Mes lectures

L’arrachée belle, Lou Darsan

Au centre de cette histoire, il y a le corps d’une femme, ses hantises et ses obsessions, et il y a la nature. C’est l’histoire d’une échappée belle, d’une femme qui quitte, presque du jour au lendemain, tout ce qui déterminait son identité sociale. Elle sort de stase et se met en mouvement. Son départ est d’abord une pulsion, une sorte de fuite vers l’avant qui tient du road movie, avec de longues traversées de paysages en voiture, en auto-stop, puis à pied. De la fuite et l’errance du départ, cette échappée va se transformer en nomadisme et en un voyage vers la réalisation de soi.

Couverture du roman L'arrachée belle, Lou Darsan

Clairement, l’OVNI de ma rentrée littéraire. J’ai acheté ce livre parfaitement par hasard. J’ai demandé conseil à un libraire inconnu parmi les premiers romans de la rentrée, dans le genre original si possible. Il m’en a proposé deux. Le premier me tentait énormément, je l’ai donc pris. Pour celui-ci, j’étais un peu moins sure mais par le plus grand des hasard, l’autrice était là et je me retrouvais beaucoup dans ce qu’elle racontait. Ca a suffi à me convaincre. On a discuté un bon moment et je garde un excellent souvenir de cette rencontre.

Aussitôt acheté, aussitôt lu (l’article quant à lui s’est fait attendre, histoire de changer je ne suis pas exactement en avance sur mes articles…) ! Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce texte est surprenant. Je l’ai trouvé très poétique. C’est assez décousu dans un langage soutenu, qui fait beaucoup appel à des images, des sensations. Soyons honnêtes, ce n’est pas du tout mon genre, je suis bien trop terre à terre pour ce type de littérature. Mais j’ai quand même trouvé que ça avait le mérite de se démarquer. Ca m’a par moments rappelé la plume de Cloé Delaume, avec un sens de la formule moins marqué et un brin plus de douceur à la place.

Le récit est décousu mais ça retranscrit bien la confusion de cette jeune femme qui se cherche. Son changement de vie m’a fait penser à une mue particulièrement difficile. Elle semble s’arracher à elle-même. C’est brutal, confus parfois, mais beau aussi. Si souvent j’ai eu du mal à accrocher avec ce style si particulier, je lui ai aussi trouvé une certaine beauté. Même si je n’ai pas totalement été séduite, je suis contente d’avoir découvert ce premier roman si particulier. Je me suis sentie sans cesse bousculée, dérangée. Un texte dur et poétique, que j’ai eu beaucoup de mal à le lire mais sans nul doute une voix singulière.

Portrait de Lou Darsan

Dans la baignoire fermée, l’eau coule, pas plus haut que ses jambes étendues. Elle ne sait pas ce qu’elle écrirait si elle voulait évoquer l’eau, les mollets, la peau nue, le triangle noir. Les jambes tendues ou parfois repliées, la pointe des pieds.

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Elle aimerait qu’un regard la saisisse. Que cette femme qui lui ressemble soit vue, intégrale. Elle pense qu’elle est la seule spectatrice de son corps et que cela la rend plus forte. Aucune émotion n’est liée à cette image, seulement le sentiment d’existence, d’être concrète, d’être corps.

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La société des belles personnes, Tobie Nathan

Né pauvre dans le quartier juif du vieux Caire, le jeune homme flamboyant, dont les clubs et bars attirent la haute société cairote, débarque sans famille, sans ami, sans un sou. Seul l’accompagne le fantôme de Dieter Boehm, son tortionnaire nazi. Zohar fuit un pays à feu et à sang, une société malade à l’image de son roi, Farouk, ramolli de luxure et détesté par son peuple. En France, son obsession va se lier à celle d’Aaron, Lucien et Paulette, trio soudé dans l’envie d’en découdre avec le passé qui les hante. C’est l’histoire que son fils François va découvrir, celle qui lui fera comprendre la mystérieuse promesse faite par son père à la Société des Belles Personnes.

Couverture du roman La société des belles personnes de Tobie Nathan

J’aimais bien le titre de ce roman et le sujet m’intriguait, je me suis donc lancée dans la lecture de cet auteur que je ne connaissais pas. Je dois dire que j’ai été assez mitigée. Pour commencer, point très positif, le style est agréable. Assez soutenu également, parfois presque trop, ça donne un côté un peu désuet à l’ensemble qui a son charme, mais aussi une certaine lourdeur parfois. Toutefois, on ne peut nier des qualités d’écriture, même si j’aurais parfois aimé un style un peu plus vif, c’est bien écrit.

L’histoire est intéressante et j’ai beaucoup aimé le contexte historique dans lequel elle se passe et qui est bien exploité. Malheureusement c’est un peu inégal et j’ai trouvé que ça manquait parfois de crédibilité quant aux personnages et leurs réactions (ce n’est pas avare en rebondissements, improbables pour certains). Mais surtout, il y a pas mal de longueurs qui cassent le rythme du récit et le rendent par moment un peu difficile à suivre. Ca se perd parfois trop dans les détails à mon goût.

Toutefois, dans l’ensemble les personnages sont assez sympathiques et j’ai bien aimé suivre leurs aventures. Même si le narrateur m’a plus d’une fois agacée ! Globalement il y a pas mal de bonnes idées et c’est très bin documenté. Dommage que ça traîne autant en longueur. Globalement, ça reste quand même une lecture agréable et j’y ai notamment appris pas mal de choses sur l’histoire égyptienne que je connais mal. Un roman que j’ai parfois trouvé indigeste et inégal, aussi bien dans le rythme que dans l’histoire mais qui reste intéressant, notamment concernant l’aspect historique.

Portrait de Tobie Nathan

Cette fois, il ne lui restait plus rien, pas un centime. La vie pouvait recommencer de zéro ! Il ne savait pas, l’innocent, que lorsqu’on croit recommencer, on ne fait que répéter, et parfois, ce sont de très anciennes histoires.

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Elle a dit  » Souviens-toi qu’au moment de ta naissance tout le monde était dans la joie et toi dans les pleurs. prends exemple sur ton père. Fais en sorte qu’au moment de la mort, tout le monde soit dans les pleurs et toi dans la joie. »

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Un jour viendra couleur d’orange, Grégoire Delacourt

Tandis que le pays s’embrase de colères, Geoffroy, treize ans, vit dans un monde imaginaire qu’il ordonne par chiffres et par couleurs. Sa pureté d’enfant « différent » bouscule les siens : son père, Pierre, incapable de communiquer avec lui et rattrapé par sa propre violence ; sa mère, Louise, qui le protège tout en cherchant éperdument la douceur. Et la jeune Djamila, en butte à la convoitise des hommes, fascinée par sa candeur de petit prince.
Fureurs, rêves et désirs s’entrechoquent dans une France révoltée. Et s’il suffisait d’un innocent pour que renaisse l’espoir ? Alors, peut-être, comme l’écrit Aragon, « un jour viendra couleur d’orange (…) Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront ».

Couverture du roman Un jour viendra couleur d'orange

Je connais mal Grégoire Delacourt mais j’avais bien aimé le seul roman lu de lui jusqu’alors. J’ai choisi celui-ci pour son titre, sans même lire la quatrième de couverture. Je n’avais donc aucune idée de quoi ça pouvait bien parler en commençant ma lecture. Les gilets jaunes… Hum… bof. Je lis peu de textes traitant de l’actualité, on sature déjà bien souvent avec les médias, je préfère ne pas en rajouter une couche à chaud. Je peux éventuellement y revenir quelques années après si le sujet m’intéresse. Enfin, puisque j’étais lancée…

Dans l’ensemble c’est plutôt une bonne surprise même si sur le fond je ne sais pas bien que penser de ce texte. La partie sur les gilets jaunes me semble plutôt bien traitée. Ca décortique les mécanismes de la colère, je suis loin de maîtriser le sujet mais ça me semble plutôt juste. S’y mêle ensuite une partie l’enfant autiste. S’il a été de loin mon personnage préféré dans ce roman, je pense que cette partie n’est pas dénuée d’un certain nombre de clichés. Mais là encore, je ne suis pas sure de pouvoir en juger. C’est ce qui m’a parfois gênée dans ce texte, l’impression par moments que c’était un peu hors réalité.

Il y a très peu de discours direct mais les rares dialogues m’ont semblé sonner faux : trop recherchés, pas assez « vrais ». La poésie prend souvent le pas sur la colère. Si c’est ce qui rend ce texte si beau, c’est aussi par là qu’il pêche. Il y a un côté assez naïf dans l’ensemble, qui m’a parfois agacée, la fin notamment m’a paru hors sol. En revanche, j’ai beaucoup aimé le découpage des émotions par couleurs, ça me parle énormément. Et le style, très poétique, si fascinant. Si le sujet m’a paru globalement bien traité, le déroulé des évènements manque parfois de réalisme. Le tout est porté par une plume sensible et poétique qui fait oublier les petits défauts de ce joli roman.

Portrait de Grégoire Delacourt

Le corps lâche le premier. L’âme s’accroche. Toujours. À cause d’un souvenir d’enfance. Un grain de peau aimée. Un rire étouffé. Une odeur de pluie poussiéreuse.

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Une saloperie, la colère. Elle dévorait sans rien soulager. On en conservait trop de bleus. Trop d’infirmités.

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Pour Geoffroy le monde était comme du verre brisé. Un puzzle géant dont il n’avait aucune idées de l’image à assembler. De plus il y avait trop d’informations dans chaque pièce. Trop de bruits. De contradictions parfois. Son hyper-connectivité à l’environnement rendait celui-ci illisible.

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Aria, Nazanine Hozar

« Je vais t’appeler Aria, à cause de toutes les douleurs et de tous les amours du monde. » Téhéran, 1953. Par une nuit enneigée, Behrouz entend des pleurs monter d’une ruelle. Au pied d’un mûrier, il découvre une petite fille aux yeux bleus. Malgré la croyance populaire qui veut que les yeux clairs soient le signe du diable, il décide de la ramener chez lui, modifiant à jamais son destin et celui de l’enfant. Alors que l’Iran, pays puissant et prospère, sombre peu à peu dans les divisions sociales et religieuses, trois figures maternelles vont croiser la route d’Aria et l’accompagner dans les différentes étapes de sa vie.

Première lecture de cette rentrée littéraire, premier coup de cœur. J’ai été totalement transportée par ce roman. Je ne sais en revanche pas trop comment en parler. Il était décrit comme « le docteur Jivago iranien ». Bon je ne l’ai ni lu ni vu mais j’en ai assez entendu parler pour voir un peu le genre. Pas trop ma tasse de thé a priori, trop mélodramatique à mon goût. Mais j’étais curieuse, surtout que généralement j’aime bien la littérature iranienne et j’en lis trop peu (d’ailleurs je me suis aperçue après ma lecture que l’auteur avait en réalité grandi au Canada). Si le mélo est bien dosé ça peut avoir son charme. J’ai trouvé que ça se tentait.

Et j’ai bien fait ! Dès les premières pages j’ai beaucoup aimé. Je suis de suite rentrée dans l’histoire et j’ai décoré ce pavé de plus de 500 pages en à peine 4 jours. J’ai trouvé dans ce roman tout ce que j’espérais en commençant ma lecture : un destin tragique, un fond historique et un récit proche du conte. C’était très exactement ce dont j’avais envie à ce moment-là. Le style est plaisant, j’ai trouvé ça bien écrit et agréable à lire. Quant à l’histoire, elle est particulièrement prenante. Elle ne manque pas de rebondissements et dans la seconde moitié en particulier, l’histoire de l’Iran prend une place importante dans le récit, le rendant plus intéressant encore en lui donnant une certaine profondeur.

Couverture du roman Aria de Nazanine Hozar

Si je devais reprocher quelque chose à ce texte, c’est parfois un léger manque de crédibilité. Pas que ce soit particulièrement flagrant ou gênant pour la lecture mais certaines choses m’ont parfois interpelée. Déjà, l’histoire d’Aria est assez improbable mais bon, c’est un peu la base de l’histoire, on ne s’attend pas à autre chose. Mais surtout, j’ai trouvé curieux la manière dont des personnages qui n’évoluent pas dans les mêmes sphères sont amenés à se croiser sans cesse. Ca semble assez peu crédible étant donnée la superficie de la ville et sa population (1,5 millions d’habitants en 1956, je viens de vérifier). C’est une des raisons pour lesquelles je trouve que ce roman prend parfois des allures de conte, il m’a donné le sentiment d’une forme de destinée présidant au sort des protagonistes.

J’aime beaucoup quand mes lectures m’en apprennent plus sur l’histoire où les traditions d’un pays. Je pensais que ce texte serait essentiellement axé sur le côté très romanesque de l’histoire d’Aria. Pourtant il est bien plus profond que je ne m’y attendais et fait la part belle au contexte politique de l’époque qui pourrait être considéré comme un personnage à part entière. Dans la première moitié, cet aspect est peu présent, Aria étant enfant, le texte est surtout parsemé d’informations sur les coutumes, les croyances ou le mode de vie. Alors qu’elle grandit, puis devient adulte, le contexte politique prend de plus en plus de place, avec l’émergence de la contestation puis la révolution. J’ai trouvé cet aspect très bien exploité, avec des explications claires et assez poussées sur les différents courants qui s’opposent, sans que jamais cela n’alourdisse le texte. C’est extrêmement bien amené et absolument passionnant. Un destin tragique, l’histoire d’un pays en toile de fond, le tout servi par un style maîtrisé : un sans-faute pour ce premier roman magistral.

Portrait de Nazanine Hozar

Partout où la beauté est immense, la peur est immense aussi – peut-être celle de perdre la beauté, justement.

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Ce que Kamran savait avec certitude, c’était qu’une fille, probablement l’une de celles dont il ne voyait pas le visage, le tenait toujours par le cœur, agrippée à son ventricule droit, au centre de sa poitrine. Et cette pression, si chargée de tristesse, se réverbérait au fond de son ventre, elle palpitait, lancinante, et elle pleurait et gémissait dans tous les chambres d’écho de son propre corps.

Mes lectures

Rentrée littéraire 2020 : littérature francophone

          Cette année, énormément de livres de la rentrée littéraire me font envie. Il y avait longtemps qu’une rentrée ne m’avait pas autant enthousiasmée. Voici donc une liste non-exhaustive des livres que je souhaiterais lire, sachant que ce sera déjà pas mal si j’arrive à en parcourir la moitié. Pas facile de s’y retrouver avec 511 sorties en fin août et début octobre ! J’ai essayé d’aller chercher des choses assez différentes, j’espère que cela vous aidera à trouver vos prochaines lectures. On notera quand même une certaine prédominance des drames et des romans sociaux, on ne se refait pas ! J’ai trouvé beaucoup de jolies choses chez Grasset, Stock, Albin Michel, L’Harmattan, Globe et Les Escales cette année. Pour plus de lisibilité, j’ai séparés les nouveautés en 3 catégories à paraître dans des articles différents : premiers romans, littérature étrangère et littérature francophone. 50 idées de lecture pour (presque) tous les goûts. N’hésitez pas à ajouter en commentaire vos envies de lecture ou vos coups de cœur de la rentrée.

 

 

Du côté des indiens, Isabelle Carré, Grasset

 

Ziad, 10 ans, ses parents, Anne et Bertrand, la voisine, Muriel, grandissent, chutent, traversent des tempêtes, s’éloignent pour mieux se retrouver. Comme les Indiens, ils se sont laissé surprendre ; comme eux, ils n’ont pas les bonnes armes. Leur imagination saura-t-elle changer le cours des choses ? La ronde vertigineuse d’êtres qui cherchent désespérément la lumière, saisie par l’œil sensible et poétique d’Isabelle Carré.

 

La grande épreuve, Etienne de Montety, Stock

 

Un couple sans histoire, Laure et François Berteau. Leur fils adoptif, David, adolescent enjoué qui se pose des questions sur ses origines. Le père Georges Tellier, un prêtre qui s’arc-boute à sa foi, dans une Eglise qui s’étiole. Frédéric Nguyen, flic résolu à l’action et au silence, pour préserver sa vie privée. Hicham, que le goût du risque et de la frime finit par conduire en prison. Des remarques blessantes, de mauvaises rencontres. Une emprise croissante de l’islamisme et une colère de plus en plus radicale. Et tout se précipite. Vers cette petite église d’un village du Sud-Ouest de la France, la tragédie attire comme un aimant explosif des hommes que rien ne prédestinait à se rencontrer.

 

La fièvre, Sébastien Spitzer, Albin Michel

 

Un homme, tout juste arrivé en ville, s’effondre au milieu de la rue. Il meurt, sa langue est noire. Il est le cas zéro. La première victime de la Fièvre.
Keathing tient le journal local. Raciste, suprémaciste, c’est un vrai type du Sud qui ne digère pas la victoire des Yankees et l’affranchissement des noirs. Annie Cook est française. Elle tient un lupanar et ne pense qu’à faire de l’argent. La Fièvre va bouleverser leur vie. La ville se vide, les trains sont pris d’assaut, on s’entretue pour obtenir une place. Puis le silence s’installe. Les derniers habitants, impuissants, assistent à l’impensable.

 

La chasse aux âmes, Sophie Blandinières, Plon

 

L’Histoire bouscule les âmes, la perversité de l’occupant nazi qui veut corrompre, voir ses victimes s’autodétruire et met en place un jeu ignoble dont l’objectif est de survivre, à n’importe quel prix : vendre son âme en dénonçant les siens ou ses voisins, abandonner ses enfants affamés, ou sauver son enfant, lui apprendre à ne plus être juif, céder son âme au catholicisme pour un temps ou pour toujours en échange de sa vie.

 

On fait parfois des vagues, Arnaud Dudek, Anne Carrière

 

Quelques jours après son dixième anniversaire, Nicolas apprend que son père – avec qui rien n’est simple, tant l’homme et le garçon paraissent différents – n’est pas son père biologique.
Que faire alors du généreux donneur de gamètes ? L’oublier ? Le nier ?
À 30 ans, Nicolas décide de partir à la recherche de son « bon génie » biologique malgré les obstacles administratifs qu’il s’attend à rencontrer.

 

 

Les démons, Simon Liberati, Stock

 

Dans la somnolence magique de leur domaine familial, Serge, Alexis et Taïné traînent leur désœuvrement. Taïné a la beauté empoisonnée d’un tableau préraphaélite ; Serge est un prince des ténèbres ; quant à Alexis, le plus jeune et le plus fou, il se jette à corps perdu dans l’amour et la provocation. La séduction de leur jeunesse tourne à la cruauté muette. La tragédie frappe cette fratrie en ce printemps 1967, et accélère la bascule vers une époque nouvelle : celle, pop et sensuelle, de la drogue, du plaisir et de la guerre du Viêtnam.

 

Un jour viendra couleur d’orange, Grégoire Delacourt, Grasset

 

Pierre ne demandait pas la lune, juste un bout. Avec sa femme, Louise, leur fils Geoffroy et son amie Djamila, ils vont manquer de tout perdre. Et puis, à défaut de lune, choisir la vie, aller vers la lumière. A l’aube d’un matin de novembre, dans le Nord de la France, un groupe de copains se poste sur un rond-point et décide de l’occuper. Parmi eux, Pierre, vigile à mi-temps dans un supermarché après un licenciement, exprime enfin une colère longtemps contenue. Au fil des journées de mobilisation, le fossé se creuse avec sa femme, infirmière en soins palliatifs, et Geoffroy, leur fils de treize ans, garçon singulier qui lui a toujours fait peur. Un fils qui refuse d’être touché, classe tout par couleur, compte la taille exacte de ses foulées, et retient tout ce qu’il lit, en silence.

 

La discrétion, Faïza Guène, Plon

 

Yamina est née dans un cri. À Msirda, en Algérie colonisée. À peine adolescente, elle a brandi le drapeau de la Liberté.
Quarante ans plus tard, à Aubervilliers, elle vit dans la discrétion. Pour cette mère, n’est-ce pas une autre façon de résister ?
Mais la colère, même réprimée, se transmet l’air de rien.

 

Black Manoo, Gauz, Le nouvel Attila

 

Une chronique de la vie de Black Manoo, un Ivoirien arrivé à Paris dans les années 1990, entre drogue, musique, amitiés et rencontres amoureuses.

 

Avant les diamants, Dominique Maisons, La Martinière

 

Hollywood, 1953. L’industrie cinématographique est un gâteau fourré à l’arsenic que se disputent la mafia, l’armée et les ligues de vertu catholiques. Dans ce marécage moral et politique, ne survivent que les âmes prêtes à tout. Le producteur raté Larkin Moffat est de ceux-là. Abonné aux tournages de séries B, il fait vivoter les crève-la-faim du cinéma et enrage contre ce système qui l’exclue. Jusqu’au jour où il se voit proposer la chance de sa vie. Dans cette combine dangereuse vont graviter autour de lui le major Buckman, parieur et coureur invétéré, le très ambivalent père Santino Starace, l’impresario et proxénète Johnny Stompanato. Tous vont croiser leurs destins, multiplier les manœuvres et les crimes dans ce grand cirque du cinéma américain. Alors que défilent les Errol Flynn, Clark Gable, Hedy Lamarr et autres Frank Sinatra, ce petit monde sans scrupule va s’adonner à ce qu’il sait faire de mieux : manipuler les masses et veiller à son profit.

 

 

Une affaire si facile, Francis Szpiner, Le chercher Midi

 

Juin 1984. Dans un pavillon de la banlieue parisienne, Martine tue son mari d’un coup de fusil. Simon Fogel, brillant avocat pénaliste, accepte de la défendre. Dans le dossier de cette mère de famille sans passé judiciaire qui veut protéger son fils Nicolas, âgé de six ans, il découvre le calvaire d’une femme battue et soumise aux caprices sexuels sordides de son époux violent. Les policiers bouclent rapidement le dossier.
Des aveux, une coupable, un mobile. Une affaire si facile et banale en apparence, dans laquelle l’avocat peut plaider les circonstances atténuantes. Mais y a-t-il des affaires faciles ?

 

Gabriel, Pierrick Guinard, L’Harmattan

 

À la fin du printemps 1950, Gabriel, vingt-six ans, fut retrouvé mort dans le massif de l’Adamaoua, au nord du Cameroun. Il venait de déserter sa congrégation de pères missionnaires. Suivant ses dernières volontés, son corps fut mis en terre selon la coutume païenne des Kirdis. Peu de temps avant son décès, il s’était pris en photo en pleine nature, tenant dans une main une page déchirée de son journal et sur laquelle il avait griffonné : Rien qui m’appartienne, sinon la paix du cœur et la fraîcheur de l’air. L’autre main semblait levée en signe d’adieu. Il souriait et, malgré son visage affreusement décharné, sûrement rongé par la fièvre et la maladie, ceux qui le connaissaient depuis longtemps, bien avant son départ en Afrique, lui trouvèrent un air étonnamment radieux, débarrassé de cette tristesse qu’ils lui avaient toujours connue.

 

Le sel de tous les oublis, Yasmina Khadra, Julliard

 

Lorsqu’une femme claque la porte et s’en va, elle emporte le monde avec elle. Adem Naït-Gacem l’apprend à ses dépens. Ne supportant pas le vide laissé par le départ de son épouse, l’instituteur abandonne ses élèves et, tel un don Quichotte des temps modernes, livré aux vents contraires de l’errance, quitte tout pour partir sur les chemins.
Des rencontres providentielles jalonnent sa route : nain en quête d’affection, musicien aveugle au chant prophétique, vieux briscards, galériens convalescents et simples d’esprit le renvoient constamment aux rédemptions en lesquelles il refuse de croire. Jusqu’au jour où il est rattrapé par ses vieux démons.

 

Nature humaine, Serge Joncour, Flammarion

 

La France est noyée sous une tempête diluvienne qui lui donne des airs, en ce dernier jour de 1999, de fin du monde. Alexandre, reclus dans sa ferme du Lot où il a grandi avec ses trois sœurs, semble redouter davantage l’arrivée des gendarmes. Seul dans la nuit noire, il va revivre la fin d’un autre monde, les derniers jours de cette vie paysanne et en retrait qui lui paraissait immuable enfant. Entre l’homme et la nature, la relation n’a cessé de se tendre. À qui la faute ?

 

Chavirer, Lola Lafon, Actes Sud

 

1984. Cléo, treize ans, qui vit entre ses parents une existence modeste en banlieue parisienne, se voit un jour proposer d’obtenir une bourse, délivrée par une mystérieuse Fondation, pour réaliser son rêve : devenir danseuse de modern jazz. Mais c’est un piège, sexuel, monnayable, qui se referme sur elle et dans lequel elle va entraîner d’autres collégiennes.

 

 

Les roses fauves, Carole Martinez, Gallimard

 

Lola vit en Bretagne au-dessus du bureau de poste où elle travaille. Elle est jolie, sage et boiteuse. Elle ne désire rien et se dit comblée par son jardin. Dans son portefeuille, on ne trouve que des photos de son potager et, dans sa chambre, face au grand lit où elle s’interdit de rêver, trône une armoire de noces pleine des cœurs de ses ancêtres.
Dans la région d’Espagne où sont nées ses aïeules, quand une femme sent la mort venir, elle brode un coussin en forme de cœur qu’elle bourre de bouts de papier sur lesquels sont écrits ses secrets… À sa mort, sa fille ainée en hérite avec l’interdiction absolue de l’ouvrir. Des cœurs de femmes battent dans la vieille armoire de Lola. Ils racontent une histoire qui a commencé en Andalousie, il y a plus d’un siècle.

 

Buveurs de vent, Franck Bouysse, Albin Michel

 

Ils sont quatre, nés au Gour Noir, cette vallée coupée du monde, perdue au milieu des montagnes. Ils sont quatre, frères et sœur, soudés par un indéfectible lien. Marc d’abord, qui ne cesse de lire en cachette. Mathieu, qui entend penser les arbres.
Mabel, à la beauté sauvage. Et Luc, l’enfant tragique, qui sait parler aux grenouilles, aux cerfs et aux oiseaux, et caresse le rêve d’être un jour l’un des leurs. Tous travaillent, comme leur père, leur grand-père avant eux et la ville entière, pour le propriétaire de la centrale, des carrières et du barrage, Joyce le tyran, l’animal à sang froid…

 

Le grand vertige, Pierre Ducrozet, Actes Sud

 

Pionnier de la pensée écologique, Adam Thobias est sollicité pour prendre la tête d’une “Commission internationale sur le changement climatique et pour un nouveau contrat naturel”. Pas dupe, il tente de transformer ce hochet géopolitique en arme de reconstruction massive. Au cœur du dispositif, il crée le réseau Télémaque, mouvant et hybride, constitué de scientifiques ou d’intuitifs, de spécialistes ou de voyageurs qu’il envoie en missions discrètes, du Pacifique sud à la jungle birmane, de l’Amazonie à Shanghai…

Autoportrait en chevreuil, Victor Pouchet, Finitudes

 

Avril s’inquiète pour Elias. Elle l’aime, mais il est si secret, si étrange parfois. Craintif, aussi. Elle voudrait comprendre ce qui le tourmente, ce qui l’empêche de vivre pleinement.
Mais comment Elias pourrait-il lui confier ce qu’a été son enfance ? Pas facile, dans un petit village, d’être le fils du « fou ». De celui qui se dit magnétiseur, médium ou même paradoxologue et qui fait subir à sa famille la tyrannie de ses discours et de ses délires.
L’amour d’Avril suffira-t-il pour qu’Elias échappe à cette enfance abîmée ?

 

Là d’où je viens a disparu, Guillaume Poix, Verticales

 

«Ça fait deux ans que je ne l’ai pas revu. Sept cent vingt-trois jours pour être précise. Il y a un mois, j’ai reçu une lettre de lui en provenance des États-Unis. Il m’indiquait qu’il avait fui notre pays et qu’il travaillait dans une entreprise de bâtiment. Il allait bien, il écrirait de temps en temps, il me souhaitait du calme maintenant qu’on ne se reverrait plus. J’ai brûlé la lettre et j’ai regardé mon fils aîné partir en fumée.»