Mes lectures

Mauvais genre – Chloé Cruchaudet

          Paul et Louise s’aiment et décide de se marier mais la Grande Guerre va les séparer. Dans les tranchées, Paul croit devenir fou et il profite de la première occasion pour déserter. Mais une fois à Paris, il est contraint à la clandestinité. Pour en sortir, une seule solution : il va se travestir et deviendra Suzanne. 

Couv_196455 (1)

          Dès sa sortie, cette BD me tentait beaucoup et les éloges que je n’ai cessé d’entendre dessus n’ont fait que renforcer mon envie de la lire au plus vite. Et puis, comme l’an passé, Priceminister nous a proposé lors du festival d’Angoulême de nous envoyer une BD de la sélection en échange d’une critique. C’est donc celle-ci que j’ai choisie sans la moindre hésitation. Après avoir entendu tant de louanges à son sujet, j’avais un peu peur d’être déçue, c’est toujours le risque quand on en attend trop. Pourtant, même si certains aspects m’ont quelque peu surprise, ç’a été loin d’être le cas.

mauvais-genre-3

          J’ai beaucoup aimé les dessins de cette BD : un univers très marqué, à la fois sombre et d’une certaine douceur. Tout est quasi en noir et blanc, avec simplement des touches de rouge qui ressortent et viennent illuminer les vignettes. L’histoire, inspiré de faits réels, est absolument passionnante. Je n’avais même pas jeté un œil à la quatrième de couverture avant d’entamer ma lecture et j’ignorais que l’histoire se déroulait pendant la Première Guerre Mondiale. Ce fut une excellente surprise.

93329661

          Le contexte historique est très intéressant et l’histoire aborde des thèmes et univers très différents : la guerre, l’amitié, le couple, le désir… L’évolution de Paul et Louise mais aussi et surtout de leur relation est rendue avec beaucoup de justesse. Des premiers regards aux disputes, on suit pas à pas ce couple que la guerre va amener hors des sentiers battus. Une histoire magnifique appuyée par un dessin très poétique. Entre humour et sérieux, entre noirceur et délicatesse : sublime. 

3489158_3_e30c_un-extrait-de-mauvais-genre_715e35b47ec5f9210d0d52d092739b20

Si je devais noter cette BD, je lui accorderais 18/20. Merci Priceminister pour cette très belle découverte.

Mes lectures

La Horde du Contrevent – Alain Damasio

          Dans des contrées où le vent fait rage, un groupe d’élite est formé dès l’enfance pour l’affronter et remonter jusqu’à sa source : ce groupe, c’est la Horde. Celle du 9° Golgoth est la plus rapide et la plus forte de tous les temps, mais parviendra-t-elle en extrême amont ? et si oui, qu’y trouvera-t-elle ?

9782070342266

          Vous le savez peut-être, je lis peu de fantasy. Si j’apprécie assez le genre, je suis un peu difficile en la matière, d’autant qu’il est un peu fourre-tout et que la qualité n’est pas toujours au rendez-vous. Quand on m’a conseillé ce roman-ci, j’étais mitigée : j’aimais beaucoup l’idée de partir à la recherche de l’origine du vent, en revanche certains artifices utilisés me laissaient perplexe (les pages sont numérotées à rebours, la narration est partagée entre tous les personnages et un sigle nous indique qui parle, bref, c’est compliqué) et puis près de 700 pages tout de même ! Les premières pages m’ont un peu déroutée. Le style est très agréable, en revanche, j’ai eu peur de me perdre dans l’incroyable profusion de narrateurs. Et puis, finalement, je suis rentrée rapidement dans l’histoire et m’y suis peu à peu retrouvée entre chaque personnage, qui a sa voix propre.

Capture

          L’histoire est très prenante et les personnages attachants. Si la construction peut surprendre au début, elle s’avère efficace. Ce récit est celui d’une quête et il est aussi intéressant de suivre les aventures du groupe que la manière dont elle influe sur chacun. Les relations évoluent au fil des pages, des liens se tissent ou se dénouent et nous passionnent autant que la recherche de l’origine du vent. C’est sans doute un des aspects qui rend ce roman si passionnant : l’univers autant que ceux qui le peuplent est très travaillé, chaque aspect est approfondi, avec un soin du détail qui donne une belle profondeur à l’ouvrage. Chaque personnage a sa voix propre et ses failles, ce qui ne les rends que plus humains. Certains trouveront peut-être l’histoire un rien compliquée, avec des concepts pas toujours simple à appréhender, mais cela ne m’a pas dérangée et j’ai même trouvé que ça contribuait grandement au charme de l’histoire et à l’immersion dans ce monde où le vent prédomine. L’univers très fouillé classe ce livre dans ce que la fantasy offre de meilleur : un vrai régal ! J’ai dévoré ce roman avec un grand plaisir et, après avoir fini ma lecture, je me suis longtemps demandé ce que devenaient ses personnages. Un véritable coup de cœur !

Capture2

La maturité de l’homme est d’avoir retrouvé le sérieux qu’on avait au jeu quand on était enfant.

_______________

L’héroïsme c’est d’accepter la honte de survivre.

_______________

Pour ma part, j’avais longtemps pensé qu’être noble relevait du respect de trois principes cardinaux : la générosité, l’élévation et le courage.

Pour en savoir plus sur cet univers si particulier, n’hésitez pas à aller voir le site qui lui est dédié : c’est ici.

Mes lectures

50 Cents – Thomas Carreras

          A San Francisco, c’est la guerre dans le milieu du crime. La femme de Vlad, un dangereux criminel, vient d’être tuée par une femme qu’on croyait morte depuis 10 ans et il n’a qu’une hâte : la venger ! Mais il n’est pas le seul à vouloir sa peau et lui-même a plus d’un ennemi.

          On m’a offert ce livre à Noël et on m’avait dit qu’il était complètement fou, ce qui m’avait donné grandement envie de le lire ! Bon, autant le dire de suite, mon enthousiasme a été de courte durée. Dès les premières pages, une question s’est imposée : « Mais c’est quoi ce truc ?!? ». A vrai dire, je me pose encore la question… Tout est complètement déjanté. D’habitude, je trouve que c’est plutôt une bonne chose mais là ça part vraiment trop dans tous les sens et le style n’est pas franchement à la hauteur. Difficile d’écrire une critique constructive sur ce roman tellement lui-même est déconstruit. J’ai eu l’impression que l’auteur a voulu mettre tout ce qui lui passait par la tête – à savoir essentiellement des clichés éculés et des images douteuses – sans parvenir à donner une cohérence à l’ensemble. Quand j’ai vu que c’était écrit par un adolescent d’à peine 18 ans, j’ai de suite mieux compris… Généralement, ce type d’histoire donne envie de continuer malgré les indéniables faiblesses pour connaître le dénouement mais là, on voit mal comment tout cela pourrait finir autrement que par la mort de tous les protagonistes, tuant ainsi le suspens dans l’œuf. Je crois qu’adolescente pourtant, j’aurais aimé ce livre pour son côté complètement fou : il faut croire que je vieillis ! J’ai peiné à aller au bout de cette histoire aussi mal écrite que décousue.

544359_319169688205830_804131148_n

Son visage se mit à pâlir de seconde en seconde, à tel point que lorsqu’il raccrocha, on aurait dit un alsacien en plein cœur de l’hiver.

_______________

– Mon patron veut vous parler, continua nez tordu.

Le tueur à gages se détendit. On ne tabasse pas les offres d’emploi.

Mes lectures

L’île infernale, I – Yusuke Ochiai

          Dans un Japon où la peine de mort a été abolie, les criminels les plus dangereux sont envoyés sur l’île la plus reculée de l’archipel et livré à eux-mêmes. Ei Mikoshiba fait en sorte d’être envoyé dans cet enfer pour retrouver l’assassin de sa famille et venger les siens.

ile-infernale-1-komikku

          Je dois avouer être totalement novice en matière de manga : s’il m’est arrivé d’en feuilleter un ou deux à l’occasion, je n’en avais jamais réellement lu. Bouuuuuh, la honte ! Oui, je sais, je sais. Ne sachant pas trop par où commencer, je n’avais jusque-là pas franchi le pas. Et puis, j’ai reçu celui-ci et donc, après avoir longuement attendu, je me suis lancée. Avec une bonne quinzaine d’années de retard sur mes camarades, je m’initie donc aux BD japonaises et à la lecture de droite à gauche. Il y a un début à tout, mieux vau tard que jamais, tout ça tout ça. Je n’avais bien sûr jamais entendu parler de la série en question mais l’histoire me tentait bien. Et puis c’est en seulement trois tomes, parfait pour se lancer (comment dire, quand on me parle de 18 tomes, je prends un peu peur, petite joueuse que je suis…).

20121024211248_t1

          J’ai bien aimé cette lecture. L’histoire met un peu de temps à se mettre en place mais cela est habituel pour le premier tome d’une série et est nécessaire à la bonne compréhension des faits. Après un début un rien déroutant, la seconde moitié ne manque pas d’intérêt et de rebondissements. Ce premier tome se conclut sur un mystère et donne vraiment envie de lire la suite ! J’ai beaucoup aimé le personnage principal, très haut en couleurs et pour le moins charismatique. L’intrigue se construit peu à peu et prend de l’épaisseur au fil des pages. Elle promet de belles surprises par la suite. Je n’ai pas encore lu les deux tomes suivants mais je compte bien le faire dès que j’aurai réussi à me les procurer. Ce début, quoiqu’un peu timide, est très prometteur pour la suite. Un univers fascinant et une lecture agréable qui m’a donné envie de lire la suite !

Ile_infernale_1_centre

Mes lectures

L’homme qui avait soif – Hubert Mingarelli

          En 1946, le Japon est sous occupation américaine. Hisao revient de la guerre hanté par ses rêves et par une soif obsédante. Pour l’assouvir, il descend du train qui devait le conduire vers la femme qu’il aime. Sa valise contenant l’œuf de jade destiné à sa fiancée reste à l’intérieur. Va alors commencer pour lui un long chemin pour la retrouver.

9782234074866-X_0

          Depuis que j’ai lu le merveilleux Quatre soldats lors de ma première année de fac, Hubert Mingarelli a rejoint mes auteurs préférés et j’ai lu une bonne partie de ses livres. Lorsque j’ai vu qu’il avait sorti un nouveau roman, je me suis donc jetée dessus sans même regarder de quoi il retournait. J’ai été très agréablement surprise de découvrir qu’il s’agissait d’un roman qui se passe dans le Japon d’après guerre. On retrouve dès les premières lignes le style si particulier d’Hubert Mingarelli : simple et juste, tout en discrétion et en délicatesse. Comme souvent chez cet auteur, l’histoire peut sembler anecdotique. Le rythme est lent, il ne se passe rien ou presque en apparence, et pourtant, ces lignes recèlent tant de choses !

          Hubert Mingarelli peint comme personne les affres de l’âme humaine. La vie intérieure du personnage est décrite tout en nuances. L’écriture de l’auteur me donne l’impression d’un chuchotement. On entre dans ce livre comme sur la pointe des pieds, de peur de déranger. On découvre peu à peu la richesse du personnage, sa complexité. Le fil de l’histoire, qui paraissait si ténu, s’épaissit peu à peu, et on se passionne de plus en plus pour l’étrange quête de cet homme tourmenté. Si ce roman peut paraître fade et lent, si on parvient à en épouser le rythme et que la magie opère, quel bonheur que cette écriture où pas un mot n’est de trop ! Hubert Mingarelli signe ici un livre passionnant, tout en délicatesse, l’un de ses meilleurs.