Cinéma·Divers

Genius, à la rencontre de Thomas Wolfe

Biopic, drame britannico-américain de Michael Grandage avec Colin Firth, Jude Law, Nicole Kidman
Écrivain à la personnalité hors du commun, Thomas Wolfe est révélé par le grand éditeur Maxwell Perkins, qui a découvert F. Scott Fitzgerald et Ernest Hemingway. Wolfe ne tarde pas à connaître la célébrité, séduisant les critiques grâce à son talent littéraire fulgurant.
Malgré leurs différences, l’auteur et son éditeur nouent une amitié profonde, complexe et tendre, qui marquera leur vie à jamais.

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Vous l’aurez remarqué, je vais très peu au cinéma depuis le début de l’année. Trop peu. Bien trop peu. Je comptais y remédier mais ça n’en prend pour le moment pas du tout le chemin. Bref, je manque à tous mes devoirs. J’ai quand même réussi à trouver la motivation pour aller voir Genius, qui n’était pourtant pas spécialement prioritaire sur ma liste de films à voir (loin s’en faut). Mais bon, vous savez ce que c’est, j’ai fait des études d’édition, dès que le sujet vient sur le tapis, la curiosité l’emporte ! Je ne savais pas grand chose de ce film avant d’aller le voir, si ce n’est qu’il concernait Thomas Wolfe et son éditeur, écrivain de je n’ai par ailleurs rien lu et qui me semblait assez obscur (sur ce point, je n’avais peut-être pas tort). Autant dire que c’était bien maigre comme informations.

Genius, Jude Law

J’ai été assez surprise de constater que le casting était aux petits oignons : Colin Firth, Jude Law, Nicole Kidman… Quitte à paraître ridicule, je me suis même dit que c’était un peu trop impeccable comme casting, ça sentait presque l’embrouille cette histoire. Kidman est un peu jeune pour le rôle (l’amante de Wolfe est censée être bien plus âgée que lui, ce qui en l’occurrence ne saute pas du tout aux yeux), pour le reste je dois admettre avoir été agréablement surprise. J’avais peur que Jude Law soit un peu fade pour incarner un tel personnage mais j’ai été étonnée de constater qu’il faisait un génie au bord de la folie diablement convaincant ! Quant à Colin Firth, le rôle de cet éditeur paternaliste lui va à merveille. Beau casting donc. C’est d’ailleurs un des points forts de ce film dont je n’attendais pas grand chose.

Genius, Colin Firth

Pour le reste, ça demeure classique. Un biopic assez sage et sans grande surprise. La photo est très soignée avec quelque plans magnifiques, pour qui aime les ambiances très marquées tout du moins (le côté sépia virerait presque ridicule tant il est forcé). L’esthétique, même si elle reste convenue, n’en est pas moins le deuxième gros point fort du film. Malheureusement, ce que certains plans apportent en esthétique, ils l’ôtent en fluidité, la mise en scène aurait mérité d’être un peu plus inspirée, à la hauteur de la folie de son personnage. La musique est quant à elle un peu pesante par moments mais s’avère assez variée pour éviter de trop long moments de malaise. Malgré tout, l’histoire est intéressante – quand on s’intéresse à l’édition du moins – et j’ai trouvé les textes de Wolfe admirablement mis en valeur. Ca m’a donné envie de les lire en version bilingue, moi qui suis nulle en anglais ! La question de la place de l’éditeur dans le processus créatif est évoquée mais aurait sans doute mérité d’être plus centrale. Finalement, malgré un joli casting et quelques très beaux plans, un film un trop convenu pour convaincre vraiment. 

Cinéma

Roschdy Zem réabilite le clown Chocolat

Drame, biopic français de Roschdy Zem avec Omar Sy, James Thiérrée, Thibault de Montalembert

Le clown Chocolat est devenu le premier artiste noir de la scène française grâce à son duo avec Footit qui le fera passer de l’anonymat à la gloire. Mais l’argent facile ne suffira peut-être pas à lui faire supporter le racisme ambiant.

Chocolat, affiche

          Je ne vous en avais pas parlé au moment de sa sortie (heureusement, j’ai un peu rattrapé depuis le scandaleux retard dans mes articles, il fait partie des derniers retardataires qui traînent encore dans mes brouillons…) et n’ai pas réussi à lui trouver des partenaires pour un article groupé, je profite donc de sa sortie en DVD – le 8 juin – pour vous donner mon avis sur ce film. Je dois avouer que j’étais assez mitigée à l’idée de le voir. J’aime beaucoup le cirque, mais les clowns me font très rarement rire. C’est sans doute une des disciplines circassiennes que j’aime le moins, ma préférence allant très largement aux acrobates. D’autre part, j’avais peur d’un film très grand public qui gommerait un peu trop les coups durs, se concentrant sur le rire. Finalement, j’ai été assez agréablement surprise par ce film plus dense que je ne l’imaginais.

Image extraite de Chocolat

          Le duo d’acteurs est sans doute son point fort : ils sont tous deux très convaincants. Je ne connaissais pas James Thierrée et je l’ai trouvé vraiment excellent. Enfant de la balle, il faut dire aussi que chez lui, le cinéma est un peu une histoire de famille : il n’est rien moins que le petit fils de Charlie Chaplin ! Omar Sy est parfait dans le rôle du clown qui en fait des tonnes même si son personnage ne se résume pas à ça. Véritable bout-en-train sur scène, il est dans la vraie vie joueur et irascible quand j’ai trouvé à son condisciple sensé être raciste plus de qualités humaines au fond. Comme quoi, les gens, c’est vraiment compliqué (au cas où on en aurait douté). L’histoire est très prenante, de la misère à la gloire, avant de retourner à la case départ. Il semblerait que les passages les plus durs de l’histoire du clown Chocolat aient été gommés et que la fin ait été un peu revue version grand public mais que dans l’ensemble on ne s’éloigne pas trop de la vérité, même si l’accent est plus mis sur la réussite que sur la chute.

Image extraite de Chocolat

          Du point de vue la mise en scène, j’ai beaucoup aimé également, avec notamment de très belles images et une musique des plus entraînantes. Si l’ensemble s’avère donc plutôt convaincant, quelques petites réserves tout de même (le contraire vous aurait étonné hein ?). Le racisme est très appuyé dans le film. L’époque l’était fondamentalement et il n’y avait sans doute pas besoin de mettre autant l’accent dessus pour qu’il soit largement perceptible, ça alourdit un peu le film. Dans un même temps, l’aspect politique est quasi-inexistant, ça reste un peu de l’ordre de l’anecdote, ce qui est dommage. Malgré tout, Roschdy Zem a le mérite de remettre sur le devant de la scène ce clown qui après un succès fulgurant était peu à peu tombé dans l’oubli. Les numéros de cirque conçus par James Thierrée sont convaincants et le rire autant que l’émotion sont au rendez-vous. Un film classique mais impeccablement réalisé porté par deux acteurs qui signent une belle performance. L’histoire émeut et si elle aurait mérité d’être traité avec un peu plus de verve, on en ressort tout de même conquis. 

Cinéma

Dalton Trumbo : Hollywood dans toute sa splendeur

          Hollywood, la Guerre Froide bat son plein. Alors qu’il est au sommet de son art, le scénariste Dalton Trumbo est accusé d’être communiste. Avec d’autres artistes, il devient très vite infréquentable, puis est emprisonné et placé sur la Liste Noire : il lui est désormais impossible de travailler. Grâce à son talent et au soutien inconditionnel de sa famille, Il va contourner cette interdiction. En menant dans l’ombre un long combat vers sa réhabilitation, il forgera sa légende.

Biopic américain de Jay Roach avec Bryan Cranston, Diane Lane et Helen Mirren

Dalton Trumbo, affiche

          J’avais entendu dire du bien de ce film, sans savoir au juste de quoi il retournait. L’histoire d’un scénariste hollywoodien des années 50 (enfin, à vue de nez, je n’étais pas bien sure de l’époque), ça me tentait forcément. Je n’en savais pas plus et je m’attendais à un film divertissant. J’y allais sans grande conviction quoi. Eh bien je me trompais. Bon, j’avais tout bon sur le pitch de base mais c’est loin de se résumer à ça. Certes c’est l’histoire d’un scénariste ultra célèbre dans le milieu à l’époque mais ce qui est passionnant c’est le fond historique et politique avec la grande chasse au communiste très à la mode aux Etats-Unis en ces temps-là. Je ne connaissais pas cette histoire des 10 scénaristes emprisonnés pour leurs idées « communistes ». Il faut dire que mes connaissances en histoire sont pour le moins limitées et j’ai vraiment trouvé le contexte passionnant.

Dalton Trumbo, image du film

          Pour la peine on s’éloigne un peu du film léger. Ca grouille de références, pour notre plus grand plaisir. Je suis très loin d’être une experte en cinéma « classique » mais il se trouve que parmi les œuvres les plus célèbres de Dalton Trumbo durant sa mauvaise passe, se trouvent Vacances romaines – vu il y a peu et que j’ai franchement adoré – et Spartacus qui est quelque chose comme un de mes films préférés de tous les temps (à tel point que je crains de le revoir, de peur que mon amour des péplums ait sérieusement baissé depuis le dernier visionnage, mais peut-on vraiment sa lasser de Kurk Douglas en tenue de gladiateur ?). Cette découverte a été une très bonne surprise. Je ne regarde jamais le nom du scénariste quand je vais voir un film et ça m’a donné envie de m’intéresser à leur travail de beaucoup plus près et de voir ce que Dalton Trumbo avait écrit d’autre comme films.

Dalton Trumbo, image du film

          J’ai tout trouvé impeccable dans ce film qui est très bien écrit et s’avère vite extrêmement prenant. C’est très rythmé et bien qu’il soit assez long on ne s’ennuie pas une seconde. Visuellement, c’est réussi également, bien que relativement classique. Le casting quant à lui est impeccable avec entre autres le génial Bryan Cranston. J’ai aimé apprendre des choses devant ce film et découvrir ce personnage à la fois très charismatique et pas toujours très sympathique, même si j’aurais peut-être préféré un côté plus engagé. J’apprécie beaucoup quand un film – ou un livre – me donne envie d’en apprendre plus sur le contexte ou de voir ou lire des choses qui s’y rapportent pour prolonger l’histoire ou apporter un complément. C’est le cas ici. J’ai à la fois eu envie de voir les autres films écrits par ce scénariste et de m’intéresser de plus près à ce métier. La biographie dont a été tirée le film me fait également de l’œil. Un film très riche qui a été une excellente surprise : à la fois instructif et divertissant du grand cinéma.

Cinéma

Une merveilleuse histoire du temps – une romance sur fond de cosmologie

Biopic, drame britannique de James Marsh avec Eddie Redmayne, Felicity Jones, Tom Prior

          Stephen est un brillant étudiant en cosmologie qui veut expliquer la création de l’univers quand il tombe amoureux de Jane, une étudiante en art. Mais alors que tout semble lui sourire, il apprend qu’il est atteint de dystrophie neuromusculaire et on lui donne deux ans à vivre. Il décide alors avec l’aide de Jane de continuer ses recherches et va commencer un véritable combat contre le temps.

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          Je n’avais entendu sur ce film que des louanges, avant même sa sortie. Je n’avais même pas encore lu le synopsis que je craignais déjà un petit côté mièvre. Mais finalement, un soir où je voulais voir un film pas trop prise de tête je me suis décidée à aller le voir. Et puis j’étais quand même curieuse de voir de quoi il retournait. Sur le coup, le nom de Stephen Hawking ne me disait rien mais au fur et à mesure de l’avancée du film, je me suis rendu compte que j’avais vu cet homme à la télé quand j’étais petite et que j’avais été très impressionnée par le fait qu’il parle grâce à un ordinateur et écrive des livres très techniques par ce biais. Ca m’avait fascinée. Du coup j’ai été assez contente de découvrir son histoire même si, on le verra, le film n’est pas dénué de défauts. Son gros gros point fort, c’est l’histoire, vraiment incroyable, drôle, obstiné et incroyablement intelligent.

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          Malheureusement, le parti-pris scénaristique met en avant l’histoire d’amour avec sa femme. Bon, c’est pas que ce ne soit pas intéressant hein mais parlant de l’homme qui a sorti une théorie des trous noirs expliquant les origines de l’univers (rien que ça) et saluée unanimement par le monde scientifique avant de décider de contredire sa propre théorie, chamboulant une deuxième fois toutes les certitudes. Mais pourquoi en parlant quand on peut souligner qu’il a eu une femme merveilleuse qui l’a toujours soutenu ? Partant de là, le film passe un peu à côté de son sujet. Au lieu de l’histoire passionnante d’une véritable génie, on a une histoire d’amour. Touchante certes, mais quand même. C’est important de montrer la place de sa femme dans sa réussite, d’autant plus que ça n’a pas dû être simple tous les jours, mais le film donne a un peu l’impression que sans elle il ne serait rien. Il ne faut pas trop pousser quand même.

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          Eddie Redmayne est vraiment exceptionnel dans ce rôle pourtant pas simple. Il est hyper attachant et retranscrit bien l’intelligence de l’homme qu’il incarne, ce qui est loin d’être évident vu ses mouvements très limités. Chapeau. Je ne l’avais que rarement vu dans des films et il a un charme fou ! Il a d’ailleurs reçu l’Oscar du meilleur acteur pour ce rôle. Quant à Felicity Jones, autant elle est pas mal tant qu’elle joue la jeune madame Hawking, autant elle perd toute crédibilité dès qu’elle prend de l’âge et que les relations avec son mari se tendent un peu. C’est vraiment dommage, ça plombe le film qui lise pourtant sur cette relation assez idyllique – pendant les premières années du moins – et la vie de famille de manière plus générale. J’aurais préféré que le film soit axé sur le travail de Stephen Hawking. C’est dommage d’en faire une simple histoire d’amour – aussi forte soit-elle. La romance aurait méritée d’être dosée avec plus de subtilité. Les recherches sont quand même en toile de fond, ce qui a le mérite de faire connaître l’homme et ses travaux à un public jeune qui n’avait surement jamais entendu parler de cet homme. Au final, malgré un excellent sujet, un film un peu mièvre qui reste agréable à regarder grâce à l’excellente interprétation de son acteur principal.

Cinéma·Photo

Le sel de la terre – un documentaire d’une beauté bouleversante

Documentaire, biopic de et avec Wim Wenders et Juliano Ribeiro Salgado, avec Sebastião Salgado

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          Le photographe Sebastião Salgado parcourt inlassablement la planète pour immortaliser une humanité en pleine mutation. Wim Wenders et le fils du photographe, Juliano, l’ont accompagné dans ses derniers projets et présentent son travail dans ce documentaire.

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          Même si je n’en vois plus beaucoup par paresse intellectuelle (et aussi un peu parce que les horaires ne m’arrangent pas toujours), j’ai toujours beaucoup aimé ce type de documentaires assez contemplatifs et esthétisants. Le titre me plaisait bien mais j’avoue que les photos que j’avais pu voir dans le métro m’avaient semblé très dures et m’avaient un peu dissuadée d’aller voir ce film – je me laisse facilement décourager en ce moment, je vous le concède. J’ai quand même fini par me décider à aller voir de quoi il retournait. Ne connaissant pas du tout le travail de Sebastião Salgado (oui, je suis inculte en matière de photographie, mais je me soigne), j’avais hâte de découvrir son univers. Quant à Win Wenders, si je le connais bien sûr de nom, je me rends compte que je n’ai pas vu grand chose de lui. Il va falloir y remédier !

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          Je dois dire que j’ai été époustouflée par le travail du photographe qui est ici très bien mis en avant à travers une approche chronologique de son œuvre. Les images sont splendides et souvent très dures. Il a couvert les migrations de populations, notamment au Rwanda, d’où il a ramené des images aussi édifiantes qu’éprouvantes. On se rapproche là du travail de reporter, avec une mise en avant du rôle de passeur. Le discours de cet homme et sa vision du monde sont absolument passionnants ! J’ai également été impressionnée par le soutien inconditionnel de sa femme qui mérite d’être souligné. Difficile de parler de ce documentaire qui est avant tout la rencontre de deux hommes à la personnalité exceptionnelle et la découverte d’un regard acéré sur le monde. Un film difficile mais magnifique. Des images à couper le souffle. Un travail à découvrir absolument.