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Dernier voyage à Buenos Aires – un moment de nostalgie

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          Quand le narrateur arrive à Paris depuis son Amérique natale, il est jeune et naïf. Il rêve de devenir un grand écrivain. Des années plus tard, on le retrouve désabusé, dans les mêmes rues. Quand un médecin lui apprend qu’il va perdre la vue, le souvenir de Magdalena, son premier amour, resurgit.

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          Je dois avouer que je n’ai pas accroché de suite avec ce roman. J’ai trouvé le début un peu laborieux et sans grand intérêt bien que le style soit agréable. En revanche, dès qu’on retourne dans le passé du personnage et ses jeunes années, même s’il faut un peu de temps pour se plonger dans l’histoire, ça devient autrement plus intéressant. Dommage que le procédé qui l’introduit manque de finesse. On assiste à la fois la première du premier amour du narrateur et sa découverte de Paris. Je dois avouer que j’ai été assez déçue de voir que Buenos Aires n’avait rien à voir là-dedans. Rien de révolutionnaire mais on se laisse prendre au jeu de cette de cette double histoire d’amour naissante pour une femme et pour une ville. On le suit dans ses déambulations, on partage ses états-d’âme. Il est d’une naïveté touchante. Je ne dirais pas que le personnage est particulièrement attachant mais sa jeunesse le rend attendrissant.

          L’histoire d’amour n’en fait pas des masses dans le romantisme, ce qui m’arrange bien et tend à la rendre crédible je trouve. On a malgré nous envie de savoir comment elle va bien pouvoir finir et c’est sans nul doute le fil conducteur de ce récit. Ce qui est intéressant et donne une note mélancolique à ce texte, c’est la confrontation entre le Paris réel et le Paris rêvé. La ville lumière véhicule beaucoup de fantasmes notamment autour de la figure du l’écrivain. Aux yeux du jeune homme, Paris semble se résumer à son arrivée à une chambre de bonne, des soirées à boire du vin et quelques cours à la Sorbonne. Même si la chute n’est pas aussi brutale qu’on pourrait s’y attendre, c’est intéressant de le voir peu à peu changer de regard sur la ville et sur lui-même. Il ne s’agit sans doute pas d’un grand roman mais j’ai aimé l’atmosphère qui s’en dégage et j’ai passé un agréable moment de lecture.

L’écrivain national : quand Serge Joncour retourne aux sources

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          Serge est écrivain, peu connu malgré de nombreuses années de galère, il vit toutefois de son art et est même invité en résidence d’auteur dans une petite ville du Morvan. Mais une fois arrivé là-bas, rien ne va se passer comme prévu. Fasciné par un fait divers sordide, il va se retrouver mêler d’un peu trop près à cette histoire.   

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          J’ai une tendresse toute particulière pour l’écriture de Serge Joncour et son humour au vitriol. Dans son précédent roman, L’amour sans le faire, il délaissait cette écriture nerveuse à l’apparente légèreté pour plus de douceur. Bien que l’absence de son humour décapant m’ait au début déroutée, je n’ai pu qu’admettre qu’il signait là malgré tout son plus grand roman, d’une incroyable délicatesse. Je me demandais donc si son roman suivant resterait dans ce ton ou si on y retrouverait son côté décalé. Ne tournons pas autour du pot plus longtemps, avec ce livre, Serge Joncour renoue avec ses premières amours. On retrouve son sens aigu de l’observation et son auto-dérision tout à fait délectable.

          J’ai un peu regretté la finesse et la maturité de son précédent roman (je sais, je suis pénible, je ne sais pas ce que je veux) tout en étant heureuse de retrouver le style pour lequel je suis cet auteur depuis quelques temps maintenant. Pour le contenu en revanche, le petit côté polar est tout à fait inédit. L’auteur n’a décidément pas fini de nous surprendre ! J’ai beaucoup aimé le ton de ce roman. Serge Joncour maîtrise décidément l’ironie comme personne. Son personnage semble être un véritable reflet de lui-même. Je me suis délectée de ses déboires. J’ai parfois eu l’impression qu’à travers ce personnage bourru, c’était lui-même que l’auteur dépréciait. Quand on connaît son talent et sa sympathie, on espère que ce n’est qu’une fâcheuse impression.

          Bien que j’aie beaucoup aimé ce roman, j’ai eu le sentiment par moments que l’auteur se cachait derrière son humour. Même si ce texte sonne souvent juste, j’ai trouvé qu’il y manquait la sincérité du précédent. Difficile de marier les deux mais j’espère qu’il y parviendra dans l’avenir. Quand on a vu de quelle justesse il est capable, on a beau adorer son humour, on ne peut que souhaiter qu’il explore un peu plus cette voie. Le roman est très drôle, avec un personnage bourru et maladroit qui a un vrai don pour se fourrer dans les emmerdes. J’ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture. L’esprit des petits village y est décrit de manière tout à fait délectable. L’ambiance de ce livre est sans nul doute un de ses gros points forts tout comme le mélange des genres, entre humour et polar décalé. Un roman surprenant dans lequel l’auteur renoue avec l’humour. Une lecture aussi riche qu’agréable. Serge Joncour reste décidément un auteur à suivre !

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Lire, c’est voir le monde par mille regards, c’est toucher l’autre dans son essentiel secret, c’est la réponse providentielle à ce grand défaut que l’on a tous de n’être que soi.

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Un auteur dans le fond doit-il servir à quelque chose, de même que chacun d’ailleurs, est-ce qu’on doit tous servir à quelque chose et est-ce qu’il y a des degrés dans cette implacable hiérarchie des utilités ?

La maison de George Sand

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          La maison où vécut George Sand, située à Nohant, dans l’Indre, a été léguée aux Monuments Nationaux qui l’ont restaurée. On eut donc la visiter dans un état très proche de celui dans lequel elle l’a habitée, tout le mobilier ayant été conservé. Une heure visite dans l’univers de cette célèbre écrivain.

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         J’avoue ne pas trop connaître l’oeuvre de George Sand (voire pas du tout). Toutefois, cette visite fut une très bonne surprise. La maison n’est pas trop grande, ce qui lui donne une dimension très humaine, on imagine sans peine de la vie à l’intérieur. L’intérieur a été rénové et mobilier conservé ainsi que de nombreux tableaux et objets, on se retrouve donc plongés dans le passé dès qu’on franchit le seuil.

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          C’est ici que l’auteur a passé quasiment toute sa vie. Qu’elle a écrit, qu’elle a vécu, qu’elle a reçu ses amis. Car plus encore que son oeuvre, c’est sa vie qui est passionnante ! Une femme indépendante, très en avance sur son temps et dont le comportement a plus d’une fois fait scandale. On apprend a mieux la connaître entre ces murs et on s’étonne du vent de liberté qu’elle y a fait souffler. Une visite qui a beaucoup de charme et m’a donné envie de mieux connaître ce personnage haut en couleurs.

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Maison de George Sand

36400 Nohant

7,50€

La Grande Bellezza

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Comédie dramatique italienne de Paolo Sorrentino avec Toni Servillo, Carlo Verdone, Sabrina Ferilli

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          Jep est un bel homme qui rencontre un succès certain auprès des femmes et écume les soirées mondaines dont il est souvent au centre. Une vie superficielle qui ne le comble plus tout à fait. Dans son jeune âge, il a écrit un unique roman qui lui a valu un prix littéraire. A 65 ans, cynique et un rien blasé, il se demande s’il ne devrait pas se remettre à écrire.

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          La bande-annonce de ce film ne nous apprend pas grand chose à son sujet mais j’étais intriguée, et me disais qu’on tenait peut-être là un grand film. Avec ce type de cinéma sur la vacuité de la vie, deux solution : ou c’est complètement raté et on se retrouve avec un film creux et sans intérêt, ou ça fonctionne et c’est alors simplement magique. Il fallait que j’aille voir de quoi il retournait. Le sujet, sur ce mondain qui veut retourner à l’écriture mais est freiné par le poids de son succès passé et la peur de l’échec, me semblait tout à fait passionnant.

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          Le début du film m’a un peu surprise : une scène où il ne se passe à peu près rien, dont on ne comprend pas bien le sens mais d’une incroyable beauté. Tout le film sera à l’avenant. Les scènes se succèdent de manière un peu décousue : un groupe de touristes qui découvre Rome, la fête d’anniversaire de Jep, une ballade nocturne en ville, un repas entre amis… On alterne les fêtes survoltées et vides de sens et des moments de dépression face à la solitude de cet homme pourtant si entouré. Le scénario est décousu et les questionnements du personnage juste esquissés. Certains reprochent d’ailleurs au film ce côté superficiel et déconstruit.

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          Et pourtant. J’ai eu beau me faire moi aussi ces remarques, me demander parfois où le réalisateur voulait en venir et ne pas toujours tout comprendre au sens de certaines scènes un peu improbables, je suis entrée dans cet univers comme cela m’arrive rarement. J’ai été subjuguée par la beauté des images. Ce film m’a donné envie de danser dans les scènes de fêtes survoltées, m’a mise mal à l’aise parfois, m’a fait partager la tristesse de son personnage un peu perdu dans sa vie de rêve et surtout, m’a donné la chair de poule devant la beauté de certaines images. Un frisson qui m’a parcouru l’échine comme rarement au cinéma. A tel point que j’aurais voulu ne jamais sortir de mon fauteuil et retrouver les bruits de la ville.

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          Je crois qu’on est typiquement devant le genre de films qui ne laisse pas indifférent : soit on adore, soit on déteste. Pour ma part j’ai été très sensible à cette esthétique et j’ai passé 2h20 de pur bonheur. Est-ce un grand film ? je ne sais pas. Mais un film sublime, sans aucun doute. Moi qui suis pourtant souvent très réticente face aux films esthétisants, celui-ci m’a totalement envoutée. Les images sont de toute beauté et la bande son très bien choisie pour un résultat captivant. L’intérêt de certaines scènes est peut-être douteux, tout comme leur teneur philosophique, mais qu’importe tant l’émotion que dégagent les images est forte. Un film qui porte très bien son nom : de toute beauté.