Mes lectures

Le dico secret de James Bond

          Guillaume Evin et Géga nous présentent un dictionnaire pour découvrir l’essentiel de ce qu’il y a à savoir sur le célèbre agent secret. Les coulisses d’une série cinématographique mondialement connue qui a fêté cette année ses 50 ans. Le dictionnaire est illustré par les caricatures de Gégan grand passionné de cinéma.

          Parlons peu mais parlons bien. Il y a une erreur de casting avec ce livre. La caricature laisse penser à l’humour et la détente. On s’attend à quelque chose de drôle, de léger. Raison d’ailleurs pour laquelle ‘ai tenu à me procurer ce livre, j’étais sure de l’aimer. Malheureusement, le caricaturiste est, disons-le franchement, carrément mauvais. Hale Berry ressemble à un body builder assommé aux stéroïdes, les autres, ne sont guère plus réussis. Un énorme ratage qui gâche tout le plaisir. Le contenu quant à lui n’est pas mauvais. Mais nulle trace d’humour, c’est tout ce qu’il y a de plus sérieux et de plus terre-à-terre. Déconcertant étant donnée la présentation. On peut également noter quelques fâcheux oublis tels Roger Moore, pourtant présent sur la couverture… Un livre au contenu plutôt sympathique (notamment une partie intéressante consacrée à chaque long métrage) mais qui détonne d’un certain amateurisme et surtout d’un cruel manque de cohérence entre son contenu et sa présentation. Dommage, le texte était assez Bond. 

Le dico secret de James Bond, de Guillaume Evin et Géga

Editions Hugo & Cie

12,50 €

Cinéma

César doit mourir

          Dans une prison de haute sécurité, des détenus montent le Jules César de Shakespeare. Une parenthèse dans leur quotidien de reclus. La violence de la pièce fera par moments remonter les tensions entre prisonniers et mettra à jour de vieilles rancoeur. Mais le théâtre sera aussi pour eux un espace de liberté auquel il sera difficile de renoncer une fois le rideau retombé. 

          Ce film me tentait beaucoup, à la fois par le sujet, les réalisateurs et la superbe bande-annonce. Etrangement j’ai à la fois été déçue et agréablement surprise. Impressions contradictoires et pourtant se côtoient et que je n’arrive toujours pas totalement à démêler. Tout d’abord déçue parce que je m’attendais à voir une évolution des prisonniers, à les voir transformés par l’art, à être confrontée aux difficultés du metteur en scène pour travailler avec des hommes violents, à entendre une réflexion sur le milieu carcéral. Si on retrouve un peu de cela dans la bande-annonce, c’est quasiment absent du film, ou en si petites touches qu’elles en deviennent difficile à percevoir. C’est frustrant, on voudrait être guidés, voir se dessiner une émouvante rédemption par l’art. On reste donc un peu sur sa faim.

          Pourtant, autre chose se dessine, d’autrement plus subtil. Tout passe par le non-dit. Les images, la mise en scène, une petite phrase attrapée au passage l’air de rien. Ce sont avant tout des acteurs qui sont filmés, pas des prisonniers, et quel meilleur hommage leur rendre ? Le texte est au centre de tout, le contexte se devine : une porte qui s’ouvre ou se referme, une cour grillagée, un regard un peu trop intense… Le tout mis en scène avec une grande finesse, par le jeu de la couleur et du noir et blanc notamment. Au spectateur de tirer ses propres conclusions, de se forger un avis. On est frustré et reconnaissant à la fois. Reconnaissant d’avoir rendu à ses hommes leur humanité, de les avoir élevé au rang d’artistes 1h15 durant. Reconnaissant aussi de laisser au spectateur tant de liberté, de responsabilité presque, face aux images. Images qui disent peu mais suggèrent tout avec une subtilité qui déstabilise et enchante à la fois. Un film à la réalisation magistrale, aux acteurs époustouflants, une vraie leçon de vie et d’humilité. Un Ours d’or de qualité.

Actualité·Culture en vrac

Goncourt et Renaudot, les élus

           Ca y est, le grand jour est arrivé ! Après deux mois de sélections et re-sélections, un suspens intenable, une guerre des nerfs éditoriale et journalistique, le fameux prix Goncourt est enfin décerné ! Mais qui est donc l’heureux élu ? Je vous le donne en mille, un de mes chouchous de cette rentrée littéraire et mon favori de la liste : Jérôme Ferrari pour Le sermon sur la chute de RomeUn Goncourt mérité pour un livre accessible et qui mérite amplement d’être lu.

          Quant au Renaudot, il revient à Scholastique Mukasonga, auteur rwandaise de Notre-Dame du Nil dont je n’avais jamais entendu parler. Je serai donc bien en peine de vous commenter cette récompense inattendue. Un roman qui me semble toutefois intéressant et me fait plutôt envie.

          Pour ma part, je trouve les prix de cette année assez complémentaires, avec des choses classiques, d’autres moins, des auteurs connus et méconnus, de quoi contenter à peu près tout le monde.

Actualité·Culture en vrac

Femina et Médicis, les résultats

          Le prix Femina a été décerné hier à Patrick Deville pour Peste & choléra, pas de grosse surprise donc puisqu’il était l’ultra favori des jurés comme des journalistes depuis déjà plusieurs semaines.

          Le Médicis, toujours moins convenu, a récompensé Féérie générale d’Emmanuelle Pireyre. A vrai dire je n’ai absolument pas entendu parler de ce roman et le résumé que j’en ai lu ne me tente pas particulièrement, je ne pense donc pas le lire. Pourtant, le prix Médicis est de loin mon préféré, il est à mes yeux un réel gage de qualité et d’originalité.

          Rendez-vous demain pour le Renaudot et le Goncourt.

Mes lectures

Avant la chute – Fabrice Humbert

          En France, Naadir, avec deux grands frères un peu voyous, est le seul bon élève de sa classe en banlieue parisienne. Au Mexique, Fernando Urribal, sénateur, lutte tant bien que mal contre le trafic de drogue et tente par la même occasion de conserver le pouvoir qu’il a durement acquis. En Colombie, une famille de paysan essaie de s’en sortir malgré des conditions toujours plus difficiles. Des destins en apparences bien différents mais qui tous ont un point commun : leur vie se délite avant de basculer, des sociétés qui aux bords de la chute dont ils sont les témoins. 

          Le roman se construit autour de ces trois histoires. Elles sont développées en parallèle, chaque chapitre étant consacré une histoire différente, en alternance. J’aime bien cette variété, tout comme j’apprécie que ces différents univers soient clairement délimités dans le texte. Toutefois, si ces trois destins sont extrêmement différents, on soupçonne qu’ils finiront par se croiser, d’une manière ou d’une autre. En attendant cette rencontre pressentie, on voit les personnages avancer vers un futur qui semble bien sombre. Quelque soit leur univers, leur milieu social, tous semblent avancer inexorablement vers une chute certaine. L’histoire ne semble pas pouvoir rencontrer de dénouement heureux. C’est ce qui nous tient en haleine tout au long de ce livre, l’accumulation de nuages d’orages dont on peine à voir comment ils pourraient se dissiper.

          J’ai beaucoup aimé ce livre. Le style est captivant et la construction impeccable. L’auteur se passe de grands discours moralisateurs et laisse le lecteur tirer ses propres conclusions face à ces sombres récits. Les évènements sont déroulés de manière implacable, sans que jamais le texte n’en devienne larmoyant ; un fatum qui n’est pas sans rappeler les grandes tragédies. Je me passerai bien de vous dévoiler la fin mais je ne peux que vous dire que le happy end n’est pas exactement de rigueur. Et si les histoires finissent bien par se mêler, ce n’est pas aussi intimement qu’on aurait pu le penser mais de manière bien plus subtile. Ce livre crée un suspens digne d’un bon polar, ou peut-être d’une grande épopée. Il nous surprend jusqu’au bout et on ne le lâche qu’à regrets. Un grand roman, empreint d’une incroyable violence, qui déroute et questionne.

Le combat pour le pouvoir s’engageait à la première minute et les élèves partaient gagnants. Il leur arrivait de perdre, ce qui déconcertait tout le monde parce qu’il n’y avait pas de raison : ils étaient vingt-cinq contre un et les vingt-cinq, dans leur grande lucidité, adhéraient très peu à la fiction de l’autorité professorale. Car, après tout, le nombre fait tout et les plus nombreux finissent toujours par l’emporter. Ce n’est qu’une question de temps.

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La dureté de son visage avait pris vie, au profit d’une sorte de séduction inconsciente, qui était à la fois la séduction d’une vitalité naturelle et le besoin effréné de plaire, de convaincre, d’emporter l’adhésion. Elle reconnaissait cela. Elle l’avait rencontré tant de fois chez les politiques. Ce n’était pas un mensonge mais une disposition de leur être. Ils étaient nés comme cela. Ils voulaient plaire.