Jeunesse·Mes lectures

Les fantastiques livres volants de Morris Lessmore – William Joyce

          Morris Lessmore aime les mots. Quand une tornade fait disparaître son histoire, il erre sans but jusqu’à découvrir les livres, qui vont venir emplir sa vie. Ils le guérissent tandis qu’il prend soin d’eux. On entre sur la pointe des pieds dans leur merveilleuse histoire.

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          Je suis tombée totalement amoureuse de ce livre ! Le dessin a un charme fou : un peu désuet, très travaillé, plein de poésie. La mise en page et la police sont originales, avec quelques touches de fantaisie, sans jamais en faire trop, restant toujours sobres et élégantes. L’histoire sort également de l’ordinaire et aborde des thèmes très peu fréquents en littérature jeunesse comme l’identité ou le vieillissement.

fantastiques-livres-volants-morris-lessmore-L-7TkVen          Ce livre plein de références cinématographiques et littéraires m’a parfois rappelé les vieux films américains et le cinéma muet, un univers que j’aime beaucoup. C’était d’ailleurs d’abord un court métrage d’animation qui a eu un Oscar. Les images bourrées de détails, avec leurs livres volants, sont pleines de magies et m’ont réellement émerveillée. Rarement un livre jeunesse m’avait à ce point retournée ! Une magnifique déclaration d’amour aux livres qui m’a beaucoup touchée et fait retomber en enfance.

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Mes lectures

L’éducation sentimentale – Gustave Flaubert

          Quand le jeune Frédéric arrive à Paris, il est plein d’enthousiasme. Il a de grandes idées, rêve d’amour, de richesse et de gloire. Mais il tombe sous le charme de Madame Arnoux, une femme mariée et chaste, aucune autre ne trouvera plus grâce à ses yeux et il va va peu à peu perdre ses illusions.

7763470613_l-education-sentimentale          Si j’ai lu beaucoup de classiques de la littérature française à l’adolescence puis au durant mes premières années de fac, il y avait un petit moment que je les délaissais, j’avais donc pris comme résolution de m’y remettre un peu en 2013. C’est ainsi que j’ai sorti L’éducation sentimentale de ma bibliothèque. Je dois avouer que j’avais toujours entendu dire que ce roman était difficile en raison de son contexte historique. En effet, il se déroule en pleine Révolution de 1848 et les évènements apparaissent en toile de fond du récit. Il est vrai que quelques notions historiques sur la période sont donc préférables pour bien en comprendre les enjeux. Mais malgré mes connaissances assez sommaires, cela n’a toutefois pas gêné ma lecture.

          L’écriture est bien sûr magnifique, un bijou d’équilibre. Malheureusement, j’ai bien moins accroché avec l’histoire et une belle plume ne fait pas tout. Cinq cents pages durant, Frédéric rêve de Madame Arnoux et de la pureté de son amour pour elle. Environ 250 pages pour lui baiser le poignet, c’est un peu plus que ma patience ne peut supporter. Le reste du temps, il vit au-dessus de ses moyens et décore son appartement, nous avons donc de longues pages sur le choix de la tapisserie ou la couleur des fauteuils. Bien sûr, le roman est loin de se résumer à ça mais ces pages là m’ont semblé bien longues et l’histoire d’amour a sans doute un peu vieilli. Si les premières pages avaient été un plaisir, j’ai eu du mal à me convaincre de venir à bout de ce roman un brin soporifique. A moins d’être un inconditionnel de Flaubert ou un grand romantique, une lecture qui risque de s’avérer bien fastidieuse.

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Qu’est-ce que j’ai à faire dans le monde ? Les autres s’évertuent pour la richesse, la célébrité, le pouvoir ! Moi, je n’ai pas d’état, vous êtes mon occupation exclusive, toute ma fortune, le but, le centre de mon existence, de mes pensées. Je ne peux pas plus vivre sans vous que sans l’air du ciel ! Est-ce que vous ne sentez pas l’aspiration de mon âme monter vers la vôtre, et qu’elles doivent se confondre, et que j’en meurs ?

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Rien n’est humiliant comme de voir les sots réussir dans les entreprises où l’on échoue.

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Les cœurs des femmes sont comme ces petits meubles à secret, pleins de tiroirs emboîtés les uns dans les autres.

Mes lectures

Le bleu est une couleur chaude – Julie Maroh

          Le jour où Clémentine rencontre Emma, la fille aux cheveux bleus, sa vie bascule. Elle tombe éperdument amoureuse et découvre avec elle l’amour et le désir. Elle l’aidera aussi à affronter le regard des autres, malgré les difficultés. Un amour que rien ni personne ne semble pouvoir détruire.105635_c

          Il y avait longtemps que je voulais lire cette BD dont j’avais beaucoup entendu parler, toujours dans les termes les plus élogieux. Quand le film qui en est inspiré est sorti, La vie d’Adèle, j’ai donc décidé d’aller le voir avant de lire l’original, l’inverse s’avérant bien souvent décevant. Je n’ai d’ailleurs guère apprécié ce film pourtant encensé par la critique mais on m’avait dit qu’il était fidèle à l’histoire d’origine ce qu’après lecture je trouve contestable, mais j’y reviendrai.

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          Hormis le sujet et l’histoire qui me tentaient bien, le dessin m’attirait beaucoup. Je le trouvais très beau et délicat. Les planches sont des aquarelles. L’ensemble reste essentiellement dans des tons neutres, des gris ou des beiges surtout, avec seulement quelques touches de couleur très lumineuses : le bleu des cheveux et des yeux d’Emma. Ca contribue au charisme du personnage et donne beaucoup de poésie à l’ensemble.

Numériser0002          Et cette histoire dont on parlait tant ? est-elle si belle ? eh bien oui, elle est simplement magnifique. Deux personnes qui s’aiment, c’est simple et c’est beau. La bande dessinée, par la concision du texte, oblige à aller à l’essentiel et j’ai trouvé ce travail très intéressant. On rentre rapidement dans l’univers de Clémentine et on partage son amour, ses doutes, ses peines aussi.

bleu          L’adaptation au cinéma reprenait cela dans une certaine mesure, cependant, maintenant que j’ai lu le texte, je peux dire qu’à mon sens elle en trahit totalement l’esprit. Difficile de dire en quoi sans vous parler de la fin de l’un et l’autre mais disons qu’un amour est absolu et l’autre pas, et c’est là tout la différence. La différence entre l’Amour avec un grand A et une histoire parmi d’autres. En cela, j’ai amplement préféré la BD, qui répond bien plus à ce que j’attendais de cette histoire, à ma soif d’absolu.

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          Je lis peu de BD mais j’ai réellement dévoré celle-ci. Impossible de la lâcher une fois ouverte. Le personnage d’Emma est lumineux et fait partie de ces héroïnes qui marquent. J’ai aimé le dessin comme le texte et tous deux s’équilibrent bien, l’un ne prenant pas trop le pas sur l’autre. Mais c’est l’histoire surtout qui fait toute la différence, absolument magnifique. Un trait délicat, un personnage charismatique et une histoire bouleversante : à lire absolument !

Mes lectures

La grâce des Brigands – Véronique Ovaldé

          Maria Christina est un auteur à succès qui vit à Los Angeles. Mais quand sa mère l’appelle après plus de 10 ans de silence pour lui demander de venir chercher son neveu dont elle ignorait jusqu’à l’existence, son passé la rattrape et elle songe au chemin parcouru pour en arriver là.

la-grace-des-brigands-4378013          Je n’avais jamais rien lu de Véronique Ovaldé dont j’ai pourtant beaucoup entendu parler. J’avais donc hâte de découvrir ce style qu’on vante tant avec son dernier roman, tout juste paru. Le sujet me semblait de plus prometteur. Toutefois mes espoirs ont bien vite tourner court. Dès les premières lignes, j’ai su que ça n’allait pas être possible entre le style de Véronique Ovaldé et moi. Que c’est plat ! Le nom du personnage est répété à chaque phrase où presque, le décor semble en carton, j’ai eu l’impression d’entendre la voix off d’une mauvaise série B américaine. J’ai bien cru que j’allais abandonner ce roman tant cette fadeur me semblait insoutenable. Mais on en disait tellement de bien, ça devait bien s’arranger à un moment ou un autre tout de même… Cette idée méritait bien d’essayer d’aller au moins disons, jusqu’à la page 50.

          Sans aller jusqu’à dire qu’une révélation s’est opérée pendant ces quelques pages, je dirais toutefois qu’une nette amélioration s’est fait sentir : le style s’allège un peu et l’histoire gagne en intérêt. J’ai donc finalement réussi à entrer dans ce texte et à avoir envie d’en connaître la suite. Le parcours de Maria Christina est pour le moins chaotique et ne manque pas de rebondissements. J’aurais sans doute aimé un peu plus de sensibilité, le texte reste assez froid, on pénètre peu dans les émotions des personnages et c’est un dommage, il y avait pourtant là un beau potentiel. Une petite bizarrerie de construction à noter : le narrateur est un « je » qui ne correspond à aucun personnage et forme comme une légère incohérence dans le récit. Toutefois, j’ai pris plaisir à lire ce texte, malgré un début très faible et une fin bâclée. Ce roman est assez agréable à lire mais quelque peu insipide, j’ai eu l’impression de voir réunis tous les ingrédients du succès programmé mais qu’il y manquait du travail et une pointe d’inspiration, me laissant sur ma faim.

3100957_opale-31111-1_545x341Pour s’endormir Maria Christina projetait son propre enterrement et imaginait le regret qu’on aurait d’elle.
Et quand elle regardait le calendrier elle songeait qu’elle passait chaque, insouciante, la date anniversaire de sa future mort, cette date funeste qui marquerait sa fin, cette date qu’elle vivait à chaque fois dans l’ignorance.

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Il est fasciné par la vieillesse des femmes. Il se demande en substance comment font les femmes pour vivre quand elles sont devenues totalement invisibles. Non désirables donc invisibles.

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Elle se dit que c’était amusant ces gens qui vous proposent des choses qu’ils ne peuvent pas tenir alors même que vous ne leur avez rien demandé.

Mes lectures

La lettre à Helga

          Bjarni a vécu un amour aussi bref qu’impossible avec Helga. A la fin de sa vie, depuis la chambre de sa maison de retraite qui donne sur l’ancienne ferme de sa bien-aimée, il lui écrit une lettre dans laquelle il lui dit tout : ses regrets et ses joies ; son amour pour elle, mais aussi pour sa terre natale, les pêches solitaires, ses moutons et la nature sauvage.

livre_l_572074          Ce roman qui se présente sous la forme d’une longue confession se lit d’une traite. Je craignais un peu de m’ennuyer dans ce monologue sur l’amour qui, avouons-le, n’est pas trop ma tasse de thé. Un peu peur de tomber dans les clichés, que le propos ne peine à se renouveler et s’enlise rapidement, sombrant dans la mièvrerie en voulant jouer sur la corde sensible. Les critiques m’avaient toutefois un peu rassurée de ce côté-là : une belle déclaration d’amour, qui n’en fait pas trop ; mais tant qu’on n’a pas lu, la crainte persiste pourtant, les romans d’amour, c’est quitte ou double : soit on passe totalement à côté, soit on est embarqué et c’est alors magique.

          L’écriture de ce texte peut s’avérer assez déroutante. En effet, on est habitué aux histoires d’amour pleines de tendresse et de bons sentiments. Il semblerait que la guimauve supporte très mal le climat islandais et gèle sous ces latitudes. Tout y paraît plus dur et plus froid, comme les terres arides malmenées par le vent violent de l’hiver qui donne au paysage des teintes un peu grisées, un peu inhospitalières à première vue peut-être et tellement plus authentiques pourtant. Une force incroyable se dégage de ces lignes au parler franc, voire parfois cru, mais jamais vulgaire. La confession d’un homme simple qui parle sans détours et se livre sans retenue.

29331-253          Mais avant tout, la véritable force de ce texte tient à mon sens dans le fait qu’il soit en réalité une double déclaration d’amour, à la fois à la femme aimée, mais aussi et surtout à sa terre natale. Car s’il n’a pu aimer la première comme il aurait voulu, c’est qu’il n’a pu se résigner à quitter la seconde. Un choix impossible entre Helga, qu’il désire plus que tout, et la ferme qui l’a vu naître, son mode de vie, ses racines en somme, dont il sent bien qu’en homme simple il ne pourrait se détacher sans devenir un ivrogne de plus englouti par la ville.

          Je me suis immergé pendant quelques heures dans la campagne islandaise en compagnie de cet éleveur de mouton. J’aurai presque pu ressentir sa souffrance devant ce choix impossible. Que la vie peut-être cruelle parfois ! J’ai beaucoup aimé ce roman qui m’a fait voyager, loin très loin et m’a donné – si besoin était – envie d’aller errer sur les terres islandaises. Une écriture rude et simple, comme le personnage, des sentiments francs et purs pour un roman aussi vivifiant que l’air islandais. C’est beau, c’est très beau, c’est simple surtout. Et universel.

birgisson-bergsveinn-347C’est quand les gens tournent le dos à leur histoire qu’ils deviennent tout petits.

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Je me souviens avoir dit que les sociétés humaines étaient comme des pommes. Plus elles sont grosses, moins elle ont de goût.

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Les foyers d’aujourd’hui sont sacrément pauvres du point de vue de notre culture. Les objets qu’on y trouve viennent des quatre coins du monde, le plus souvent sans indication de leur lieu d’origine.
Or quelle est la différence entre un objet fabriqué maison et un autre qui sort de l’usine ? Le premier a une âme et l’autre non.

          Vous pouvez trouver la très jolie lettre d’un libraire au personnage ici  ou des informations complémentaires sur le site des éditions Zulma là.

J’ai lu ce roman dans le cadre des matchs de la critique littéraire Price Minister et lui attribue la note de 17/20.