Mes lectures

L’école des saveurs – Erica Bauermeister

          La mère de Lilian est plongée dans ses livres depuis que le père de la petite fille les a quittées. L’enfant apprend très tôt à remplacer sa mère pour s’occuper de la maison. C’est ainsi qu’elle va découvrir la cuisine. Une idée va alors lui venir : et si elle pouvait guérir sa mère en lui mitonnant de bons petits plats ? Des années plus tard, elle on la suit avec ses élèves dans les cours de cuisine qu’elle dispense dans son restaurant. 

          J’avais beaucoup entendu parler de ce livre : des gens autours de moi qui avaient apprécié, des émissions « littéraires » qui le décrivaient comme un miracle de sensibilité ; devant tant d’enthousiasme, j’ai laissé mon scepticisme de côté et je me suis lancée à mon tour. Je vous épargne le suspens quant à mon verdict, dès les premières lignes j’ai failli être étouffée par tant de mièvrerie. Ca dégouline de bons sentiments. La vision de la femme m’a également exaspérée : mère, cuisinière, ménagère… Le féminisme a l’air d’avoir épargné l’auteur (une femme, précisons-le). Mais la cuisine aussi y est décrite de manière très naïve. Tout est beau, sens bon, est réussi du premier coup et ces recettes magiques peuvent guérir tous les maux. Bref, la sous-littérature américaine dans toute sa splendeur.

          L’histoire de la petite fille qui veut guérir sa maman est mignonne mais manque de profondeur. On la survole pour ne garder que des moments d’une naïveté qui frôle la bêtise, ce qui gâche un peu l’histoire tout de même. Puis nous sommes directement catapultés 20 ans plus tard dans un cours de cuisine. Là on découvre une galerie de personnages plus fades les uns que les autres, un ramassis de clichés sans âme. Quand à la cuisine, malgré mon amour pour les bons petits plats, tout m’a agacée. J’ai eu l’impression de lire une ode à la cuisine des années 50 dans une version édulcorée. Les recettes ne m’ont pas particulièrement fait rêvé, ça reste finalement assez simple et chaque image employée est vue et revue (la coloration du beurre, la lumière dans un verre de vin, l’odeur du chocolat…). Je m’attendais à saliver devant les descriptions mais elles m’ont plutôt écoeurée. Bref, un livre creux et niais qui manque cruellement tant de modernité que de profondeur.

Sa mère prit la tasse et la porta à sa bouche, souffla légèrement sur le dessus en soulevant des spirales de vapeur qui lui montèrent au narines. Elle but quelques gorgées timides, presque perplexe, et releva les yeux de son livre pour regarder au loin.

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Le nappage était une crème au beurre épaisse, somptueuse comme une robe de satin contre la texture ferme et fragile du biscuit. A chaque bouchée, on sentait d’abord fondre le biscuit, puis le glaçage, l’un après l’autre, comme des amants qui se laissent tomber sur un lit.

Mes lectures

L’établi – Robert Linhart

          Après mai 68, un jeune étudiant intègre l’usine Citroën de la Porte de Choisy. Ces jeunes intellectuels militants qui travaillaient à la chaîne ou sur les docks dans le but d’y faire souffler un vent de liberté étaient appelés « les établis ». Mais l’établi est aussi la table de travail. Un double sens qui est au centre de ce récit au coeur du système de production, entre idéalisme et travail acharné. 

          Cet essai sur le travail à la chaîne à la fin des années 60 et l’indignation des intellectuels faces aux conditions de travail souvent désastreuses me tentait bien. Dès le début, ce texte se lit comme un roman. On suit avec intérêt l’arrivée du jeune homme dans l’entreprise et ses difficultés d’adaptations qu’il n’avait pas vraiment prévues. Très vite, les idéaux s’envolent face à la violence de la réalité. Le travail à la chaîne brise les hommes, les épuise physiquement et psychologiquement. Le quotidien, ce sont ces gestes sans cesse répété, la course pour tenir les cadences, la fatigue qui s’accumule, quelle place alors pour la révolte ? Aucune. Il ne reste pas d’énergie pour, et les rencontres sont difficiles. Ce texte reprend certes des faits connus mais il le fait avec clarté et bon sens ; des faits plutôt que de grands discours intellectuels et une écriture agréable. Un livre intéressant qui reste aujourd’hui encore d’actualité.

Comment ne pas être pris d’une envie de saccage ? Lequel d’entre nous ne rêve pas, par moments, de se venger de ces sales bagnoles insolentes, si paisibles, si lisses – si lisses !

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Vu du dehors, ça paraît évident : on s’embauche et on organise. Mais ici, cette insertion « dans la classe ouvrière » se dissout en une multitude de petites situations individuelles, où je ne parviens pas à trouver une prise ferme.

Mes lectures

Le dico secret de James Bond

          Guillaume Evin et Géga nous présentent un dictionnaire pour découvrir l’essentiel de ce qu’il y a à savoir sur le célèbre agent secret. Les coulisses d’une série cinématographique mondialement connue qui a fêté cette année ses 50 ans. Le dictionnaire est illustré par les caricatures de Gégan grand passionné de cinéma.

          Parlons peu mais parlons bien. Il y a une erreur de casting avec ce livre. La caricature laisse penser à l’humour et la détente. On s’attend à quelque chose de drôle, de léger. Raison d’ailleurs pour laquelle ‘ai tenu à me procurer ce livre, j’étais sure de l’aimer. Malheureusement, le caricaturiste est, disons-le franchement, carrément mauvais. Hale Berry ressemble à un body builder assommé aux stéroïdes, les autres, ne sont guère plus réussis. Un énorme ratage qui gâche tout le plaisir. Le contenu quant à lui n’est pas mauvais. Mais nulle trace d’humour, c’est tout ce qu’il y a de plus sérieux et de plus terre-à-terre. Déconcertant étant donnée la présentation. On peut également noter quelques fâcheux oublis tels Roger Moore, pourtant présent sur la couverture… Un livre au contenu plutôt sympathique (notamment une partie intéressante consacrée à chaque long métrage) mais qui détonne d’un certain amateurisme et surtout d’un cruel manque de cohérence entre son contenu et sa présentation. Dommage, le texte était assez Bond. 

Le dico secret de James Bond, de Guillaume Evin et Géga

Editions Hugo & Cie

12,50 €

Mes lectures

Avant la chute – Fabrice Humbert

          En France, Naadir, avec deux grands frères un peu voyous, est le seul bon élève de sa classe en banlieue parisienne. Au Mexique, Fernando Urribal, sénateur, lutte tant bien que mal contre le trafic de drogue et tente par la même occasion de conserver le pouvoir qu’il a durement acquis. En Colombie, une famille de paysan essaie de s’en sortir malgré des conditions toujours plus difficiles. Des destins en apparences bien différents mais qui tous ont un point commun : leur vie se délite avant de basculer, des sociétés qui aux bords de la chute dont ils sont les témoins. 

          Le roman se construit autour de ces trois histoires. Elles sont développées en parallèle, chaque chapitre étant consacré une histoire différente, en alternance. J’aime bien cette variété, tout comme j’apprécie que ces différents univers soient clairement délimités dans le texte. Toutefois, si ces trois destins sont extrêmement différents, on soupçonne qu’ils finiront par se croiser, d’une manière ou d’une autre. En attendant cette rencontre pressentie, on voit les personnages avancer vers un futur qui semble bien sombre. Quelque soit leur univers, leur milieu social, tous semblent avancer inexorablement vers une chute certaine. L’histoire ne semble pas pouvoir rencontrer de dénouement heureux. C’est ce qui nous tient en haleine tout au long de ce livre, l’accumulation de nuages d’orages dont on peine à voir comment ils pourraient se dissiper.

          J’ai beaucoup aimé ce livre. Le style est captivant et la construction impeccable. L’auteur se passe de grands discours moralisateurs et laisse le lecteur tirer ses propres conclusions face à ces sombres récits. Les évènements sont déroulés de manière implacable, sans que jamais le texte n’en devienne larmoyant ; un fatum qui n’est pas sans rappeler les grandes tragédies. Je me passerai bien de vous dévoiler la fin mais je ne peux que vous dire que le happy end n’est pas exactement de rigueur. Et si les histoires finissent bien par se mêler, ce n’est pas aussi intimement qu’on aurait pu le penser mais de manière bien plus subtile. Ce livre crée un suspens digne d’un bon polar, ou peut-être d’une grande épopée. Il nous surprend jusqu’au bout et on ne le lâche qu’à regrets. Un grand roman, empreint d’une incroyable violence, qui déroute et questionne.

Le combat pour le pouvoir s’engageait à la première minute et les élèves partaient gagnants. Il leur arrivait de perdre, ce qui déconcertait tout le monde parce qu’il n’y avait pas de raison : ils étaient vingt-cinq contre un et les vingt-cinq, dans leur grande lucidité, adhéraient très peu à la fiction de l’autorité professorale. Car, après tout, le nombre fait tout et les plus nombreux finissent toujours par l’emporter. Ce n’est qu’une question de temps.

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La dureté de son visage avait pris vie, au profit d’une sorte de séduction inconsciente, qui était à la fois la séduction d’une vitalité naturelle et le besoin effréné de plaire, de convaincre, d’emporter l’adhésion. Elle reconnaissait cela. Elle l’avait rencontré tant de fois chez les politiques. Ce n’était pas un mensonge mais une disposition de leur être. Ils étaient nés comme cela. Ils voulaient plaire.

Actualité

Prix littéraires, les dernières sélections

          C’est la dernière ligne droite pour les prix littéraires de la rentrée. Cette semaine, les dernières sélections avant le verdict ont été annoncées. Pas de changement pour le Médicis mais je vous remets la liste et au passage, j’ajoute l’Interallié, jusque-là absent du blog.

Prix Femina, lundi 5 novembre :

Viviane Elisabeth Fauville de Julia Deck (Minuit)

Peste & choléra de Patrick Deville (Seuil)

Le sermon sur la chute de Rome de Jérôme Ferrari (Actes Sud)

Musique absolue. Une répétition avec Carlos Kleiber de Bruno Le Maire (Gallimard)

Petite table, sois mise ! de Anne Serre (Verdier)

Prix Médicis, mardi 6 novembre :

Peste & choléra de Patrick Deville (Seuil)

« Oh… » de Philippe Djian (Gallimard)

Millefeuille de Leslie Kaplan (POL)

Féerie générale d’Emmanuelle Pireyre (L’Olivier)

Le Bonheur des Belges de Patrick Roegiers (Grasset)

Infidèles d’Abdellah Taïa (Seuil)

Prix Renaudot, mercredi 7 novembre :

L’homme des haies de Jean-Loup Trassard (Gallimard)

Une certaine fatigue de Christian Authier (Stock)

Peste & Choléra de Patrick Deville (Seuil)

Les patriarches d’Anna Berest (Grasset)

L’enfant grec de Vassilis Alexakis (Stock)

Prix Goncourt, mercredi 7 novembre :

Lame de fond de Linda Lê (Bourgeois)

Peste & choléra de Patrick Deville (Seuil)

Le sermon sur la chute de Rome de Jérôme Ferrari (Actes Sud)

La vérité sur l’affaire Harry Quebert de Joël Dicker (éd. de Fallois)

Prix Interallié, mercredi 14 novembre :

Les fidélités successives de Nicolas d’Estienne d’Orves(Albin Michel)

La vérité sur l’affaire Harry Quebert de Joël Dicker (De Fallois/L’âge d’homme)

« Oh… » de Philippe Djian (Gallimard)

Le sermon sur la chute de Rome de Jérôme Ferrari (Actes Sud)

La convergence des alizés de Sébastion Lapaque (Actes Sud)

          On peu noter cette année que les listes se tiennent plutôt bien, avec quelques auteurs qui semblent faire l’unanimité, dont Deville (auquel l’Interallié résiste tout de même, hourra !), Ferrari, et un petit nouveau, Dicker. Les verdicts à venir dans les prochains jours s’annoncent intéressants. A la semaine prochaine pour les résultats !