Cinéma

The Immigrant

Drame, romance, américain de James Gray avec Marion Cotillard, Joaquin Phoenix, Jeremy Renner

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          Quand Ewa et Magda quittent la Pologne pour les Etat-Unis en 1921, elles espèrent y trouver une vie meilleure. Mais à leur arrivée, Magda, atteinte de tuberculose, est placée en quarantaine. Sa sœur va alors tout faire pour la sortir de là, dût-elle pour cela se prostituer.

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          On attendait beaucoup du dernier James Gray, annoncé comme l’un des grands films de cette année. Je l’ai vu le jour même de sa sortie, c’est dire le temps qu’il m’aura fallu pour vous en parler. Oui, j’ai pris un peu de retard dans mes articles récemment, non seulement je n’écris pas beaucoup mais en plus je sors pas mal… On va essayer de combler ce retard en 2014 ! Je dois avouer que pour ma part je n’étais pas bien sure de goûter autre mesure les charmes de ce grand mélo – n’étant pas une adepte du genre, je suis très exigeante en la matière – et puis Marion Cotillard et moi, ce n’est pas franchement une grande histoire d’amour… Tout ça pour dire que si je voulais voir ce film, j’étais un peu réticente tout de même.

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          Je dois bien admettre que ce film s’est avéré assez proche de ce que j’attendais. L’image est très belle, extrêmement travaillée. Quant à l’histoire, elle est très forte. En revanche, malgré ses indéniables atouts, je n’ai pas vibré autant que je l’aurai voulu. Tout d’abord, Marion Cotillard, que je n’apprécie guère – quoiqu’elle joue plutôt bien dans ce film – est à l’écran du début à la fin, presque toujours en gros plan. Il n’y en a que pour elle ! Difficile donc pour moi d’apprécier pleinement l’histoire quand tout ne tient que par un personnage qui m’est assez antipathique… Ensuite, j’ai trouvé l’ensemble quelque peu figé et froid.

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          Tout est impeccable dans ce film, il n’y a pas grand chose à y redire. Il est splendide et mené de main de maître. Mais un peu trop peut-être, il reste peu de place pour l’émotion dans cette mécanique bien huilée. On est dans un univers sombre et violent digne des Misérables, avec une bonne dose de désespoir que vient éclairer une histoire d’amour et de jalousie. Tout est là pour nous faire vibrer. Et pourtant… Si j’ai pris beaucoup de plaisir à regarder ce film, j’étais bien loin de verser ma petite larme, ce qui est un peu décevant pour un mélo tout de même. Certes, nul n’était besoin de tomber dans le larmoyant mais un rien d’émotion n’eut pas été du luxe et aurait un peu réchauffé l’atmosphère. Un beau film à l’esthétique intéressante mais qui manque un peu de chaleur pour être le chef-d’œuvre qu’on attendait.

Cinéma

Les Garçons et Guillaume, à table !

Comédie française de et avec Guillaume Gallienne avec André Marcon, Françoise Fabian et Nanou Garcia

20529833_20131017171932686.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx          Guillaume est très proche de sa mère, il l’admire tellement et voudrait être comme elle. En revanche, ses rapports avec son père ses deux frères sont plus compliqués. Quand elle appelle ses enfants, sa mère dit souvent « les garçons et Garçons et Guillaume, à table ! », et quand elle l’a au téléphone, il lui arrive de l’appeler « ma chérie ». Difficile avec tout ça d’y voir clair dans son identité.

21053874_20131030102745287.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx          Certains parlaient de ce film comme de la comédie de l’année et je dois admettre que j’avais hâte de la voir. Finalement, s’il y a certes bien des passages qui prêtent à sourire, j’ai été assez surprise de constater qu’elle étaient bien plus douce-amère que je ne m’y attendais. En effet, Guillaume Gallienne ne se contente pas de nous faire rire avec les petits travers de sa famille mais permet de faire naître une réelle réflexion sur les rapports familiaux et la recherche d’identité notamment. On l’entend d’ailleurs en voix-off se parler à lui-même et auto-commenter sa propre vie, comme pour nous faire partager les bénéfices de sa psychanalyse (qui visiblement n’était pas de trop quand même). Bien que le personnage soit haut en couleurs et qu’il y ait peu de chances pour que le spectateur se retrouve en lui – pour la très grande majorité en tout cas – je pense que les rapports à cette mère aimante mais très possessive en toucheront plus d’un. Je les ai pour ma part trouvé très justes. J’aimerais être capable de dire déceler de la sorte ce qui pêche, sans pour autant sombrer dans l’amertume. En effet, il le fait avec une tendresse, voire une vénération, que j’ai trouvé émouvante et qui est pour moi sans nul doute un des gros point forts du film.

21047258_20131007143654613.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx          Les autres principaux atouts de ce film, ce sont sa mise en scène et l’incroyable prestation de son acteur principal. La mise en scène est particulièrement déroutante. Avant d’en faire un long métrage, Guillaume Gallienne avait fait de ses relations familiales une pièce de théâtre. Il la reprend habilement ici, dans une sorte de mise en abîme constante : il se filme sur scène et pendant qu’il nous parle, on semble plonger dans ses souvenirs. Mais le Guillaume d’aujourd’hui est adulte, ainsi, dans les scènes où il a 12 ans, on se retrouve avec un grand dadais de 40 pour jouer son rôle. Déroutant je vous dit. Terriblement original, jouissif pour les amoureux de théâtre et absolument génial. Quand à Guillaume Gallienne, non seulement il joue son propre rôle – à tous les âges donc – mais aussi celui de sa mère avec un naturel assez troublant. Une performance assez stupéfiante qui est pour beaucoup dans la réussite de cette OVNI cinématographique. J’ai ri parfois devant ce film, souri souvent, été émue par certaines réflexions qui me touchent. J’ai adoré la mise en scène et admiré la performance de Guillaume Gallienne qui pour son premier film met la barre haut. En sortant de la salle, je ne savais pas trop à quel point j’avais aimé tant j’étais déstabilisée dans mes attentes mais il y avait une chose dont j’étais sure : ce film-là, il ne fallait pas le rater.

Mes lectures

La grâce des Brigands – Véronique Ovaldé

          Maria Christina est un auteur à succès qui vit à Los Angeles. Mais quand sa mère l’appelle après plus de 10 ans de silence pour lui demander de venir chercher son neveu dont elle ignorait jusqu’à l’existence, son passé la rattrape et elle songe au chemin parcouru pour en arriver là.

la-grace-des-brigands-4378013          Je n’avais jamais rien lu de Véronique Ovaldé dont j’ai pourtant beaucoup entendu parler. J’avais donc hâte de découvrir ce style qu’on vante tant avec son dernier roman, tout juste paru. Le sujet me semblait de plus prometteur. Toutefois mes espoirs ont bien vite tourner court. Dès les premières lignes, j’ai su que ça n’allait pas être possible entre le style de Véronique Ovaldé et moi. Que c’est plat ! Le nom du personnage est répété à chaque phrase où presque, le décor semble en carton, j’ai eu l’impression d’entendre la voix off d’une mauvaise série B américaine. J’ai bien cru que j’allais abandonner ce roman tant cette fadeur me semblait insoutenable. Mais on en disait tellement de bien, ça devait bien s’arranger à un moment ou un autre tout de même… Cette idée méritait bien d’essayer d’aller au moins disons, jusqu’à la page 50.

          Sans aller jusqu’à dire qu’une révélation s’est opérée pendant ces quelques pages, je dirais toutefois qu’une nette amélioration s’est fait sentir : le style s’allège un peu et l’histoire gagne en intérêt. J’ai donc finalement réussi à entrer dans ce texte et à avoir envie d’en connaître la suite. Le parcours de Maria Christina est pour le moins chaotique et ne manque pas de rebondissements. J’aurais sans doute aimé un peu plus de sensibilité, le texte reste assez froid, on pénètre peu dans les émotions des personnages et c’est un dommage, il y avait pourtant là un beau potentiel. Une petite bizarrerie de construction à noter : le narrateur est un « je » qui ne correspond à aucun personnage et forme comme une légère incohérence dans le récit. Toutefois, j’ai pris plaisir à lire ce texte, malgré un début très faible et une fin bâclée. Ce roman est assez agréable à lire mais quelque peu insipide, j’ai eu l’impression de voir réunis tous les ingrédients du succès programmé mais qu’il y manquait du travail et une pointe d’inspiration, me laissant sur ma faim.

3100957_opale-31111-1_545x341Pour s’endormir Maria Christina projetait son propre enterrement et imaginait le regret qu’on aurait d’elle.
Et quand elle regardait le calendrier elle songeait qu’elle passait chaque, insouciante, la date anniversaire de sa future mort, cette date funeste qui marquerait sa fin, cette date qu’elle vivait à chaque fois dans l’ignorance.

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Il est fasciné par la vieillesse des femmes. Il se demande en substance comment font les femmes pour vivre quand elles sont devenues totalement invisibles. Non désirables donc invisibles.

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Elle se dit que c’était amusant ces gens qui vous proposent des choses qu’ils ne peuvent pas tenir alors même que vous ne leur avez rien demandé.

Cinéma

Blue Jasmine

Comédie dramatique américaine de Woody Allen avec Cate Blanchett, Alec Baldwin, Sally Hawkins

blue_jasmine_ver2          Quand son mariage avec un riche homme d’affaire éclate, Jasmine quitte New-York et ses mondanités pour se réfugier chez sa sœur à San Francisco. Elle espère que ce changement l’aidera à remettre un peu d’ordre dans sa vie et à retrouver un certain équilibre.

blue-jasmine7          Inutile de le préciser, je tiens Woody Allen est un grand metteur en scène. Toutefois, je le trouvais quelque peu inégal ces derniers temps et j’avais été terriblement déçue par Minuit à Paris, à tel point que je n’étais pas allée voir son dernier film. J’ai été heureuse de voir qu’il délaissait un peu la comédie pour revenir à des choses plus sombres et grinçantes, comme il sait si bien les faire. J’avais donc hâte de voir ce qu’il en était même si je ne suis finalement allée voir le film que deux bons mois après sa sortie… Il m’aura fallu beaucoup de temps pour écrire cet article, et au moment de le mettre en ligne, je dois admettre que je ne sais toujours que dire de ce film que j’ai pourtant beaucoup aimé. Etrange comme il est difficile parfois de mettre ses idées en place alors qu’elles semblent si limpides tant qu’on ne veut pas les partager.

Jasmine3           Ce film n’a pas l’impertinence de certains Woody Allen mais il est impeccable de bout en bout. Il y montre une maturité (je serais tentée de dire « enfin ! ») qui manquait peut-être à certains de ses précédents longs métrages. L’histoire en elle-même est simple : une femme qui a épousé un homme riche et se sent perdue quand il la quitte pour une autre, plus jeune. Mais elle reste tout en subtilité et surtout, Cate Blanchett est magistrale. Elle est époustouflante dans le rôle de cette femme hystérique et complètement larguée. On la regarde se tenir au bord du gouffre en retenant son souffle. Sa détresse est criante de vérité ; ce n’est pas qu’on ait la moindre sympathie pour elle pour autant, remarquez. Mais c’est elle qui nous tient, nous emmène dans sa vie, nous montre son désespoir, nous agace parfois et semble vouloir nous traîner à la limite de la folie avec elle. Un film qui ne cherche pas à séduire mais qui montre la vie aussi amère qu’elle peut l’être. Captivant.

Cinéma

Un château en Italie

Comédie dramatique française de et avec Valeria Bruni-Tedeschi, avec Louis Garrel, Filippo Timi, Marisa Borini

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          La famille de Louise ne va pas très bien : il ne reste pas grand chose de leur fortune, ils n’ont plus les moyens d’entretenir le château familial, son frère a le sida et son meilleur ami est alcoolique. Quand elle rencontre Nathan, qui a la moitié de son âge, elle se prend à rêver qu’un avenir meilleur est encore possible. Une histoire se termine et une autre commence.

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          Je ne suis généralement pas friande de ce type de films et je dois admettre ne pas apprécier particulièrement Valeria Bruni-Tedeschi en tant qu’actrice. Autant dire que je n’avais a priori aucune raison de me précipiter dans les salles. Pourtant, lorsque j’ai vu la bande-annonce, quelque chose m’a intriguée dans cette histoire – une certaine fragilité peut-être – et je me suis surprise à avoir envie d’en savoir plus. Tant et si bien qu’un soir où rien d’autre ne me tentait à l’heure qui m’arrangeait, je me suis lancée ! Un peu sur la réserve, je dois l’admettre, pas bien sure de ce que je faisais… Mais j’ai été agréablement surprise et n’ai pas regretté mon choix. J’avais bien aimé la présentation et le film est tout à fait dans le même esprit, je n’ai donc nullement été déçue.

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          Comme toujours dans l’autofiction (comme son nom l’indique, savant dosage d’autobiographie et de fiction), la réalisatrice n’a pas de grandes chose à nous raconter, mais ici au moins elle ne prétend pas le contraire et prend le recul nécessaire pour ne pas rendre pesant cet exercice un rien nombriliste. Elle parvient à faire preuve d’auto-dérision et à créer ainsi une certaine connivence avec le spectateur, riant avec lui de ses propres travers. Elle met se dévoile, met en avant ses fêlures de manière touchante parfois, drôle aussi souvent. On s’y retrouve forcément un peu. Surtout, elle joue remarquablement, tout comme Louis Garrel et la mère. Vous me direz « facile, chacun joue son propre rôle ». Certes, mais tout de même, j’ai connu des films où même en jouant leurs propres rôles les acteurs étaient  mauvais (non, je ne citerai personne…). On ne peut pas parler d’un grand film mais l’image est soignée et la musique très bien choisie, pour un tout très cohérent. Il y a du charme dans cette histoire-là, un brin de folie teinté de mélancolie. On sourit et on s’y reconnaît peut-être un peu sans oser l’avouer. Une jolie réussite.