Actualité·Mes lectures

Prix littéraires : la cuvée 2013 est arrivée !

Prix décembre : La Réforme de l’Opéra de Pékin, Maël Renouard (Payot/Rivages). Un roman qui l’a remporté haut la main dès le premier tour. Avec 30 000€, il s’agit de l’un des prix littéraires les mieux dotés. Ce court roman est le seul primé de la rentrée littéraire a être sorti directement en poche, il ne vous faudra débourser que 5,10€ pour vous le procurer et vous n’aurez même pas besoin d’attendre l’année prochaine pour cela !

Prix Interallié : Moment d’un couple, Nelly Allard (Gallimard). Egalement comédienne et scénariste, la lauréate signait ici son deuxième roman sur la mécanique des sentiments au sein d’un triangle amoureux. Ce prix qui récompense traditionnellement l’écriture journalistique vient clore la saison des grands prix littéraires de la rentrée.

Prix du roman de l’Académie française : Plonger, Christophe Ono-dit-Biot (Flammarion). Le journaliste du Point nous livre ici un roman sur la filiation où il a su synthétiser son amour des Ancien avec un certain modernisme pour convaincre le jury semble-t-il.

Prix Renaudot : Naissance, Yann Moix (Grasset). Il a été élu au premier tour. Frédéric Beigbeder, membre du jury, parle d’un roman « délirant et monumental ». Modeste, l’auteur a quant à lui déclaré « C’est un prix qui était fait pour moi et pour lequel j’étais fait ».

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Prix Femina : La saison de l’ombre, Léonora Miano (Grasset). Un roman sur les débuts de l’esclavage vu par les familles africaines choisi au 10° tour et qui prend une résonance toute particulière en cette période où le racisme semble plus que jamais décomplexé. A noter aussi, le Femina du meilleur roman étranger pour Canada, Richard Ford (L’Olivier) et celui de l’essai pour Le dictionnaire amoureux de Proust, Jean-Paul et Raphaël Enthoven (Plon/Grasset).

Prix Médicis : Il faut beaucoup aimer les hommes, Marie Darrieussecq (POL). L’auteur a été choisi au premier tour. Dans ce roman, elle aborde le sujet de la passion et de l’attente de l’autre. Le prix Médicis étranger revient à Toine Heijmans pour En mer (Bourgois) et celui de l’essai à Svetlana Alexievitch pour La Fin de l’homme rouge (ou le temps du désenchantement) (Actes Sud).

Prix Goncourt : Au revoir là-haut, Pierre Lemaitre (Albin Michel). Le choix a visiblement été difficile puisque les jurés du Goncourt n’ont réussi à se décider qu’au 12° tour pour ce roman extrêmement prenant sur l’après-guerre de 14-18. Bernard Pivot, a salué « l’écriture très cinématographique » d’un « roman populaire, dans le bon sens du terme ». Pour mon avis sur le livre, c’est ici. Les lycéens ont quant à eux élu Le quatrième mur de Sorj Chalandon (Grasset).

Mes lectures

Au revoir là-haut – Pierre Lemaitre

          Deux rescapés reviennent de la grande Guerre plus ou moins amochés, avec chacun leurs traumatismes, et vivotent tant bien que mal. Ils vont pourtant avoir leur revanche et panser leurs blessures à leur manière en montant une arnaque pour le moins ambitieuse et dépourvue du moindre scrupule. Pendant ce temps, un fantôme de leur passé, sous la forme d’un jeune capitaine, s’enrichit allègrement d’affaires louches en coups fumeux. Mais comment tout cela finira-t-il ?

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           Ce roman est l’un des rares de la rentrée littéraire qui faisait l’unanimité. Je crois bien ne pas avoir lu une seule mauvaise critique à son sujet : tous ceux qui l’ont lu semblent l’avoir apprécié. Si je me méfie de ce genre de consensus, je dois toutefois admettre que ça m’intriguait, d’autant plus que l’auteur n’avait écrit jusque-là que quelques polars qui avaient bonne presse, que le sujet me tentait bien et que mon libraire plaçait lui aussi le livre parmi ses coups de cœur. Quelques nominations sur les listes des grands prix littéraires de la rentrée, il ne m’en fallait pas plus pour que je me lance. Dès le premier chapitre, j’ai été embarquée au cœur de la Grande Guerre. Les personnages sont extrêmement bien brossés, pas toujours courageux, maladroits bien souvent, ils sont terriblement humains.

          J’ai été assez surprise par la force de l’écriture. Si elle n’est pas très « technique », ne fait fait pas dans les grandes envolées lyriques, la phrase ciselée ou le verbe rare, elle possède en revanche une incroyable force d’évocation par la richesse de ses descriptions et la vitalité de ses dialogues. Les images s’imposent d’elles-même à cette lecture et on saisit par la vigueur de certaines d’entre elles. Quant au choix des personnages, je l’ai trouvé très intéressant. Ce ne sont pas des héros mais des hommes comme les autres. On y croise aussi bien de vrais salauds que des gars un peu paumés ou au contraire des têtes sympathiques, comme dans la vraie vie quoi. On est loin des clichés sur la guerre et ce côté-là m’a un peu rappelé un de mes grands coups de cœur de la rentrée littéraire de l’année dernière sur la guerre de 39-45, Les fidélités successives.

          Le roman de Pierre Lemaitre ne manque pas de surprises. On suit en parallèle l’histoire d’Albert et Edouard, et celle du capitaine d’Aulnay-Pradelle. Deux univers que tout semble opposer et que la guerre a fait se rencontrer pourtant. Il est bon de prendre le temps de s’installer dans la vie quotidienne de ces hommes mais on n’en prend pas moins un malin plaisir à suivre leurs déboires, ou bonnes fortunes, forcément en nombre étant données les magouilles dans lesquelles ils trempent. Ce livre est avant tout un excellent roman populaire, avec ce qu’il faut de rebondissements pour tenir le lecteur en haleine de bout en bout en bout. Et ce fut mon cas ! Difficile de le lâcher tant cette lecture est un régal ! Un Goncourt à offrir sans modération.

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Avant guerre, elle les avait démasqués de loin, les petits ambitieux qui la trouvait banale vue de face, mais très jolie vue de dot.

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Le cœur affolé dans la poitrine, le voici dans le hall haut comme une cathédrale, des miroirs partout, tout est beau même la bonne, une brune aux cheveux courts, rayonnante, mon Dieu, ces lèvres, ces yeux, tout est beau chez les riches, se dit Albert, même les pauvres.

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 A la guerre, on veut des morts franches, héroïques et définitives, c’est pour cette raison que les blessés, on les supporte, mais qu’au fond, on ne les aime pas.

Mes lectures

Sexy sexa – Victor Zarca

          Victor Zarca jongle avec les mots non sans un certain humour. Et quand il les récite, il préfère les slamer et les faire vivre sur scène pour les partager avec de plus jeunes que lui. Un univers pour le moins surprenant.

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          On ne m’avait pas franchement dit du bien de ce texte qu’on m’avait présenté comme « un vieux pervers qui slame et ne parle que de sexe tout le temps ». Suivi de : « Je n’ai pas pu le finir, veux-tu y jeter un œil pour le blog ? » euh… Non merci. Et puis, finalement, lors d’une visite à l’amie en question, elle m’en a reparlé, elle m’a dit mais si, il faut absolument que tu le lises, c’est drôle quand même, je suis sure que tu vas bien aimer, et j’ai fini par céder à ses avances. J’ai finalement plutôt bien fait tant ces textes sont surprenants. Je n’irai pas jusqu’à dire que j’ai apprécié mais j’ai attrapé un réel fou rire, comme rarement avec un livre. Tant et si bien que j’ai même fini par faire une lecture à voix haute des textes pendant une bonne partie de la soirée déclenchant l’hilarité générale.

          Malgré la bonne humeur certaine qui a accompagné cette lecture, je ne peux pas dire l’avoir trouvée de grande qualité. Les jeux de mots s’enchaînent, pas toujours très fins, et on se demande s’il s’agit d’humour ou simplement de mauvais goût. Si on rit, c’est un peu de dépit bien souvent. Mais si certains textes ne sont pas terribles, et d’autres un peu gras à mon goût, il y a quand même quelques mots qui m’ont fait sourire de bon cœur et je dois admettre qu’en vidéo, la conviction que met l’auteur dans sa mise en scène donne au tout bien plus de charme. Un style parfois un peu faible et un humour particulier qui ne fait pas toujours mouche mais que je ne suis sans doute pas prête d’oublier.

Quand je fais l’amour à Assentione

Pas question de pénétratione

A sa vertu elle se cramponne

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Est-ce PAIN PERDU de te dire que je suis toujours MERINGUE de toi ?

Mes lectures

Contre-enquête sur la mort d’Emma Bovary – Philippe Doumenc

          Et si Emma Bovary ne s’était pas suicidée ? Des marques sur le corps laissent penser qu’il pourrait s’agir d’un meurtre. Sans compter que le professeur Larivière affirme avoir entendu la jeune femme à l’agonie murmurer « assassinée, pas suicidée ». La police est dépêchée sur les lieux pour enquêter en toute discrétion sur l’affaire. 

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          Je dois admettre que je n’étais que moyennement emballée à l’idée de lire ce livre. Madame Bovary n’est déjà pas mon roman préféré, je ne me précipite donc pas sur ce qui s’y rapporte. Mais surtout, je n’aimais pas trop l’idée de cette enquête. Pour moi un roman est un roman, si le personnage se suicide, l’affaire est close, il n’y a pas à discuter étant donné qu’il n’existe que dans l’imagination de son auteur : il n’y a pas d’erreur possible. Aussi bien ficelé que soit ce livre, je ne voyais donc pas bien comment il pourrait parvenir à me convaincre puisque c’est sur son principe même que j’étais réticente. Pourtant, même si je n’ai pas réellement changé d’avis quant au bien fondé du procédé, j’ai été plutôt agréablement surprise.

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          Le début m’a laissée quelque peu sceptique. Ca m’a fait un peu bizarre de replonger dans l’univers du roman de Flaubert mais avec un style différent. C’est assez étrange de retrouver les personnages après la fin de l’histoire. Ca m’a donné l’impression de me placer un peu en voyeuse, ce que j’ai trouvé malsain et excitant à la fois. Le roman est construit comme un polar et finalement, même si parfois j’ai été un brin agacée par certains traits un peu forcés des personnages, je me suis assez vite laissée prendre au jeu. Le style est plaisant et on prend plaisir à déterrer les petits secrets de tout le village. D’ailleurs, pour ce livre, l’auteur s’est penché sur celle qui a inspiré Flaubert et essaie de rétablir la vérité sur son histoire ; il joue ainsi entre réalité et fiction. Un roman prenant qui se lit avec plaisir.

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Il le trouva en robe de chambre et en bonnet de nuit, assis débonnairement avec sa mère dans la pièce à demi démeublée où d’Herville avait fait l’autopsie d’Emma et où maintenant, seul signe d’animation, le balancier de la grande horloge paysanne brune à longue caisse continuait de battre avec l’obstination domestique d’un bœuf qui rumine ou d’un feu qui brasille.

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Les amours de jeunesse ressemblent à cette vaccine de Jenner que les médecins vous injectent contre la variole : elle vous immunise; mais en même temps qu’elle vous immunise, elle vous communique un peu de la maladie.

Jeunesse·Mes lectures

Beauté – I, Désirs exausés – Kerascoët et Yohan Hubert

          Morue n’a pas été gâtée par la nature et rêve de devenir une beauté. Une fée va l’y aider. Elle va devenir l’objet de toutes les convoitises mais susciter aussi bien des rancœurs et va devoir s’échapper au milieu de la nuit pour échapper au courroux de ses consœurs. Sauvée par un seigneur, sa beauté sera-t-elle finalement une chance ou une malédiction ?

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          Voilà une BD qui ne manque pas de mordant ! La quatrième de couverture laissait supposer un humour grinçant et je n’ai pas été déçue. Il y a de l’originalité et de la finesse dans ces pages, même si parfois on en attendrait un peu plus. Un personnage principal un peu plus complexe peut-être, ou des rebondissements moins prévisibles (même si tous ne le sont pas, fort heureusement). On sent qu’il y avait là un très fort potentiel un rien sous exploité.

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          Toutefois, j’ai beaucoup ri en lisant cette BD et j’ai trouvé qu’elle posait quelques questions intéressantes sur le rôle de l’apparence notamment. Elle revisite le conte de fée avec humour et légèreté. Quant au dessin, il est agréable et crée un univers entre enfance et âge adulte assez intéressant. La série se compose de trois tomes qui s’adresse plutôt aux adolescents ou aux grands enfants que nous sommes. Une lecture qui m’a réellement amusée et dont l’humour grinçant m’a ravie. J’ai hâte de lire la suite !

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Pauvre crapaud, toi tu me comprends, laid et difforme comme tu es.
Le monde est cruel pour les gens comme nous. Pauvre, pauvre crapaud.

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– C’est Morue ! Que tu es belle !
– Vraiment ? C’est une fée, elle m’a donné un voeu.
– Tu aurais pu demander la richesse, au moins nous aurions tous profité.