Cinéma

Dallas Buyers Club

Drame, biopic, américain de Jean-Marc Vallée avec Matthew McConaughey, Jennifer Garner, Jared Leto

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           Ron Woodroof est un cow-boy, un vrai. Sa vie se partage entre les femmes et le rodéo. Mais a 35 ans, il apprend qu’il a le sida. On est en 1986 et la maladie est réputée pour toucher essentiellement le milieu gay. Quand on lui annonce qu’il lui reste 30 jours à vivre, cet homophobe convaincu va décider de ce battre en recourant à des traitements alternatifs. Il les vendra également à d’autres malades, au risque de déclencher les foudres des autorités.

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          Bien que j’aie plein de critiques de films en retard, je ne résiste pas à l’envie de vous parler en premier de celui-ci tant je l’ai apprécié. Vu dès sa sortie, pour une fois au moins je serai à peu près dans les temps et j’écris mon article alors qu’il est encore en salles. En espérant convaincre certains d’entre vous de s’y précipiter. Ceux qui me suivent depuis longtemps le savent peut-être, j’ai consacré mon mémoire de Master à Hervé Guibert et la littérature sur le sida (lire mon dossier sur le sujet ici). Ce sujet m’interpelle donc particulièrement et je ne pouvais pas rater un film consacré à cette maladie. On est au début des années sida, période sur laquelle je me suis particulièrement penchée pour mes travaux. Dans le rôle phare, Matthew McConaughey, un acteur qui ces dernières années s’est imposé parmi les grands noms du cinéma américain avec tournant important dans sa filmographie et des choix intéressants. Ajoutez à ça des critiques élogieuses et tous les éléments étaient réunis pour me pousser dans les salles au plus vite !

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          Ce film dont j’attendais pourtant beaucoup ne m’a pas déçue. La réalisation est assez classique, pas de grands effets ou d’esthétisme outrancier. L’histoire, inspirée de faits réels, est très forte, mais la force du film est pourtant ailleurs. En effet, tout cela aurait semblé un peu fade sans l’incroyable prestation des acteurs. Matthew McConaughey et Jared Leto (que je n’avais même pas reconnu) sont exceptionnels. On a trop rarement l’occasion de voir prestations pareilles. Tous deux sont totalement habités par leur rôle et l’incarnent avec une conviction fascinante. Ils les rendent incroyablement vivants. Matthew McConaughey mériterait de rafler l’Oscar à Leo, tant il crève l’écran. Les personnages sont loin d’être des héros, ils ont leurs fêlures et n’en sont que plus attachants. J’ai trouvé que ce film n’en faisait pas trop dans le message politique ni dans le pathos ; l’histoire se suffit à elle-même, pas besoin d’en rajouter. Et ça fonctionne sacrément bien ! Le réalisateur parvient à capter cet incroyable élan de vie qui semble porter beaucoup de malades du sida. C’est fort et émouvant, c’est terriblement beau. Mon énorme coup de cœur de ce début d’année. 

Matthew McConaughey, Jennifer Garner, Jared Leto
Cinéma

12 Years a Slave

Drame historique américain de Steeve McQueen (II) avec Chiwetel Ejiofor, Michael Fassbender, Benedict Cumberbatch

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          Solomon Northup est un homme libre. Avec sa femme et ses deux enfants il vit à New-York où il mène une vie heureuse et aisée. Mais un jour sa vie va basculer lorsqu’il est enlevé et vendu comme esclave dans le Sud, sans aucun moyen de prouver son identité ou de contacter les siens. Il découvre alors une vie dans laquelle il n’est plus rien et où il devra se battre pour survivre et conserver malgré tout sa dignité.

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          On touche là typiquement au genre de sujets qui m’intéressent particulièrement. J’ai déjà vu quelques films sur l’esclavage mais j’ignorais totalement que des hommes  libres avaient été enlevés pour être réduits en esclavage. Pas que ce soit bien surprenant quand on y réfléchit, la cruauté de l’Homme est sans limite, mais j’ai été estomaquée à cette découverte et j’avais envie d’en savoir plus. Il était donc hors de question que je rate ce film, d’autant qu’il est signé du génial Steeve McQueen. Un choix que je ne regrette pas : comme on s’y attendait, ce film est poignant et réussi. Même si pourtant j’en suis ressortie avec une pointe de déception que je m’en serais presque voulue de ressentir, en aurais-je trop attendu ? Je me rends compte au moment d’écrire cet article que bien qu’ayant beaucoup aimé ce film avec une très légère réserve que je peine à m’expliquer, j’ai bien peu de choses à en dire, tentons d’y remédier…

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          Il y a énormément de bonnes choses dans ce film. L’histoire est magnifique, la réalisation est impeccable et c’est extrêmement bien interprété. Il n’y a finalement que de petits détails qui m’ont un peu gênée. J’ai peut-être trouvé le tout un peu « lisse ». Cet homme dont la vie est anéantie ne se plaint jamais, très vite il prend le parti de survivre coûte que coûte et – à part au tout début – on voit finalement assez peu ses états d’âme. J’aurais sans doute aimé entrer plus dans la tête du personnage. Il vit une situation extrêmement difficile et pourtant, on le voit peu se battre, que ce soit pour être libéré ou tenter de donner des nouvelles à sa famille. Toutefois, je n’oublie pas que les faits sont inspirés d’une histoire vraie, que Solomon Northup a écrit ses mémoires et que ce comportement somme toute assez froid, ce refus de s’apitoyer sur son sort et cette volonté de courber l’échine jusqu’à la première occasion de regagner sa liberté, soient avant tout un réflexe de survie d’une rare intelligence. Il faut d’ailleurs que je lise le livre pour voir ce qu’il en est. Cette frustration devant un léger manque d’émotion (oui oui, c’est moi qui dit ça !) aurait donc sa raison d’être. Et puis, il faut l’admettre, mieux vaut être trop sobre que de tomber dans un sentimentalisme de mauvais goût.

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          Découlant de ce premier point, ou le complétant, je ne sais pas trop, je dirais que je n’ai pas trop ressenti le passage du temps dans ce film. Les épreuves s’enchaînent mais elles semblent passer relativement facilement sur Solomon et je n’ai pas réussi à situer les scènes dans le temps. La narration est simple, chronologique, il se passe finalement pas mal de choses, on voit tout de même le personnage évoluer un peu mais je n’ai pas eu réellement d’impression de durée. Pourtant, ce ne sont pas les épreuves qui manquent, simplement un petit marqueur temporel de temps en temps dans le récit, ou tout simplement sur l’écran, aurait permis de mieux inscrire le passage du temps. Là, je suis arrivée à la fin et au retour à la liberté en me disant : « Déjà ? C’est tout ? ». Ce qui est un brin ridicule, ce pauvre homme a déjà bien assez souffert, mais peut-être est-ce parce que le cinéma américain est généralement moins sobre, j’ai pris de mauvaises habitudes.

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          Cela dit, ça reste relativement anecdotique face à la force de cette histoire et à l’excellente prestation de ses acteurs (allez pour la route, ma réflexion stupide face à l’apparition de Brad Pitt : « comment ? enfin un film où il fait son âge ?! », ça m’a déconcentrée un certain temps, je dois l’admettre…). Il a surtout le grand mérite de nous faire découvrir un pan de l’histoire américaine méconnu et m’a donné très envie d’en savoir plus sur cet homme à l’incroyable destin. On attendait beaucoup de ce film, présenté comme un des grands films de 2014, et s’il est effectivement très réussi, il m’a manqué un petit quelque chose qui me fasse vibrer un peu plus pour le classer parmi les très grands. Je l’ai beaucoup aimé mais je ne pense pas qu’il fasse pour moi partie de ceux qui marquent durablement. Mais après tout, ces films-là sont tellement rares, et finalement, ils nous prennent bien souvent par surprise. La mise en scène très conventionnelle y est surement pour beaucoup : tout est à sa place, des horreurs perpétrées à la fin heureuse en passant par l’amitié et la violence, mais cette machine trop bien huilée manque de relief. Malgré une réalisation un peu sage à mon goût, 12 Years a Slave n’en demeure pas moins un très bon film qui demande à être vu.

Cinéma

16 ans ou presque

Comédie française de Tristan Séguéla avec Laurent Lafitte, Christophe Malavoy, Judith El Zein

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          A 34 ans, Arnaud, jeune avocat, est un modèle de réussite. Il a toujours été un élève sérieux et appliqué et est devenu un adulte responsable. D’après son petit frère, Jules, 16 ans, il est surtout d’un ennui mortel… Jusqu’au jour où il semble pris d’étrange pulsions : on découvre qu’il souffre de puberté à retardement. Un diagnostic qui va rapprocher les deux frères.

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          Le premier film que j’ai vu en 2014, un peu par hasard à vrai dire parce que j’avais 2h à tuer avant un rendez-vous, que j’étais devant un cinéma et que c’était le seul film qui me permettait de sortir à l’heure. Sinon, jamais au grand jamais je ne serais allée voir ça ! Je ne suis déjà pas une adepte de comédies d’une manière générale mais en plus je les aime plutôt douces-amères, autant dire qu’on est très loin de mon domaine de prédilection. Bon, honnêtement, malgré la présence de Laurent Lafitte que j’aime pourtant beaucoup, je n’étais guère enthousiaste. Autant dire que je n’attendais strictement rien de ce film.

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          Je faisais bien, il faut l’admettre. Le scénario est plus que léger et, avouons-le, franchement con. Mais pourtant, j’ai passé un assez agréable moment au fond. Je n’ai pas trouvé cela aussi lourd que je le craignais et il m’est même arrivé de rire de bon cœur. Les acteurs en font trop, c’est terriblement creux et bourré de clichés qui s’accumulent dangereusement sans jamais sembler devoir faire sens. Si je ne vous en ai pas parlé avant, c’est parce que je n’avais rien à en dire, parfois un film creux n’est rien d’autre que ce qu’il paraît. Une bonne vieille comédie pour ados, à la sauce française, sans grande originalité mais qui ma foi fait passer le temps.

Cinéma

Le loup de Wall Street

Biopic, policier, américain de Martin Scorsese avec Leonardo DiCaprio, Jonah Hill, Margot Robbie

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          Ah le milieu de la finance, l’argent, la drogue, les femmes ! Voilà ce qui fait rêver Jordan Belfort à ses débuts dans le milieu, et ce qu’il veut, il l’obtient plus vite que personne. Une vie de démesure qui va attirer l’attention des autorités. Il en faudrait plus pour l’arrêter dans sa mégalomanie galopante, la discrétion n’est pas le genre de la maison.

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          DiCaprio et Scorsese, un duo bien rodé qui fait toujours des étincelles. Il y a quelque chose entre ces deux-là, deux grands noms du cinéma américain dont chaque collaboration est une réussite. Le monde de la finance n’est pas franchement ce qui m’attire le plus mais ce film était très attendu et je ne pouvais quand même pas rater ça. D’autant plus qu’une incursion dans ce milieu de requins annonçait quelques scènes prometteuses. Et des scènes choc, en effet, ce n’est pas ce qu’il manque dans ce film où l’alcool, la drogue et les prostituées sont légion. Un film sulfureux donc ? Pas si sûr… C’est l’histoire de Jordan, un jeune loup de la finance. Sa réussite est flamboyante mais basée sur des méthodes un brin douteuses. Il mène grand train met assez vite les autorités se penchent sur son cas, un jeu du chat et de la souris s’engage alors sur fond de grosses fiestas et de dépravation.

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          Il y a là une histoire en or. Le parcours de cet homme est complètement fou et Scorsese le retranscrit avec brio. On peut compter sur lui pour nous offrir de splendides morceaux de démesure. Le technique est bien sûr impeccable, avec quelques très beaux plans et une certaine originalité dans les prises de vues. Mais le clou du spectacle, c’est bien sûr Leonardo DiCaprio qui s’en donne à cœur joie ! Il est formidable dans ce rôle, notamment dans une scène incroyable où il tente de descendre des escaliers complètement défoncé. Avec tout ça (plus une petite apparition de Matthew McConaughey juste pour le plaisir) me direz-vous, le pari semble gagnant. Eh bien, oui et non. Bien sûr, ce film est impeccable de bout en bout, on ne peut pas dire le contraire, et malgré ses 3h, on ne s’ennuie pas. Pourtant il manque un petit quelque chose. Ce personnage est hors normes, complètement dingue, et Scorsese ne semble pas vraiment savoir qu’en faire. Il nous décrit son parcours mais il semble indifférent à l’homme. Cet homme, j’aurais adoré le détester. Ou l’admirer un peu aussi peut-être. Malgré les fêtes, le sexe, la drogue, et tout le tremblement, j’ai trouvé que ce portrait manquait cruellement d’âme. Un film impeccable auquel il manque ce petit plus qui nous fait vibrer.

Cinéma

Le Démantèlement

Drame familial canadien de Sébastien Pilote avec Gabriel Arcand, Gilles Renaud, Lucie Laurier

21047023_20131007094159905.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx          Gaby est éleveur de moutons dans la ferme familiale où il vit seul depuis que ses filles sont parties s’installer à Montréal. Alors que de plus en plus d’agriculteurs sont contraints de vendre, lui résiste malgré les difficultés. Mais un jour l’une de ses filles lui demande une aide financière importante et il va être confronté à un choix impossible.

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          Quand j’ai entendu parler de ce film, j’ai de suite su qu’il était de ceux que je ne pouvais rater ! Venant moi-même d’une famille de petits agriculteurs, je suis particulièrement intéressée par ce type de sujets dans lesquels je me retrouve un peu. J’avais donc hâte de découvrir de quelle manière la délicate question de la transmission allait ici être abordée. Je m’attendais à un film sensible et émouvant sur la famille et les racines mais il est finalement sobre voire même un rien austère. Le rythme est assez lent. On suit le personnage dans son quotidien et si je m’attendais à des doutes, des hésitations et des remords quant à la vente de sa ferme, il n’en est rien. C’est troublant de le voir ainsi tourner le dos à son passé presque trop facilement.

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          Pourtant c’est justement ce qui rend ce film intéressant. C’est je trouve une manière de traiter le problème éloignée des clichés et du pathos et, si on n’est pas forcément dans l’émotion, cette vision assez sombre me semble surtout terriblement réaliste. Le réalisateur n’embellit pas les choses pour nous livrer une belle histoire mais nous montre ce qui est le quotidien de beaucoup. Ca peut sembler banal, terne mais je trouve cette technique parfois proche du documentaire assez appréciable. Les acteurs rendent émouvants ces personnages dont la vie est sur le point de basculer. Quant à l’image, elle est très maîtrisée tout en restant naturelle. C’est ce qui ressort de l’ensemble : une impression de naturel et de sincérité pour un film réussi et touchant.