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Les annales de la compagnie noire

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          Depuis des siècles, les souvenirs de la Compagnie noire sont consignés dans les présentes annales. Depuis des siècles, la troupe se loue au plus offrant et les batailles qu’elle a livrées ont déjà rempli maints volumes. Jamais pourtant elle n’aura traversé de période aussi trouble. Entrée au service de la Dame et de ses sorciers, la Compagnie participe à l’une des plus sanglantes campagnes de son histoire. Les combats incessants, la magie noire qui empuantit l’air… bientôt les hommes tombent comme des mouches, et ceux qui restent debout se demandent s’ils ont choisi le bon camp. Ce sont des mercenaires dépravés, violents et ignares, sans foi ni loi, mais même eux peuvent avoir peur, très peur…

glen cook

          J’ai lu un peu de fantasy dans mon adolescence mais il y a fort longtemps que j’ai délaissé le genre. Et puis, il y a quelques années, je me suis procuré les 3 premiers tomes de la Compagnie Noire. A vrai dire, je croyais que c’étaient les seuls que comprenait la série et c’est ce qui m’a motivée à me lancer, ce n’était pas trop long, ça fait toujours moins peur. Bon, après avoir commencé le 1° tome, je me suis renseignée et c’est n’est pas 3 mais 13 tomes que compte cette série ! Ils sont tous plus ou moins 400 pages. Pour la lecture rapide, c’est raté ! Qu’à cela ne tienne, une fois cette lecture entamée, impossible de s’arrêter. Toutefois, je ne pouvais pas me permettre de les lire d’une traite (je n’avais pas encore fini mon master à ce moment et les lectures, ce n’était pas ce qui me manquait). Mais la bonne nouvelle, c’est que les tomes fonctionnent par 2 ou 3, avec souvent pas mal de temps écoulé de l’un à l’autre et parfois des changements de narrateur. Il n’est donc pas trop difficile de couper sa lecture, d’autant plus que l’auteur rappelle le passé de manière régulière par petites touches subtiles. J’avais arrêté de vous parler de chaque tome un à un (trop répétitif), voici donc mon avis complet sur la série.

          Cette série a été immédiatement un énorme coup de cœur. Déjà, parce que c’est très bien écrit. Et qui plus est exceptionnellement bien traduit. La richesse de la langue est incroyable (avec quelques expressions typiques du sud dont certaines que je ne connaissais qu’en occitan !) et il n’est pas rare que je doive sortir le dictionnaire pour vérifier tel ou tel vocable. J’ai rarement vu tant de niveaux de langue se côtoyer, c’est un vrai bonheur ! La richesse du vocabulaire est juste exceptionnelle. Ces romans sont d’ailleurs sans doute le meilleur rempart à l’argument – parfois vrai – selon lequel la fantasy serait de la littérature de bas étage mal écrite. Glen Cook jongle avec les mots avec un talent fou. Côté style donc, un énorme coup de foudre. Je rêverais d’être capable d’écrire aussi bien.

glen cook

          Et l’histoire alors ? Ben déjà, avec un style pareil, le mec pourrait me parler de verrues plantaires que je serais au comble de l’admiration donc bon, il pourrait se payer le luxe d’une histoire bateau sans problème. Sauf que non, ça aussi c’est hyper réussi ! Je trouve souvent que les univers « magiques » ne sont pas assez construits et qu’il y a toujours un truc pas assez pensé qui me fait sortir du monde de l’auteur. Rares sont ceux qui trouvent grâce à mes yeux. Là l’univers est assez proche du notre (version plutôt médiévale : on est pied et à cheval et on guerroie avec des épées), la magie vient par petites touches où le mythe côtoie souvent la réalité. Elle prend la forme de déesses maléfiques, de démons invisibles ou de sorciers farceurs. Avec un petit tapis volant d’ici-delà. Et en fonction des régions traversées par nos héros, les croyances varient, laissant toujours traîner une part de mystère. Mais il arrive aussi qu’elle se fasse oublier, ou qu’en tout cas elle soit laissée plus en marge du récit, comme une sourde menace parfois un peu lente à ressurgir.

          La Compagnie noire, c’est grosso modo une troupe de mercenaires à l’éthique discutable mais à laquelle le sens de l’honneur et un certain sens de l’humour ne sont pas étrangers. Sa taille varie d’une poignée d’hommes à une véritable armée en fonction des coups du sort. L’histoire s’étend sur une vaste période (quelque chose que 40 ans je pense) avec donc pour la compagnie des membres et des employeurs changeants. On la voit évoluer, et ses membres avec elle. Sans oublier bien sûr un certain lot de trahisons et d’échecs qui viennent pimenter l’affaire. Parce que l’autre grande réussite de cette série, c’est que tout n’est pas rose pour nos héros. Loin s’en faut ! Il y a quelques sacrés cas sociaux dans ses rangs, certains personnages sont parfaitement antipathiques, ils ne sont pas toujours aussi fins stratèges qu’ils le voudraient (même si à vrai dire, c’est quand même ce qui est sensé leur sauver la mise à peu près tout le temps) et ils jouent parfois de malchance. En bref, ça ressemble assez la vraie vie. Les héros ne s’en sortant pas particulièrement mieux que les autres (enfin juste assez pour que l’histoire continue quand même).

glen cook

          Les livres que nous lisons sont sensés être les annales de la compagnie, où tous ses faits et gestes sont archivés avec plus ou moins de minutie. Celui qui les consigne change donc parfois d’un livre à l’autre avec un changement de style conséquent. Mon favori est indéniablement resté Toubib, celui qui ouvre le récit. Ca tombe bien, c’est au final lui qui a le plus souvent la parole. J’ai bien aimé l’idée qui est de plus assez bien exploitée et crée de la variété dans cette série fleuve. J’avais peur de ne jamais venir à bout de ses 13 tomes mais si j’ai pris tout mon temps, c’est avant tout pour faire durer le plaisir parce que franchement, c’est tellement prenant qu’il faut se faire violence pour ne pas enchaîner les tomes jusqu’au dernier.

          J’avais peu peur d’être déçue par la fin. Ca finit bien ? on se dit que c’est prévisible. Ca finit mal ? on est déçus pour les héros qu’on a suivi si longtemps. Jusqu’à la moitié du dernier tome, je n’ai pas été très sure de savoir comment ça allait finir. Après j’ai cru voir où ça allait et j’ai eu peur qu’en prenant un chemin assez attendu, la fin manque de panache. Alors certes, il y a une partie du dénouement qu’on peut anticiper maaaiiis, il y a des rebondissements jusqu’à la dernière ligne, et pas des moindres. J’ai trouvé que l’auteur ne s’en sortait pas mal du tout avec cette fin à la fois logique et surprenante. J’ai refermé ce livre en me sentant un peu orpheline et avec une grosse envie de jeter un œil à ce que Glen Cook a écrit d’autre (ainsi qu’aux traductions de Frank Reichert). Vous l’aurez compris, cette série aura été un énorme coup de cœur. Bien sûr, il y a des passages qu’on aime plus que d’autres, des moments un peu moins palpitants et des personnages qui ne nous inspirent pas toujours mais l’ensemble est d’excellente qualité et se tient très bien. Les rebondissements ne manquent jamais et le suspens est bien souvent au rendez-vous. Du grand art.

auteur

Le Mal est relatif, annaliste. On ne peut pas lui mettre d’étiquette. On ne peut ni le toucher, ni le goûter, ni l’entailler avec une épée. Le Mal dépend de quel côté on se trouve, de quel côté on pointe son doigt accusateur.

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Tu me connais, gamin. Je suis aussi insaisissable que fiente de chouette vaselinée.

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Avec les rois, on ne peut jamais savoir. Il ne réfléchissent pas comme les gens normaux. Comme s’ils étais plus ou moins hermétiques à la réalité.

This Is Us

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          Série dramatique américaine de Dan Fogelman avec Milo Ventimiglia, Mandy Moore, Sterling K. Brown. En production, 1 saison de 18 épisodes (42 min) en cours de diffusion sur Canal+.

          Selon Wikipédia, en moyenne 18 millions d’êtres humains partagent le même jour d’anniversaire à travers le monde. Mais il existe une famille, dispatchée entre New York et Los Angeles, dont quatre des membres sont nés le même jour ! Voici leur histoire drôle et émouvante…

This is us, affiche saison 1

          Bien que j’en regarde beaucoup, je parle finalement très peu de séries sur le blog. Sans doute parce que je les regarde souvent assez en retard et que je trouve parfois difficile de résumer plusieurs saisons qui peuvent réunir des réalités très variées (et les articles épisode par épisode, très peu pour moi). Mais là pour une fois, je suis dans les temps et on est sur une première saison (qui n’est d’ailleurs pas encore finie, je n’en ai à ce jour vu que le premier tiers, la suite n’ayant pas encore été diffusée), ce qui me facilite quand même sacrément la tâche. Et puis surtout c’est un énoooorme coup de coeur ! This Is Us, c’est l’histoire d’une famille. Un couple, qu’on suit alors qu’ils sont tous les deux encore jeunes et amoureux, puis parents. Et leurs enfants, à l’âge adulte. Des triplés : un beau gosse célèbre, égocentrique et peu sûr de ses capacités ; une obèse marrante et sensible qui vit dans l’ombre de son frère ; et un noir adopté, brillant, obsédé par la perfection et un peu à l’écart de la fratrie.

This is us, saison 1

          On pourrait penser que ça va tomber dans le cliché. Ou que ça ne va pas être crédible. Et pourtant. Pourtant ça fonctionne incroyablement bien. Les personnages ont tous une belle profondeur et leur psychologie est très fouillée. Ils ont tous leurs forces et leurs failles, leur charme aussi, tous sont attachants pour des raisons qui leur sont propres. L’histoire est assez simple. On suit d’une part leur quotidien, leurs joies, leurs doutes, leurs déboires ; et d’autre part celui de leurs parents à différents moments de leurs vies, de la rencontre à la difficulté d’élever trois enfants. On nous montre ce qui fait, dans le passé et le présent, ce qui fait qu’ils ont eux. Et le charme opère. C’est extrêmement sensible et chaque épisode est une vraie perle. Ils m’ont à ce jour tous mis la larme à l’oeil. Cette série est à la fois drôle et diablement émouvante. Ca sonne juste, ça met en avant des personnages hors normes, ça pointe du doigts au passage les travers de la société. C’est terriblement bien joué, classique d’un point de vue visuel, un peu plus complexe dans la construction et un rien mélo. Je ne trouve pas grand chose à y redire, reste à voir si ça tient la distance. La série la plus touchante du moment. 

Rentrée littéraire 2016, les premiers romans

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Quelques premiers romans sont arrivés jusqu’à moi en cette rentrée littéraire 2016 qui m’aura décidément apporté beaucoup de bonnes surprises (et quelques mauvaises quand même…). En voici donc quelques uns, dans des styles très différents. Deux d’entre eux seront à découvrir dans des articles à venir, d’une part parce que je n’ai pas encore eu le temps de les lire, d’autre part pour équilibrer un peu le contenu de mes articles consacrés à cette rentrée littéraire.

Une nuit, Markovitch, d’Ayelet Gundar-Goshen

 

1939. Zeev et Yacoov quittent leur petit village de Palestine, direction l’Allemagne, où ils ont pour mission d’épouser de jeunes Juives afin de les sauver des griffes des nazis. De retour chez eux, ils leur redonneront leur liberté en divorçant. Mais si Zeev a bien l’intention de retrouver la femme qu’il aime, Yacoov, lui, ne tient pas à laisser partir Bella.

Une nuit, MarkovitchLe résumé de ce livre me semblait assez amusant et m’intriguait beaucoup. Je dois avouer que je suis loin d’avoir été déçue ! J’ai de suite accroché avec le style très particulier de ce roman. C’est enlevé, drôle, et souvent plus profond qu’il n’y paraît ! Les personnages sont assez stéréotypés et c’est étrangement là que réside tout le charme de ce roman assez cocasse. On s’attache à ces personnages qui possèdent tous leur part de démesure et on se délecte de leurs aventures. J’ai dévoré ce livre avec une boulimie que je n’avais plus connue depuis longtemps. Un petit regret sur la toute fin, qui est en trop à mes yeux mais après une lecture si agréable, ce n’est qu’un infime détail. Sous couvert d’humour et d’une histoire quelque peu farfelue, l’auteur nous raconte aussi un peu son pays et sa culture ; un aspect de ce livre que j’ai particulièrement apprécié. Ce roman mêle habilement les genres, grave et léger à la fois, il parle aussi bien de l’intimité de ses personnages que d’un pays en pleine mutation. L’espoir y est omniprésent, et souvent déçu. Une lecture atypique qui, bien que moins légère qu’il n’y paraît, m’a franchement donné le sourire. Une des plus belles découvertes de cette rentrée !

Pourquoi ruminer quand on peut mordre dans les rondeurs pulpeuses de l’avenir ? À trop évoquer ses souvenirs, on les use, exactement comme les lessives répétées finissent par ternir le linge.

The girls, d’Emma Cline

 

Evie Boyd, adolescente rêveuse et solitaire, vit au nord de la Californie à la fin des années 1960. Au début de l’été, elle aperçoit dans un parc un groupe de filles. Interpellée par leur liberté, elle se laisse rapidement hypnotiser par Suzanne et entraîner dans le cercle d’une secte.

The girlsJe ne savais pas trop qu’attendre de ce roman dont je ne savais rien avant d’entamer ma lecture. Je n’avais même pas lu la quatrième de couverture avant de l’ouvrir. Je suis un peu indécise sur ce que je dois en penser même si dans l’ensemble j’ai apprécié cette lecture. L’adolescente au centre du récit n’a pas grand chose de l’héroïne traditionnelle. Introvertie, peu sure d’elle, elle a peu d’amis et serait prête à tout pour se sentir aimée. C’est ce qui va la pousser vers des fréquentations peu recommandables et changer sa vie. On alterne entre son adolescence et sa vie d’adulte. La première tient la plus grande partie du récit, j’ai trouvé la seconde moins intéressante même si elle a le mérite de mettre l’accent sur les conséquences des mauvais choix fait par le personnage. On assiste à la transformation de la petite fille sage et timide en une adolescente rebelle. Les sentiments sont très bien décrits, on ressent sans peine son malaise adolescent, ce qui a un côté assez dérangeant. C’est d’ailleurs inspiré d’une histoire vraie, celle du célèbre criminel américain Charles Manson et de sa « famille ». Un roman perturbant qui met en scène les sentiments ambigus avec un certain brio.

Mais j’aurais dû savoir que quand des hommes vous mettent en garde, ils vous mettent en garde contre le film sombre qui défile dans leur propre cerveau.

Un travail comme un autre, de Virginia Reeves

 

Roscoe est fasciné par l’électricité. Il en fait son métier mais doit y renoncer lorsque Marie, sa femme, hérite de l’exploitation familiale. Année après année, la terre les trahit. Pour éviter la faillite, il a l’idée de détourner une ligne électrique de l’Alabama Power. L’escroquerie fonctionne jusqu’au jour où son branchement sauvage coûte la vie à un employé de la compagnie.

Un travail comme un autreEn débutant ce livre, je m’attendais à un polar pur jus. Surement à cause du titre assez sombre (ça fait un peu tueur en série je trouve, mais j’ai dû trop regarder Dexter) et de la couverture avec son ciel d’orage sur un paysage désolé. J’ai donc été assez surprise de constater que si le style est noir, ce n’est pas à proprement parler une intrigue policière, même si elle emprunte parfois au thriller. Après un petit moment de flottement, cela s’avère toutefois sans importance. Je serais d’ailleurs bien incapable de cataloguer ce roman à la frontière entre plusieurs genres. J’ai bien aimé le personnage principal, qui possède une forme de poésie et il est intéressant de voir son évolution au fil de son séjour en prison. J’ai trouvé que la peinture des caractères était très réussie. Une certaine forme de suspens se met en place sur ce qui attend le personnage mais aussi un questionnement sur ce qui l’a amené là. De ce point de vue la construction, pourtant assez classique, fonctionne à merveille. J’ai beaucoup aimé l’aspect historique du roman, avec notamment la place accordée aux noirs dans la société. On pourrait craindre que le côté technique sur l’électricité ne soit un peu soporifique mais il reste discret et les explications ne manquent pas de clarté. J’ai trouvé ce roman aussi intéressant que bien écrit et j’ai eu le plus grand mal à le lâcher une fois entamé. Une belle découverte.

On naît avec quelque chose dans les veines, pour mon père, c’était le charbon, pour Marie, c’est la ferme, pour moi, un puissant courant électrique.

Voici venir les rêveurs, d’Imbolo Mbue

 

A New-York Jende, un immigrant illégal d’origine camerounaise, est en passe de réaliser son rêve : après avoir été plongeur et chauffeur de taxis, il vient de décrocher un emploi de chauffeur pour un riche banquier. Pour Jende, tout est désormais possible : il va enfin pouvoir offrir à Neni, sa femme, la vie dont elle rêve.

Voici venir les rêveursJe ne sais pas trop que dire sur ce roman qui m’a quelque peu déroutée. Dans l’ensemble, je l’ai aimé. C’est bien écrit, c’est un sujet qui m’intéresse, on se prend d’affection pour les personnages, globalement, c’est donc plutôt bien (voire plutôt très bien même), en tout cas sur toute la première moitié, la suite m’ayant laissée un peu plus perplexe, sans que je sache bien si c’était une bonne chose ou non, malgré à présent un certain recul. La bonne nouvelle, c’est que c’est plutôt bien écrit et que le sujet est solide. Les personnages sont bien construits, en revanche j’ai parfois trouvé ce qui leur arrivait moyennement crédible. Mais bon, rien de trop extravagant non plus, dans l’ensemble, ça se tient. Durant la première moitié du livre, une certaine tension se met en place que j’ai trouvée assez réussie. La deuxième moitié m’a un peu moins convaincue, notamment parce que la relation tendue entre les personnage m’a plus mise mal à l’aise qu’autre chose et m’a même parfois agacée. La fin est assez surprenante (même si on la sent venir) et je ne suis pas sure de bien comprendre le message que l’auteur souhaitait véhiculer. La place donnée au personnage féminin m’a aussi un peu déçue. J’ai trouvé qu’il y avait beaucoup de bonnes choses dans ce roman même si je suis restée un peu sur ma faim.

Les gens refusent d’ouvrir les yeux et de voir la vérité parce qu’ils préfèrent rester dans l’illusion. Du moment qu’on les abreuve des mensonges qu’ils veulent entendre, ils sont contents.

Muse, de Jonathan Galassi

 

Paul est obsédé par la poète Ida Perkins. Mais si ce jeune éditeur travaille dans une maison indépendante renommée, elle est éditée par une maison concurrente. Il en faudra bien plus pour calmer ses ardeurs et l’empêcher de tenter de s’approcher malgré tout de celle qu’il admire.

MuseEncore un premier roman qui avait tout pour me plaire. Ayant fait des études d’édition, je suis friande d’histoires qui s’y rapportent. Malheureusement la magie n’a cette fois pas opéré. Si je lis un peu de littérature américaine, je suis loin d’être une spécialiste de la question et je connais avant tout les grands classiques, n’en ayant même pas lu tant que ça. J’ai été totalement paumé au milieu de ces constantes références à des auteurs que je ne connaissais pas. Je n’ai pas trouvé les personnages particulièrement attachants et je n’ai pas bien vu où le récit voulait en venir, ne semblant pas avoir d’autre but que la peinture du monde de l’édition new-yorkaise. La trame n’a pas assez de consistance pour donner envie de lire tous ces auteurs de moi inconnus et donne plutôt l’impression d’un catalogue mondain. Je m’y suis sentie aussi déplacée que dans un cocktail de remise de prix littéraire : sur le papier ça a l’air sympa mais ça s’avère mortel… Le style m’a guère plus convaincu, pas franchement mauvais mais guère enthousiasmant. Malgré mon envie de m’intéresser à ce roman, il m’a profondément ennuyée. Extrêmement frustrant !

A mesure qu’il apprenait les ficelles du métier, Paul s’apercevait qu’il perdait peu à peu une partie du respect admiratif qu’il vouait aux auteurs dont il était responsable.

La tentation d’être heureux, de Lorenzo Marone

 

Cesare Annunziata a 77 ans et il a l’impression d’avoir raté sa vie : il n’a pas réussi à aimer sa femme, et les relations avec sa fille Sveva et son fils Dante sont compliquées. Une scène de violence conjugale a lieu dans son immeuble et Cesare secourt la victime, la belle Emma, sa voisine.

La tentation d'être heureuxJe ne sais pas bien pourquoi j’ai demandé à recevoir ce livre. Ca reste pour moi un mystère étant donné que ni sa couverture, ni encore moins son titre ne me tentaient. Ca sentait le roman mièvre ponctué de conseils de développement personnel. Pas du tout ma tasse de thé. Heureusement, le résumé était déjà plus vendeur. Toujours est-il que je ne regrette pas cette étrange décision. J’ai immédiatement été séduite par cet univers. Un petit vieux cynique qui s’évertue à éviter les autres, ça avait tout pour me plaire ! Je m’imagine assez facilement avoir aussi mauvais esprit à son âge. Passé la découverte du personnage, j’ai eu un moment peur que ça tourne un peu en rond. L’arrivée de cette histoire de femme battue permet de relancer le récit, après un petit temps de flottement. Il y a quelques passages qui tombent un peu dans les bons sentiments mais dans l’ensemble c’est beaucoup bien mièvre que ce que le titre laissait craindre. C’est même plutôt drôle dans l’ensemble. Il y a quelques réflexions bien vues sur les relations familiales et la manières d’aborder la vie, même si ça ne verse jamais dans la leçon de morale. Je me suis vraiment prise au jeu et j’ai lu ce roman avec un réel plaisir. Souvent drôle, parfois triste, toujours optimiste et largement cynique, une lecture qui redonne le sourire.

On ne s’habitue à rien,on renonce à changer les choses. Ce n’est pas pareil.

L’homme qui savait la langue des serpents, le livre magique à lire absolument

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          Ce livre est mon gros coup de cour de ce début d’année, il y a d’ailleurs fort à parier qu’il sera mon coup de cœur de l’année tout court. J’ai mis un certain temps avant de me décider à le lire malgré tous les avis plus qu’enthousiastes. Je ne sais pas pourquoi mais ce livre me faisait un peu peur : le titre mystérieux déjà (et puis les serpents…), épais en plus, la couverture étrange, et puis la littérature estonienne… J’aime les découvertes mais là ça faisait beaucoup d’étrange et d’inconnu, je n’avais aucune idée d’où je pouvais bien mettre les pieds, d’autant plus que je n’avais même pas lu la quatrième de couverture. C’est donc un peu sur la réserve que j’ai attaqué ce roman… On avait eu beau me le répéter, je n’y avais pas cru, mais mes craintes étaient totalement infondées. J’ai a-do-ré ce roman dès les premières lignes. Un énorme coup de cœur comme j’en ai rarement eu, à la limite de la révélation. Si si, je vous jure. Alors, il y a quoi dans ce roman ?

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          L’histoire est inspirée de légendes estoniennes où la forêt et la magie tiennent une grande place. Tout ce qui est sus-cité est joyeusement mêlé. J’ai de suite eu l’impression d’être plongée dans un des contes de mon enfance, de ceux que j’adorais qu’on me raconte, sauf que là, il fait 400 pages. 400 pages de pur bonheur. L’histoire n’est pas située dans le temps, ce qui la rapproche de nous et lui donne à mes yeux un côté à la fois mystérieux et intemporel. Dans des temps reculés, tout le monde parlait la langue des serpents, qui permettait de soumettre les animaux à sa volonté, et une salamandre géante venait vous défendre si on était assez nombreux à l’appeler. Mais depuis que des hommes de fer ont débarqué, les gens préfèrent vivre dans des villages plutôt que dans la forêt et cultiver les champs pour faire un pain qui a goût à terre au lieu de manger de chevreuil bien goûteux et des baies. D’autant plus que la langue des serpents est dure à apprendre et plus encore à maîtriser. Notre jeune héros est le dernier de sa race à la connaître. Le dernier défenseur d’une langue et d’une culture en perdition.

          Vous n’imaginez pas à quel point ça me parle, moi qui parle une langue en train de disparaître (pour plus d’info, c’est ici) et à qui on a conté des légendes que personne autour de moi ne connaît. C’est à la fois une richesse, une chance, et un lourd fardeau. C’est bien sûr plus beau enrobé d’ours qui parlent et de bois magiques mais au fond, c’est sensiblement comme ça que les choses se sont passées. J’ai trouvé que les émotions du jeune homme face à la situation étaient particulièrement bien décrites. Garder son mode de vie envers et contre tout (et tous) est un acte de courage et de résistance qui n’est pas sans conséquences pour lui. Un acte désespéré aussi. Le choc des cultures entre la tradition et la « modernité » est également très bien abordé – non sans une certaine dose d’humour. Ce sont des sujets que j’affectionne particulièrement et que j’ai rarement trouvés traités avec autant de talent et de délicatesse. C’est d’une incroyable justesse sans jamais être pesant, restant toujours en toile de fond. Ce roman est absolument magnifique. Je me suis retrouvée dans une grande épopée qui m’a replongée en enfance, avec sa magie, son ses légendes, ses animaux extraordinaires. Un grand moment de littérature. 

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Ce sont de vieilles légendes, les gens ne les ont inventées que parce qu’ils ont besoin de trouver des solutions simples à tous les problèmes compliqués : nul ne veut reconnaître ses limites.

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J’étais vraiment une feuille morte, une feuille de l’an dernier qui par malheur avait poussé trop tard pour voir la splendeur de l’été.

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Bien peu de femmes leur résistent, aux ours, ils sont si grands, si tendres, si gauches, si velus.

Ethan Frome, le chef-d’oeuvre d’Edith Wharton

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          Qu’est-il arrivé à Ethan Frome pour que cet homme d’une petite ville du Massachusetts pour qu’il se soit à ce point renfermé ? Quel a été ce grave accident qui l’a lourdement handicapé ? Un nouvel arrivant dans la ville va tenter de percer les mystères de cet homme.

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          D’Edith Wharton, je n’avais lu que Le vice de la lectureun petit texte avec lequel je n’avais pas du tout accroché. J’avais trouvé le style très vieilli et l’argumentation faiblarde. Quand on m’a offert ce roman, je ne me suis donc pas précipité pour le lire, bien que la libraire à qui je fais relativement confiance ait assuré que ce soit un chef-d’oeuvre. Toutefois, cette année, j’ai décidé de le mettre dans la liste des romans à sortir de ma bibliothèque avant le 31 décembre. Je me suis rapidement attelée à la tâche (moins rapidement à vous en parler, comme vous pouvez le constater…) et je dois bien avouer que j’ai été très agréablement surprise. L’écriture est classique mais je l’ai beaucoup appréciée. Assez sobre, avec une retenue plutôt touchante qui donne une note particulière à ce texte. On met un peu de temps à s’attacher aux personnages – par ailleurs assez énigmatiques – mais on finit par s’habituer à leur présence et par vouloir en savoir plus sur leur histoire.

          On se laisse bercer par le rythme très particulier de ce roman. Ethan Frome est un personnage énigmatique alors que sa protégée s’avère pour le moins lumineuse. Le contraste entre leurs deux personnalités donne à ce texte une relief particulier. J’ai beaucoup de mal à expliquer pourquoi j’ai tant aimé ce roman. Ca tient à la fois de ses personnages un peu « abîmés » dont le portrait est si bien dressé qu’on brûle de découvrir leur passé, ce qui a pu les façonner de la sorte. Le style simple en apparence nous coule dans un rythme qui m’a quelque peu bercée. Il y a à la fois de la douceur, de la retenue et un fond de douleur dans l’écriture que j’ai trouvé extrêmement touchant. On apprend à connaître les personnages peu à peu sans à proprement parler de suspens, on sent au fil des pages arriver le drame. Une belle écriture et une histoire bouleversante, un très grand roman.

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Il avait toujours été plus sensible que les gens de son entourage aux beautés de la nature ; ses études, malgré leur interruption prématurée, avaient donné une forme à cette sensibilité, et, même aux heures les plus malheureuses de son existence, les champs et le ciel lui avaient toujours parlé d’une voix souveraine et profonde.

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Ces sautes d’humeur faisaient le désespoir et la joie d’Ethan Frome. Le tour que prenaient les pensées de Mattie était aussi imprévisible que les allers et retours d’un oiseau entre deux branches.