Théâtre

Le chant de la terre à la Garnier

          Suite de mon abonnement à l’opéra de Paris, exclusivement composé de ballet. Cette fois, je suis allée voir Le chant de la terre à l’opéra Garnier. Un ballet contemporain de John Neumeier. Je dois admettre que je ne savais absolument pas à quoi m’attendre avant d’y aller et que j’ai particulièrement fatiguée ce soir-là et donc assez peu réceptive. Rien à voir avec le spectacle (mais en fait si quand même un peu) mais chaque fois que je rentre à Garnier, c’est la même émotion. Cet endroit est tellement beau et chargé d’histoire, je me sens chaque fois aussi privilégiée de pouvoir y entrer. Cette parenthèse étant refermée, je dois dire qu’assez vite, ce ballet m’a laissée un peu perplexe. Pas ou peu de décor, même combat pour les costumes absolument pas tape à l’œil. Disons que c’est… épuré. Assez banal pour du contemporain mais c’est vrai que je suis toujours plus à l’aise avec les choses plus classiques. J’ai toutefois beaucoup apprécié le jeu de lumières qui semble reproduire la course du soleil ainsi que certains costumes, très sobres mais élégants.

©Ann Ray/OnP
©Ann Ray/OnP

          Si par moments j’ai trouvé ce ballet très beau, avec de grands moments de danse et une esthétique pleine de sensibilité, à d’autres j’ai eu plus de mal à en saisir le sens et j’ai parfois un peu décroché. Dans l’ensemble, j’ai trouvé que c’était plein de poésie, avec une belle musique et un équilibre intéressant entre performance et moments qui semblent plus se rapprocher de l’improvisation. Pourtant, si cette chorégraphie a tout pour séduire, j’ai eu du mal à accrocher vraiment et il m’a manqué le petit quelque chose en plus qui fait toute la différence. Il faut dire aussi qu’étant novice en la matière, j’ai souvent l’impression de manquer de références. Il y a des passages magnifiques et une belle diversité mais il manque parfois peut-être un peu de cohésion à l’ensemble, ce qui empêche sans doute de l’apprécier pleinement. En écoutant les commentaires à la sortie, visiblement je n’étais pas la seule à ne pas trop savoir que reprocher à ce spectacle sans pour autant avoir été emballée outre mesure. C’est vraiment dommage étant donné les beaux moments qu’il recèle qu’il s’en dégage parfois comme un léger parfum de confusion. Beau mais parfois décousu, un ballet poétique qui m’a un peu laissée sur ma faim.

©Ann Ray/OnP
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Série tv

Wentworth, une très belle série sur le milieu carcéral

          Quand Bea Smith est condamnée pour avoir tenté de tuer son mari qui la battait, elle doit laisser sa fille derrière elle. Elle découvre alors le monde impitoyable de Wentworth, une prison pour femmes australienne.

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          Cette série est mon gros coup de cœur de ce début d’année. Je n’en avais pas du tout entendu parler et je suis tombée dessus complètement par hasard. C’a de suite été un choc. L’univers est très fort et c’est franchement prenant. Les épisodes sont relativement longs et denses mais ça ne m’a pas empêchée de dévorer la 1° saison assez rapidement. Je me calme un peu pour la 2°, il n’y en a pas d’autre derrière alors autant savourer. Je dois avouer que même si j’en vois assez peu, je trouve souvent les séries australiennes assez bonnes. En tout cas, c’est le cas de celle-ci. J’ai apprécié son côté sombre avec un personnage central pourtant assez lumineux. Ce contraste fonctionne très bien. Je me suis rapidement attachée à l’héroïne. On se demande si elle va se faire bouffer, finir briser ou se révéler plus forte qu’il n’y paraît et devenir une meneuse. Le suspens ne dure pas très longtemps mais la question est passionnante.

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          Ce qui fait l’intérêt de cette série, ce sont ses personnages. Les profils sont variés, de la cheftaine sans scrupules à la junkie en passant fille ultra-violente ou la passionnée de jardinage. Chacun (ou plutôt chacune puisqu’il y a presque exclusivement des femmes) a une histoire qui lui est propre et qu’on découvre peu à peu. Les caractères sont aussi contrastés que les histoires et même si on ne peut échapper totalement aux stéréotypes, j’ai trouvé ces personnages particulièrement réalistes avec leurs fêlures. Chacun se révèle surprenant à un moment ou un autre, plus fort, plus sensible ou moins solide qu’il n’y paraît. Les gardiens n’échappent pas à la règle avec des profils là aussi assez atypiques et variés. C’est sans nul doute ce qui fait qu’on s’attache aux personnages et qu’on les suit avec autant de plaisir. Ce qui frappe ici, c’est l’histoire. Une trame hyper simple mais efficace. Visuellement parlant, pas de révolution mais un univers visuel quand même assez marqué.

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          Évidement, les jeux de pouvoir sont au centre de la vie dans la prison. Inutile de dire qu’on ne risque pas de s’ennuyer ! Le fonctionnement de la prison m’a beaucoup étonnée. Même si ce n’est pas du tout le même qu’en France, c’est intéressant de voir ce qu’il se passe à l’intérieur. La difficulté pour la série est de ne pas devenir trop prévisible ou linéaire. Elle y parvient assez bien. La saison 2 s’annonce beaucoup plus sombre que la première et j’ai un peu moins accroché aux premiers épisodes. Je trouve que les caractères ont tendance à s’y affirmer et perdent au passage en subtilité. On a vite l’impression d’une avancée inéluctable mais je n’en suis qu’à la moitié et la fin peut encore réserver bien des surprises. Dans l’ensemble, deux premières saisons réussies pour cette série atypique. Une belle surprise, on attend impatiemment la suite.

Théâtre

Les estivants – une jolie mise en scène du texte de Gorki à la Comédie française

          « Comme chaque été, Bassov et sa femme Varvara retrouvent leurs amis dans une datcha en bord de mer. En retrait du monde, se réunissent ainsi une quinzaine d’individus oisifs qui emploient leurs journées à échanger sur l’amour, la mort, l’art ou la révolution. Mais deux nouveaux personnages, une intellectuelle engagée, Maria Lvovna, et un poète en panne d’inspiration, Chalimov, vont bousculer l’équilibre des vacanciers, obligeant les uns et les autres à prendre position. » 

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          Je ne connaissais pas du tout ce texte de Gorki. C’est d’ailleurs un auteur que je connais assez peu même si j’avais beaucoup aimé Une vie inutileCa faisait un moment que je voulais lire autre chose de lui quand j’ai vu que cette pièce était au programme de la Comédie Française. Et comme Loïc Corbery faisait partie de la distribution, j’avais franchement hâte de voir ça ! J’étais moyennement bien placée, de côté derrière un projecteur, avec une visibilité assez médiocre qui m’a forcée à me tordre le cou pendant toute la durée de la pièce qui dure quand même 3h (avec entracte) ! Malgré ça, je n’ai pu qu’admirer la beauté des costumes et des décors. Certains trouveront sans doute ça trop classique, convenu, mais je  début me suis sentie plongée en plein dans la Russie du XX° s. et j’ai adoré ça : c’est tellement beau !

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          Rien que pour admirer le raffinement de la mise en scène et les décors, ça vaut le déplacement. En revanche, on peut trouver la pièce un peu lente. Il faut dire que le sujet ne se prête pas vraiment à l’action. Il porte plutôt sur la vacuité des relations entre la nouvelle élite moscovite. Les discussions sont oiseuses et la fausseté des sentiments le dispute à l’ennui. Mais cette lenteur n’est en rien inutile et sert au mieux le propos. Les choses se mettent en place peu à peu et si parfois j’ai trouvé le temps un peu long, le dernier acte ne manque pas d’intensité (moi qui n’aime pas les engueulades, j’ai été servie) et le final m’a quelque peu sonnée. Sa violence le dispute à sa modernité. J’ai trouvé que ce texte n’avait pas pris une ride et un siècle après son écriture restait parfaitement d’actualité. En effet, les propos oiseux ne sont pas sans rappeler les réflexions de certains parisiens en villégiature à la campagne.

LES ESTIVANTS (Gerard DESARTHE) 2015

          Les comédiens sont vraiment excellents. Je crains parfois un peu les mises en scène de la Comédie Française, certains acteurs ayant une tendance à déclamer qui m’horripile. Un effet de mode sans doute. Pas de ça cette fois fort heureusement mais au contraire une distributions d’une grande justesse. Loïc Corbéry est toujours aussi convaincant, Bruno Raffaelli est un immense acteur dont la voix qui me séduit toujours autant, quant à Pierre Hancisse, je ne l’avais jamais repéré jusque-là mais je l’ai ici trouvé particulièrement convaincant. Une quinzaine de personnes sur scène pour une mise en scène qui rappelle un ballet. Tout est très soigné dans mise en scène minutieuse et délicate. Certains la jugeront sans doute trop sage mais je l’ai trouvée très réussie. Je suis toujours enchantée par les beaux costumes et les décors imposants. J’ai passé un très bon moment avec cette pièce qui nous fait parfois frôler l’ennui mais s’avère aussi joliment présentée que percutante. Une réussite. 

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Les estivants, Maxime Gorki

Comédie Française, Salle Richelieu

Place Colette, 75001 Paris

Jusqu’au 25 mai 2015

A partir de 13€

Mise en scène de Gérard Desarthe avec :

Série tv

Hello Ladies, la série qui dépote !

          Stuart cherche la femme de sa vie à Los Angeles. Elle sera forcément grande, belle et si possible célèbre. Malheureusement, rencontrer un mannequin n’est pas une mince affaire. Mais il en faut plus arrêter notre prince (presque) charmant.

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          J’ai commencé l’année en découvrant cette série humoristique. Je l’ai regardée un peu par hasard le 1° janvier et j’ai de suite adoré cet humour décalé. Je l’ai finie à une vitesse assez hallucinante. Et encore, je me suis raisonnée, je pense que sinon je l’aurais regardée dans la journée ! Il faut dire que les épisodes sont assez courts (26 minutes) et au nombre de huit seulement, ce qui est un crève-cœur, la fin arrivant forcément trop vite ! Je ne suis pas toujours très réceptive aux séries humoristiques même si quelques une font exception comme How I met your mother (enfin le début, d’ailleurs je n’ai pas vu les dernières saisons) ou The Big-bang theory. Je sais , je sais, pas très original mais bon, on fait ce qu’on peut. J’ai trouvé qu’il y avait d’ailleurs dans le personnage principal quelque chose qui rappelait Sheldon dans The Big-bang. Pas que les deux se ressemblent mais ils font partie de ces personnages assez antipathiques au premier abord aux dépends de qui on rit et qui deviennent finalement d’une certaine manière assez touchants.

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          Stuart peut s’avérer horripilant. Il ne possède à peu près aucun savoir vivre et nombre de situations m’ont mises franchement mal à l’aise. Pourtant, j’ai trouvé ça très, très drôle. En grande partie grâce à l’excellente performance de Stephen Merchant que j’avais déjà croisé dans des seconds rôles sans grand intérêt dans des films débiles mais dont j’ignorais jusque-là toute l’étendue du talent. On pourrait reprocher à la série de faire passer ses acolytes un peu au second plan mais entre le bon copain trop gentil obsédé par son ex, la coloc qui vit dans un cabanon au fond du jardin et le dragueur invétéré en fauteuil roulant, on ne peut pas leur reprocher de manquer de caractère. Les situations cocasses s’enchaînent non sans une bonne part de vérité qui rend la série si percutante. C’est assez étrange ce mélange d’aversion et de pitié pour ce personnage qui s’avère pourtant profondément comique.

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          Je n’ai pas bien compris pourquoi cette série avait été annulée alors qu’elle est franchement désopilante. Elle aurait mérité de continuer au-delà d’une première saison bien trop courte. J’aurais été curieuse de voir comment Stephen Marchant, également réalisateur, aurait fait évoluer son personnage qui, loin de se contenter de faire rire à ses dépends, gagne en profondeur au fil des épisodes. Un téléfilm a été tourné un peu en catastrophe pour clore la série, je n’ai pas encore eu l’occasion de le voir mais les échos sont mitigés, ça ne peut évidemment pas remplacer les 3 saisons supplémentaires qui étaient initialement prévues. C’est une vraie déception. Non seulement les personnages sont assez géniaux et les répliques franchement croustillantes mais la réalisation est impeccable, avec une bande-son plutôt sympa. J’ai rarement envie de revoir une série mais je pense faire une exception pour celle-ci. Une série drôle et intelligente qui sort des sentiers battus et dont on ne peut que regretter la disparition prématurée. 

Désolée, je ne vous ai pas trouvé de version sous-titrée en français mais voici quand même le trailer de la saison 1.

Jeunesse·Théâtre

La belle au bois dormant se réveille à Chaillot

          Voilà un spectacle que j’ai vu il y a déjà quelques temps et dont j’ai totalement oublié de vous parler. Je dois avouer que je ne vois pas trop par quel bout prendre des choses. J’aime beaucoup les contes de fées et je m’y suis un peu intéressée à la fac (modestement, et j’ai presque tout oublié depuis). J’étais vraiment très curieuse de découvrir ce que ça allait donné, d’autant plus que j’avais a-do-ré l’excellente chorégraphie de Cendrillon l’an passé, également à Chaillot. Je n’avais pas regardé le programme de très très cette année, me fiant surtout au titre – technique de sélection pour le moins périlleuse – et j’ai été assez surprise de constater que le spectacle se déroulait dans la petite salle.

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© François Stemmer

          Sur scène, seulement 3 danseurs. L’histoire se déroule en 3 temps : un premier qui semble représenter le bonheur et l’insouciance, un second qui est celui de la rencontre avec la sorcière et la « transformation », enfin, le réveil. Le début est très lumineux. On est dans un univers léger, solaire, d’une certaine naïveté. Notre jeune Aurore, puisque c’est le nom de la Belle, danse le menuet (du moins de crois, je ne suis pas une grande spécialiste des danses des XVII et XVIII° s.) – après recherche, il s’agirait de danse baroque puisque c’est la spécialité de la chorégraphe, comme quoi je ne suis pas si mal tombée. J’ai trouvé ça très joli mais passé le plaisir immédiat que me procurait cette charmante scène, j’avoue que sur le moment je n’ai pas bien vu où ça voulait en venir. Ni le rapport avec l’histoire d’ailleurs, d’autant plus que cette première partie est assez longue. Toutefois, ça ne m’a guère empêchée de savourer.

© François Stemmer
© François Stemmer

          J’ai beaucoup moins accroché avec la partie avec la sorcière. Heureusement, elle est relativement courte parce que je crois bien que je n’ai rien aimé dedans ! Je l’ai trouvée des plus désagréables. Enfin, la sorcière n’est pas sensée nous être sympathique non plus. Et puis il faut bien faire peur aux enfants. N’empêche, je n’aurais pas été contre un endormissement de notre jeune héroïne plus expéditif. Vient ensuite le temps du réveil, la partie la plus créative avec un atterrissage dans un univers moderne et beaucoup d’humour. J’ai vraiment adoré cette fin dont la touche espièglerie est délectable. Le côté technique n’est pas en reste non plus, avec un joli mélange des genres. Si ce spectacle m’a fait douter à un moment, il s’avère au final très bien conçu avec une vraie ligne directrice. Artistiquement parlant, il parvient à créer des univers forts avec très peu de moyens. Béatrice Massin nous livre une création originale et inventive qui donne un coup de jeune à notre belle endormie.