Mes lectures

Tristesse de la terre, une histoire de Buffalo Bill Cody par Eric Vuillard

          « On pense que le reality show est l’ultime avatar du spectacle de masse. Qu’on se détrompe. Il en est l’origine. Son créateur fut Buffalo Bill, le metteur en scène du fameux Wild West Show. » Découvrez son histoire et celle de la naissance du spectacle moderne. 

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          Buffalo Bill, voilà un homme dont tout le monde connaît le nom mais qui le connaît vraiment ? Pas moi en tout cas. Je dois avouer que j’ignorais à peu près tout de son histoire. Je dois avouer que j’avais hâte d’en savoir plus. En ouvrant ce livre, je m’attendais à un roman. Grave erreur ! Il s’agit plutôt d’un essai, ou d’une biographie qui s’attacherait uniquement à un aspect de celui à qui elle se consacre. Sur l’histoire indienne, j’avais lu il y a peu Mille femmes blanches de Jim Fergus que j’avais beaucoup aimé. Je m’attendais à quelque chose dans le même esprit même si c’est un peu bête étant donné que Buffalo Bill s’est finalement contenté d’exploiter l’histoire indienne en la revisitant à sa sauce pour appâter le chaland.

          Le style un peu décousu m’a quelque peu surprise. On revient sur l’histoire de Buffalo Bill Cody par petites touches, s’arrêtant sur les moments les plus fort de son célèbre show. A travers lui, on entrevoit également l’histoire des indiens d’Amérique, la vraie, mais aussi la fantasmée, celle qui nous a été transmise par des spectacles comme le sien d’abord, puis par le cinéma. Je trouve cette confrontation subtile très intéressante. C’est également à la naissance du divertissement de masse et de la société du spectacle telle qu’on la connaît qu’on assiste. Les photos qui l’illustrent complètent parfaitement le propos. Le fond est passionnant même si j’aurais préféré une trame plus romanesque. Je crois que j’aurais aimé quelque chose de plus fouillé, une construction plus classique. Toutefois, si j’ai eu l’impression que quelque chose me manquait dans ce texte pour l’apprécier pleinement, l’écriture est agréable et c’est un réel plaisir de se plonger dans l’histoire de Buffalo Bill Cody.

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Nous sommes le public. C’est nous qui regardons le Wild West Show. Nous le regardons même depuis toujours. Méfions-nous de notre intelligence, méfions-nous de notre raffinement, méfions-nous de toute notre vie sauve et du grand spectacle de nos émois. Le maître est là. En nous. Près de nous. Invisible et visible. Avec ses vraies-fausses idées, ses rhétoriques accommodantes.

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Et pour attirer le public, pour provoquer chez lui ce désir de venir voir toujours plus nombreux le Wild West Show, il fallait qu’on lui raconte une histoire, celle que des millions d’Américains d’abord, puis d’Européens avaient envie d’entendre et qu’ils entendaient déjà dans le crépitement des ampoules électriques, sans peut-être le savoir.
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Poupées – Rainer Maria Rilke

          Trois courts textes autour de l’enfance. Ces nouvelles de Rainer Maria Rilke sont suivies d’un essai de Charles Baudelaire intitulé La morale du joujou. Bien que ce soient deux auteurs que j’apprécie, je ne connaissais aucun de ces textes et j’avais hâte de les découvrir, d’autant que le thème était pour le moins prometteur.

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          Je dois avouer que contre toute attente, j’ai beau être une inconditionnelle des nouvelles de Rilke, je n’ai pas grand choses à dire de celles-ci. Je n’ai absolument pas accroché. J’ai trouvé la première nouvelle notamment extrêmement obscure. J’ai eu le plus grand mal à entrer dans le texte et à suivre ce qu’il s’y passait. Disons que c’est quasi mystique, très empreint de spiritualité, ce que je ne goûte guère avec mon esprit terriblement terre à terre. Les pages sont peu nombreuses mais j’ai dû me faire violence pour en venir à bout. Pourtant, il y a tout de même beaucoup de choses intéressantes dans ces textes qui proposent une vision de l’enfance dénuée de tout aspect puéril. Le merveilleux se confronte à la réalité dans ces trois nouvelles très différentes mais exigeantes et difficiles que complète très bien le texte de Baudelaire sur le rapport de l’enfant à ses jouets.

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Comme un roman – Daniel Pennac

          Sauter des pages, lire n’importe quoi, ne pas finir un livre… autant de droits imprescriptibles du lecteur. On fait trop souvent de la lecture une obligation scolaire, on la sanctifie et paraît parfois inaccessible.  Mais on oublie en chemin l’essentiel : le plaisir !

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          Auteur à succès connu depuis de nombreuses années notamment pour sa Fée Carabine, Daniel Pennac est aussi professeur de français. Une place de choix pour constater que si tout un chacun s’accorde s’accorde sur l’importance de la lecture, rare sont ceux qui la pratiquent, les adultes n’ont pas les temps et les élèves, tout bêtement, n’aiment pas ça. Pourtant, tous les enfants ou presque aiment qu’on leur lisent des histoires, ils attendent avec impatience qu’on leur conte des aventures d’enfants perdus dans des forêts, de princesses, de dragons ou de chevaliers. On a tellement hâte d’apprendre à lire à cet âge là ! Que se passe-t-il après ? Où passe cette soif de lecture ? S’envole t-elle quand la voix des parents ne la porte plus, quand les images ne viennent plus soutenir le texte et quand la princesse se transforme en bourgeoise ?

          L’auteur met en avant cet amour des histoire qui semble universel et dégage des pistes pour le réactiver chez les adolescents récalcitrants. En leur faisant la lecture en classe pas exemple ; rien qui soit au programme bien sûr, il ne faudrait pas les effrayer ! Le livre fait peur, il impressionne, il faut le désacraliser, le remettre à la porter de tous pour que les élèves retrouvent le plaisir de découvrir de belles histoires. Comme toujours chez Pennac, le style est agréable et ce essai se lit « comme un roman ». Il nous raconte son expérience personnelle, qui somme tout assez simple mais pleine de bonne sens et de bienveillance. J’aurais peut-être aimé une réflexion un peu plus approfondie et plus construite sur la lecture et son développement mais la force de ce livre est qu’il peut être mis dans toutes les mains, même de ceux qui n’aiment pas lire.

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L’homme construit des maisons parce qu’il est vivant, mais il écrit des livres parce qu’il se sait mortel. Il habite en bande parce qu’il est grégaire, mais il lit parce qu’il se sait seul.

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La lecture ne relève pas de l’organisation du temps social, elle est, comme l’amour, une manière d’être.

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Le verbe lire ne supporte pas l’impératif. Aversion qu’il partage avec quelques autres ; le verbe «aimer »… le verbe «rêver »…
On peut toujours essayer, bien sûr. Allez-y : «Aime-moi !» «Rêve !» «Lis !» «Lis ! Mais lis donc, bon sang, je t’ordonne de lire !»
— Monte dans ta chambre et lis !
Résultat ?
Néant.

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Petite Poucette – Michel Serres

          Ces derniers années, les nouvelles technologies ont changé bien des choses dans notre rapport au monde. A tel point que la jeunesse doit tout réinventer. Avec un accès instantané et illimité au savoir, il faut découvrir une nouvelle manière d’apprendre et d’échanger. 

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          J’avais beaucoup entendu parler de ce court essai qui à vrai dire ne me tentait guère mais l’enthousiasme général, et plus particulièrement celui de certaines personnes de mon entourage a fini par attiser ma curiosité et me pousser à y regarder de plus près. J’ai particulièrement aimé la première partie de ce livre. Le style est clair et agréable, les idées sont exposées de manière simple et efficace, sans répétition inutile. Dans un premier temps, l’auteur nous présente la « Petite Poucette » (jeune fille qui se sert fréquemment de ses pouces, téléphone portable oblige) et sa vision des mutations que nous sommes en train de vivre. J’ai trouvé les réflexions qu’il mène très justes et étonnamment pleines de bienveillance envers cette jeunesse qui parfois déroute. Ces quelques pages mettent le doigt sur les problèmes inhérents au développement des nouvelles technologies et donnent des pistes pour repenser notre rapport au savoir et à la communication.

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          La seconde partie est centrée sur l’école et développe ce qui a été évoqué précédemment même si, sur le fond, l’essentiel avait déjà était dit. On y trouve toutefois des choses très intéressantes, notamment sur le rapport à l’enseignement. Quant à la troisième partie, elle s’intéresse plutôt aux mutations dans la société. J’avoue avoir décroché à ce moment là… Le propos tourne un peu en rond et finalement, si les questions posées sont très pertinentes, aucune réelle ébauche solution n’est apportée. C’est un peu dommage, ça partait tellement bien ! La fin m’a d’ailleurs laissée un peu perplexe. Je crois que j’aurai finalement préféré que le texte reste axé sur la question du savoir et de sa transmission (qui occupe toutefois les 2/3 du texte !). Mais même si l’auteur n’a pas réussi à me convaincre jusqu’au bout, la qualité des premières pages compense largement la petite baisse de régime dans le développement. Ca m’a même donné envie d’aller voir ce que l’auteur a écrit d’autre, afin d’y trouver un ouvrage un peu moins grand public qui me siérait sans doute mieux. L’écriture est très accessible et permet de mettre les questions de société soulevées par l’auteur à la portée de tous ; un essai à l’écriture légère qui n’en pose pas moins des questions profondes. Si vous avez une heure ou deux à y consacrer, n’hésitez pas !

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Quelle littérature, quelle histoire comprendront-ils, heureux, sans avoir vécu la rusticité, les bêtes domestiques, la moisson d’été, dix conflits, cimetières, blessés, affamés, patrie, drapeau sanglant, monuments aux morts…, sans avoir expérimenté, dans la souffrance, l’urgence vitale d’une morale ?

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Ceux qui assistent à un cours évaluent toujours le professeur. Il y avait beaucoup de monde dans l’amphi ; plus que trois ou quatre étudiants ce matin : sanction par le nombre. Ou par l’attention : écoute ou chahut. Cause de soi, l’éloquence prend sa source dans le silence de l’auditoire, lui-même né de l’éloquence.

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L’établi – Robert Linhart

          Après mai 68, un jeune étudiant intègre l’usine Citroën de la Porte de Choisy. Ces jeunes intellectuels militants qui travaillaient à la chaîne ou sur les docks dans le but d’y faire souffler un vent de liberté étaient appelés « les établis ». Mais l’établi est aussi la table de travail. Un double sens qui est au centre de ce récit au coeur du système de production, entre idéalisme et travail acharné. 

          Cet essai sur le travail à la chaîne à la fin des années 60 et l’indignation des intellectuels faces aux conditions de travail souvent désastreuses me tentait bien. Dès le début, ce texte se lit comme un roman. On suit avec intérêt l’arrivée du jeune homme dans l’entreprise et ses difficultés d’adaptations qu’il n’avait pas vraiment prévues. Très vite, les idéaux s’envolent face à la violence de la réalité. Le travail à la chaîne brise les hommes, les épuise physiquement et psychologiquement. Le quotidien, ce sont ces gestes sans cesse répété, la course pour tenir les cadences, la fatigue qui s’accumule, quelle place alors pour la révolte ? Aucune. Il ne reste pas d’énergie pour, et les rencontres sont difficiles. Ce texte reprend certes des faits connus mais il le fait avec clarté et bon sens ; des faits plutôt que de grands discours intellectuels et une écriture agréable. Un livre intéressant qui reste aujourd’hui encore d’actualité.

Comment ne pas être pris d’une envie de saccage ? Lequel d’entre nous ne rêve pas, par moments, de se venger de ces sales bagnoles insolentes, si paisibles, si lisses – si lisses !

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Vu du dehors, ça paraît évident : on s’embauche et on organise. Mais ici, cette insertion « dans la classe ouvrière » se dissout en une multitude de petites situations individuelles, où je ne parviens pas à trouver une prise ferme.