Mes lectures

Jonathan COE, La pluie avant qu’elle tombe

          Juste avant de mourir, Rosamond décide de raconter son histoire à travers 20 photographies. Elle l’enregistre sur des cassettes. Quand sa nièce l’écoutera, elle y découvrira un parcours riche dont il ignorait tout ou presque. L’histoire de trois générations de femmes au passé douloureux.

          Je ne connaissais pas Jonathan Coe dont j’avais bien sûr entendu dire le plus grand bien. C’est le premier roman que je lis de lui. J’ai trouvé le style clair et agréable et l’histoire assez intéressante. Cependant, le procédé narratif (cette histoire dans l’histoire à travers la description de photos) ne m’a pas paru d’un intérêt majeur. J’ai trouvé que ça alourdissait quelque peu le texte et que ça manquait de finesse. La trame est assez classique, rien de révolutionnaire. Je n’ai pas particulièrement accroché. J’ai trouvé le tout plutôt bien mais un peu lisse. Ca manque de caractère à mon goût. J’ai pris plaisir à cette lecture mais ce texte ne sera pas de ceux qui m’auront marquée. Une lecture agréable, une expérience que je compte renouveler.

Ce soir-là, nous avons attendu que la maison se taise, qu’Ivy et Owen s’installent au salon pour prendre un digestif, que les garçons montent jouer dans leur chambre. Alors on a mis nos manteaux, on a ouvert laborieusement le verrou de la grande porte, et on s’est glissées dehors.

Elle avait onze ans. J’en avais huit. Je l’aurais suivie n’importe où.

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C’était impossible. Ce qu’elle espérait trouver n’était qu’une chimère, un rêve, une chose irréelle : comme la pluie avant qu’elle tombe.

Mes lectures

Mathias ENARD, Bréviaire des artificiers

          Ce livre est un petit manuel de terrorisme pour débutants. Un maître y apprend à son esclave les bases du métier (illustrées) afin de lui transmettre son savoir.

          Un petit livre plein d’humour. La transposition maître/esclave dans le monde contemporain m’a quelque peu gênée. Il y a quelques bonnes idées qui m’ont fait rire. Un petit fond politique qui pourrait donner de la profondeur à l’ouvrage, cependant, c’est un peu léger pour réellement fonctionner. C’est parfois un peu maladroit. Dans l’ensemble, un livre agréable à lire mais tout à fait dispensable.

Plus d’une fois, je l’avoue, j’ai été tenté de profiter de la situation, et d’administrer à mon cher maître une volée dont il se serait souvenu, mais le seul fait qu’il me l’ait ordonné lui-même faisait perdre son sel à l’affaire. J’étais donc une femmelette et redoutais le moment où il me faudrait prendre l’engin de bois pour accomplir cette basse besogne.

Mes lectures

Jack LONDON, L’amour de la vie

          Un recueil de nouvelles qui ont pour personnage principal le Grand Nord. Dans la lignée de Croc Blanc, des histoires de grands espaces, du froid et de la souffrance. Un homme qui marche pendant des jours dans l’immensité de l’Alaska, sans manger ; un village d’indien qui fuie ; un loup qu’on domestique ; autant d’aperçus de la vie dans ces contrées sauvages.

          Je suis une inconditionnelle de Jack London. Un style brut que j’apprécie. Une biographie à faire pâlir d’envie les plus grands explorateurs. Un homme simple avec un esprit d’aventure incroyable, qui en 40 ans semble avoir vécu plusieurs vies, un écorché vif qui entre rudes travaux manuels et mondanités d’écrivain a bien du mal à trouver sa place.

          Ce livre est une vraie bouffée d’air frais. Des nouvelles qui nous montrent la vie dans ce qu’elle a de plus simple et de plus dur. Dans une société à la recherche de plaisir facile, London vante les marches interminables dans un froid polaire, la souffrance liée aux milieux arides. Le bonheur n’est peut-être pas où on le croit, les conditions extrêmes nous confrontent à nous-même, nous apprennent à nous connaître et nous font parfois découvrir, au fond de la souffrance, des ressources insoupçonnées : un amour de la vie qu’on ne peut rencontrer qu’en approchant la mort.

L’homme jura et jeta le fusil loin de lui ; il gémit tout haut tandis qu’il essayait de se mettre sur ses pieds. C’était une tâche difficile et lente ; ses jointures étaient comme des choses rouillées, travaillaient mal dans leurs alvéoles et avec beaucoup de frottement : chaque flexion, chaque raidissement ne pouvait ne pouvait s’accomplir que grâce à un effort de volonté. Une fois sur ses pieds, il lui fallut une autre minute ou deux pour se mettre droit.

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Du travail sans fin, et la famine, et la gelée, et toutes les autres misères : c’est ce qu’il aura en venant avec moi. Mais il aime cela.

Mes lectures

José Carlos SOMOZA, Clara et la pénombre

Attention ! Attention ! Lecture absolument essentielle !

          Nous sommes en 2006 et depuis la fin de la seconde guerre mondiale, l’art tel que nous le connaissons disparaît peu à peu pour faire place à l’hyperdramatisme : les toiles qui s’exposent sont des êtres humains. Quand une des oeuvres les plus célèbres du grand artiste Bruno Van Tysch est détruite, une question se pose : le drame tient-il plus à la disparition d’un objet de valeur ou à l’assassinat de l’adolescente qui lui servait de support ? Les êtres humains peuvent-ils être traités comme des objets ? L’art peut-il valoir plus qu’une vie humaine ? Et la jeune Clara Reyes, toile si prometteuse, serait-elle prête à donner sa vie pour créer une oeuvre immortelle ?

         Ce livre est extrêmement perturbant. Le lisant dans le cadre d’un cours d’esthétique, je m’attendais à une sorte de traité sur l’art légèrement romancé, en clair, à un truc chiant. Finalement, dès les premières pages, je me suis trouvée face à une réalité parallèle, sorte d’oeuvre de science-fiction, très troublante. La fluidité de l’écriture m’a plu d’emblée mais ce léger décalage avec notre réalité m’a mise mal à l’aise.Pendant de nombreuses, très nombreuses pages, je n’ai pu décider si j’aimais ou non ce livre. Et puis, peu à peu, on bascule dans le roman policier : un premier meurtre, une enquête, un second meurtre, l’étau qui se resserre… On découvre aussi l’héroïne, attachante, dont on se demande quel lien elle peut bien avoir avec tout ça. Le suspense monte, jusqu’à devenir insoutenable, et on ne peut plus lâcher le livre.

          Si les premières pages sont un peu difficiles, la suite mérite largement ce petit effort. J’ai rarement été autant happée par un livre. Un passage m’a tellement surprise que j’ai passé 10 minutes la bouche grande ouverte dans le métro, choquée par ce qui venait d’arriver. Que les détracteurs du roman policier lisent celui-là ! Car oui, il s’agit bien d’une trame policière classique, mais sur laquelle viennent se greffer des considérations esthétiques passionnantes. A la fois roman d’anticipation, roman policier et traité esthétique, ce livre ne ressemble à aucun autre ! Je ne suis pas du tout calée en art ni en philosophie et si je ne suis pas sure d’avoir toujours bien compris le fond du propos, j’ai trouvé les réflexions de l’auteur extrêmement intéressantes. Notons toutefois que si ce livre est absolument exceptionnel, il n’est pas à la portée de tous : à la fois long et très dense, il s’adresse plutôt aux lecteurs aguerris.

           Je ne saurais dire à quel point cette lecture a été intense, comment vous donner envie d’ouvrir vous aussi ce livre. Il y a des ouvrages qui marquent le vécu d’un lecteur. Pour moi, il y a eu le Seigneur des anneaux à 11 ans, mon premier « livre de grands », qui m’a fait découvrir qu’on pouvait créer un monde avec des mots. Puis Les démons de Dostoïesvki, qui m’ont ouvert de nouveaux horizons, me faisant découvrir les merveilleuses fresques de la littérature russe. Je pense que Clara à son tour fera partie de ces lectures marquantes, même s’il est bien trop tôt aujourd’hui pour savoir dans quelle mesure. Une lecture qui me semble essentielle. Un sentiment d’angoisse en pensant que j’aurais pu (que j’aurais dû même sans doute) ne jamais ouvrir ce livre. En littérature comme ailleurs, les chefs-d’oeuvres sont rares, ce livre en est un.

Etait-il possible qu’une oeuvre se retouchât elle-même après le décès de son créateur ? Et si oui, devait-on considérer le résultat comme une oeuvre posthume ou comme une falsification ? Etranges questions.

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Il faut de temps en temps affronter ce que nous n’aimons pas. Ce que nous n’aimons pas est comme un ami honnête : il nous offense en nous disant la vérité.

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Vous et moi ne nous connaissons pas, mais nous nous sommes déjà fait une idée l’un de l’autre. Vous ne vous connaissez pas vous-même, mais vous vous êtes déjà fait une idée de vous.

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Du moins avait-il réussi à se pendre correctement : le noeud de cravate était parfait.

Club lecture

Club lecture, 4°, mars : Alexandra DAVID-NEEL, Voyage d’une parisienne à Lhassa

          Hier soir s’est tenue la 4° réunion de notre club lecture. Le moins qu’on puisse dire c’est que ce récit d’aventure n’a pas soulevé les foules. Nous étions trois : deux à ne pas l’avoir lu et une à ne pas l’avoir achevé. Je vous raconte quand même.

          Voyage d’une parisienne à Lhassa est un récit d’Alexandra David-Neel qui raconte son voyage au Tibet alors que les frontières du pays étaient encore fermées aux occidentaux. Elle est par ailleurs connue pour être la première occidentale à entrer à Lhassa.

          Alors, qu’en a pensé notre lectrice ? Visiblement, le style n’est pas palpitant. Beaucoup de descriptions interminables et pas toujours utiles à l’avancée du récit. Le reproche majeur concernait le fait qu’on ne découvre pas à travers ce livre les us et coutumes des populations locales. L’auteur n’a que peu de contact avec la population et n’en parle pas vraiment. Un livre où il ne se passe pas grand chose en somme, et pas très bien écrit, en plus. Décevant.

          Et le mois prochain, on lit quoi alors ? Un polar ! On en parle depuis un petit moment, l’idée a été adoptée. Nous nous attaquerons à un roman d’Henning Mankell. Le titre n’est pas encore choisi mais je vous dis ça très vite. On se retrouvera le 19 avril, à 20h. Bonnes lectures à tous !