Cinéma

Young adult, de Jason REITMAN

          Comédie dramatique américaine de Jason Reitman avec Charlize Theron, Patton Oswalt, Patrick Wilson.

          Le titre, l’affiche et même la bande-annonce laissaient présager le pire : le genre grosse farce américaine lourde pour adolescents. J’y suis allée parce que les critiques étaient plutôt bonnes et que ça m’intriguait et puis aussi un peu parce qu’on nage en pleine misère cinématographique en ce moment. Autant dire que je n’attendais pas grand chose de ce film. Grande fut ma surprise.

          Contrairement à ce qu’on pouvait attendre, cette comédie est loin d’être aussi futile qu’il y paraît. La pom-pom girl sur le retour est assez pathétique. Visiblement être jolie ne suffit pas à être heureuse. L’air de rien le film met en avant le poids de la société qui enferme chacun dans des rôles parfois difficile à assumer. Comédie n’est peut-être pas d’ailleurs la meilleure définition à donner. Certes, il y a nombre de scènes cocasses mais une grande tristesse qui se dégage de ce film mélancolique, voire par moment désespéré. Un film qu’on ne traitera pas d’exceptionnel mais qui est d’une finesse surprenante pour le genre. Une belle surprise.

Divers

C’est Pâques !

          La grisaille est revenue sur Paris mais ça sent quand même sérieusement le printemps puisque nous sommes déjà à Pâques. Qu’avez-vous prévu pour ce week-end à rallonges ?

          Pour ma part, entamé un gros gros pavé, Les mille automnes de Jacob de Zoet. Un livre qui retrace l’histoire d’une sorte de comptable hollandais au Japon au 18° siècle. Ardu. Dans la semaine, des expos en vue, notamment Modigliani/Soutine à la Pinacothèque et Ai Weiwei au Jeu de Paume. Côté théâtre, Les liaisons dangereuses par Le Vicomte de Valmont lui-même ! Je suis tellement surexitée que je ne suis pas sure d’arriver à patienter jusqu’à vendredi.

          Si vous manquez d’idées pour occuper ses prochains jours, voici quelques pistes. Que les provinciaux m’excusent, je n’ai d’infos que pour Paris (en encore, fort incomplètes). Samedi (et d’une manière plus générale du 12 au 22), Denis Podalydès lit Ce que j’appelle oubli, de Laurent Mauvignier, au studio de la Comédie Française.

          Les expositions Degas et Doisneau sont toujours visibles. Ainsi que l’exposition Cartier-Bresson. Le musée du Quai Branly vous propose pendant ce temps un voyage vers la Patagonie. Au centre culturel d’Etrechy, se tient jusqu’à demain le salon Arts XXI. l’occasion de découvrir de jeunes artistes. Plus d’info chez Chib qui y expose ses oeuvres.

          Si le soleil se pointe, c’est le moment d’aller faire un tour dehors, les feuilles sortent et les arbres sont en fleur. Et l’air n’est pas encore trop pollué et à encore une chance de sentir plus le printemps que les pots d’échappement. Un ou deux petits chocolats pour accompagner tout ça (vous pouvez aller admirer les merveilles que nous proposent les chocolatiers à cette période), et les prochains jours promettent d’être bons. Et vous, qu’allez-vous faire ?

Mes lectures

Natacha, Vladimir NABOKOV

          Des nouvelles de Vladimir Nabokov. Toutes ont pour thème principal l’amour. Un amour chaste aux funestes conséquences, un adolescent amant d’une femme mariée, une jeune femme folle amoureuse de son mari aussi vieux que cruel… Autant d’histoires tragiques de Nabokov nous livre avec délices.

          Il y a un certain charme dans ces nouvelles. On y retrouve un peu de la cruauté de Lolita. Cependant, bien que l’écriture soit agréable et le développement souvent surprenant. Je reste assez mitigée. Ces nouvelles sont agréables à lire mais manquent un peu de mordant à mon goût. Une lecture que j’ai appréciée mais qui ne me marquera pas durablement. A lire en guise d’initiation à Nabokov.

Cinéma

Ecrire pour exister, de Ichard LAGRAVANESE

          Comédie dramatique américaine de Richard LaGravenese avec  Hilary Swank, Patrick Dempsey, Ricardo Molina

          Une jeune femme inexpérimentée choisit de débuter sa carrière d’enseignante dans un collège malfamé. Bien vite, elle va perdre ses illusions et se rendre compte que la littérature est bien le dernier des soucis de ces jeunes qui nagent en pleine guerre des gangs. Professeurs et élèves vivent dans deux mondes totalement différents mais elle va tout faire pour tenter d’aller à leur rencontre.

          L’absence de télé m’a permis de regarder quelques uns des DVD que j’avais en stock, dont celui-ci. On a déjà vu ce genre de films très idéalistes de nombreuses fois. Rien de bien original. A la différence près peut-être que celui-ci est tiré d’une histoire vrai. Je n’ai toutefois pu m’empêcher de penser qu’on avait dû en rajouter une couche dans la guimauve en cours de route. Il me semble en effet pour le moins improbable qu’en deux ans ‘aucun de ces jeunes ne se soit rebellé en cours de route, n’ait abandonné, ne soit mort tué par balle… Je reste donc un peu septique sur tout cet amour. Et je suis quasiment certaine que sur le moment les élèves n’étaient pas suivis en permanence par des violons. Cette manie d’en rajouter dans le pathos avec de la mauvaise musique me tape décidément de plus en plus sur les nerfs.

          Mis à part un léger problème de crédibilité (tout se passe trop bien pour sembler réel) dû sans doute à des raccourcis un peu rapides et cette manie de tout noyer dans de la musique mièvre, le film est plutôt prenant. L’histoire est forte. Tout d’abord, les incursions dans le système scolaire américain sont toujours surprenantes. Ensuite, bien qu’un brin idéaliste, cette histoire marche assez bien. La guerre des gangs est abordée d’un point de vue extérieur, en mettant en avant les personnalités de ces adolescents. Malgré les évidents défauts de réalisation (bien trop hollywoodienne pour faire réellement un bon film), ce film demeure assez convainquant et m’a donné envie d’en savoir plus sur l’histoire de ces jeunes. Un film moyen mais une histoire qui fonctionne. Un peu trop mélo mais agréable à regarder.

Mes lectures

La jeunesse mélancolique et très désabusée d’Adolf Hitler, Michel FOLCO

           Comme son titre l’indique, ce livre est un biographie du jeune Adolf. Etait-il un enfant exceptionnel ? plus intelligent ? plus cruel ? plus malheureux peut-être ? Eh bien pas vraiment. Si le jeune Adolf n’était pas d’un naturel spécialement avenant, capricieux et extrêmement orgueilleux, il n’avait pour autant rien de bien remarquable. Un enfant assez antipathique et un rien pathétique qui manque parfois cruellement de bon sens. Il n’était même pas vraiment antisémite… Mais alors, comment est-il devenu un des pires personnages que l’histoire ait connu ?

           Le livre ne répondra pas à cette dernière question. Le propos est de montrer que le dictateur qu’on connaît, qui a commis les pires atrocités, était un enfant plutôt banal. Cette thèse a bien sûr suscité une vive polémique : comment peut-on traiter cet ignoble personnage comme un être humain lambda ? Eh bien parce qu’il l’était, tout simplement. C’est bien le problème d’ailleurs. Tant qu’on le considère comme exceptionnel, on se dit que ça ne peut pas nous arriver à nouveau. C’est à mon humble avis une grave erreur. Parce que oui, ça pourrait arriver à nouveau. Parce qu’on a certainement tous en nous une âme de dictateur, parce qu’il n’y a pas besoin d’être un génie du crime pour tuer en masse. Parfois, de la frustration et beaucoup d’obstinations suffisent à changer le monde, pour le meilleur ou pour le pire. Le savoir, l’accepter, c’est limiter les chances de revivre ce genre de situations.

           Pour en revenir au livre donc, étant en accord avec le postulat de base, je pouvais me lancer. En revanche, j’aime Michel Folco pour son humour corrosif mais on touche là à un sujet qui ne prête pas vraiment à la rigolade. Je pense qu’on peut rire de beaucoup de choses mais pas des atrocité commises. Le personnages est risible par bien aspects, mais ce qu’il a commis ne peut en aucun cas être pris à la légère. La marge de manoeuvre est donc particulièrement mince en la matière. Chaplin s’en était sorti avec brio dans Le dictateur, qui sans doute pour moi son meilleur film. Je crois qu’on peut dire que Michel Folco se positionne dans cette lignée, bien que l’humour y soit bien moins marqué. En effet, le personnage ne m’a pas semblé être présenté comme particulièrement risible, contrairement à ce que j’avais pu lire dans certaines critiques.

           L’auteur semble totalement mettre de côté ce qu’on sait d’Hitler pour se concentrer avec un regard impartial à son enfance. Elle est racontée comme le serait l’enfance de n’importe qui d’autres, avec ses bons et mauvais côtés (même si là on doit admettre qu’il est quand même particulièrement tête à claques le gosse). On retrouve par petites touches l’humour savoureux de l’auteur mais ça reste à ce jour son roman le plus noir. La lecture de ce livre n’éclaire en rien sur les raisons qui ont fait de cet enfant plutôt commun un personnage qui échappe à toute description tant sa cruauté dépasse l’imagination. Et c’est là tout l’intérêt de ce livre. S’il ne donne pas de réponse, il nous incite à nous poser des questions. Cette banalité du personnage m’a donné des sueurs froides. Les circonstances peuvent faire du moindre des enfants moyens un tueur froid et méthodique. Effrayant. Un livre qui pousse à la réflexion malgré son apparente légèreté et rappelle l’importance de rester constamment sur ses gardes. Passionnant.