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Le bruissement des feuilles, Karen Viggers

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          Miki, dix-sept ans, vit coupée du monde depuis l’incendie qui a coûté la vie à ses parents. Sous le joug de son frère Kurt, un chrétien fondamentaliste, elle travaille comme serveuse dans leur restaurant et le soir, se rêve en héroïne de romans. Lors d’une escapade secrète en forêt, elle fait la rencontre de Leon, un garde forestier tout juste installé en Tasmanie. Les deux jeunes gens se donnent alors une mission extraordinaire : sauver les diables de Tasmanie de l’extinction.

          J’avais entendu dire beaucoup de bien du précédent ouvrage de Karen Viggers. Je ne l’avais pas lu mais quand j’ai su qu’elle en sortait un nouveau, je me suis dit que ce serait l’occasion de la découvrir. On y retrouve d’ailleurs le même personnage, mais ne pas avoir lu le premier ne gêne en rien la lecture de celui-ci, les deux histoires sont indépendantes et on ne trouve que quelques références discrètes à ce qui s’est passé précédemment. Si vous en avez toutefois l’occasion, c’est évidemment toujours plus agréable de lire les choses dans le bon ordre.

Couverture du roman Le bruissement des feuilles de Karen Viggers

          Dès les premières lignes, j’ai été séduite par le style que j’ai trouvé très beau. C’est bien écrit et agréable à lire. J’ai été vraiment surprise par la qualité de l’écriture, je ne sais pas pourquoi mais je ne m’attendais pas à ça, j’imaginais quelque chose de plus « facile », de la littérature assez légère du genre qu’on embarque avec soi pour la plage. Mais non, si le style est relativement sobre il a pourtant un petit je ne sais quoi qui m’a touchée. Je ne saurais l’expliquer au juste mais d’une certaine manière je me suis un peu reconnue dedans. Je crois que c’était juste exactement ce que j’avais envie de lire J’ai dévoré les 200 premières pages en quelques heures à peine ! Une fois ce livre commencé, je n’arrivais plus à le lâcher !

          Les personnages sont touchants. Je me suis rapidement attachée à eux et j’avais envie de savoir ce qui allait leur arriver. Comment Leon va-t-il réussir à s’intégrer dans sa nouvelle vie ? Sera-t-il finalement accepté par ses voisins ? Et Miki, arrivera-t-elle à se détacher de son frère qui la tient éloignée du monde ? Comment ? On a envie de savoir. Assez pour ne plus arriver à lâcher le livre une fois entamé. La galerie des personnages est très réussie, c’est clairement l’un des points forts de ce texte. Pour ne rien gâcher, le roman a pour toile de fond les réserves du Sud de l’Australie. L’autrice décrit les paysages avec une grande force évocatrice et on se croirait presque transportés dans ces forêts aux arbres géants.

Le diable de Tasmanie, photo de Mariusz Prusaczyk

Le diable de Tasmanie, photo de Mariusz Prusaczyk

          Il y a un sérieux fond de combat écologique dans ce roman qui n’est pas pour me déplaire. Il y est largement question de la sauvegarde du diable de Tasmanie (qui a une place centrale dans le texte) mais sont aussi abordées des questions telles que la déforestation d’une manière que j’ai trouvée intéressante. En effet, la parole est donnée aux deux parties : les bûcherons qui défendent leur gagne-pain et le garde forestier qui veut préserver le territoire. Des pistes de réflexion pour dépasser ce clivage sont abordées. C’est un des aspects du texte que j’ai apprécié, son engagement et la sensibilisation assez subtile à la préservation de l’environnement.

          Si j’ai dévoré la première moitié du texte d’une traite, la deuxième moitié est un peu en-dessous je trouve. Le rythme est moins maîtrisé, il y a quelques longueurs. J’ai été agréablement surprise de voir que l’histoire prenait un tour vaguement moins attendu que ce que j’imaginais, cependant sur la fin j’ai eu l’impression que les réactions des personnages se font parfois un peu plus niaises. D’engagé le textes glisse doucement vers des aspects parfois un peu mièvres qui m’ont un peu interpellée. Heureusement, ça reste quand même assez discret pour ne pas gâcher l’ensemble. Si j’ai été un peu déçue par les dernières pages qui m’ont semblé moins maîtrisées que le début du roman, j’ai beaucoup aimé le style de Karen Viggers et les thèmes abordés. Ca m’a donné envie de lire ses précédents romans et malgré un certain agacement parfois face aux réactions des personnages, j’ai refermé ce livre en me demandant ce qu’ils allaient devenir et je me suis surprise à espérer une suite que je lirai avec grand plaisir.

Portrait de karen Viggers

Le paysage comptait plusieurs strates. Comme les gens. Les arbres. Chaque élément complétait les autres et chaque élément était différent. Elle aimait la façon tout cela s’imbriquait pour former un tout. Un paysage. Un pays. Un monde. Tout était là.

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Miki voulait aussi naître au monde et rencontrer des gens. Avoir une chance de faire leur connaissance. D’être indépendante. De tomber amoureuse. De se tromper. Mais elle voyait quand tout cela pourrait arriver. Pour l’instant, elle devrait trouver son bonheur dans les livres.

Woman at war

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Thriller islandais de Benedikt Erlingsson avec Halldora Geirhardsdottir, JóhannSigurðarson, DavídThórJónsson

          Halla, la cinquantaine, déclare la guerre à l’industrie locale de l’aluminium, qui défigure son pays. Elle prend tous les risques pour protéger les Hautes Terres d’Islande… Mais la situation pourrait changer avec l’arrivée inattendue d’une petite orpheline dans sa vie…

Affiche du film Woman at war

          Parmi les (rares) films que je tenais absolument à voir cet été, celui-ci était en bonne place. Et je n’ai pas regretté ! J’aime souvent beaucoup les films islandais bien que j’aie rarement l’occasion d’en voir, il y a souvent un humour très particulier que j’apprécie et un rapport à la terre qui me parle (c’est mon côté ours ariégeois qui ressort). Celui-ci ayant en plus pour personnage une femme forte et engagée sur fond d’écologie, je ne pouvais qu’être tentée. Et à vrai dire, je n’ai pas été déçue !

Image extraite du film Woman at war

          J’ai beaucoup apprécié le personnage principal. Une femme engagée et jusqu’au-boutiste qui ne manque pas pour autant de fantaisie et de sensibilité. Un personnage assez atypique et attachant. Le rôle est extrêmement bien campé par Halldora Geirharosdottir. Si le film semble avoir une certaine naïveté dans la réalisation, son message engagé et son côté décalé en font une fable pour le moins plaisante et plus profonde qu’il n’y paraît. Le message écologique est au centre du film et parvient à être clair sans que le message ne soit trop lourd.

Image extraite du film Woman at war

          Certains reprocheront peut-être à ce film son humour décalé, parfois absurde et un peu répétitif. Il y a notamment un orchestre qui apparaît à l’écran dans des situations improbables dès que la tension est un peu forte, créant ainsi un décalage que j’ai beaucoup apprécié mais qui peut s’avérer lassant. La toute fin du film m’a laissée songeuse, je ne suis pas sure d’en avoir bien saisi le message mais c’est un détail, l’essentiel ayant été dit avant. Un beau film, original, décalé, cynique et très engagé. Une belle découverte sur fond de splendides paysages islandais.

La révolte des animaux, l’écologie à la portée des enfants

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          Un jour qu’il regarde la télévision, Sha le chat prend soudain conscience de la cruauté de l’homme. Il décide alors d’en alerter tous les animaux. La révolte gronde dans le règne animal, les humains sauront-ils les entendre ?

          Un livre sur l’écologie destiné aux enfants ? une idée assez maligne. Encore faut-il que ce soit bien fait ; et je dois admettre que c’est plutôt réussi. J’ai souvent un peu de mal avec ce genre d’idée, les romans qui donnent la parole aux animaux ou aux objets. Je trouve que c’est assez difficile de rendre ça crédible, même s’il y a quelques exemples très réussis (La ferme des animaux, à tout hasard). Je suis rentrée facilement dans cette histoire que j’ai trouvée plutôt mignonne.

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          On suit cette histoire du point de vue des animaux et leur exaspération est touchante. Ils sont sans doute le meilleur moyen de sensibiliser les enfants à leur cause. J’ai parfois eu un peu l’impression au cours de ma lecture de perdre le message de vue. Au final, il m’a semblé que c’était avant tout un appel à devenir végétarien. Une position que je peux tout à fait comprendre mais que je ne cautionne pas vraiment pour des enfants. Je pense qu’on peut les sensibiliser à cette cause, qu’on n’est pas non plus obligé de les gaver de viande, mais que ce choix de vie est important et doit à mon sens se faire à l’âge adulte. Je suis pour consommer plus intelligemment plutôt que pas du tout.

          Il est vrai aussi que je lis ça avec un regard d’adulte assez sensible à ce sujet, les enfants perçoivent sans doute ce texte de manière assez différente. C’est en tout cas une invitation à faire plus attention aux animaux et à les respecter, ce qui ne peut pas faire de mal. Les enfants sont souvent très proches des animaux, je me demande pourquoi la plupart des gens perdent ça en devenant adulte. Malgré quelques réserves sur le fond, qui manque peut-être un brin de clarté (je comprends mieux pourquoi les contes finissent toujours par une morale, aussi lourde soit-elle), j’ai trouvé ce petit livre très séduisant. Bien écrit, plein d’humour et de poésie, un conte pour apprendre à nos enfants à protéger les animaux.

Only lovers left alive

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Drame, romance, britannique de Jim Jarmusch avec Tom Hiddleston, Tilda Swinton, Mia Wasikowska

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          Adam et Eve s’aiment bien que l’un vive à Détroit et l’autre à Tanger. Adam est un musicien torturé et sa femme entreprend un long voyage pour le rejoindre. Mais la joie des retrouvailles va être de courte durée et leur quotidien va être bousculé par l’arrivée d’Ava, la petite sœur d’Eve.

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          Je dois avouer que si je suis allée voir ce film, c’est essentiellement parce qu’il m’intriguait. Une histoire de vampires vue par Jim Jarmusch, j’avais du mal à voir ce que ça pouvait donner ! D’autant plus que les critiques étaient franchement bonnes, ce qui est toujours surprenant quand il y a des buveurs de sang à l’écran. Il fallait donc que j’aille voir de quoi il retournait. Dès la première scène, j’ai su que ce film allait être étrange et fascinant. Il faut dire que ça commence fort avec un portrait alterné des deux personnages qui semble suivre le mouvement du tourne-disque débitant une musique envoûtante. C’est hautement esthétique et vaguement écœurant, effet mal de mer oblige. Le ton est donné, ici les images sont recherchées, la lumière très travaillée et la musique au centre de tout pour un résultat d’une beauté parfois déroutante.

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          Et l’histoire dans tout ça ? Elle m’a semblé un rien délaissée et c’est bien dommage. J’ai trouvé que c’était un rien compliqué et tiré par les cheveux. Les vampires ne sont là finalement que pour introduire le problème du sang contaminé et un propos écolo de manière on ne peut plus maladroite. Ils sont censés amener également un certain recul sur les activités humaines même si j’ai trouvé que l’effet tombait à plat. Les personnages étalent leur passif, chacun étant un génie méconnu et ayant côtoyé du beau monde. Ainsi, l’un d’eux serait le réel auteur des pièces de Shakespeare : mais pourquoi nous infliger ces propos inutiles qu’absurdes ? Sans compter un petit côté fleur bleue dont je me serais bien passée.

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          Pourtant, malgré ses grosses ficelles, le film ne manque pas d’intérêt. Le propos a beau être lourdaud, il pose des questions intéressantes sur notre société. Et surtout, c’est l’image est tellement belle et fascinante qu’on en oublierait presque les maladresses du scénario. La bande-son est quant à elle un vrai régal et mérite le détour à elle seule. J’ai été comme hypnotisée par la musique et me suis laissée porter sans peine par ce film. Malgré des faiblesses indéniables du côté de l’histoire, Jim Jarmusch signe un long métrage de toute beauté, étrangement déroutant.

Promised Land

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Drame américain de Gus Van Sant avec Matt Damon, Rosemarie DeWitt, Frances McDormand

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          Steve est représentant dans un groupe énergétique qui exploite le gaz de schiste. Quand il se rend avec Sue, sa coéquipière, dans une petite ville ravagée par la crise afin de convaincre la population d’accepter les forages, il pense que la partie sera facile. Pourtant, quand un professeur se dresse contre le projet et la source de profit qu’il représente, les choses vont quelque peu se compliquer.

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          Gus Van Sant, Matt Damon et un sujet qui traite d’écologie, un film qui avait tout pour me plaire ! J’ai toujours eu un faible pour les films engagés et celui-ci me tentait tout particulièrement. J’ai trouvé la manière dont le sujet était traité très intéressant. Les films américains ont une fâcheuse tendance au manichéisme, il n’en est rien ici. La vraie bonne idée du film, c’est son personnage principal, convaincu du bien fondé de son action. En effet, pour lui le gaz de schiste est avant tout une formidable source de revenu en temps de crise : intègre et un rien naïf, il n’imagine pas que sa société puisse cacher les conséquences écologiques de ces forages par appât du gain. Il n’y a donc pas vraiment de « gentils » et de « méchants » dans cette histoire ; simplement des hommes un peu perdus dans un monde qui les dépasse, et qui doivent faire face à des choix difficiles.

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          Ce film n’est sans doute pas un chef-d’oeuvre. Il n’est pas de ceux qui transportent ou qui dérangent. Un film simple, sans grande prétention, mais efficace. J’ai beaucoup apprécié cette sobriété qui manque si souvent au cinéma américain. Un film qui n’en fait pas trop : une bonne histoire, d’excellents acteurs et une image de toute beauté ; des qualités qui se suffisent à elles-mêmes, nul besoin d’en rajouter. L’humanité des personnages, leurs doutes, leur incompréhension ou leur colère, mettent en avant les problèmes que soulève l’exploitation du gaz de schiste sans tomber dans l’exposé écologique ou la surenchère de bons sentiments. Des qualités tout à fait louables et qui fonctionnent parfaitement. Un film qui, s’il n’est pas particulièrement brillant, est un plaisir de bout en bout. Une réalisation soignée, simple et de bon goût comme on en voit trop peu et qui sert sa cause plus efficacement qui n’importe quel pamphlet.