Mes lectures

Contre-enquête sur la mort d’Emma Bovary – Philippe Doumenc

          Et si Emma Bovary ne s’était pas suicidée ? Des marques sur le corps laissent penser qu’il pourrait s’agir d’un meurtre. Sans compter que le professeur Larivière affirme avoir entendu la jeune femme à l’agonie murmurer « assassinée, pas suicidée ». La police est dépêchée sur les lieux pour enquêter en toute discrétion sur l’affaire. 

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          Je dois admettre que je n’étais que moyennement emballée à l’idée de lire ce livre. Madame Bovary n’est déjà pas mon roman préféré, je ne me précipite donc pas sur ce qui s’y rapporte. Mais surtout, je n’aimais pas trop l’idée de cette enquête. Pour moi un roman est un roman, si le personnage se suicide, l’affaire est close, il n’y a pas à discuter étant donné qu’il n’existe que dans l’imagination de son auteur : il n’y a pas d’erreur possible. Aussi bien ficelé que soit ce livre, je ne voyais donc pas bien comment il pourrait parvenir à me convaincre puisque c’est sur son principe même que j’étais réticente. Pourtant, même si je n’ai pas réellement changé d’avis quant au bien fondé du procédé, j’ai été plutôt agréablement surprise.

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          Le début m’a laissée quelque peu sceptique. Ca m’a fait un peu bizarre de replonger dans l’univers du roman de Flaubert mais avec un style différent. C’est assez étrange de retrouver les personnages après la fin de l’histoire. Ca m’a donné l’impression de me placer un peu en voyeuse, ce que j’ai trouvé malsain et excitant à la fois. Le roman est construit comme un polar et finalement, même si parfois j’ai été un brin agacée par certains traits un peu forcés des personnages, je me suis assez vite laissée prendre au jeu. Le style est plaisant et on prend plaisir à déterrer les petits secrets de tout le village. D’ailleurs, pour ce livre, l’auteur s’est penché sur celle qui a inspiré Flaubert et essaie de rétablir la vérité sur son histoire ; il joue ainsi entre réalité et fiction. Un roman prenant qui se lit avec plaisir.

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Il le trouva en robe de chambre et en bonnet de nuit, assis débonnairement avec sa mère dans la pièce à demi démeublée où d’Herville avait fait l’autopsie d’Emma et où maintenant, seul signe d’animation, le balancier de la grande horloge paysanne brune à longue caisse continuait de battre avec l’obstination domestique d’un bœuf qui rumine ou d’un feu qui brasille.

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Les amours de jeunesse ressemblent à cette vaccine de Jenner que les médecins vous injectent contre la variole : elle vous immunise; mais en même temps qu’elle vous immunise, elle vous communique un peu de la maladie.

Cuisine

Muffins poire/pépites de chocolat

Pour 8 muffins 

1 œuf

2 c. à soupe de sucre

50 g de beurre

4 c. à soupe de lait

5 c. à soupe de farine

1/2 sachet de levure

50 g de pépites de chocolat

1 poire

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Préchauffez le four à 180 °C (th. 8).

Battez l’œuf et le sucre jusqu’à ce que le mélange blanchisse.

Faites fondre le beurre et ajoutez-le à la préparation.

Versez le lait dans la pâte.

Ajoutez la farine peu à peu et mélangez bien afin d’éviter les grumeaux.

Dans un verre, mélangez la levure à 2 à 3 c. à café d’eau puis ajoutez-la à la pâte.

Versez le chocolat dans le mélange.

Pelez la poire et coupez-la en petits dés et ajoutez-les à  la pâte. Remuez.

Replissez des moules à muffins aux 3/4 et enfournez 15 min.

Servez tiède ou froid.

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Bon appétit !

Cinéma

Un château en Italie

Comédie dramatique française de et avec Valeria Bruni-Tedeschi, avec Louis Garrel, Filippo Timi, Marisa Borini

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          La famille de Louise ne va pas très bien : il ne reste pas grand chose de leur fortune, ils n’ont plus les moyens d’entretenir le château familial, son frère a le sida et son meilleur ami est alcoolique. Quand elle rencontre Nathan, qui a la moitié de son âge, elle se prend à rêver qu’un avenir meilleur est encore possible. Une histoire se termine et une autre commence.

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          Je ne suis généralement pas friande de ce type de films et je dois admettre ne pas apprécier particulièrement Valeria Bruni-Tedeschi en tant qu’actrice. Autant dire que je n’avais a priori aucune raison de me précipiter dans les salles. Pourtant, lorsque j’ai vu la bande-annonce, quelque chose m’a intriguée dans cette histoire – une certaine fragilité peut-être – et je me suis surprise à avoir envie d’en savoir plus. Tant et si bien qu’un soir où rien d’autre ne me tentait à l’heure qui m’arrangeait, je me suis lancée ! Un peu sur la réserve, je dois l’admettre, pas bien sure de ce que je faisais… Mais j’ai été agréablement surprise et n’ai pas regretté mon choix. J’avais bien aimé la présentation et le film est tout à fait dans le même esprit, je n’ai donc nullement été déçue.

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          Comme toujours dans l’autofiction (comme son nom l’indique, savant dosage d’autobiographie et de fiction), la réalisatrice n’a pas de grandes chose à nous raconter, mais ici au moins elle ne prétend pas le contraire et prend le recul nécessaire pour ne pas rendre pesant cet exercice un rien nombriliste. Elle parvient à faire preuve d’auto-dérision et à créer ainsi une certaine connivence avec le spectateur, riant avec lui de ses propres travers. Elle met se dévoile, met en avant ses fêlures de manière touchante parfois, drôle aussi souvent. On s’y retrouve forcément un peu. Surtout, elle joue remarquablement, tout comme Louis Garrel et la mère. Vous me direz « facile, chacun joue son propre rôle ». Certes, mais tout de même, j’ai connu des films où même en jouant leurs propres rôles les acteurs étaient  mauvais (non, je ne citerai personne…). On ne peut pas parler d’un grand film mais l’image est soignée et la musique très bien choisie, pour un tout très cohérent. Il y a du charme dans cette histoire-là, un brin de folie teinté de mélancolie. On sourit et on s’y reconnaît peut-être un peu sans oser l’avouer. Une jolie réussite.

Expositions

Félix Vallotton : Le feu sous la glace

          Félix Vallotton est un peintre de la fin du XIX° – début XX° s. proche des nabis. Son oeuvre est moderne et son style très personnel, inclassable. Parmi ses travaux, des huiles, des gravures mais aussi des sculptures, des critiques d’art et même des romans. Il a peint aussi bien des portrait que des paysages, des nus que des natures mortes. Un artiste prolifique et surprenant à découvrir en ce moment au Grand Palais.

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Site_mail_femme-nue-assiseSi je connaissais Vallotton de nom, je dois bien admettre que c’est à peu près tout. Je situais vaguement l’époque et le style mais j’aurais été incapable de citer une seule de ses toiles et je ne sais même pas si j’en avais déjà vu une auparavant. Etant assez férue de cette période j’étais curieuse d’en découvrir un peu plus et j’avais donc hâte d’inaugurer ma carte Sésame pour aller voir de plus près de quoi il retournait. Dès les premières salles, j’ai été agréablement surprise. En effet, la diversité des styles est assez incroyable : du portrait le plus classique à des paysages proche de l’impressionnisme ou des scènes d’intérieur qui ne sont pas sans rappeler Hopper ; une grande richesse dans les sujets et les formes d’expression qui m’a ébahie.

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pastoureau-vallottonNé en 1865, l’artiste Suisse a étudié à Paris, à l’Académie Julian où se sont formé de nombreux artistes de l’époque. Il a rapidement acquis une renommée internationale grâce à ses gravures sur bois qui rencontrent un vif succès dans l’avant-garde parisienne et lui permettent d’intégrer le groupe des nabis. A partir de 1899, il préférera la peinture et laissera à sa mort en 1925 plus de 1700 tableaux. Il s’est essayé à tous les genres : portrait, nu, paysage, nature morte, sujet mythologique, peinture d’histoire… Mais s’il a peint des choses très diverses, ses toiles se distinguent toujours par un dessin précis aux formes bien découpées, des tons recherchés et un aspect lisse. Le cadrage et le perspective s’inspirent souvent de l’estampe ou de la photographie dans une réappropriation de différentes techniques qui est intéressante. Une oeuvre qui peut sembler un peu fourre tout et de laquelle se dégage pourtant un semblant d’unité. Le toiles sont réunies autours de 10 thèmes tels que l’esthétique, la politique, le double féminin… Cette exposition est la première d’envergure consacrée au peintre à Paris depuis près de 50 ans.

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felix-vallotton-feu-sous-glace-grand-palais-L-Sa8CLEJe dois avouer que j’ai eu un véritable coup de cœur pour cet artiste. Bien sûr, étant donnée la variété de la production, c’est un peu inégal mais ses nus sont de toute beauté, certains m’ont vraiment sidérée. Il y en a un notamment qui m’a clouée sur place. Je suis restée plusieurs minutes figée à l’admirer. Rien pourtant d’exceptionnel dans ce tableau, pas de débauche de technique : c’est simple et beau. Certains paysages sont également très intéressants, avec de belles lumières et des perspectives inattendues. Comme souvent lors des expositions, j’ai noté les tableaux dont je voulais me souvenir et rarement la liste avait été aussi longue ! J’ai par moment eu peine à croire que c’était le même homme qui avait peint des choses si différentes, et parfois à la même époque, pour revenir ensuite vers ce qu’il faisait avant. Même si en cherchant bien, un petit quelque chose dans le trait demeure toujours, qui n’appartient qu’à lui.

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289111_vallotton-le-feu-sous-la-glace-entree-simple-paris-08J’ai trouvé que ce côté touche à tout correspondait finalement assez à la manière dont j’envisageais les choses, bien plus en tout cas que celle qui consiste à choisir une voie et de la pousser à l’extrême, comme Braque (dont je venais justement d’aller voir l’exposition monumentale juste à côté) ou Picasso, même si c’est cela sans doute qui fait des révolutions artistiques. Malgré quelques ratés – dont les sujets mythologiques, franchement sans intérêt – l’exposition m’a dans l’ensemble séduite. Une débauche de formes, de couleurs, de sujets en tous genres qui m’a laissée sous le charme. Quelques réels moment d’émotion et déjà l’envie de retourner voir si la magie opérera une seconde fois.

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Félix Vallotton : Le feu sous la glace

Galeries Nationales du Grand Palais

Avenue Winston Churchill

75 008 Paris

Du 2 octobre 2013 au 20 janvier 2014

Tlj sauf le mardi de 10h à 20h

12€

A lire pour prolonger le plaisir de la visite :

 – Le catalogue de l’expositionFélix Vallotton, Le feu sous la glace. 250 tableaux assortis d’un texte riche. Le hic, le prix et l’encombrement. Ca reste toutefois un joli cadeau de Noël à offrir ou se faire offrir. RMN, 45€.

– Vallotton, L’expoUne sorte de mini catalogue. 170 œuvres et leur cartel ainsi que les panneaux pédagogiques, soit très exactement le contenu de l’exposition : ni plus, ni moins. RMN, 18€.

 Le petit dictionnaire Vallotton en 21 obsessions : en une centaine de pages et 80 illustrations l’auteur présente l’oeuvre de l’artiste à travers ses complexes, ses désirs, ses névroses. Un livre qui est une bonne introduction à l’univers de ce peintre pour le néophyte et s’avère très agréable à lire comme à feuilleter, selon l’envie du moment. Laurence de Cars, RMN, 12€.

Jeunesse·Mes lectures

Beauté – I, Désirs exausés – Kerascoët et Yohan Hubert

          Morue n’a pas été gâtée par la nature et rêve de devenir une beauté. Une fée va l’y aider. Elle va devenir l’objet de toutes les convoitises mais susciter aussi bien des rancœurs et va devoir s’échapper au milieu de la nuit pour échapper au courroux de ses consœurs. Sauvée par un seigneur, sa beauté sera-t-elle finalement une chance ou une malédiction ?

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          Voilà une BD qui ne manque pas de mordant ! La quatrième de couverture laissait supposer un humour grinçant et je n’ai pas été déçue. Il y a de l’originalité et de la finesse dans ces pages, même si parfois on en attendrait un peu plus. Un personnage principal un peu plus complexe peut-être, ou des rebondissements moins prévisibles (même si tous ne le sont pas, fort heureusement). On sent qu’il y avait là un très fort potentiel un rien sous exploité.

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          Toutefois, j’ai beaucoup ri en lisant cette BD et j’ai trouvé qu’elle posait quelques questions intéressantes sur le rôle de l’apparence notamment. Elle revisite le conte de fée avec humour et légèreté. Quant au dessin, il est agréable et crée un univers entre enfance et âge adulte assez intéressant. La série se compose de trois tomes qui s’adresse plutôt aux adolescents ou aux grands enfants que nous sommes. Une lecture qui m’a réellement amusée et dont l’humour grinçant m’a ravie. J’ai hâte de lire la suite !

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Pauvre crapaud, toi tu me comprends, laid et difforme comme tu es.
Le monde est cruel pour les gens comme nous. Pauvre, pauvre crapaud.

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– C’est Morue ! Que tu es belle !
– Vraiment ? C’est une fée, elle m’a donné un voeu.
– Tu aurais pu demander la richesse, au moins nous aurions tous profité.