Cinéma

Ida – la très belle surprise de ce début d’année

Drame polonais de Pawel Pawlikowski avec Agata Trzebuchowska, Agata Kulesza, Dawid Ogrodnik

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          Dans les années 60, en Pologne, une jeune femme qui a grandi dans un couvent s’apprête à prononcer ses vœux. Avant la date fatidique de son entrée dans les ordres, la Mère supérieure lui demande d’aller voir sa tante qui est sa seule famille et n’a jamais souhaité la rencontrer. Ensemble, elles vont partir à la recherche de leur passé.

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          Dès les premières images, Ida a de quoi surprendre. Le film est dans un format carré, en noir et blanc, avec un très joli grain. Une esthétique qui nous plonge immédiatement dans l’époque et l’atmosphère un rien austère de ce film. Le sujet me faisait un peu peur, n’étant pas très portée sur la religion. Pourtant, j’ai vite été happée par la grâce de ce film si particulier. La religion est finalement en simple toile de fond et se sont l’identité et la mémoire qui constituent le vif du sujet. Des thèmes traités avec une grande justesse et qui montrent un visage de la Pologne dont j’ignorais à peu près tout.

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          En effet, en allant à la rencontre de sa tante, Ida renoue avec ses origines liés à des épisodes très sombre de l’Histoire. Le passé du pays et celui de sa famille s’entremêlent habilement, sans jamais devenir pesant. La relation entre les deux femmes évolue peu à peu, tout comme Ida, qui se perd autant qu’elle se retrouve dans cette quête de la vérité. Le scénario déjoue habilement les attentes et brosse un portrait touchant de ces femmes blessées. Un film beau et fort, d’une grande justesse : bouleversant.

Mes lectures

Paradis 05-40

          Maurice perd la mémoire. Nathalie, auxiliaire de vie, qui voudrait qu’il raconte ses souvenirs. Alors il ressort des placards un vieux journal intime de sa sœur, Diane, écrit en 1940. Sans se parler, ils vont apprendre à se découvrir à travers les souvenirs d’une autre. Entre passé et présent, ils vont peu à peu s’apprivoiser.

          J’ai reçu ce livre grâce aux Nouveaux Talents que je remercie. J’étais assez tentée par ce roman qui traite la Seconde Guerre mondiale sur un ton léger. Pourtant j’ai vite compris que je n’allais pas accrocher avec ce roman. En effet, je n’ai pas du tout aimé l’écriture. Le style se veut léger, je l’ai surtout trouvé convenu et insipide. Quant à l’histoire, elle aurait pu être intéressante mais elle sonne creux, tout comme les personnages, pour le moins artificiels. J’ai tout de même continué ma lecture, me disant qu’elle prendrait surement en profondeur au fur et à mesure, quand Maurice et Nathalie commencent à se connaître d’une part, et de l’autre, quand en pleine guerre, une famille isolée rencontre quatre parisiens en fuite. Mais non, la magie n’a jamais opéré. Je me suis ennuyée ferme et je n’ai trouvé à peu près aucun intérêt à ce roman qui avait pourtant éveillé ma curiosité.

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Je l’imaginais snob, il me croyait illettrée. Idéal pour nouer le dialogue.

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Le cœur, c’est bien le grenier des souvenirs, non ? Faut faire du tri quand ça affiche complet.

Cinéma

I used to be darker

Drame américain de Matthew Porterfield avec Deragh Campbell, Hannah Gross, Kim Taylor

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          Un jour, Taryn, une jeune irlandaise, débarque sans crier gare chez son oncle et sa tante qui vivent aux Etat-Unis. Elle tombe plutôt mal puisqu’ils sont en pleine séparation. Mais la jeune fille retrouve avec joie sa cousine et tout se passe plutôt bien jusqu’à ce que la petite famille en crise se rende compte qu’elle a en réalité fugué.

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          Je dois avouer que ce type de cinéma assez intimiste n’est pas trop ma tasse de thé. Pourtant, je ne sais pourquoi ce film-là me tentait bien. C’est à cause de titre je crois, que je trouvais beau : sombre et mystérieux. Finalement, il a d’ailleurs assez bien collé à ce que j’attendais. Une histoire sans grande prétention et une ambiance un peu éthérée qui a son charme. Il n’est sorti que dans très peu de salles et j’ai été très contente d’avoir l’occasion de le voir, de me tourner peut-être vers un type de cinéma un peu différent de celui que j’affectionne habituellement. L’occasion aussi de voir un petit film américain bien loin des standards d’Hollywood, ce qui n’est finalement pas si courant.

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          Etrangement, je n’ai pas grand chose à dire de ce film. Je l’ai trouvé agréable à regarder. Plutôt bien mené, les acteurs sont bons, les images assez belles, il y a un peu de musique folk qui donne au tout une patine particulière que j’aime bien ; on passe un agréable moment. Il n’y a pas grand chose à ajouter. Un film discret qui ne joue pas la carte de l’émotion mais touche quand même à sa manière. On a un peu l’impression que cette famille finalement banale pourrait être la nôtre. Ce n’est pas du grand cinéma mais ça se respecte tout de même, le résultat est soigné et n’est pas dénué d’intérêt même s’il ne marquera sans doute pas les esprits. Un chronique familiale juste, tendre et mélancolique qui manque un peu de carrure mais fait passer un bon moment.

Mes lectures

Et quelquefois j’ai comme une grande idée – Ken Kesey

Attention chef-d’œuvre !

          La grève fait rage à Wakonda, tous les bûcherons font front mais une famille résiste face au syndicat. Les Stamper, seuls contre tous, s’attirent les foudres de la population. Mais le retour à la maison du petit dernier après des années d’absence pourrait bien ébranler la résistance. En effet, si Lee revient, en apparence fragile, ce n’est pas pour aider son frère mais pour s’en venger et anéantir coûte que coûte l’inébranlable Hank Stamper.

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          La quatrième de couverture y va fort dans la comparaison élogieuse : « C’est Faulkner. C’est Dos Passos. C’est Truman Capote et Tom Wolfe. C’est un chef-d’œuvre. » Eh bien je ne l’aurais pas mieux dit ! Ce livre est foisonnant, inclassable, difficile aussi : il fait partie de ces rares lectures qui marquent profondément un lecteur, bouleversent ses habitudes. Un grand roman comme un n’en lit qu’une poignée dans une vie. Une lecture pour moi comparable au choc du Seigneur des anneaux au début de mon adolescence, à ma découverte de Racine à 15 ans ou à celle de Dostoïevski à mon entrée en fac. Dans les contemporains, seul Somoza je crois m’a fait un effet comparable, avec une écriture difficile et un univers incomparable. On a ici de la légèreté dans l’écriture mais une telle complexité dans la forme que plus d’un s’y perdront mais quelle récompense à la clef pour ceux qui en viendront à bout ! Vous l’aurez compris, ce texte est à placer pour moi parmi les très grands. Ce texte de 1964 vient juste d’être publié en français. Merci à Monsieur Toussaint Louverture de nous avoir livré cette traduction magnifique et indispensable.

          Étrangement, je trouve qu’il est assez difficile e parler de ce roman. Il est tellement inclassable, surprenant et riche que toute tentative de description semble réductrice. Bien que le ton soit plutôt léger et plein d’humour, l’écriture est extrêmement complexe. Le point de vue de cesse de varier, avec différents narrateurs rarement identifiés de manière explicite. On peut entendre les pensées d’un personnage pendant qu’un autre est en train de lui parler, ce qui est particulièrement déroutant. On pourrait craindre la plus grand confusion avec ces changements constants mais il n’en est rien, chaque personnage a une identification tellement forte qu’on reconnaît sa voix parmi les autres à sa manière de s’exprimer ou à un détail habilement disposé. Si cette polyphonie (certains diraient cacophonie tant ça se coupe la parole dans tous les sens) ralentit la lecture et rend aussi ce texte incroyablement vivant. J’ai rarement vu personnages aussi réalistes et hauts en couleurs, on est embarqué dans leur univers, on peut presque entendre leurs cris qui résonnent dans la maison. Une vitalité qui m’a totalement séduite.

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          Quant à l’histoire, là encore ça fourmille dans tous les sens. L’histoire de jalousie entre les deux frères n’en finit plus de rebondir et de créer quiproquos et situations improbables. Une relation toxique qui crée un réel suspens, on se demande à chaque page s’ils vont finir par se réconcilier ou s’entre-tuer. Pour assaisonner le tout (il ne faudrait pas qu’on s’ennuie non plus), nos deux frères ennemis sont au cœur d’une vraie guerre qui les oppose aux bûcherons grévistes et, par extension, à toute la ville. Ils doivent batailler avec les éléments entre le travail en forêt et leur maison construite contre toute logique tout près lit de la rivière et menacée à chaque intempérie. Et puis il y a Viv, la femme de Hank, si douce qu’elle en attendrit Lee, ce qui ne va pas arranger les relations des deux frères. Autant dire que ce n’est pas l’action qui manque !

          Vous l’aurez compris, je ne trouve rien à reprocher à ce livre qui est un véritable monument. Pourtant, malgré mon enthousiasme certain, j’ai peiné à en venir à bout ! J’avais beau adorer le style et être totalement accrochée à l’histoire, cette lecture m’a pris beaucoup, beaucoup de temps (il faut dire aussi que c’est un sacré pavé !). En effet, la construction est tellement dense qu’on avance un peu à tâtons, j’ai eu l’impression de défricher au fur et à mesure de mon avancée, avec quelques retours en arrière pour essayer de ne pas rater trop de nuances en route ; il y a tellement de détails dans tous les sens ! Pourtant, quand je suis arrivée à la fin, j’ai réussi à me faire surprendre par des choses qu’on savait depuis le début mais que j’avais totalement oubliées, noyée sous le flot d’informations. Quelque chose me dit que ce n’est pas un hasard, mais une volonté de l’auteur de se jouer de son lecteur, le faisant quelque peu tourner en bourrique : un tour de force qui m’a assez impressionnée. Beaucoup de thèmes majeurs sont abordés – le travail, la famille, l’amour, la société… – avec un humour qui ma ravie ! C’est grinçant à souhait, tout comme j’aime. Malgré ses innombrables qualités, ce roman reste difficile, à la fois par sa narration originale, son univers particulier (les amoureux de littérature américaine seront aux anges) et son incroyable densité. Une lecture savoureuse et surtout un très grand moment de littérature.

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Dans le temps, j’accusais toujours le gamin de faire semblant d’être faible. Mais pour faire semblant d’être faible, il faut l’être. Car si on est fort, on n’a pas la faiblesse de simuler. Non personne ne peut jamais faire semblant d’être faible. Tu peux seulement faire semblant d’être fort…

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J’arrête pas de me dire qu’il faudrait que j’aille lui serrer la main et lui dire comme ça me fait plaisir qu’il soit là, mais je me rends compte que c’est un truc impossible pour moi. Je serais incapable de faire ça, pas plus que je pourrais embrasser la joue poilue du paternel et lui dire combien ça me fait de la peine de le voir dans cet état. Ou pas plus que le paternel pourrait me complimenter et me dire beau boulot fiston depuis que je me suis cassé la gueule et que t’as abattu de l’ouvrage pour deux. C’est pas notre genre, c’est tout.

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– Docteur…çà y est, je deviens fou, je disjoncte dans les grandes largeurs, çà me tombe dessus !  […]
– Non, Leland, pas vous. Vous, ainsi que beaucoup d’autres de votre génération, vous trouvez en quelque sorte exclu de ce refuge-là. Il vous est désormais impossible de « devenir fou » dans le sens classique de l’expression. Il fut un temps où les gens « devenaient fous » fort à propos, et disparaissaient de la circulation. Comme des personnages de fiction à l’époque romantique. Mais de nos jours… », et là je crois qu’il s’était même payé le luxe de bailler, « …vous êtes trop bien informés sur vous-mêmes et votre psychisme. Vous connaissez trop intimement un trop grand nombre de symptômes de la maladie mentale pour vous laisser prendre par surprise. Et autre chose encore: tous autant que vous êtes, vous avez le don de vous libérer de votre frustration par le biais de fantasmes trop malins pour être honnêtes. Et vous, Leland, vous êtes le pire de la bande de ce point de vue. Alors…vous serez peut-être névrosé jusqu’à la moelle pour le restant de vos jours, et malheureusement aussi vous serez peut-être bon pour un petit séjour à Bellevue et vous allez sans aucun doute en prendre pour 5 années supplémentaires de séances payantes avec moi – mais j’ai bien peur que vous ne soyez jamais complètement dingue.
Et il s’était renversé dans son élégant fauteuil club avant d’ajouter : – Désolé de vous décevoir, mais le meilleur diagnostic que je puisse vous offrir, c’est une bonne vieille schizophrénie à tendance paranoïaque.

          Une adaptation cinématographie a été fait au cinéma en 1971est sortie dans les salles en 1971 sous le titre Le clan des irréductibles avec Paul Newman et Henry Fonda. Maintenant que j’ai découvert son existence, il faut que je le voie d’urgence !

Cinéma

Le Démantèlement

Drame familial canadien de Sébastien Pilote avec Gabriel Arcand, Gilles Renaud, Lucie Laurier

21047023_20131007094159905.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx          Gaby est éleveur de moutons dans la ferme familiale où il vit seul depuis que ses filles sont parties s’installer à Montréal. Alors que de plus en plus d’agriculteurs sont contraints de vendre, lui résiste malgré les difficultés. Mais un jour l’une de ses filles lui demande une aide financière importante et il va être confronté à un choix impossible.

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          Quand j’ai entendu parler de ce film, j’ai de suite su qu’il était de ceux que je ne pouvais rater ! Venant moi-même d’une famille de petits agriculteurs, je suis particulièrement intéressée par ce type de sujets dans lesquels je me retrouve un peu. J’avais donc hâte de découvrir de quelle manière la délicate question de la transmission allait ici être abordée. Je m’attendais à un film sensible et émouvant sur la famille et les racines mais il est finalement sobre voire même un rien austère. Le rythme est assez lent. On suit le personnage dans son quotidien et si je m’attendais à des doutes, des hésitations et des remords quant à la vente de sa ferme, il n’en est rien. C’est troublant de le voir ainsi tourner le dos à son passé presque trop facilement.

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          Pourtant c’est justement ce qui rend ce film intéressant. C’est je trouve une manière de traiter le problème éloignée des clichés et du pathos et, si on n’est pas forcément dans l’émotion, cette vision assez sombre me semble surtout terriblement réaliste. Le réalisateur n’embellit pas les choses pour nous livrer une belle histoire mais nous montre ce qui est le quotidien de beaucoup. Ca peut sembler banal, terne mais je trouve cette technique parfois proche du documentaire assez appréciable. Les acteurs rendent émouvants ces personnages dont la vie est sur le point de basculer. Quant à l’image, elle est très maîtrisée tout en restant naturelle. C’est ce qui ressort de l’ensemble : une impression de naturel et de sincérité pour un film réussi et touchant.