Mes lectures

Alexandre BERGAMINI, Sang damné

          Un récit qui mêle histoire personnelle est Histoire tout court. L’auteur y retrace sa vie autour du traumatisme de la mort du frère. L’homosexualité, le sida, les camps nazis sont autant de grands thèmes abordés, pour lutter contre les préjugés et contrer l’oubli. « J’ai tenté d’user de toutes les armes contre l’ennemi invisible et la bêtise, et je me suis risqué à les combattre, défendu par une langue exsangue et mise à nue. »

          Dès les premières lignes, la beauté du style frappe. C’est extrêmement bien écrit : beau, juste, précis. L’écriture est un peu décousue, le livre s’adresse donc plutôt aux habitués du modernisme. On passe d’une idée à l’autre rapidement, parfois sans liaison. On entre dans la tête de l’auteur et on suit avec délices son cheminement intérieur. Exercice délicat mais réussi.

          J’ai lu moults livres sur le sida et j’ai trouvé que celui-là sortait largement du lot, essentiellement en raison des nombreuses références historiques. L’histoire personnelle y est confrontée à l’histoire de l’humanité, ce qui donne un mélange surprenant et particulièrement intéressant. Cela permet d’éviter un certain nombrilisme qu’on reproche généralement à ce type de littérature. Et on se cultive au passage, ce qui ne peut pas faire de mal.

          Il y a toutefois certaines longueurs et j’ai sauté des passages, notamment sur les procès du sang contaminé. Mais je ne dirais pas pour autant que cela nuit tellement à l’ensemble. J’ai beaucoup apprécié le côté torturé du personnage qui est très développé. Jamais il ne se pose en victime. Un recul pris sur les événements qui ne masque pas pour autant la douleur : un équilibre rare qui m’a particulièrement touchée. Le roman est parsemé de documents et poésie, créant un mélange de styles qui met en avant la beauté de l’écriture de l’auteur. Un livre intelligent et brillant qui malgré quelques faiblesses mérite largement le détour.

Mes voeux ne sont jamais réalisés : la paix dans le monde et la joie de mon père d’être avec moi. Je prie en vain.

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Nous devrions avoir pour amis des gens capables de nous aimer au point de nous accorder l’euthanasie. Forts d’épuiser notre tristesse millénaire, de nous rendre en dernier lieu l’allégresse, la légèreté.

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Je tire la force de ma ruine.

Rien ne devait me nuire, sauf moi-même.

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Singulier et libre, l’écrivain est celui qui accomplit son destin en écrivant. Il s’agit d’engagement, d’existence et d’univers. Non de loi du marché.

Cuisine

Madeleines au thé vert et à la menthe

Une recette facile à réaliser pour des goûters gourmands.

Pour 50 mini-madeleines environ (ou 10 normales) :

– 2 oeufs

– 100 g de beurre demi-sel

– 100 g de farine

– 2 cuillerées à café de thé vert Matcha pâtissier (peut se commander au Palais des thés, le thé vert Matcha a un goût un peu iodé, ajustez les quantités selon votre goût)

– 1 cuillerée à café de levure chimique

– 50 g de sucre semoule

– 1 cuillère à soupe de miel

– quelques feuilles de menthe

          Faites fondre le beurre à feu doux avec le miel. Ajoutez le thé vert et mélangez. Sortez du feu et réservez.

          Battez les oeufs avec le sucre jusqu’à ce que le mélange blanchisse. Incorporez la farine et la levure préalablement mélangées, puis la préparation au beurre. Mélangez le tout jusqu’à obtenir une pâte homogène. Ciselez quelques feuilles de menthe fraîche et intégrez-les à la pâte. Mélangez. Vous pouvez éventuellement ajouter une pincée d’épices de votre choix (cannelle, gingembre) pour des madeleines plus relevées.

          Laissez refroidir au réfrigérateur au moins une heure.

          Préchauffez le four à 250° C (th. 8/9). Remplissez les moules aux 2/3 et enfournez 2 min. 30 pour des mini-madeleines (4 min. pour des madeleines de taille normale). Baissez le four à 210° C (th. 7) et poursuivez la cuisson 4 min. environ (6 min. pour des madeleines plus grosses). Lorsqu’elles sont dorées, sortez-les du four.

          Dégustez-les tièdes accompagnées d’un thé à la menthe par exemple.

Bon appétit !

Culture en vrac

Goncourt 2011, première sélection

          La première sélection pour le Prix Goncourt 2011 est (déjà) tombée, les heureux élus au prix suprême sont :

Stéphane Audeguy Rom@ Gallimard
Emmanuel Carrère Limonov POL
Sorj Chalandon Retour à Killybegs Grasset
Charles Dantzig Dans un avion pour Caracas Grasset
David Foenkinos Les Souvenirs Gallimard
Alexis Jenni L’Art français de la guerre Gallimard
Simon Libérati Jayne Mansfield 1967 Grasset
Ali Magoudi Un sujet français Albin Michel
Carole Martinez Du Domaine des Murmures Gallimard
Véronique Ovaldé Des vies d’oiseaux L’Olivier
Eric Reinhardt Le Système Victoria Stock
Romain Slocombe Monsieur le Commandant Nil
Morgan Sportès Tout, tout de suite Fayard
Lyonel Trouillot La belle amour humaine Actes Sud
Delphine de Vigan Rien ne s’oppose à la nuit JC Lattès

          Quelques grands noms de la littérature contemporaine, un nouveau roman (au moins, je ne les connais pas tous), la part belle faite aux auteurs Gallimard et Grasset, comme le veut la tradition (le Seuil se cache sous ses filiales cette année)… Bref, une sélection assez classique. Quelques titres me tentent bien. J’espère avoir l’occasion d’en ouvrir 2 ou 3 pour me faire une idée. La suite très prochainement !

Bars, restaurants

Le piano vache

          Le piano vache est un bar du quartier latin. Depuis le début des années 70, des générations d’étudiants s’y succèdent, mêlés à des nostalgiques qui, leurs études depuis longtemps finies, continuent de le fréquenter avec le même enthousiasme. Ici, pas de musique à la mode ni de déco contemporaine : du vieux rock et des murs couverts d’affiches hors d’âge.

          Dans une rue calme, on ne tombe pas sur ce bar par hasard (à moins d’être très chanceux). Plutôt calmes en journée, les lieux s’animent le soir : on refait le monde autour d’un verre, parfois avec véhémence, mais toujours dans la bonne humeur. Un endroit intemporel où on se sent comme chez soi avec en plus des prix assez raisonnables pour la capitale. Les banquettes déglinguées ont entre autres servi pour le tournage du Péril jeune de Cédric Klapisch. Un repère d’intellos qui ne se prennent pas au sérieux, d’étudiants rockers et d’anarchistes nostalgiques. Un joyeux mélange qui vous promet des soirées animées. À découvrir absolument !

Le Piano vache

5 rue Laplace

75005 Paris

http://www.lepianovache.com/

Cinéma

Une vie tranquille, de Claudio CUPELLINI

          Drame italien de Claudio Cupellini avec Toni Servillo, Marco d’Amore, Francesco Di Leva.

          Rosario est un restaurateur installé en Allemagne depuis 15 ans. Il mène une vie tranquille avec sa femme et son jeune fils. Jusqu’au jour où le fils qu’il a abandonné des années plus tôt va débarquer dans sa vie accompagné d’un ami. Il est alors rattrapé par son ancienne vie de camorriste…

          Je suis allée voir ce film totalement par hasard, parce qu’il passait au moment où j’étais devant le cinéma (ce qu’on pourrait appeler la « méthode Breton », qui parfois amène de bonnes surprises). Je l’ai trouvé un peu long à démarrer, au point que j’ai hésité à sortir et aller voir autre chose… C’est filmé de manière très sobre, on ne peut pas dire que le film brille par l’élégance des images. Un début plutôt fade donc, avec une histoire pas folichone en plus.

          Et puis… on découvre peu à peu le passé du protagoniste. Et là ! là ! on est content d’avoir été patient ! La tension monte peu à peu. La sobriété devient un atout : rien pour nous détourner de l’angoisse grandissante. Un très bon thriller. On ne sait pas ce qui va se passer, tout reste dans le vague jusqu’à la fin. Une trame assez classique mais efficace. Un film qui n’en fait pas trop et évite de trop jouer sur la corde sensible, bien que l’histoire s’y prête. La musique, très discrète, met bien en valeur les événements sans jamais se faire trop insistante. Une belle réalisation dans l’ensemble donc. Un film dont on a peu parlé mais qui a été sélectionné dans de nombreux festivals. A voir.