’a pas déçu, c’est très très fort!

    1. Je n’arrive pas du tout à rentrer dans son écriture, rien à faire. Je préfère les choses un peu plus rondes. Mais même sans ça, je reconnais que c’est un grand auteur, il mérite qu’on en parle.

  2. Laurent Mauvignier à Toulouse bien qu’il ne soit pas toulousain, c’est notre auteur. C’est la famille lointaine. C’est quelqu’un d’accessible qui sait ce que veut dire ramer! Elève au parcours difficile il prouve qu’il n’est pas besoin d’être premier de la classe pour réussir. Il nous fait entrer dans la conscience de ses personnages commme aucun auteur ne le fait! A quand le prochain??? On attend avec impatience.

  3. Je n’ai rien lu de cet auteur pourtant j’en ai entendu parler mais je en sais pas pourquoi je n’ai pas encore tenté l’expérience. Comme c’est le deuxième article sur ce roman qui m’interpelle, je commencerais peut-être par « Les hommes » qui est en poche.

    1. Je n’ai pas lu « Des hommes »‘ mais il paraît qu’il est très bien. C’est très particulier comme écriture. Je pense que c’est bien d’en lire au moins un pour voir à quoi ça ressemble.

  4. Pour Mauvignier je voulais rajouter qu’il tire de l’oubli le fait divers trop vite traité : quatre type qui tabassent un pauvre gars qui boit une bière… mais aussi traite tout ce qui nous fait souffrir: le silence, l’absence de communication réelle qui ferait tant de bien… ne pas rester à la superficie des choses avec nos pauvres mots. Les blessures profondes que nous avons tous en nous, ça aussi Mauvignier le dit et fait oeuvre de psy.

  5. je n’ai jamais lu cet auteur. Ce que tu dis de ce titre en particulier me fait penser au premier roman que j’ai lu de JC OATES: « Viol, une histoire d’amour ». Un court texte très violent et obsédant. Depuis, c’est un de mes auteurs fétiches! De L MAUVIGNIER, je me suis dit que j’essaeirai de lire « Des hommes »…

  6. Bravo pour cette critique nourrie des réflexions de la journée et du petit message sur la journée. Si c’était « bon enfant » et détendu, alors, c’était réussi. C’est ce que je voulais!

    Merci d’être venue et à une prochaine fois.

    Mathilde Bonazzi

    1. La journée était aussi intéressante qu’agréable. J’ai trouvé particulièrement appréciable qu’on sorte un peu du discours universitaire jagonneux, sans pour autant tomber perdre en profondeur de réflexion.
      Si toutes les journées d’études étaient aussi accessibles, on hésiterait moins à s’y rendre !
      Félicitations.

  7. Bonjour,

    Article très intéressant, comme ce blog ! Par contre auriez-vous un compte rendu de cette fameuse journée « Regards croisés sur l’oeuvre de Laurent Mauvignier »? Je n’ai pu y assister et je m’en mors les doigts encore !!

    1. Bonjour,
      Je n’ai malheureusement pas de compte rendu de la journée. Je peux en revanche demander à d’autres participants ou à l’organisatrice. Je vous tiens informé dès que j’aurai une réponse.

      1. Merci bien dans ce cas alors, j’espère que quelqu’un aura pris quelques notes à faire partager !

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