Cinéma

Very bad trip 2, de Todd PHILLIPS

Comédie de Todd Phillips avec Bradley Cooper, Ed Helms, Zach Galifianakis.

          Dans le 1, Stu s’apprêtait à se marier et avait enterré sa vie de garçon à Las Vegas. Une fête qui avait mal tourné et avait entraîné l’annulation de son mariage. Cette fois c’est en Thaïlande qu’il décide de se marier. La veille, il se contentera d’un brunch avec ses amis, ni drogues, ni alcool, c’est plus sûr. Evidemment, tout ne va pas se passer comme prévu…

           L e principe est le même que pour le 1. Mais si le premier épisode fonctionnait plutôt bien, celui-ci tombe totalement à plat. Les situations les plus improbables s’enchaînent, à la fois totalement tirées par les cheveux et prévisibles, ce qui tient tout de même de l’exploit. Côté humour, ce ne sont même plus des gros sabots mais des pattes d’éléphant atteint de phlébite. Je n’ai pas ri une seule fois, tout juste souri, et encore, de dépit.

          Je ne m’attendais certes pas à un grand film mais j’espérais au moins retrouver la fraîcheur du 1°. Résultat, un film sans le moindre intérêt, qui m’a ennuyée au possible. Ne vous déplacez pas.

Cinéma

Le gamin au vélo, Jean-Pierre et Luc DARDENNE

          Comédie dramatique franco-italo-belge. Avec des frères Dardenne avec Cécile de France, Jérémie Renier, Thomas Doret. Cyril est placé dans un foyer pour enfants, il attend que son père vienne le chercher mais celui-ci semble avoir disparu. Un jour, en partant à sa recherche, il rencontre Samantha, une coiffeuse qui va le prendre sous son aile. Elle va l’accueillir les week-end et lui donner l’amour dont il manquait.

          Après The tree of life et Minuit à Paris, on continue dans la série « je m’attaque aux projections cannoises ». Les frères Dardenne sont des grands du cinéma francophone. Chaque fois qu’ils sont présents à Cannes (chaque fois qu’ils sortent un film soit à peu près tous les deux ans), ils repartent avec une récompense. Après deux Palmes d’or, ils raflent cette fois le Grand prix. J’aime en général beaucoup leur cinéma, sombre et exigeant, tout en sobriété. Les premières critiques ne tarissaient pas d’éloges sur leur nouveau chef-d’oeuvre, un film jugé « lumineux » et « accessible ». Serait-ce une autre manière de dire « gnangnan à souhait » ? Méfiance donc…

          Alors ? Suis-je totalement parano ? Il fallait que je me déplace pour aller en juger. Eh bien non ! Ce film a répondu à mes pires frayeurs. Pour commencer l’histoire ne tient pas debout. Pas crédible pour deux sous. Le gamin tombe sur une bonne femme qu’il n’a jamais vu, il fait une crise monumentale, la rencontre dure à peine deux minutes et, on ne sait pourquoi elle décide de le retrouver, de lui racheter le vélo qu’il a perdu et de le prendre chez elle le week-end alors qu’il ne s’est même pas fendu d’un merci. Certes, on ne peut pas tout expliquer, mais quand même… Tous les personnages semblent odieux, sauf l’ange tombé du ciel, dégoulinante de gentillesse. Pas du tout manichéen… On est de loin de Verlaine qui préconisait la nuance « rien que la nuance ». Le seul personnage qui m’a paru crédible est le père : Jérémie Renier (que je n’apprécie pourtant guère), parfait en salaud qui se défile face à ses responsabilités.

          Après ce début sur les chapeaux de roues (de vélo,évidemment !), tout est à l’avenant. Tant de bons sentiments m’ont laissée au bord de la nausée. A aucun moment je n’ai cru à cette histoire. C’est bien filmé, bien monté, bien joué, mais le principe de départ est tellement gros que tous ces efforts m’ont paru vains. La tension dramatique est à peu près aussi intense que dans une pub pour spaghetti. L’histoire m’a rappelé les nanards du samedi soir sur la 3. Certes, on est en plein dans les thèmes fétiches des frères Dardenne : l’amour et le pardon. Mais d’habitude ils semblent voler au dessus des écueils propres au sujet : point de mièvrerie chez eux. D’habitude… On pourrait parler pendant des heures de chaque bon sentiment poussé à l’excès, de la scène finale qui rappelle ni plus ni moins que la sortie du tombeau (oui oui, rien que ça) mais cela n’apporterait rien. Je n’ai pas cru un instant à cette belle histoire, voilà tout, la conséquence directe en est que tout m’a semblé faux, dépourvu de profondeur et mièvre par dessus le marché. Une grande déception.

          Comme je reste toutefois persuadée que les frères Dardenne sont de grands cinéastes, je vous conseille un film autrement plus puissant. Le thème est sensiblement le même. Mais on est très loin de l’espèce de mauvais téléfilm qu’ils nous ont ici livré : Le fils. Un menuisier qui travaille avec un centre de réinsertion va aider le meurtrier de son fils à réintégrer dans la société. Un film sombre, dur, d’une sobriété extrême. Un cinéma exigeant qui vous remue les tripes et vous donne à réfléchir pendant un certain temps. On me dira sans doute que moi qui reproche à L’enfant au vélo son manque de réalisme, je choisis là un film qui l’est bien moins. Oui, mais ce film-là, j’y ai cru. Je suis entrée dans la tête des personnages, j’ai ressenti ce qu’ils ont ressenti, et je me suis interrogée sur ce qu’est le pardon. Au delà de mes convictions, ou de mes préférences esthétiques, un film qui a juste posé pour moi le doigt sur des questions essentielles. Un film qui semble en permanence en équilibre et réalise le miracle de rester toujours d’une grande justesse. J’espère retrouver bientôt ces frères Dardenne-là.

Cinéma

Minuit à Paris, de Woody ALLEN

          Comédie romantique américaine de Woody Allen avec Owen Wilson, Rachel McAdams, Michael Sheen.

          Un couple d’américain sur le point de se marier vient passer quelques jours à Paris. Il est écrivain et rêve du Paris des années 30, elle est écervelée et ne s’intéresse qu’aux magasins de chaussures. Bientôt, la magie de la ville va transformer leur vie…

         Je m’étais promis de ne pas aller voir ce film : je suis souvent déçue par Woody Allen et Carla Bruni et Marion Cotillard (elle est vraiment partout celle-là, elle n’en fini plus de polluer les films outre-Atlantique…) dans un même film, ça me semblait au-dessus de mes forces, et pourtant, j’ai fini par me laisser convaincre.

          Alors ? alors ? le résultat ? ben comme prévu hein, je me suis emmerdée du début à la fin. L’histoire est totalement abracadabrante (sans l’aspect magique, bien sur). On accumule les clichés sur Paris, sur la France, sur l’art, sur le sens de la vie… bref, sur tout et n’importe quoi. Les images ressemblent à une vieille carte postale défraîchie. A aucun moment on ne voit le Paris vivant qui a tant de charme, seulement des images mortes et sans âme, souvent mal cadrées qui plus est (non mais sérieusement, comment on peut se rater sur des images carte-postale de Paris ?). Un film sans intérêt, du vu et revu sur le fond, avec un peu de fantastique par dessus qui m’a laissée pantoise. D’un ennui mortel…

Cinéma

La conquête, de Xavier DURRINGER

          Comédie-dramatique ? biopic ? docu-fiction ? bref, film français de Xavier Durringer avec Denis Podalydès, Florence Pernel, Bernard Le Coq.

          L’histoire de l’accession de notre cher président au trône. De 2002 à 2007 : les postes dans divers ministères, la présidence de l’UMP, l’ambition présidentielle ; ou comment les dents de notre jeune loup rayent tous les planchers. Avec la fameuse rupture avec Cécilia en prime !

          On le savait en allant le voir, pas un grand film. L’histoire, on la connaît déjà. Pas de grandes révélations, pas de scandales, bref, on ne se déplace pas pour ça (sauf si on a vécu en ermite ces 10 derières années). En revanche, la performance d’acteurs vaut le détour. Les ressemblances sont frappantes. On se délecte de voir les acteurs imiter les puissants. Et puis on se lasse un peu, on voit assez Sarkozy en vrai, nul besoin de le voir en plus au cinéma (je sais je sais, je l’ai cherché, mais je suis curieuse…). Enfin, un film plutôt plaisant, qui se laisse bien regarder. Je regretterai juste que la rupture soit un peu appuyée (bouhou pauvre petit Nicolas, un brin exagéré…) et que le film victime un brin notre « héros » (De Villepin méchant, Chichi pas gentil…). Un agréable moment tout de même dans l’ensemble : d’excellents acteurs et quelques moments assez bien sentis, « vous savez ou je me la carre, Dominique, votre amitié ? ».

 

Cinéma

Tree of Life, de Terrence MALICK

          Drame américain de Terrence Malick avec Brad Pitt, Sean Penn, Jessica Chastain.

          D’après le synopsis, c’est l’histoire de Jack, qui alors qu’il va devenir père, repense à son enfance : un père autoritaire, une mère aimante et deux frères avec qui il a fallu partager l’amour de celle-ci. Un drame va venir tout bouleverser et remettre en cause son existence. Arrivera-t-il à ne pas reproduire le modèle de ce père trop dur avec lui ? Une réflexion sur la famille avec en toile de fond de belles envolées lyriques sur la naissance de l’humanité.

          Et dans la dure réalité ? Si vous cherchez une histoire, vous risquez de la chercher longtemps. Je ne sais pas où les journalistes sont allés chercher que la femme de Jake était enceinte, elle passe tellement vite à l’image que c’est à peine si on a le temps de la voir. D’ailleurs, on ne voit guère plus Jack adulte. Je serais curieuse de savoir combien a touché Sean Penn pour ses 5 minutes d’apparition à l’écran.

          On nous laisse entendre que le pauvre petit a été martyrisé par un père tyrannique. Finalement, c’est plutôt un type bourru qui veut le meilleur pour ses enfants et ne sait pas comment les emmener vers la réussite autrement qu’en les élevant « à la dure ». Un père aimant à sa manière mais qui ne sait pas le montrer. Dans l’Américaine des années 50, celui qu’on nous présente comme un monstre d’autorité devait plutôt passer pour un coeur d’artichaut. Il y a bien un drame, mais il n’est qu’évoqué au début et on ne revient jamais dessus. Le film tourne autour du pot sans jamais en venir au but. Voilà pour la partie vie de famille : une histoire d’une banalité sans nom dont le seul aspect intéressant est à peine esquissé.

          L’envolée lyrique sur la création du monde maintenant. Eh bien elle on ne peut pas la rater ! C’est indéniable, elle est bien là. On se demande bien ce qu’elle y fait d’ailleurs. Pendant une bonne demie-heure, les images de coulées de lave, brins d’herbes, fonds sous-marins, cosmos et dinosaures dans une forêt (!!!!) se succèdent sur fond de chants religieux. C’est beau, certes, mais ça n’a rien à faire dans une histoire qui a déjà bien du mal à convaincre toute seule.

          La première demi-heure du film est d’un ennui mortel : à peine 10 phrases prononcées. Tout est décousu, on passe du coq à l’âne (dans ce cas précis, respectivement Sean Penn et Brad Pitt) en permanence, seules des bribes de pensées des personnages nous parviennent, souvent sous forme de prière. Bref, c’est fatigant.

          Ensuite, on passe au fameux passage sur les merveilles de la nature et les grands dinosaures. Jusque là la moitié de la salle somnolait, ça a au moins eu le mérite d’attirer l’attention de la foule. Attention qui s’est vite transformée en agacement, puis en effarement croissant. Quelques personnes ont quitté la salle à ce moment-là. Les autres sont restées pour voir jusqu’où on allait bien pouvoir sombrer dans la connerie. Et là, il s’est passé une chose incroyable. Une expérience cinématographique intense. Terrence Malick a réussi à perdre tous les spectateurs en même temps. Nous étions encore physiquement présents mais pas un n’était encore dans le film. Les gens ont commencé à discuter, se lever pour aller chercher à manger, ont été pris de rires nerveux compulsifs. Il est si rare de sentir une telle osmose dans toute la salle ! Partager avec son voisin son ressenti sur le film sans que personne ne s’offusque de la gène occasionnée. Et puis ce sentiment d’être en train de vivre ensemble quelque chose de fort : le visionnage (mot qui soit dit en passant ne semble pas exister ; d’après le tlfi, qui a toujours raison, on dit visionnement, je me permets donc volontairement un néologisme) d’un des pires films de tous les temps.

          Après les dinosaures sont partis, il y a eu un moment qui ressemblait presque à un film pas trop raté (voire même plutôt réussi) : l’histoire d’une famille avec un gamin insupportable et un père un peu con. Mais le mal était fait. Il n’y avait plus de retour en arrière possible. On est ensuite repartis dans un délire mystique histoire de bien finir. On a tous regretté que les dinosaures ne refassent pas leur apparition pour clôturer en beauté. Je trouve qu’il y a eu un léger manque de créativité de ce côté-là…

          A ça s’ajoute la soupe religieuse qu’on nous sert au passage : tous les gens sont gentils au fond d’eux et il faut tous les aimer. Dieu est grand, la vie est belle. Il faut souffrir pour accéder au bonheur. Je vous en passe, et des meilleures. Le seul personnage sympathique de ce film est une pub à elle toute seule pour la nouvelle édition de la Bible. Je n’ai pas compris où il voulait en venir avec son film sous forme de prière hallucinatoire. J’ai bien peur que ce soit à prendre au premier degré : du bourrage de crâne religieux. C’est fait de manière tellement ridicule qu’on se demande même comment c’est possible d’en arriver là.

          Un petit tour d’horizon rapide des points positifs tout de même. Le choix des acteurs est excellent. Je suis une inconditionnelle de Sean Penn, que ce soit en tant qu’acteur ou que réalisateur, difficile de juger de sa prestation ici tellement ses apparitions sont brèves. Brad Pitt, pas au summum de son élégance, est également très bon, comme à son habitude. Il écope d’un assez beau rôle. Je me demande toutefois si tous deux ont accepté le projet de leur plein gré, si on les a drogués avant ou s’ils avaient une arme braquée sur la tempe. Mais que sont-ils donc allé faire dans cette galère ? Jessica Chastain, dont c’est le premier rôle, est une découverte prometteuse. Une belle femme qui semble être doublée d’une bonne actrice. Elle a tourné dans 7 ou 8 autres films depuis le tournage de celui-ci et nous aurons donc l’occasion de la voir souvent à l’écran prochainement, en espérant que son talent se confirme.

         La musique, issue du répertoire religieux, est souvent très belle et impressionnante apposée aux images de chaos. De belles images également dans l’ensemble. Quant à ce qui est du semblant « d’histoire », l’idée d’un homme se questionnant sur ce qu’est la famille avant de devenir père à son tour était bonne. On aurait pu en faire un grand film, à la fois dur et émouvant. Les acteurs sont excellents. Félécitations aussi à celui qui a fait la bande-annonce qui donnait teriblement envie, ç’a a dû être dur de trouver 2 minutes de potables dans tout le film et d’en faire quelque chose.

          En résumé, une Palme d’or bien peu méritée. Un film incompréhensible sur fond d’obscurantisme religieux. Un délire digne d’un schizophrène qui aurait fumé un champ entier de pavot avant de se plonger dans une cuve d’absinthe (j’en profite pour signaler que la boisson de poètes maudits est à nouveau autorisée à la vente en France, après un siècle d’interdiction). Comme toujours, quand on ne comprend pas, on est tenté de crier au génie, voie qu’a visiblement choisie le jury cannois. D’autres ont parlé de nanard. Ce n’est pas non plus le terme que j’emploierais. Ce film n’est pas à proprement parler un navet. Il est foisonnant, les acteurs sont bons, il regorge d’idées – bonnes ou moins bonnes. Non, ce film n’est pas un navet, c’est simplement un énorme plantage. On attendait avec impatience le dernier chef-d’oeuvre du grand Terrence Malick, réalisateur si peu prolifique. Eh bien cette fois il est allé trop loin. Le génie ne suffit pas, et ce n’est pas parce qu’on est un grand nom du cinéma qu’on peut se permettre n’importe quoi. Il a perdu son public en route. La Palme du plus gros ratage de l’histoire du cinéma et de film le plus inutile de tous les temps.

          Fait rarissime : le film (qui dure 2h15, rappelons-le), a été abondamment sifflé à la fin de la projection.

           Pour aller plus loin, les critiques de la presse (surprenant, même quand elles se veulent bonnes elles sont quand même mauvaises. Et celles des spectateurs. Mes préférées, juste pour le plaisir

 – « Le sublime s’épuise en gaga new-age inquiétant. » Libération

– « The Tree of Life, le cinquième film de l’Américain, attendu depuis si longtemps, est d’une présomption tour à tour effrayante, dérisoire et bouleversante. (…) Un objet d’une difformité cosmique (et parfois comique), qui peut diviser un public et même un spectateur, entre émerveillement et exaspération. » Le Monde

– « Terrence Mallick fidèle à lui-même, livre un film-monument qui s’égare dans un symbolisme fumeux. » Télérama

« Bel exercice de branlette cinématographique. »

– « J’ai eu envie de me pendre à « l’arbre de la vie » ! »