Drame français de Delphine et Muriel Coulin avec Soko, Ariane Labed, Ginger Roman Deux jeunes militaires, Aurore et Marine, reviennent d’Afghanistan. Avec leur section, elles vont passer trois jours à Chypre, dans un hôtel cinq étoiles, au milieu des touristes en vacances, pour ce que l’armée appelle un sas de décompression, où on va les aider à « oublier la guerre ». Mais on ne se libère pas de la violence si facilement…
Je suis allée voir ce film totalement au hasard, sans avoir la moindre idée de quoi il pouvait bien retourner. C’est sans doute pas plus mal, le sujet m’inspirant assez peu, je doute fort que je me serais déplacée en connaissance de cause, même si le film a tout de même eu le prix Un Certain regard du meilleur scénario à Cannes. C’aurait été dommage car le film est loin d’être inintéressant. J’ai déjà eu l’occasion de voir des reportages sur des centres qui accueillent les militaires à leur retour de mission mais on ne peut pas dire que je suive ça de très près, même si au fond je trouve intéressant de savoir comment ils sont suivis (ou non justement) suite à des traumatisme. Le sujet a donc été plutôt une bonne surprise dans la mesure où je suis assez curieuse mais en même temps je craignais une certaine violence, tant psychologique que physique, dont je n’avais pas nécessairement envie ce soir là.
A défaut d’être réellement violent, le film est surtout très anxiogène. Et plus on avance dans l’histoire, pire c’est. Je crois bien que j’ai passé la quasi-totalité du film à me ronger les ongles (mais c’était bien hein). J’ai trouvé le casting irréprochable et j’ai eu l’excellente surprise d’y retrouver Ariane Labed, vue notamment dans Fidelio, l’odyssée d’Alice. Les actrices ont suivi un entraînement militaire pour rentrer dans la peau de leur personnage et certains des acteurs sont des militaires. Je ne connais pas bien le milieu mais ça m’a semblé très réaliste et c’est un des aspects du film que j’ai beaucoup apprécié. Je me suis demandé à quel point les méthodes du film sont bien celles utilisées par l’armée et je ferais bien quelques recherches à ce sujet car j’ai été assez surprise et intriguée par l’emploi de la réalité virtuelle. Le contraste entre le lieu de « décompression » et l’état d’esprit des troupes est saisissant et crée une ambiance très particulière.
Sans être spécialement sympathiques, les personnages n’en sont pas moins relativement attachants. D’où une certaine inquiétude quant à leur sort. Evidément, de retour de mission, les traumatismes sont légion et trois jours ne suffisent pas à en venir à bout, d’autant plus que la loi du silence continue de régner. Quant à la place des femmes, elle semble encore bien ténue. Inutile de préciser qu’il y a quelques tensions avec leurs homologues masculins… Je craignais de trouver cette partie là excessive ou au contraire idéalisée mais là encore, ça m’a semblé sonner juste. Certains ont jugé le film maladroit mais je l’ai pour ma part trouvé efficace. La mise en scène est sobre et aurait peut-être mérité un peu plus de profondeur mais cette austérité fonctionne plutôt bien avec le milieu militaire qu’elle dépeint. L’approche qui tend presque au documentaire ne pousse pas à l’émotion mais accentue surement la tension qui naît peu à peu. Un film très sobre qui n’est pas tendre avec l’armée et s’avère extrêmement anxiogène. Malgré tout, une excellente surprise.
Drame franco-allemand de François Ozon avec Pierre Niney, Paula Beer, Ernst Stötzner Au lendemain de la guerre 14-18, dans une petite ville allemande, Anna se rend tous les jours sur la tombe de son fiancé, Frantz, mort sur le front en France. Un jour, elle y rencontre un jeune Français, Adrien, venu se recueillir sur la tombe de son ami allemand. Cette présence à la suite de la défaite allemande va provoquer des réactions passionnelles.
Voilà bien longtemps que je ne vous avais pas parlé cinéma, pour la simple et bonne raison que je n’y vais presque plus depuis plusieurs mois (au moins pour une fois je suis à peu près à jour dans mes chroniques comme ça). Fort heureusement, je reprends peu à peu du service en cette rentrée et je commence avec le dernier François Ozon. Comme certains ici le savent déjà, il fait partie des réalisateurs que j’apprécie et dont je rate rarement les films. D’autant plus que j’entends dire le plus grand bien de celui-là depuis déjà des semaines (ah ces blogueurs ciné qui pérorent à la sortie des projections presse !). Bref, j’avais donc hâte, d’autant plus que le choix du noir et blanc m’intriguait. Et je fus cruellement déçue.
Je l’ai dit et redis à maintes reprises, je n’ai pas la fibre romantique pour deux sous. Il faut vraiment une histoire exceptionnelle et une mise en scène impeccable pour que ça marche. Ca arrive, je me laisse parfois attendrir tout de même, il ne faut pas croire, mais ce n’est pas non plus si fréquent. Je pensais sincèrement François Ozon capable de ce miracle. J’ai pourtant eu le plus grand mal à rentrer dans ce film. C’est bien filmé, la reconstitution est minutieuse, l’image est léchée mais j’ai trouvé qu’il se dégageait d’une tout une grande froideur. L’esthétique impeccable et hyper travaillée est peut-être un peu trop figée pour susciter l’émotion. Les personnages ne m’ont pas été particulièrement sympathiques, malgré une très belle interprétation de Paula Beer qui a été pour moi la véritable bonne surprise de ce film.
L’histoire ne m’a guère plus convaincue. Il y avait pourtant là un beau potentiel mais un excès de mièvrerie et une accumulation de clichés comme j’en ai rarement vue m’ont laissée sur ma faim. Par sa manière de filmer assez suggestive (bien que parfois tellement appuyée que c’en devient franchement ridicule, ce qui m’aura d’ailleurs valu un beau fou rire en plein film, au milieu d’une séquence émotion), le réalisateur tente de nous mettre sur une fausse piste. Ce qui ne fonctionne qu’à moitié puisque sur mes deux hypothèses sur le déroulement des événements, il y en avait quand même une qui était bonne – je ne vous dirai pas laquelle, pas la peine de gâcher le plaisir des autres non plus. La grosse révélation n’a donc pas eu exactement l’effet escompté.
Une fois n’est pas coutume chez Ozon, j’ai trouvé ça très lourd et d’un parfait manque de délicatesse. Il m’a semblé qu’on le voyait arriver d’assez loin avec ses gros sabots et qu’il tirait les ficelles de manière bien peu délicate. Mais peut-être aussi que je n’étais pas assez prise dans l’histoire pour passer outre, tout simplement. Je n’ai pas réussi une seconde à croire à cette histoire très très romantique et les réactions des personnages m’ont parfois laissée perplexe, même si dans l’ensemble elles sonnent rarement faux. Je crois que je n’ai tout bêtement pas la sensibilité requise pour profiter d’un tel film. Je suis passée totalement à côté. Ca ne m’empêche pas de lui reconnaître certaines qualités, notamment du point de vue de l’interprétation et de l’esthétique, tous deux impeccables. Un film assez lisse et froid, qui manque de subtilité et dégouline de romantisme à l’allemande. Malgré d’indéniables qualités, très peu pour moi.
Biopic, drame britannico-américain de Michael Grandage avec Colin Firth, Jude Law, Nicole Kidman
Écrivain à la personnalité hors du commun, Thomas Wolfe est révélé par le grand éditeur Maxwell Perkins, qui a découvert F. Scott Fitzgerald et Ernest Hemingway. Wolfe ne tarde pas à connaître la célébrité, séduisant les critiques grâce à son talent littéraire fulgurant. Malgré leurs différences, l’auteur et son éditeur nouent une amitié profonde, complexe et tendre, qui marquera leur vie à jamais.
Vous l’aurez remarqué, je vais très peu au cinéma depuis le début de l’année. Trop peu. Bien trop peu. Je comptais y remédier mais ça n’en prend pour le moment pas du tout le chemin. Bref, je manque à tous mes devoirs. J’ai quand même réussi à trouver la motivation pour aller voir Genius, qui n’était pourtant pas spécialement prioritaire sur ma liste de films à voir (loin s’en faut). Mais bon, vous savez ce que c’est, j’ai fait des études d’édition, dès que le sujet vient sur le tapis, la curiosité l’emporte ! Je ne savais pas grand chose de ce film avant d’aller le voir, si ce n’est qu’il concernait Thomas Wolfe et son éditeur, écrivain de je n’ai par ailleurs rien lu et qui me semblait assez obscur (sur ce point, je n’avais peut-être pas tort). Autant dire que c’était bien maigre comme informations.
J’ai été assez surprise de constater que le casting était aux petits oignons : Colin Firth, Jude Law, Nicole Kidman… Quitte à paraître ridicule, je me suis même dit que c’était un peu trop impeccable comme casting, ça sentait presque l’embrouille cette histoire. Kidman est un peu jeune pour le rôle (l’amante de Wolfe est censée être bien plus âgée que lui, ce qui en l’occurrence ne saute pas du tout aux yeux), pour le reste je dois admettre avoir été agréablement surprise. J’avais peur que Jude Law soit un peu fade pour incarner un tel personnage mais j’ai été étonnée de constater qu’il faisait un génie au bord de la folie diablement convaincant ! Quant à Colin Firth, le rôle de cet éditeur paternaliste lui va à merveille. Beau casting donc. C’est d’ailleurs un des points forts de ce film dont je n’attendais pas grand chose.
Pour le reste, ça demeure classique. Un biopic assez sage et sans grande surprise. La photo est très soignée avec quelque plans magnifiques, pour qui aime les ambiances très marquées tout du moins (le côté sépia virerait presque ridicule tant il est forcé). L’esthétique, même si elle reste convenue, n’en est pas moins le deuxième gros point fort du film. Malheureusement, ce que certains plans apportent en esthétique, ils l’ôtent en fluidité, la mise en scène aurait mérité d’être un peu plus inspirée, à la hauteur de la folie de son personnage. La musique est quant à elle un peu pesante par moments mais s’avère assez variée pour éviter de trop long moments de malaise. Malgré tout, l’histoire est intéressante – quand on s’intéresse à l’édition du moins – et j’ai trouvé les textes de Wolfe admirablement mis en valeur. Ca m’a donné envie de les lire en version bilingue, moi qui suis nulle en anglais ! La question de la place de l’éditeur dans le processus créatif est évoquée mais aurait sans doute mérité d’être plus centrale. Finalement, malgré un joli casting et quelques très beaux plans, un film un trop convenu pour convaincre vraiment.
Ah la famille ! Elle doit être après l’amour le sujet le plus couru des écrivains et cinéastes. Source d’inspiration inépuisable, pour le meilleur ou pour le pire. De l’amour à la haine, voici quelques histoires de famille dont je me suis délectée ces dernières semaines (voire ces derniers mois vu le retard dans mes chroniques) en films, livres ou séries, il y en a pour tous les goûts.
Comédie dramatique islandaise avec Sigurður Sigurjónsson, Theodór Júlíusson, Charlotte Bøving
Dans une vallée isolée d’Islande, deux frères qui ne se parlent plus depuis quarante ans vont devoir s’unir pour sauver ce qu’ils ont de plus précieux : leurs béliers.
Depuis quelques années déjà, je suis fascinée par l’Islande, ses paysages grandioses et son folklore à part. Et plus j’en apprends, pire c’est, il va falloir que je finisse par y aller. En attendant, j’essaie de m’intéresser un peu à la littérature et au cinéma du pays, même si jusqu’à présent les occasions n’ont pas été aussi fréquentes que je l’aurais souhaité. Il y a deux ans, j’étais tombée sous le charme de l’excellent La lettre à Helga. Quand j’ai entendu parler de ce film, j’espérais vraiment y retrouver le même univers avec la campagne islandaise, ses moutons et ses querelles intestines. Ca a plus ou moins été le cas. Je m’attendais à plus accrocher avec le paysage qui est ici assez terne. Pour le reste : deux frères qui ne se parlent plus et des histoires de moutons, c’est tout à fait ce qui était attendu. Il y a une certaine rudesse dans ce film très sobre. Elle tient sans doute tant au climat qu’au caractère de ses protagonistes. Pourtant, il est également loin d’être dénué de poésie, ni même d’humour. J’ai beaucoup aimé découvrir le quotidien assez atypique de ces deux éleveurs de moutons et j’ai trouvé que leur relation difficile sonnait très juste. Un film sensible et rude à la fois qui mérite d’être découvert.
Drame français avec Dominique Leborne, Matteo Leborne, Mailys Leborne A 36 ans, Dom est marin pêcheur en haute mer et ne rentre que quelques jours par mois à terre. En dépit de ses longues absences, il a la garde de ses deux enfants. Dom fait tout pour être un père à la hauteur. Il rêve même d’avoir sa propre affaire, un petit bateau de pêche à la journée qu’il exploiterait avec son fils.
Tempête, c’est mon énorme coup de cœur ciné de début 2016. A vrai dire, ce film ne me tentait pas du tout. Ni le sujet intimiste, ni le fait qu’il s’agisse d’acteurs amateurs ne m’inspirait confiance. J’y suis allée un peu par dépit, et beaucoup parce que le monsieur à la caisse me l’a vendu avec force enthousiasme. Je ne le remercierai jamais assez tellement j’ai trouvé ce film beau. Le réalisateur a travaillé pendant un an avec un pêcheur et ils ont réfléchi ensemble à comment raconter son histoire. Il joue son propre rôle, avec toute sa famille. C’est à la fois un peu mis en scène et très proche de la réalité, ni fiction ni documentaire, un hybride intriguant. Au début j’ai trouvé que c’était un peu lent mais je suis rentrée dans l’histoire petit à petit. Les galères s’enchaînent et on s’attache terriblement à cette famille en pleine tempête. Le marin est taillé pour être acteur : quel charisme ! Il porte le film à lui seul, même si les autres sont loin de démériter. L’émotion est palpable de bout en bout alors qu’ils rejouent des moments difficile de leur vie, leur donnant une autre mesure. C’est absolument magnifique, le genre de film à vous réconcilier avec un cinéma intimiste à petit budget.
Saint-Amour, de Benoît Delépine et Gustave Kervern
Comédie dramatique franco-belge avec Gérard Depardieu, Benoît Poelvoorde, Vincent Lacoste
Tous les ans, Bruno fait la route des vins… sans quitter le salon de l’Agriculture ! Mais cette année, son père, Jean, venu y présenter son taureau champion Nabuchodonosor, décide sur un coup de tête de l’emmener faire une vraie route des vins afin de se rapprocher de lui.
A l’opposé de Tempête, il y a Saint-Amour, un des pires films vus en 2016 (avec celui dont je vous parle dans la foulée). A vrai dire, je comptais absolument pas le voir. Malheureusement, tête en l’air que je suis je me suis trompée de salle en voulant aller voir Ave, César ! et m’en suis rendu compte trop tard pour corriger mon erreur. J’étais prête à faire un effort pour profiter un minimum du film malgré tout mais franchement, j’ai eu le plus grand mal à rentrer dedans. Je me suis ennuyée à périr et j’ai à peu près tout trouvé mauvais dans ce film au casting pourtant assez imposant (un peu trop justement). J’ai trouvé ça d’une lourdeur ! L’humour n’a absolument pas fait mouche, je n’ai pas souri une seule fois, et j’ai encore moins été touchée par cette relation père-fils pas très subtile. Bon, il faut dire aussi que les vaches je connais un peu et que le côté « paysan dur et tendre à la fois » ne m’apparaît pas comme très exotique. C’est déjà pas mal quand ça ne sombre pas dans la caricature franchement insultante (ce qui est ici limite le cas). Les problèmes relationnels des uns et des autres m’ont tapé sur le système et l’arrivée de Céline Salette – que pourtant j’adore – n’a rien arrangé à l’affaire, l’histoire tournant alors au grand n’importe quoi. Bref, un des pires films qu’il m’ait été donné de voir dernièrement.
Drame franco-allemand avec Isabelle Huppert, André Marcon, Roman Kolinka Nathalie est professeur de philosophie dans un lycée parisien. Passionnée par son travail, elle aime par-dessus tout transmettre son goût de la pensée. Mariée, deux enfants, elle partage sa vie entre sa famille, ses anciens élèves et sa mère, très possessive. Un jour, son mari lui annonce qu’il part vivre avec une autre femme.
Tant qu’on en est aux ratés cinématographiques, parlons donc de L’avenir, film encensé par la critique et qui m’a agacée à un point assez extraordinaire. Dès les premières minutes j’ai senti qu’il y avait bien peu de chances que j’accroche avec cette histoire intello bien pensante. J’aime beaucoup Isabelle Huppert mais je l’avais rarement trouvée aussi maniérée. Je crois qu’il va me falloir un certain temps avant d’arriver à apprécier de nouveau ses performances d’actrice. Le sujet ne m’a pas intéressée le moins du monde. Deux profs de philo, à l’approche de la retraite et qui ont l’air de s’emmerder sérieusement. Bon, bon, bon, voilà quoi, c’est pas qu’on s’en fout mais… ah ben si, c’est exactement ça en fait ! Il la trompe, elle craque pour un jeunot qui a décidé d’aller faire du fromage de chèvre dans un trou paumé, ça aligne cliché sur cliché avec un aplomb déconcertant, rien ne nous est épargné. Visuellement, j’ai trouvé ça plat et sans grand intérêt. Je ne garde aucun souvenir de la musique, à part me semble-t-il un peu de classique par-ci par-là. C’est pompeux et le discours des personnages est absolument imbuvable. Ca pue la pédanterie de l’intello bourgeois parisien. De la même réalisatrice, j’avais détesté Un amour de jeunesse et j’ai retrouvé exactement les mêmes défauts. Des personnages antipathiques, une histoire convenue, un immense moment d’ennui et d’exaspération.
À quelques mois d’intervalle, la vie m’a rendu témoin des deux événements qui me font le plus peur au monde : la mort d’un enfant pour ses parents, celle d’une jeune femme pour ses enfants et son mari. Quelqu’un m’a dit alors : tu es écrivain, pourquoi n’écris-tu pas notre histoire ?
Je n’avais jusque-là lu qu’un seul livre d’Emmanuel Carrère (Limonov) que j’avais beaucoup apprécié, j’avais donc hâte d’entamer celui-ci. Malheureusement j’ai été assez déçue. J’ai beaucoup aimé le début, la partie qui se passe en Thaïlande suite au tsunami. J’ai trouvé que ça posait des questions intéressantes et que l’effort d’honnêteté était des plus louables. Dommage que ça ne continue pas sur cette lancée. La partie plus axée sur la famille, beaucoup plus intime, m’a profondément ennuyée. Malheureusement elle représente la quasi-totalité du livre. Ce sont souvent des sujets qui m’inspirent assez peu et ça n’a pas vraiment fait exception à la règle. Même le style m’a moins emballée que ce que j’aurais cru. C’est très bien écrit pourtant mais j’y ai trouvé une certaine froideur qui m’a surprise étant donné le sujet (question d’éducation en l’occurrence je pense). Finalement mon intérêt s’est émoussé au fil de la lecture. J’ai trouvé que ce texte manquait d’unité, tant dans le style que dans le sujet du récit. Il y a toutefois quelques moments de grâce au milieu de ce texte assez inégal. Malgré certaines qualités, une lecture très mitigée et plutôt décevante.
Il y a, dit-il, deux espèces d’hommes: ceux qui font souvent le rêve de tomber dans le vide et puis les autres. Les seconds ont été portés, et bien portés, ils vivent sur la terre ferme, s’y meuvent avec confiance. Les premiers au contraire souffriront toute leur vie de vertige et d’angoisse, du sentiment de ne pas exister réellement.
Un après-midi d’été, alors qu’il se promène à vélo sur une route de campagne, Milo, douze ans, chute et se blesse grièvement. Ses parents Céleste et Lino et sa grand-mère Jeanne se précipitent à son chevet. Très vite, chacun va chercher les raisons de l’accident. Ou plutôt le coupable.
Je n’attendais pas grand chose de ce roman. Le titre ne m’inspirait pas outre mesure et je ne connaissais pas du tout l’auteur. Finalement, je m’y suis assez laissée prendre. Le style n’est pas exceptionnel mais il fait le boulot. C’est simple et plutôt efficace. Quant à l’histoire, bien que ce ne soit a priori pas trop mon genre (un peu trop intime à mon goût), j’ai pris beaucoup de plaisir à la découvrir. J’ai bien aimé l’alternance des points de vue et j’ai trouvé que les sentiments des uns et des autres étaient particulièrement bien décrits. On se retrouve forcément un peu dans au moins une de ces réactions très différentes face au drame qui touche cette famille. L’accident avec lequel commence cette histoire fait éclater cette famille en apparence sans histoires en faisant ressortir des secrets depuis longtemps enfouis. J’ai particulièrement apprécié la première partie, le moment où les tensions se nouent sans qu’on sache encore vraiment de quoi il retourne. La deuxième partie m’a moins emballée, ça va un peu loin je trouve et perd au passage en crédibilité. Heureusement, quand on arrive à ce moment-là de l’histoire, on est suffisamment curieux d’en savoir plus pour pardonner quelques imperfections. Sans être un grand roman, Pardonnable, impardonnable n’est pas dénué d’un certain charme.
J’ignorais, à l’époque, qu’il ne faut jamais accepter l’aide financière d’une mère fusionnelle : une fois le capital remboursé, les intérêts restent dus à vie.
Sur une île méditerranéenne, trois pêcheurs d’une même famille affrontent le passé, les regrets et le silence : Valente Orozco, le père, incapable de se remettre de la mort de sa femme Rocio, Rafa, le grand-père, inflexible avec Valente, et Salvi, le fils, qui a quitté l’île pour fuir un métier ingrat et une société patriarcale.
Une deuxième histoire de mer et de famille et là encore, un énorme coup de cœur. J’aimais beaucoup le titre de ce roman, pour le reste, j’étais moins sure de moi. J’ai de suite beaucoup accroché avec le style. Il y a un côté un peu rude et en même temps une grande sensibilité. Le récit commence par les doutes d’un jeune homme qui a quitté son île et qui à la mort de son grand père se voit assailli par les regrets. Assez vite, on sent poindre des secrets de famille bien cachés même s’il est difficile de mettre le doigt dessus. On découvre par la suite que le roman se divise en 3 parties (arrêtez de lire si vous voulez garder la surprise, même si ça n’a rien d’indispensable) : la seconde est consacrée au père et la dernière au grand-père (je ne compte pas la dernière, qui fait office d’épilogue). On se rend compte peu à peu que chacun a connu des moments de doutes et a eu une vie qui ne lui correspondait sans doute pas. Une famille de taiseux, qui se ressemblent plus qu’il y paraît et n’ont jamais su se parler. C’est beau, c’est très beau, dur aussi parfois, terriblement juste et émouvant. Un énorme coup de cœur.
J’avais du respect pour eux, pour leur travail éreintant, pour cette existence de misère, mais je ne voulais pas de cette vie-là.
Série, comédie dramatique américaine avec William H. Macy, Emmy Rossum, Jeremy Allen White
La famille Gallagher est pour le moins tourmentée. La mère, Monica, a abandonné ses enfants pour refaire sa vie avec une femme. Le père, Frank est alcoolique et complètement paumé. Pendant ce temps, Fiona, l’aînée, élève à 20 ans ses 5 frères et sœurs.
Shameless est le remake américain d’une série anglaise du même nom. Je n’ai pas vu la version anglaise (qui paraît-il est meilleure mais que je n’ai pas encore eu l’occasion de voir) mais la version américaine me fait beaucoup rire. Sans parler d’une grande série, elle est pour le moins divertissante. Ca part dans tous les sens, parents, amis, voisins, tous ont des caractères très différents mais sont aussi ravagés les uns que les autres. On suit leurs très nombreux déboires avec une certaine délectation. Ca y va fort en rebondissements, et plus on avance dans les saisons, pire c’est ! Un joyeux bordel assez jouissif. Sexe, drogue et mauvais esprit à volonté. Du point de vue de la réalisation, rien de bien original, c’est assez classique. La bande son en revanche est assez réussie et donne pas mal de peps à l’ensemble. Le rythme est sans nul doute le point fort de cette série complètement déjantée. Les acteurs sont également très bien choisis. Si cette série ne sort pas du lot par sa profondeur ou son esthétique comme certaines de ses consœurs, elle fait le boulot et nous divertit depuis 6 saisons.
Série, comédie, drame, thriller franco-britannique d’Ed McCardie etCorinne Marrinan avec Marc-André Grondin, Denis Ménochet, Miranda Raison
Jean est un français installé à Londres, père de famille, il a monté une entreprise de nettoyage de scènes de crime. Quand son frère Martin débarque chez lui, il ne l’a pas vu depuis des années. Il ramène les problèmes avec lui.
Pas toujours simple de composer avec sa famille… Spotless en est le parfait exemple. Si la famille n’est pas tout à fait au centre de l’histoire, elle est le cœur du problème. Un frère complètement paumé qui débarque, quelques mauvaises décisions et notre père de famille discret se retrouve plongé dans l’univers du crime organisé. C’est à la fois sombre, caustique et complètement délirant. Cette série franco-britannique a pour elle un sujet original même si le développement est parfois un peu convenu. Le rythme est inégal, alternant entre des rebondissements farfelus et des moments plus intimes qui permettent aux personnages d’acquérir une certaine épaisseur. Sans être une grande série, elle se défend toutefois. Le mélange des genres fonctionne, on se laisse prendre au jeu de cette histoire improbable et on finit même par s’attacher un peu à ces personnages assez particuliers. C’est noir, c’est glauque, c’est drôle, et malgré quelques faiblesses ça fonctionne au final plutôt bien.
Un peu d’humour… en série toujours
Les séries humoristiques sur la famille fleurissent en ce moment. Parmi elles, About a boy, Casual ou encore Catastrophe. Je leur trouve pas mal de points communs : format court et famille déstructurée pour commencer. Elles s’avèrent toutes trois plutôt sympathiques sans arriver à convaincre vraiment. Les intentions de départ sont bonnes mais ça manque un peu de verve. About aboy, c’est l’histoire d’une mère célibataire hippie qui aménage avec son petit garçon assez spécial à côté de chez un musicien oisif. Les personnages sont caricaturaux, pourtant ils sont étrangement attachants et on se prend à sourire à cette amitié improbable. Casual, c’est une mère de famille fraîchement divorcée qui débarque avec sa fille adolescente chez son frère qui a créé un site de rencontres. Le point de départ est plutôt prometteur, les personnages sont sympathiques mais c’est trop sage et ça tourne un peu en rond dès la saison 2. Une rencontre, du sexe et une grossesse non désirée pour Catastrophe. Ca reste malheureusement assez prévisible et retombe assez vite dans la famille « classique » bien que quelque peu névrosée. Trois séries qui jouent un peu sur la même corde de la famille atypique et dysfonctionnelle, avec un résultat plutôt mitigée.
Je vois peu de films d’animation mais j’étais assez intriguée par celui-ci qui avait fait sensation à Cannes. J’avais lu des articles le présentant comme une fable écologique et j’avais très envie d’en savoir plus même si je craignais un peu que l’absence totale de parole ne soit dérangeante. Je dois admettre que si j’ai plutôt aimé ce que j’ai vu, je ne sais absolument pas quoi en penser. Visuellement c’est beau, très beau, et extrêmement poétique.
Il n’y a pas de paroles mais la musique est magnifique et surtout les sons naturels ont une grande place. Le bruit de la tempête notamment particulièrement est saisissant. Etrangement, l’absence de dialogue ne gêne nullement la compréhension et l’émotion est palpable. C’est la grande réussite de ce film d’animation : tout passe par l’expression des personnages, la musique et les sons de la nature environnante. On en oublie presque que les personnages ne parlent pas tant le résultat est fluide et naturel. Cette importance accordée aux sons et la poésie qui en résulte rappelle l’animation japonaise, pourtant il s’agit d’un film belge… réalisé par le plis célèbre des studios japonais.
En revanche, je suis plus perplexe quant au message que ce film veut transmettre (mais y a-t-il nécessairement besoin d’un message ?). J’ai eu beau chercher, je n’ai pas vraiment vu le côté écologique, même si en effet la nature a une grande place. Il y a un côté Robinson Crusoe certain et un attachement évident à l’environnement après une période de rejet, mais de là à parler d’écologique… A mes yeux il s’agit plus d’une belle histoire d’amour et de la naissance d’une famille mais je suppose que l’interprétation reste très personnelle. Un beau film d’animation impeccablement réalisé dans style japonisant dans lequel la nature a une jolie place. Malgré quelques réserves, une belle découverte.